Gouine

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Gouine est un terme du français populaire désignant une lesbienne. Malgré une connotation lesbophobe, le mot a été repris sans connotation négative par les lesbiennes organisées qui l'utilisent dans divers contextes.

De la prostituée…[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité, le mot latin ganea (féminin) désigne le lupanar, la Maison close[1], le lieu de débauche mais aussi la dépravée ou la prostituée[2] tandis que ganeo (masculin) désigne le débauché, celui qui fréquente les orgies ou les maisons de passe.

Le mot apparaît en français entre 1625 et 1655 (« gouyne ») dans le sens de « femme de mauvaise vie », sur le mot normand « gouain », salaud, lui-même peut-être de l'hébreu « goyim » (non Juif)[3]. En 1762, le mot apparaît dans le Dictionnaire de l'Académie française : « Terme d'injure, qui se dit d'une coureuse, d'une femme de mauvaise vie »[4]. En 1853, le mot argotique « gouine » apparaît dans la littérature (Victor Hugo, Les Châtiments, cf. TLFI).

Mais, selon Alfred Delvau[5], ce mot d'argot dériverait soit de l'anglais « queen », pour désigner les prostituées, « reines de l'immoralité » au XIXe siècle, soit plutôt de Nelly Gwinn, maîtresse du roi Charles II[6]. Il est rapproché de goule dans l'idée de femme dévoreuse, et de gouge pour désigner les femmes « de mauvaise vie ».

… à l'homosexuelle[modifier | modifier le code]

Toulouse-Lautrec : Le Baiser, 1892.

Dans la mesure où on pensait alors que l'homosexualité féminine se trouvait surtout chez les prostituées[7], les lesbiennes sont rapprochées des prostituées et le terme se spécialise dès 1867. Il est alors précédé par gougnotte, avec lequel Pierre Louÿs intitule certains de ses poèmes, et concurrence aussi gousse, du verbe « gousser », manger[8].

Le terme gouine est utilisé banalement mais il sert aussi comme insulte directe attaquant l'honneur et la réputation des femmes homosexuelles. Il est d'abord employé par lesbophobie, pour humilier, blesser et dévaloriser une ou des personnes. Les insultes sexistes lui sont cependant souvent préférées. Le terme gouine est encore aujourd'hui un terme du langage argotique désignant les femmes homosexuelles. Il peut aussi être assimilé au terme « pédé » désignant les homosexuels masculins dans la manière dont il est utilisé.

En Amérique du Nord, le Congrès du travail du Canada a publié les définitions de termes dits LGBT. La définition qu'ils donnent du mot « gouine », synonyme pour eux du terme anglais « Dyke » francisé « Dykette », est la suivante : « Terme péjoratif utilisé auparavant pour désigner les lesbiennes, réapproprié depuis comme identité positive par bon nombre de lesbiennes. »

À l'origine d'une utilisation péjorative, le mot gouine aujourd'hui tendrait à être utilisé d'une manière atténuée dans le langage courant même s'il reste dépréciatif.

Réappropriation[modifier | modifier le code]

C'est à partir du début des années 1970 que les lesbiennes se réapproprient le terme, notamment les Gouines rouges (pour lesbiennes communistes) du FHAR. La reprise du mot infamant permet de revendiquer a contrario la fierté de son identité.

Il entre aussi dans des jeux de mots comme « gode save the gouine ».

Parfois, le mot est accolé au terme homophobe « pédé » en « pédégouine » ou « transpédégouine » pour désigner la communauté LGBT par ses propres représentants, de manière décomplexée et sans but homophobe[9].

Un dérivé, goudou, existe, ressenti comme moins péjoratif et plus amical[10], voire tendre. Monique Wittig et Sande Zeig inventent pour ce dernier mot l'origine « la célèbre chanson "le goût doux que j'ai de vous" »[11] Il est très souvent repris dans la communauté lesbienne (pour des noms de sites sur internet, par exemple).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site www.mediterranees.net.
  2. Dictionnaire Gaffiot latin-français.
  3. D'après le Trésor de la langue française informatisé.
  4. Dictionnaire de l'Académie française (1762).
  5. Dictionnaire érotique moderne, Bruxelles, Jules Gay, 1864.
  6. D'après le Dictionnaire érotique moderne, 1864, Wikisource.
  7. Laure Murat, La Loi du genre, une histoire culturelle du “troisième sexe”, Fayard, 2006.
  8. Nicole Albert, Saphisme et décadence dans Paris fin-de-siècle, La Martinière, 2005.
  9. Cf. le roman de Claude Kételaers, Le Cri des pédégouines au printemps, Lille, GKC, 2000.
  10. Cf. le roman d'Alexis Clairmont, En attendant Goudou, éditions H&O.
  11. Monique Wittig et Sande Zeig, Brouillon pour un dictionnaire des amantes, Grasset, 1976.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]