Gouvernementalité

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Concept créé par Michel Foucault, la gouvernementalité désigne la rationalité propre au gouvernement de la population. Cette rationalité se retrouve à la fois dans des institutions et des analyses scientifiques, dans une forme de pouvoir sur la population que l'on appelle le gouvernement et dans la construction d'un Etat administratif qui a à gérer cette population. L'objectif de ce concept est de déconstruire le concept d’État et de montrer ce qu’il recouvre, comment il s'est construit et sur quels savoirs il repose.

Il s'agit d'un certain type de contrôle de l'État sur les populations, un certain mode d'exercice du pouvoir où gouverner c'est "exercer par rapport aux habitants, aux richesses, aux comportements de tous et de chacun, une forme de surveillance, de contrôle tout aussi attentive que celle du père de famille sur la maison et sur les biens"[1].

Son but est de "disposer des hommes et des choses", de gérer leurs relations de façon à les conduire à des objectifs acceptables pour tous; il doit de fait servir des buts s'articulant autour de la protection et du bien-être social et moral des populations à travers toute une panoplie de politiques sociales et éducatives (l'école notamment) à travers lesquelles il essayera d'inculquer certaines normes de travail et de la vie sociale. Quand ces normes et valeurs seront intériorisées par les habitants il n'aura plus besoin d'utiliser la force pour exercer sa souveraineté sur son territoire. Le gouvernement implique donc des procédés subtils de domination qui passent d'abord par la connaissance des sociétés, pour susciter la confiance des populations, convaincre plutôt que contraindre[1].

Dans le cours donné au Collège de France en 1978 intitulé Sécurité, Territoire, Population, le terme de gouvernementalité recouvre trois dimensions. Tout d’abord, l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques qui permet d’exercer un pouvoir ayant pour cible principale la population, pour forme majeure de savoir l’économie politique (cf. le mercantilisme) et pour instrument technique essentiel les dispositifs de sécurité (la « police »). Ensuite, la tendance qui dans tout l’Occident conduit vers la prééminence d’un type de pouvoir particulier parmi d’autres : le gouvernement (les autres étant : la souveraineté, la discipline, etc.). Enfin, le processus ou plutôt le résultat du processus par lequel l’État de justice du Moyen Age, qui est devenu vers 1500, un État administratif, devient progressivement gouvernementalisé, c’est-à-dire s’est vu adjoindre de plus en plus de prérogatives sur la population.

En plus de cette généalogie du « problème du gouvernement » s'appliquant à l'émergence de l'état moderne, le concept de gouvernementalité s'applique également à une « analytique du pouvoir » répondant à des objections formulées à l'encontre d'une théorisation du pouvoir, qui, selon ses détracteurs, mène à une analyse relativiste sur le plan normatif, et incomplète s'agissant de l'état comme organe de coordination des divers processus de disciplines étudiés sous la loupe d'une "micro-physique" du pouvoir[2]. Le concept de gouvernementalité s'avère donc crucial dans le développement de la pensée de Michel Foucault, approfondissant jusqu'aux dimensions éthiques de celle-ci.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b DIMIER, Véronique, État et gouvernementabilité en Afrique, BESPO - Université Libre de Bruxelles, Avril 2010
  2. MALETTE, Sébastien, La Gouvernementalité chez Michel Foucault, - Université Laval, 2006

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • [La Gouvernementalité chez Michel Foucault] sur [1]