Gouffre de Padirac

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Gouffre de Padirac
Image illustrative de l'article Gouffre de Padirac
le gouffre de Padirac
Coordonnées 44° 51′ 26″ N 1° 45′ 03″ E / 44.857329, 1.75094644° 51′ 26″ Nord 1° 45′ 03″ Est / 44.857329, 1.750946  
Pays Drapeau de la France France
Département français Lot (Midi-Pyrénées)
Localité voisine Padirac
Voie d'accès D90
Altitude de l'entrée 339
Longueur connue Plus de 40 km explorés, plus d'un km visitable.
Type de roche Calcaire
Signe particulier Stalactites et stalagmite, rivière souterraine.
Cours d'eau rivière de Padirac
Occupation humaine IIIe siècle

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Le gouffre de Padirac est l'entrée monumentale d'une cavité naturelle, situé dans le Lot en France, d'une dimension de 35 mètres de diamètre environ. Au fond de ce gouffre, à 103 mètres de profondeur, coule une rivière souterraine qui parcourt une partie d'un grand réseau de plus de 40 kilomètres de développement.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le gouffre de Padirac
le gouffre de Padirac vu depuis le fond

Le gouffre de Padirac est situé en France, dans la région Midi-Pyrénées, département du Lot sur la commune de Padirac. Il se trouve au nord de Gramat, dans la région historique du Quercy et s'ouvre dans les calcaires jurassiques du causse de Gramat.

Légendes[modifier | modifier le code]

Une légende raconte que Saint Pierre (ou Saint Martin) cheminait sur sa mule, en quête d'âmes à sauver, sur la voie romaine allant d'Autoire à Montvalent. Soudain Satan apparait et lui propose une épreuve avec comme enjeu les âmes des damnés qu'il emporte en enfer. Le diable frappe le sol de son talon et un gouffre apparaît. La mule et son cavalier franchissent l'obstacle d'un bond extraordinaire dont il subsiste toujours les marques laissées par les sabots dans le rocher. Le diable furieux retourne dans les entrailles de la terre par le trou béant qui devient dans l'imaginaire collectif une porte des enfers[1].

Une autre légende voudrait qu'à la fin de la Guerre de Cent Ans, les Anglais aient enfouis dans le gouffre un riche butin cousu au préalable dans une peau de veau. Lorsqu'Édouard-Alfred Martel acheta les terrains situés au dessus de la rivière souterraine, les propriétaires exigèrent l'insertion d'une clause leur réservant une part de l'éventuel trésor[1].

Histoire et formation[modifier | modifier le code]

La formation du gouffre est due à un effondrement de la voûte à une période indéterminée. Il existait déjà au IIIe siècle de notre ère.

En 1907, il existait encore un petit mur en pierres sèches et les restes d'un foyer sur le sol du talus détritique du gouffre. Armand Viré pensait que ces vestiges avaient été laissés par des vaincus de la guerre de Cent Ans. Des cendres, des charbons, des débris de cuisine et des armes y ont été trouvés et furent par la suite exposés au public dans une vitrine à l'entrée du gouffre. Il fut habité à la fin du XIVe siècle ainsi qu'en fin du XVIe siècle.

En 1595, d'après François de Chalvet de Rochemonteix, les hommes profitent des conditions climatiques du lieu pour en extraire « un fort bon salpêtre »[2].

En 1867, la justice fit remonter le corps d'une jeune fille assassinée[3].

En 1889, le spéléologue Édouard-Alfred Martel fut le découvreur de la rivière souterraine du gouffre de Padirac.

Exploration spéléologique[modifier | modifier le code]

Le gouffre a servi de refuge aux habitants du causse de Gramat pendant la guerre de Cent Ans et au cours des guerres de Religion, mais il semble que ce soit seulement vers la fin du XIXe siècle, à la suite d'une violente crue de la rivière, qu'une communication praticable se soit ouverte entre le fond du puits et les galeries souterraines.

Dans les années 2010, le gouffre de Padirac est l'une des entrées d'un réseau souterrain de plus de 40 kilomètres de développement pour plus de 250 mètres de dénivelé. Il est classé parmi les cent plus longues cavités souterraines naturelles. De nombreuses parties de ce réseau restent encore à explorer et à topographier.

Les explorations d'Édouard-Alfred Martel[modifier | modifier le code]

Entrée des visiteurs

Arrivés à midi, le 9 juillet 1889, Martel, Gaupillat, Armand, Foulquier, assurés par six hommes de manœuvre, descendent à l'échelle les 54 mètres du puits d'entrée. Martel et Foulquier lèvent la topographie pendant que Gaupillat prend des photographies. Ils explorent vers l'amont la galerie de la grande arcade et vers l'aval la rivière (- 103 m). Ils s'arrêtent à plus de 400 m du puits d'entrée sur de l'eau profonde.

Le lendemain, dès 4 heures du matin, ils redescendent avec un bateau de type Osgood baptisé le Crocodile. À 10 heures, Martel et Gaupillat embarquent, passent le lac de la pluie, la grande pendeloque, le rétrécissement du pas du Crocodile, le lac des grands gours (terminus actuel des touristes), le passage des étroits, les tunnels. Ils rebroussent chemin au 34e gour, à environ 2 km du puits d'entrée.

Le 9 septembre 1890 à 14 heures, Martel, ses compagnons de 1889 et Louis de Launay, professeur à l'École des mines, sont de retour, entourés par plus de mille personnes. À minuit, trois bateaux sont sur la rivière. Un peu avant le lac des grands gours, ils grimpent une pente et découvrent une grande salle de 60 m par 40 m dont la voûte s'élève à plus de 70 m au-dessus du petit bassin qui en occupe le sommet (dans le circuit touristique actuel). Ils la baptisent salle des sources du mammouth. Ils reprennent ensuite la navigation vers l'aval et à 5 heures du matin, ils dépassent le terminus de 1889. 500 mètres plus loin, exténués, à 7 heures, ils buttent sur la grande barrière : une coulée stalagmitique de 18 m qui barre la rivière. À 16 heures, ils ressortent du gouffre aérien[4].

La troisième exploration a lieu le samedi 28 septembre 1895. Martel et ses deux passagers font naufrage et s'en sortent de justesse[5].

En 1896, Martel descend avec l'ingénieur Fontaine pour étudier l'aménagement touristique du gouffre et de la rivière.

En 1898, Giraud parcourt à la nage, éclairé par une bougie, une galerie de 150 m au niveau du lac près du terminus actuel des touristes. Armand Viré reconnaît, sur 200 m, une galerie affluente qui porte son nom.

Le 14 avril 1899, Edmond Albe et Armand Viré escaladent la grande barrière et élargissent au marteau et à la pointerolle le laminoir à son sommet. La rivière profonde se poursuit derrière. Le 9 mai, ils atteignent l'amont des terrasses, un énorme empilement de strates, que Martel franchit les 13 et 14 décembre 1899.

Les 29, 30, et 31 mai 1900, après avoir évincé peu élégamment Albe et Armand Viré, accompagné de quatre guides, il gagne 250 m et s'arrête devant la barrière du fuseau. Il estime alors que son terminus est la « fin humainement possible », il interdira alors toute expédition ultérieure à Padirac.

Martel a parcouru et topographié 2 750 m de galerie dont 2300 pour la principale. Il estimait, à tort, que la résurgence se situait à Gintrac (Voir exploration de 1947).

Les explorations de Guy de Lavaur[modifier | modifier le code]

Reprise des explorations en 1937[modifier | modifier le code]

En juillet 1937, William Beamish, président de la Société d'exploitation du gouffre de Padirac, abroge l'interdiction de Martel pour remercier Guy de Lavaur de l'avoir fait descendre à l'igue de Saint-Sol (galerie amont des grottes de Lacave). Deux jours plus tard, Guy de Lavaur et Raymond de Candolle aperçoivent une suite après une escalade au terminus Martel de mai 1900, à la Barrière du Fuseau. De retour le lendemain avec William Beamish et Toussaint, ils progressent de 20 mètres et bloqués par une coulée stalagmitique, observent un orifice 12 mètres au dessus de leurs têtes. Les 14 et 15 septembre 1938, de Lavaur revient avec Robert de Joly. Ce dernier franchit une nouvelle barrière qui porte son nom et prolonge de 400 m la reconnaissance du cours de la rivière souterraine[1].

La Seconde Guerre mondiale empêche toute exploration jusqu'en 1947.

Colorations des eaux[modifier | modifier le code]

Martel avait déjà tenté à plusieurs reprise, mais sans succès d'effectuer des coloration par quelques centaines de grammes de fluorescéine pour déterminer où ressortaient les eaux du réseau. De même, en 1938, Guy de Lavaur verse 4 kg de colorant au Goulet de la fluorescéine, mais la quantité est trop faible pour être détectée aux résurgences supposées[1].

Le 22 juillet 1947, 75 kg de fluorescéine (150 kg dilués à 50%), fournis par la Commission de Spéléologie du CNRS, sont versés au Lac des Grands Gours visible du terminus des touristes. Le colorant ressort près de la Dordogne sous Montvalent à la résurgence du moulin du Lombard le 4 novembre et à la fontaine Saint-Georges le 14 novembre. Les échantillons sont collectés par M. Delmas, secrétaire de mairie de Montvalent et leurs concentrations en fluorescéine sont déterminés par Félix Trombe. Après un épisode pluvieux, toute trace de fluorescéine disparait le 1er décembre 1947[1].

Aucun colorant n'est cependant repéré aux résurgences du Gourguet et de la Finou alors que le lien entre le réseau Padirac et la Finou a été prouvé par la première traversée de 1996.

Reprise des explorations en 1947[modifier | modifier le code]

Le 9 août 1947 au matin, une exploration de 31 heures permet d'avancer de 150 mètres par un fort étiage, qui plonge les spéléologues dans la boue. Elle rassemble Guy de Lavaur, son fils Géraud, Félix Trombe, Jean Lesur et Louis Conduché. Ce dernier escalade une paroi glaiseuse de 6 mètres et franchit la chatière qui porte son nom[1].

Une grosse expédition est menée durant l'été 1948. Jean Lesur, Géraud de Lavaur et Roger Brillot topographient plus de 5 000 m de galerie et doublent l'équipe de pointe. Ils passent le déversoir, grand puits impressionnant où tombe la rivière. Ils contemplent le départ du quai aux fleurs, une rivière suspendue bordée de magnifiques concrétions de calcite flottante. Marcel Ichac, Jacques Ertaud et les frères Maille tournent Padirac, Rivière de la nuit qui est l'un des tout premiers films de spéléologie.

Plongées de 1948[modifier | modifier le code]

Le 18 juillet 1948 Guy de Lavaur plonge a la résurgence de Saint-Georges à Montvalent. Il est équipé d'un scaphandre autonome Cousteau-Gagnan, d'un vêtement protecteur contre le froid en caoutchouc mousse tranché de sa conception, d'une lampe électrique et d'un câble le reliant à la surface[1].

Madame de Lavaur avait fabriquée sur mesure cette première combinaison de plongée, en collant des plaques de caoutchouc mousse avec de la colle néoprène directement sur le maillot de bain style 1900 en jersey, porté par son mari.

À 12 mètres de profondeur, il pénètre dans le conduit souterrain descendant à 45 degrés de 5 à 6 mètres de large entre deux strates écartées d'environ 60 centimètres. Bloqué par son câble, il s'arrête à 40 mètres de profondeur et à 70 mètres de l'extérieur. Il décrit sa rencontre avec une demi-douzaine de poissons plats qui se cognent à lui. Il estime que les hommes n'atteindront probablement pas Padirac par cette voie[1].

Le 21 juillet 1948, il plonge le siphon au bout de la galerie de la Grande Arcade en amont du gouffre de Padirac. Il est vite arrêté par l'argile de la voûte basse du siphon[1].

Vers la rivière de Lavaur[modifier | modifier le code]

En 1948, une nouvelle expédition implique entre autres Robert de Joly, Félix Trombe, Guy de Lavaur, Jacques Ertaud, Jean Susse, Jean Deudon et un détachement militaire, commandé par le Lieutenant Auriol, comprenant camions, cuisines roulantes et poste radio. L'expédition souterraine compte au total 18 bateaux, de grandes quantités de matériel dont des éléments de parquet prêtés par le Génie sur lesquels seront montées les tentes. Ce matériel devait être acheminé sous terre sur plus de deux kilomètres et demi dans la salle du chaos, mais ils y renoncent au bout de 24 heures d'effort. L'acheminement du matériel durera du 24 au 27 juillet. Robert de Joly démontrera que l'on peut dormir sous terre sans tente sur son canot retourné. Jean Deudon, Jonquières, le capitaine Vivier et l'adjudent-chef Bedue atteigne le haut de la galerie qui mène la rivière dans le puits du Déversoir. Une grande stalagmite a cet endroit est baptisé la Colonne Deudon. Le groupe des jeunes topographes (Roger Brillot, André Fregnal, Géraud de Lavaur et Jean Lesur) dépasse de 200 mètres l'équipe de pointe (Salle Beamish et Quai aux fleurs), après 5 kilomètres de galeries topographiées. D'après Guy de Lavaur, l'expédition 1948 fut interrompue par la fatigue des hommes et l'usure du matériel[1],[6].

L'équipe cinéma constituée de Marcel Ichac, Jacques Ertaud et des frères Maille filment l'expédition et réalisent en 1949 le film de 17 minutes : Padirac, rivière de la nuit[7].

William Beamish demande à Guy de Lavaur d'organiser, pour septembre 1949, une expédition d'un type différent : un groupe unique sans recours à d'autres éléments de préparation et de soutien. Dans le but de progresser le plus loin possible, Guy de Lavaur s'entoure de Robert de Joly, Félix Trombe, le docteur Clamagirand, Jean Deudon, Jacques Ertaud, Jonquières et Bernard Pierre. Le matériel fut réduit de manière à ne pas dépasser 25 à 30 kg par personne. Entrés sous terre le 12 septembre 1949 à 19heures, après un repos à l'aller et au retour au Chaos 1948, ils atteignent la confluence avec la rivière de Joly où ce dernier fait une petite reconnaissance. Dans cette galerie, ils font 450 m vers l'aval et s'arrêtent à la Coulée de l'Avenir. La longueur du réseau reconnu passe à 6 kilomètres. Ils ressortent du gouffre le 16 à 12h30[1].

En 1951, Jean Lesur, une équipe scoute et des spéléologues locaux sont confrontés aux crues et atteignent le bivouac des 5000 (situé à 5 km de l'entrée).

En août 1962 a lieu le raid du Spéléo Club de Paris. Trois équipes, comptant au total 27 hommes, découvrent les allées cavalières et retrouvent la rivière perdue au Déversoir. Elle sera baptisée Rivière de Lavaur. Ils atteignent le siphon terminal après avoir découvert 3,4 km de galeries. Ils remontent aussi 900 m de galeries dans la rivière de Joly. Michel Croce-Spinelli et Jacques Ertaud tournent un film destiné au magazine télévisé Les Coulisses de l'exploit.

Les explorations depuis 1970[modifier | modifier le code]

Deux spéléologues dans le réseau de Padirac.
Navigation d'un spéléologue sur un canot dans la rivière de Padirac.

En 1970, Guy de Lavaur autorise les explorations de Padirac par les clubs de spéléologie du Lot. Jean Lesur et de nombreux spéléologues poursuivent l'exploration et la topographie des affluents de la rivière principale. Une étude géologique est réalisée en 1979 par Daniel Larribe.

En 1975, Robert Ascargota réalise une escalade au terminus 1962 de l'amont de l'affluent de Joly, le chaos Ascar. Ils butent au bout d'un kilomètre sur un nouveau chaos. En avril 1983, Jean-François Fabriol et Michel Durand parviennent à trouver un nouveau passage dans ce chaos dénommé depuis chaos Fabriol. Derrière, se déroule le boulevard Durand ensuite sur 1 400 m et un grand gisement paléontologique et préhistorique les attend : bois de cerf, os de mammouth et de rhinocéros, silex taillés.

Les expéditions scientifiques de 1984, 1985 et 1989, autorisées par le ministère de la Culture, sont préparées par J. Lesur, M. Durand et J.-F. Fabriol avec Michel Philippe (paléontologue), François Rouzaud, Jacques Jaubert (archéologues), Robert Fabriol (géochimiste), Bernard Lebreton (biospéléologue), Jean-Pierre Couturié (spécialiste des minéraux lourds).

Les expéditions sont maintenant coordonnées par la commission Padirac du Comité Départemental de Spéléologie du Lot qui capitalise les connaissances sur le réseau. Deux fois par an, des spéléologues de France et d'ailleurs pouvaient contribuer aux découvertes. L'évolution des techniques a facilité les explorations : canots plus résistants, vêtements qui protègent mieux du froid et de l'humidité, équipement de qualité des passages délicats, éclairage à Led, eau courante au bivouac des 5 000, tellurophone pour communiquer par moment avec la surface.

Padirac reste cependant une cavité particulière par la longueur des navigations et la succession des difficultés. L'entraide est obligatoire, ne serait-ce que pour acheminer 30 kg de matériel par personne pour explorer le réseau et vivre en autonomie totale, hors du temps, pendant une semaine.

Les plongées et la jonction avec les résurgences[modifier | modifier le code]

Le 18 juillet 1948, Guy de Lavaur effectue une plongée dans la fontaine Saint-Georges. Il atteint la profondeur de 30 mètres au fond de la vasque d'entrée. À partir de 1973, les plongeurs orientent leurs efforts sur tous les siphons de Padirac.

En 1990, à l'aval de la rivière de Lavaur (terminus 1962), ce sont plus de 2 kilomètres de galeries avec 5 siphons reconnus, le dernier à une profondeur de 35 mètres. Ils sont soutenus par de nombreux porteurs spéléologues lourdement chargés lors d'expéditions qui dépassent fréquemment une semaine sous terre.

Les résurgences sous Montvalent sont désobtruées et explorées en plongée. En 1991, à la résurgence de la Finou, les plongeurs passent 10 siphons et progressent de 4 500 mètres, dont 1 620 mètres de galeries noyées. En 1993, sept siphons sont franchis à la fontaine Saint-Georges.

1996 est marquée par la traversée intégrale La Finou - Padirac réalisée par Bernard Gauche aidé par des plongeurs et spéléologues venus du Lot, de Gironde, de Charente et des Deux-Sèvres. En 1995, Bernard franchit seize siphons depuis la résurgence de la Finou. Il reconnaît alors un fil d'Ariane qu'il avait posé l'année précédente lors d'une plongée réalisée au fond du gouffre de Padirac. Le 6 septembre 1996, il s'enfonce à nouveau dans la résurgence de la Finou chargé de 40 kilogrammes de matériel. Il franchit cinq kilomètres de réseau dont trois kilomètres noyés et, après 22 siphons, il réapparaît au siphon aval de la rivière de Lavaur le 7 à 5 heures du matin. Il est raccompagné jusqu'au bivouac des 5000 où la nouvelle est annoncée à la surface par tellurophone. Après quelques heures de sommeil et cinq kilomètres de parcours en rivière, il sort du puits de Padirac sous les acclamations de ses amis[8].

Le 19 octobre 2014 à 14 heures, la traversée de la résurgence Saint-Georges située à Montvalent jusqu'au gouffre de Padirac est réalisée par Clément Chaput. Bernard Gauche est entré dans Padirac le 16 octobre 2014 pour aller à la rencontre de Clément qui avait plongé à la résurgence de Montvalent le lendemain. Cette traversée souterraine de 20 kilomètres comporte 15 siphons dont un profond de 75 mètres. Autorisée par la direction de la société du gouffre de Padirac, elle a nécessité six mois de préparation aux nombreux spéléologues et plongeurs de la Fédération française de spéléologie et de la Fédération française d'études et de sports sous-marins, pour porter les 40 bouteilles de plongée et assurer la logistique[9].

Exploitation touristique[modifier | modifier le code]

En 1897 et 1898, Armand Viré fut chargé d'aménager le gouffre. L'escalier métallique fut conçu et fabriqué par la maison Charpentier et Brousse de Puteaux[3]. Les premières visites touristiques eurent lieu le 1er novembre 1898, mais l'inauguration officielle fut organisée le 10 avril 1899 sous la présidence du ministre de l'Instruction publique Georges Leygues. Aujourd'hui 2,5 km de galeries, sur les 42 km explorés, peuvent être visités.

Dès 1900, l'éclairage électrique fut installé sous la direction de l'ingénieur Roumazeilles. En 1906, une petite centrale électrique alimentait le gouffre[3]. Depuis les années 1930, l'accès à la rivière souterraine se fait par ascenseur, le reste de la visite se faisant à pied (environ 1 300 m) et en barque (1 000 m). La longueur de la rivière souterraine est de 20 kilomètres et sa profondeur varie de 50 cm à 6 m sur la partie visitée, la température de l'eau est constante à 12 °C, celle de la grotte est toujours de 13 °C.

Padirac détient le record de fréquentation pour le tourisme souterrain en France : plus de 400 000 visiteurs par an avec un record de 460 000 entrées en 1991. 85 personnes, en majorité des saisonniers, sont employées par la société d'exploitation spéléologique du gouffre de Padirac.

Depuis 1996 le gouffre est exploité par une société privée de type SA sous le nom de Société d'exploitations spéléologiques de Padirac. Cette société a réalisé un chiffre d'affaires de 3 576 200 € en 2011[10].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Jean Lesur rapporte les anecdotes suivantes à propos des expéditions au gouffre de Padirac[6] :

  • Il qualifie l'expédition 1949 de cauchemardante et rapporte un pugilat au sommet de la Grande Barrière entre Jean Deudon et Guy de Lavaur, bagarre gagnée aux poings par Deudon ;
  • À propos de l'expédition dans le gouffre de Padirac de septembre 1982, à laquelle participait des militaires grenoblois, qui s'était terminée par une rébellion suivie d'un grève de la faim : On ne fusille pas à Padirac parce qu'il n'y a pas d'aube ;
  • Michel Philippe (paléontologue), venu en 1984 analyser le gisement de l'affluent Robert de Joly contenant des os de mammouth, surprend les membres de l'expédition en se présentant comme spécialiste des troisièmes molaires des rongeurs, mais précise rapidement qu'il connait aussi les grands animaux...

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k de Lavaur (préf. René Jeannel, ill. Brillot, Ertaud, Frégnale, Ichac, G. de Lavaur, Maille), Padirac : ou l'aventure souterraine, Paris 7e, Jean Susse (réimpr. 1978) (1re éd. 1950), 110 p.
  2. Édouard-Alfred Martel, Le gouffre et la rivière souterraine de Padirac (Lot) : historique, description, exploration, aménagement (1889-1900), Paris, Librairie Ch. Delagrave,‎ 1900, 180 p. (lire en ligne), chap. II (« Historique - Exploration »), p. 37 :

    « Et non guère loin de là je vis pareillement le puits de Padirac ... et duquel endroit les habitants de ce pays vont puiser de fort bon salpêtre en y descendant par des engins fort dangereux. »

  3. a, b et c Le Lot partie Routes, de Rocamadour à Souillac p. 271-276 - Armand Viré - Réédition de l'ouvrage de 1907 - (ISBN 2-7455-0049-X)
  4. Les abîmes de E. A. Martel, Chapitre XV, « Le causse de Gramat - Padirac ».
  5. E.-A. Martel et E. Rupin, « Troisième exploration du gouffre de Padirac (Lot) », Mémoires de la société de Spéléologie, no 1, janvier 1896
  6. a et b Jean Lesur, « Il était une fois... », Rapport d'expédition Padirac 89,‎ 1989, p. 31-33.
  7. Olivier Guérard, « Liste des films proposés par la commission audiovisuelle de la FFS », Spéléoc - Revue des spéléologues du Grand Sud-Ouest, no 97,‎ 1er trimestre 2003, p. 10 (ISSN 0-241-4104, lire en ligne)
  8. L'autre Padirac, articles d'Emeric Beaucheron et Bernard Gauche.
  9. Cazal, « Rivière de Padirac : ils ont réussi une traversée inédite », La Dépêche du Midi,‎ 20 octobre 2014 (lire en ligne)
  10. Société d'exploitations spéléologiques de Padirac

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Édouard-Alfred Martel, Le gouffre et la rivière souterraine de Padirac (Lot) : historique, description, exploration, aménagement (1889-1900), Paris, Librairie Ch. Delagrave,‎ 1901, 180 p. (lire en ligne)
  • Édouard-Alfred Martel, Les abîmes : les eaux souterraines, les cavernes, les sources, la spéléologie : explorations souterraines effectuées de 1888 à 1893 en France, Belgique, Autriche et Grèce, Paris, Librairie Ch. Delagrave,‎ 1894, 578 p. (lire en ligne), chap. XV (« Le Causse de Gramat - Padirac »)
  • Troisième exploration du gouffre de Padirac (Lot), Extrait des Mémoires de la société de Spéléologie - no 1 - janvier 1896, par MM. E.-A. Martel & E. Rupin
  • L'Autre Padirac - Fédération Française de Spéléologie et Muséum d'Histoire Naturelle de Lyon, 1994, ISBN 2-7417-0112-1.
  • Padirac 99 - État des connaissances sur le réseau de Padirac au 31 décembre 1999 par Jean Lesur.
  • Gouffre de Padirac - La magie de la goutte d'eau, A. Roumieux, H. Taillefer, T. Richard, 1999, Éditions Fil d'Ariane, ISBN 2-912470-17-X

Reportage radiophonique[modifier | modifier le code]

  • Padirac et ses guides, documentaire de Patrick Cazals et Brigitte Alléhaut, rediffusé sur France Culture le 10 juillet 2007 dans l'émission « Sur les Docs » de l’émission « Grand angle » du 29 juin 1996, format wma 14 Mo.

Liens externes[modifier | modifier le code]