Gouvernement militaire provisoire de l'Éthiopie socialiste

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Gouvernement militaire provisoire de l'Éthiopie socialiste

1974 – 1987

Drapeau

Devise : L'Éthiopie d'abord (Ityopya tiqdem)

Hymne : Ityopya, Ityopya, Ityopya qidemi

Description de cette image, également commentée ci-après

Carte de l'Éthiopie sous le gouvernement du Derg

Informations générales
Statut Gouvernement provisoire, junte militaire; à partir de 1984 régime à parti unique communiste
Histoire et événements
12 septembre 1974 Prise de pouvoir du Derg. La monarchie est renversée.
3 février 1977 Mengistu Haile Mariam devient le chef de l'État.
10 septembre 1987 Proclamation de la République populaire démocratique d'Éthiopie.

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Gouvernement militaire provisoire de l'Éthiopie socialiste[1],[2] est le nom officiel du gouvernement (nommé encore Derg), mis en place par la junte militaire à la suite du coup d'État ayant renversé le Negusse Negest Hailé Sélassié Ier. Il prend fin le 10 septembre 1987 lorsque la République populaire démocratique d'Éthiopie est proclamée. Il fut le premier régime non monarchique de l'histoire éthiopienne. Les premières années du régime furent marquées par une période de violentes répressions qui assureront au Derg et notamment à Mengistu Haile Mariam une domination absolue sur la vie politique mais aussi sur l'économie éthiopienne qui sera bouleversée par l'instauration du socialisme. Le Derg fera face à trois conflits : la guerre érythréenne de sécession, la guerre civile et la guerre de l'Ogaden. Le gouvernement militaire éthiopien déclenche également la politique dite de terreur rouge.

Historique[modifier | modifier le code]

Le 12 septembre 1974, l'Empereur est renversé par la junte militaire Derg, marquant le début de la guerre civile éthiopienne. Le prince héritier Asfa Wossen est proclamé Empereur par le Derg. Après que le prince a dénoncé le massacre, le 23 novembre, de soixante hauts fonctionnaires, le Derg révoque sa proclamation en tant que souverain[3]. La composition et même le nombre exact de membres du Derg, officiellement dirigé par Aman Mikael Andom, puis par Tafari Benti, demeurent inconnus du public jusqu'à la fin 1974. Mengistu Haile Mariam occupe le poste officiel de premier vice-président du Derg, et s'impose dans les années suivantes comme principal dirigeant de la junte, via des purges sanglantes[4]. Le 30 novembre, le Derg annonce avoir trouvé une lettre signée par Hailé Sélassié Ier autorisant le transfert de la fortune de sa famille - estimée à 1,5 milliards de dollars - vers les fonds gouvernementaux venant en aide aux victimes de la famine et de la sécheresse.

Le 20 décembre 1974 , Mengistu proclame le « socialisme éthiopien ». Le nom officiel du Derg, précédemment « Comité militaire administratif provisoire » devient « Gouvernement militaire provisoire de l'Éthiopie socialiste ». Le 1er janvier 1975, la nationalisation de toutes les banques et compagnies d'assurances est annoncée. 72 sociétés industrielles et commerciales (en majorité étrangères) sont nationalisée le 13 février; l'État prend part dans l'administration de 29 autres entreprises. Le 4 mars 1975, la proclamation 31 du Derg annonce une vaste réforme agraire incluant la nationalisation des terres rurales. La réforme agraire est suivie d'une réforme foncière urbaine : le gouvernement saisit toutes les propriétés louées non occupées par leur propriétaire. L'Université d'Addis Abeba et des écoles secondaires sont fermées; 50 000 étudiants sont envoyés en zemecha. Le 22 mars 1975, la monarchie est officiellement abolie. Du 20 au 21 avril 1975, 20 officiers et civils sont arrêtés par le régime pour avoir tenté de libérer Hailé Sélassié et renverser le Derg. Le 27 août 1975, Hailé Sélassié est tué, apparemment par étouffement.

En août 1975 , le Parti révolutionnaire du peuple éthiopien, mouvement politique indépendant du Derg, est créé. En septembre 1975, Tafari Benti annonce que le Derg va constituer son propre parti politique; un bureau politique est créé avec à sa tête Haile Fida. L'URSS soutient le Derg et presse la junte de donner à son régime politique une structure légale et constitutionnelle, et à créer un parti unique communiste qui servirait de structure politique à l'État éthiopien. Un comité chargé de former le parti unique éthiopien commence ses travaux en 1976[5]. La même année, un Bureau provisoire pour l'organisation des masses est créé. Le 20 avril 1976, Mengistu proclame une « Révolution nationale démocratique ». En mai, le Derg présente un plan en neuf points pour résoudre la crise érythréenne. En juillet 1976, Sissay Habte, membre du Derg, est arrêté et exécuté. Senay Likie de la crée la Ligue prolétarienne (Waz ader). La flamme révolutionnaire (Abyot seded) est fondée. Le 14 décembre 1976, un accord d'assistance militaire entre l'Éthiopie et l'URSS est signé.

Entre 1977-1978 : le Derg mène une campagne de terreur rouge, notamment contre les communistes (PRPE, MEISON) ; des rafles Tigréens érythréens sont organisés et de nombreux « ennemis de la révolution » sont assassinés. En janvier 1977 : le Front populaire de libération de l'Érythrée publie son « Programme démocratique national ».

Le 3 février 1977, le général Tafari Benti est assassiné au cours d'une réunion du Derg. Mengistu devient président de la junte. En mai de la même année, il visite Moscou. En juin, des rebelles somalis coupent le chemin de fer éthio-djiboutien. En juillet, la République démocratique somalie envahit la province de l'Ogaden, déclenchant la guerre de l'Ogaden. Les positions éthiopiennes tombent rapidement. Au même moment, les rebelles érythréens s'emparent de villes importantes, dont Keren et Decamere. En août,de vastes portions du sud-est de l'Éthiopie sont contrôlées par les forces somaliennes.

Le 12 septembre 1977, le régime fête le troisième anniversaire de la révolution, en présence de Fidel Castro. Dans le même temps, l'Éthiopie est battue à Djidjiga face aux Somaliens. En novembre 1977, à la suite d'une visite de Raúl Castro à Moscou, plusieurs décisions sont prises : les Cubains s'engagent à envoyer un fort contingent, les conseillers russes seront plus nombreux et une importante quantité d'armes et d'équipements sera livrée en Éthiopie. Un pont aérien est mis en place afin de repousser les Somaliens. Le 17 novembre 1977, le général Petrov, futur supérieur des militaires soviétiques en Éthiopie, arrive à Addis Abeba. À la fin 1977, le Derg ne contrôle plus que 5 % du territoire érythréen.

En janvier 1978, une contre-attaque éthiopienne entraine la retraite des troupes somaliennes. Le 12 février 1978, les Éthiopiens et les Cubains mettent fin au siège de Harar et Diré Dawa. En mars, les Soviétiques effectuent des bombardements aériens et navals en Érythrée. Le siège de Massaoua prend fin. Le 5 mars 1978, les hauts plateaux orientaux sont totalement repris par les éthiopiens. Le 9 mars 1978, Siad Barre annonce le retrait total des troupes somaliennes du territoire éthiopien. En août, les principales villes érythréennes sont retournées sous contrôle du Derg.

Tout en se proclamant marxiste-léniniste, Mengistu utilise comme fauteuil officiel, à partir de 1978, l'ancien trône d'Hailé Sélassié. Il se voit surnommé, y compris par d'anciens alliés révolutionnaires, « le nouvel empereur ». Des hauts fonctionnaires soviétiques émettent de sérieuses réserves quant à l'opportunité de soutenir des régimes comme celui du Derg, mais le Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique continue de pencher pour un soutien sans failles[6]. Le 18 décembre 1978, Mengistu annonce la création prochaine d'un parti. Ce n'est cependant qu'en 1984 qu'est enfin fondé le Parti des travailleurs d'Éthiopie, parti communiste qui tient désormais le rôle de parti unique du régime conformément aux demandes des Soviétiques[5] En 1982-1983, le pays connaît les premiers signes de famine En 1984-1985 : une grande famine fait plus d'un million de morts. L'emploi, par les troupes de Mengistu, d'une tactique de la terre brûlée pour combattre les groupes rebelles, contribue largement à la catastrophe[6].

En 1987, le gouvernement du Derg se donne enfin une structure constitutionnelle : le 1er février, une constitution républicaine est adoptée par référendum, pour entrer en vigueur le 22[7]. Le 10 septembre 1987, la République populaire démocratique d'Éthiopie est officiellement proclamée, et l'ancien gouvernement présente sa démission : un nouveau gouvernement est aussitôt formé, et reprend la plupart des dignitaires du régime. Mengistu prend le poste de président de la République[8]. Le régime républicain ne dure que jusqu'en 1991, date à laquelle Mengistu est renversé à la fin de la guerre civile éthiopienne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Traité entre l'Éthiopie et l'URSS, 22 juillet 1977, site des Nations Unies
  2. Traité entre l'Éthiopie et les États-Unis, 22 septembre 1978, site des Nations Unies
  3. David Hamilton Shinn,Thomas P. Ofcansky,Chris Prouty, Historical dictionary of Ethiopia, Scarecrow Press, 2004, page 44
  4. Gérard Prunier, L'Éthiopie contemporaine, Karthala, 2007, page 141
  5. a et b Gérard Prunier, L'Éthiopie contemporaine, Karthala, 2007, pages 145-146
  6. a et b Archie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, 2009, page 367
  7. David Hamilton Shinn,Thomas P. Ofcansky,Chris Prouty, Historical dictionary of Ethiopia, Scarecrow Press, 2004, page 95
  8. Harold G. Marcus A History of Ethiopia, University of California Press, 1994, page 211

Voir aussi[modifier | modifier le code]