Gouren

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Gouren
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Gouren

Autres noms Lutte Bretonne
Forme de combat Corps à corps
Pays d’origine
Flag of Brittany.svg
Bretagne
Fédération mondiale Fédération de Gouren, Fédération Internationale des Luttes Celtiques, Fédération française de lutte

Le gouren ou lutte bretonne (gouren en breton) est un sport individuel pratiqué entre deux lutteurs. Il est pratiqué en Bretagne, mais aussi en Cornouailles, en Écosse et un skol de Gouren a même vu le jour à La Nouvelle-Orléans, au sud des États-Unis[1].

Il existe en Bretagne une fédération de Gouren qui dépend de la Fédération Française de Lutte.

La lutte bretonne, ou gouren, est une lutte debout. Aussi, si l'un des lutteurs touche terre avec une autre partie du corps que ses pieds, la lutte s'arrête, les lutteurs se relèvent et reprennent la partie de lutte.

La victoire, ou lamm, est proclamée quand un lutteur parvient à mettre à terre son adversaire sur le dos, avec la touche à terre des 2 épaules ensemble, avant toute autre partie du corps. Les projections sont surtout réalisées à l'aide de crocs-en-jambe. Les parties de lutte ont une durée pouvant aller jusqu'à sept minutes.

Histoire[modifier | modifier le code]

La lutte (gouren en langue bretonne) faisait partie des pratiques martiales que les immigrés bretons apportèrent avec eux lorsqu'ils immigrèrent massivement en Armorique au IVe siècle. S'il fut sans doute à l'origine uniquement pratiqué par les nobles et les gens d'armes, le gouren sera ensuite emprunté, principalement après la Renaissance et l'arrivée des armes à feu, par les gens du peuple, comme une pratique ludique populaire. Les archives nous enseignent que de nombreux « petits nobles » excellèrent dans cet art, luttant avec des paysans. Jusqu'à la Révolution française, son organisation fut probablement souvent soumise aux autorisations seigneuriales et il conserva de ses origines nobles les aiguillettes, les gants et les pourpoints, trophées qui étaient offerts aux vainqueurs.

Un témoignage d'Ambroise Paré décrit la lutte bretonne en 1543 telle qu'elle se pratiquait alors dans l'ouest de la Bretagne[2].

Le XIXe siècle verra la population des paroisses rurales se réapproprier cette pratique, à la fois de façon presque rituelle, mais également comme élément de reconnaissance sociale et identitaire pour les lutteurs et leurs paroisses d'origine.

Encore populaire dans l'ouest de la Bretagne au début du XXe siècle, avec surtout des tournois au moment des fêtes patronales, il sera, au fil du temps, supplanté par l'arrivée de nouveaux sports comme le football ou le cyclisme.

En 1930, en ayant pour objectif de rénover cette pratique sportive traditionnelle et identitaire pour la Bretagne bretonnante, le docteur Charles Cotonnec lui donne un nouvel élan en la codifiant, lui apportant de nouvelles règles, surtout avec des catégories de poids, d'âge et de durée, et en créant la première fédération, la FALSAB, dont découle l'actuelle. Il fera précéder chaque tournoi d'un serment du lutteur qu'il créa, appelé aussi le "serment de loyauté".

Aujourd’hui le gouren est organisé comme une fédération sportive tout en conservant une pratique en lien avec la culture régionale. De nombreux clubs (les skolioù gouren) accueillent presque deux milliers de pratiquants, par exemple à Berrien ou dans le Pays fouesnantais[3]. Une fédération internationale des luttes celtiques (FILC) a été créée en 1985, regroupant à l'origine les fédérations des pays dits « celtiques », puis progressivement d'autres fédérations gérant les styles de luttes traditionnelles de l'Ouest européen. Des championnats d’Europe sont organisés chaque année. Signe de son renouveau, le gouren fait partie, depuis 1998, des épreuves facultatives du baccalauréat en Bretagne.

Aujourd'hui, le gouren a gardé ses attaches culturelles. Ainsi, l'été on peut le découvrir lors de nombreuses compétitions en plein air, sur sciure, parfois avec l'utilisation du très ancien système du défi, dans des fêtes et festivals, à côté de la musique et de la danse bretonne.

Le tournoi Mod-Kozh[modifier | modifier le code]

Le tournoi mod-kozh (en bretonne « à la mode ancienne ») se déroule dans deux catégories de poids par défi : un lutteur s'empare du trophée et défie les autres concurrents en tournant autour de l'aire de combat, libre à quiconque d'aller relever le défi en lui tapant sur l'épaule ou en l'interpellant avec l'allocution chomed o sav ! (« reste debout ! »).

Pour remporter le tournoi il faut faire 3 tours de lice sans avoir été défié, ou bien remporter 3 combats d'affilée. Avec le système des skolioù (écoles de luttes) le tournoi prend un intérêt stratégique : défier le bon lutteur au bon moment en envoyant 2 lutteurs habiles pour le fatiguer sans laisser passer les 3 combats d'affilée et sans "griller" les meilleurs lutteurs du skol prématurément dans le tournoi.

Le vainqueur emporte le maout (bélier) et triomphe lors d'un tour d'honneur en portant l'animal sur les épaules. Le gourener Mathieu Le Dour (Skol Ar Faoued) est passé maître dans ce type d'épreuve depuis quelques années et est « le plus joli palmarès d'après-guerre » pour les spécialistes[Qui ?].

Tenue[modifier | modifier le code]

Deux lutteurs en tenue.

Le lutteur doit être pieds nus, sa tenue est constituée par :

  • un pantalon mi-long, ou bragoù, de couleur noire, dont les jambes s'arrêtent juste au-dessous du genou pour permettre l'enroulé du mollet appelé kliked ;
  • une solide chemise, ou roched en toile renforcée, à manches courtes et de couleur blanche ;
  • une ceinture dans un passant garde la roched serrée au corps.

Aucune inscription n'est tolérée sur la tenue, mis à part le badge fédéral de différentes couleurs selon le Rannig (niveau technique).

Les compétitions[modifier | modifier le code]

Le combat de Gouren est arbitré par 3 arbitres égaux en droits. Les décisions se prennent à la majorité.

Les résultats possibles à la suite d'une chute sont (par ordre dégressif) :

  • Lamm : c’est le résultat parfait en gouren (l’équivalent du ippon en judo ou du KO technique en boxe). Il donne la victoire immédiate du combat. « C’est la chute sur le dos comportant la touche à terre des 2 épaules ensemble, avant toute autre partie du corps ou du corps de l’adversaire » ;
  • Kostin : c’est un résultat proche du lamm, une chute sur le dos comportant le touché au sol d’une seule épaule (par exemple);
  • Kein : c’est un avantage comptabilisé à l’issue des prolongations. C’est une chute par exemple sur le bas du dos, ou sur le dos plus les fesses ;
  • Netra (en breton "rien") : c’est une chute sans résultat.

Les fautes aussi sont comptabilisées :

Une faute est liée à un comportement agressif injustifié (verbal ou physique), une attitude dangereuse pour l'adversaire ou un refus de combat en restant dans une position de défense pendant une durée exagérée. Lors d’une projection, le lutteur qui projette d’abord son bras au sol pour éviter le résultat est considéré comme étant en refus de combat.

  • Diwall (en breton "attention") : c’est un avertissement donné pour une faute, avant de sanctionner le lutteur par un fazi. Il n’a aucune incidence dans l’issue du combat ;
  • Fazi : c’est le résultat d’une faute commise par le lutteur. 3 fazis entraînent un divrud ;
  • Poent : il est obtenu lorsque l’adversaire a accumulé 2 fazis. Il est équivalent à un Kostin, sauf en cas d’égalité parfaite entre les deux lutteurs où il lui est supérieur ;
  • Fazi Vraz : c’est une disqualification pour le combat, donné pour l’accumulation de 3 fazis ;
  • Divrud : c’est une disqualification pour la compétition, donnée pour une faute grave (injure, comportement irrespectueux).

La durée d’un combat dépend de la catégorie d’âge, et du type de compétition.

  • Les poussins et benjamins : combats de 3 minutes ;
  • Les minimes : 4 minutes ;
  • Les cadets, juniors et seniors (challenges) : 5 minutes ;
  • Les juniors en championnat : 6 minutes ;
  • Les seniors en championnat : 7 minutes ;

Les féminines benjamines et minimes luttent 3 minutes, les cadettes, juniores et seniores 4 minutes.

La prolongation est possible (durée : moitié du temps de combat).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dt Ch. Cotonnec, La Lutte Bretonne, Organisation et Règlement, Confédération FALSAB,‎ 1933
  • Paul Le Joncour et Guy Jaouen, La lutte bretonne des origines à nos jours, Rennes, Skol-Uhel ar Vro (Institut Culturel de Bretagne), coll. « Cahier de l'Institut culturel de Bretagne »,‎ 1984, 24 cm, 32 p. (ISBN 2-86822-003-7)
  • (en) Guy Jaouen et Henri Beon, Gouren, Breton and Celtic wrestling, Skol-Uhel ar Vro (Institut Culturel de Bretagne),‎ 1985 (ISBN 2-86822-005-3)
  • Guy Jaouen, Ar Gouren, la lutte bretonne, prises de base, Skol-Uhel ar Vro (Institut Culturel de Bretagne),‎ 1985, 84 p.
  • Guy Jaouen et Yves Le Clec'h, Le Gouren dans la tradition populaire, Bodadeg Ar Gourenerien (Fédération de Gouren), Dastum,‎ 1989, 43 p.
  • Maël-Yann Kerdraon, Gouren - Traditions de lutte en Bretagne, Skol Vreizh, coll. « La collection bleue »,‎ janvier 2004 (ISBN 2-911447-78-6)
  • (br) Guy Jaouen et Philippe Cloarec, Ar Gouren, Adal an amzerioù kentanñ betek hiziv an deiz, ICB,‎ 1992, 32 p.
  • Benoît Foll, Guy Jaouen, André Lagadec, Jean-Pierre Jaouen et Yves Le Clec'h, Manuel de l'éducateur de Gouren, Penaos bezàn maout war ar Gouren, Morlaix, Bodadeg Ar Gourenerien (Fédération de Gouren) - FALSAB,‎ novembre 1992, 100 p. (ISBN 2-9504402-1-5)
  • Eric Legret, Jean-Daniel Bourdonnais et Lena Gourmelen, GOUREN Lutte et défis d’un sport breton, Coop Breizh,‎ 2005
  • Tanguy Philippe, Lamm! Essai d'analyse structurale du Gouren (Lutte bretonne) à travers les péripéties fédérales et règlementaires de la période 1963-1982, Rennes, Mémoire de Master STAPS, Université Rennes 2,‎ 2005
  • Guy Jaouen, Les luttes celtiques de Bretagne et du Cornwall, du jeu au sport ?, Noyal-Pontivy, Confédération FALSAB,‎ 2005, 224 p. (ISBN 978-2-95044-028-0)
  • Tanguy Philippe, Wrestling in the Celtic Culture, Social Purpose and Cultural Identity in the Irish Context, Rennes, Coleraine, Mémoire de Master STAPS, Université Rennes 2 / University of Ulster,‎ 2006
  • Aurélie Epron, Histoire du gouren (XIXe ‑ XXIe siècles) : l’invention de la lutte bretonne, Rennes, Thèse STAPS, Luc Robène (dir.), Université Rennes 2 [1],‎ 2008
  • (br) Ernest Guillou, Émile Le Foll et Victor le Tertre, Gourenerien : pepki a zo mestr en e di !, vol. 3, Spézet, Coop Breizh, coll. « Encyclopédie sonore du Tregor-Goelo »,‎ novembre 2005
  • Arnaud Czornyj, D'une pratique traditionnelle à un sport de combat : Ar Gouren ou la lutte bretonne, Paris, L'Harmattan,‎ avril 2012, 244 p. (ISBN 978-2-296-97006-9, notice BnF no FRBNF42652373)
  • Tanguy Philippe, Les Routes de la lutte. Etude de cas : Asie centrale, Europe, Amérique du nord, Rennes, Thèse de doctorat STAPS, Université Rennes 2,‎ 2012

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]