Gottlieb Hering

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Gottlieb Hering
Naissance 2 juin 1887
Warmbronn, (Allemagne)
Décès 9 octobre 1945 (à 57 ans)
Stetten im Remstal,
Origine Allemagne
Allégeance Drapeau de l'Allemagne nazie Allemagne nazie
Arme Flag Schutzstaffel.svg Schutzstaffel (1943-1945)
Grade SS-Hauptsturmführer
Conflits Seconde Guerre mondiale
Commandement Camp d'extermination de Belzec

Gottlieb Hering (2 juin 1887 - 9 octobre 1945) était un policier qui a participé aux actions d'euthanasie menées par les nazis et à l'extermination des Juifs d'Europe. Il fut le deuxième et dernier commandant du camp d'extermination de Belzec, dans le cadre de l'Opération Reinhard.

Gottlieb Hering est né en Allemagne le 2 juin 1887 à Warmbronn, commune de Leonberg située à environ 13 kilomètres à l'Ouest de Stuttgart dans l'actuel Land de Bade-Würtemberg.

Militaire (sergent) puis fonctionnaire de police (commissaire principal), il prit activement part au programme criminel nazi d’euthanasie des handicapés (Aktion T4).

Il fait également partie des organisateurs opérationnels et des exécutants directs de la Shoah, en tant que chef du camp d'extermination de Belzec, ('Lagerkommandant des Vernichtungslagers Belzec', (Aktion Reinhard), puis du camp de concentration de San Sabba située près de Trieste (Opération OZAK).

Lors de ces opérations, il a également fait procéder à la mise à mort de milliers de Tsiganes et de Partisans.

Hering est décédé le 9 octobre 1945, dans des conditions mal éclaircies, alors qu'il se trouvait dans la salle d'attente du Katharinen-Hospitals de Stetten im Remstal, commune située à proximité de Stuttgart.

Biographie - Les premières années[modifier | modifier le code]

À la fin de sa scolarité, Hering trouve à s'employer comme travailleur agricole.

De 1907 à 1909, il effectue son service militaire au 20e Régiment de uhlans d'Ulm, régiment würtembergeois (Ulanen-Regiment "König Wilhelm I." (2. Württembergisches) Nr. 20)).

Au terme de sa période de trois années, il se réengage à nouveau pour trois ans.

En 1912 Hering entre dans la police à Heilbronn, grande ville située sur le Neckar, au nord du Baden-Württemberg, région frontalière de la France et de la Suisse sise au sud-ouest de l'Allemagne.

En 1914, il se marie. De cette union naîtra un garçon.


Durant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1915, âgé de 28 ans, Gottlieb Hering rejoint le 123e régiment de Grenadiers, également régiment würtembergeois (Grenadier-Regiment „König Karl“ (5. Württembergisches) Nr. 123). Il y sert au sein de la compagnie de mitrailleuses (Maschinengewehr-Kompanie).

Hering combat jusqu'en 1918 sur le front occidental, dans le nord de la France. Il obtient le grade de sergent. Il est en outre décoré de la Croix de Fer de première classe.


Dans la Police de la République de Weimar[modifier | modifier le code]

À son retour à la vie civile, Hering reprend ses activités au sein de la police de Heilbronn.

À partir de 1919, il entame une carrière au sein de la police criminelle l'amenant en 1929 aux fonctions de Commissaire Principal (Kriminaloberkommissar).

Membre de la SPD (Parti Social Démocrate) dès 1920, il participe à des actions énergiques à l'encontre du parti national-socialiste (NSDAP), ainsi que des SA et SS, organisations paramilitaires issues du parti nazi.

Cette activité lui vaudra d'être surnommé "bouffeur de nazis" ("Nazi-Fresser“).


Les débuts dans l'appareil répressif nazi[modifier | modifier le code]

Après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir (Machtergreifung) le 30 janvier 1933, la situation de Hering paraît pour le moins compromise. Les membres véhéments du NSDAP exigent en effet son renvoi des services de police.

Toutefois, Hering obtient le soutien décisif de son collègue et compatriote würtembourgeois Christian Wirth, comme lui ancien combattant de la Grande Guerre, par ailleurs membre du NSDAP mais avec qui il entretenait des relations professionnelles depuis 1912.

Wirth s'opposa ainsi aux furieuses protestations des SA et des SS locaux qui réclamait l'expulsion de Hering de la police.

Cette intervention de Christian Wirth au profit de Hering fut décisive, puisqu'elle permit à ce dernier de demeurer au sein de la police. Il s'ensuivra un lien indéfectible, aux lourdes conséquences.

En mai 1933, Hering est membre de la NSDAP.

En 1934, il devient chef de la 'Kriminalpolizei Göppingen' (police criminelle Göppingen) .

En 1939, il change de lieu d'affectation et se retrouve à Stuttgart-Schwenningen.


La participation à l'Aktion T4[modifier | modifier le code]

En 1939, dans le cadre de l'examen d'aptitude à l'entrée dans la SS, 'Tauglichkeitsprüfung für die SS-Mitgliedschaft', Hering est déclaré inapte à servir en son sein.

Malgré cet échec, il est désigné pour participer, à l'instar de son collègue Wirth, aux actions d'euthanasie menées par les nazis à l'encontre des handicapés, opération dite Aktion T4. C'est dans le cadre de ces massacres que fut expérimenté et développé l'usage de gaz d'échappement pour asphyxier les victimes.

À la suite des protestations émanant notamment des Églises allemandes, l'opération sera officiellement suspendue par Adolf Hitler lui-même. Elle sera néanmoins secrètement poursuivie, par le biais de privations alimentaires ou de surdosages médicamenteux.


L'Aktion Reinhard : Hering, commandant du camp d'extermination de Belzec[modifier | modifier le code]

Un très grand nombre des participants à l'Aktion T4 furent reversés dans l'Aktion Reinhard, opération au terme de laquelle devait être anéantis les Juifs et les Tsiganes du Gouvernement Général, partie résiduelle de la Pologne démembrée en 1939 et occupée en l'occurrence par les Allemands avec pour Gouverneur Hans Franck.

Dans le cadre de l'Aktion Reinhard (ainsi désignée en référence à Reinhard Heydrich, chef redouté du RSHA et qui venait d'être exécuté à Prague par des partisans tchèques) fut édifié le camp d'extermination de Belzec, ainsi que ceux de Sobibor et Treblinka.

Poursuivant sa carrière criminelle, Hering succde à son collègue Wirth comme commandant du camp d'extermination de Belzec, qu'il dirigera de la fin août 1942 à juin 1943, date à laquelle le camp cessera ses activités meurtrières.

En 1943, et à à l'instigation d'Odilo Globocnik (officier général de la SS, SSPF de Lublin et responsable en titre de l'organisation opérationnelle de l'Aktion Reinhard) Hering est nommé directement officier SS, au grade de SS-Hauptsturmführer (capitaine SS); et ce, bien qu'il n'ait jamais pu auparavant devenir membre de la SS.


Hering sur la côte adriatique dans le cadre de l'OZAK (Operationszone Adriatisches Küstenland)[modifier | modifier le code]

Vers la fin de l'année 1943, alors que l'Aktion Reinhard avait pris fin, Hering est envoyé à Trieste, sur la côte adriatique.

Il y retrouve la plupart des personnels de l'opération Reinhard, cette dernière ayant elle-même regroupé un grand nombre des anciens membres de l'Aktion T4.

Hering se retrouve sous l'autorité de Christian Wirth, lequel est placé sous les ordres d'Odilo Globocnik, né à Trieste à l'époque (1904) où cette dernière faisait partie de l'Empire austro-hongrois dont elle constituait le débouché méditerranéen.

En cette fin 1943, Odilo Globocnik a le titre d'Inspektor der Sonderabteilung Einsatz R des SS- und Polizeiapparats in der Operationszone Adriatisches Küstenland, autrement dit d'inspecteur de la section spéciale de la SS et de la Police dans la zone d'opération de la cote adriatique.

La Sonderabteilung comprend 3 unités (Einheiten) : l'Einheit R I à Trieste, l'Einheit R II à Fiume et l'Einheit R III à Udinese. Le 'R' ici encore renvoie au prénom de Heydrich.

Second de Wirth, Hering est responsable de l'Einheit R I à Trieste. Comme chacune des autres unités dans leurs ressorts géographiques respectifs, l'Einheit R I se voit confier pour mission l'extermination des Juifs, la confiscation de leurs biens et le combat contre les partisans.

Au décès de Wirth en mai 1944, tué en voiture décapotable par des partisans qui ne seront pas identifiés, Hering dirige brièvement la Sonderabteilung jusqu'en juillet 1944.

À compter de cette date, August Dietrich Allers prend la relève de Wirth; Hering retourne alors à Trieste reprendre le commandement de l'Einheit R I, à la tête duquel Josef Oberhauser avait entretemps assuré l'intérim.

En tant que 'Kommandeur der Einheit R I', Hering exerce aussi le commandement du camp de concentration Rizière de San Sabba, sis dans un faubourg de Trieste.

Dans ce Konzentrationslager, antérieurement meunerie dédiée au riz, sont mis à mort près de 5 000 prisonniers juifs et partisans.

Le 11 avril 1945, Hering se marie en secondes noces avec Helene Riegraf, membre du BDM-Mädel (Bund Deutscher Mädel, branche féminine des Jeunesses hitlériennes (HJ ou Hitlerjugend), qu'il avait connue à Hadamar et qu'il avait emmenée avec lui à Trieste.

Fin de la guerre[modifier | modifier le code]

À la fin avril 1945, alors que le dénouement de la guerre approche, l'ensemble des unités de la Sonderabteilung Einsatz R quitte l'Italie du nord.

Hering rejoint alors l'Allemagne

Il décède le 9 octobre 1945 à l'hôpital Sainte-Catherine de Stetten im Remstal, dans des circonstances non-élucidées.


Témoignages[modifier | modifier le code]

« Hering and Wirth étaient vraiment méchants et tout le personnel du camp avait peur d'eux... J'ai su que Hering avait abattu deux gardes ukrainiens qui exprimaient leur mécontentement sur ce qui se passait dans la camp »

— Témoignage d'un membre du personnel SS du camp[1]

« Il n'était que rarement présent au camp et n'y venait que lors d'événements particuliers... Un jour, le moteur destiné aux gazages cessa de fonctionner. Lorsqu'il en fut informé, il arriva à cheval, ordonna que le moteur soit réparé et n'autorisa pas que les victimes enfermées dans la chambre à gaz puissent en sortir. Il les a laissé s'asphyxier et mourir lentement pendant plusieurs heures. Il hurlait et s'agitait avec rage. »

— Témoignage d'un déporté survivant, [2]

« Une fois, le major, le commandant du camp de la mort de Belzec, inventa un nouveau type de distraction : il attacha avec une corde un Juif à sa voiture et le força à courir derrière le véhicule, lâchant son chien qui mordait le Juif »

— Témoignage d'un habitant polonais du village de Belzec[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • Gemeinsame Normdatei
  • Ernst Klee: „Euthanasie“ im NS-Staat. Die „Vernichtung lebensunwerten Lebens“. S. Fischer Verlag, Frankfurt am Main 1983, ISBN 3-10-039303-1
  • Ernst Klee: Was sie taten – Was sie wurden. Frankfurt am Main 1986, ISBN 3-596-24364-5
  • Ernst Klee: Das Personenlexikon zum Dritten Reich: Wer war was vor und nach 1945. Fischer-Taschenbuch-Verlag, Frankfurt am Main 2005. ISBN 3-596-16048-0
  • Fritz Bauer Institut (Hrsg.): Arisierung im Nationalsozialismus – Jahrbuch 2000 zur Geschichte und Wirkung des Holocaust. Campus-Verlag, Frankfurt am Main 2000, ISBN 3-593-36494-8
  • Michael Wedekind: Nationalsozialistische Besatzungs- und Annexionspolitik in Norditalien 1943 bis 1945: Die Operationszonen "Alpenvorland" und "Adriatisches Küstenland". (Militärgeschichtliche Studien 38), Hrg. vom Militärgeschichtlichen Forschungsamt, R. Oldenbourg Verlag, München 2003, ISBN 3-486-56650-4
  • Informationsmaterial des Bildungswerks Stanislaw Hantz e.V.: Belzec, Reader - basiert auf einem bisher unveröffentlichten Manuskript des Historikers und Leiters der Gedenkstätte Belzec Robert Kuwalek
  • Israel Gutman (Hrsg.): Enzyklopädie des Holocaust - Die Verfolgung und Ermordung der europäischen Juden, Piper Verlag, München/Zürich 1998, 3 Bände, ISBN 3-492-22700-7

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Arad, Yitzhak: Belzec, Sobibor, Treblinka: the Operation Reinhard death camps. Bloomington: Indiana University Press 1987, p. 187
  2. Arad, Yitzhak: Belzec, Sobibor, Treblinka: the Operation Reinhard death camps. Bloomington: Indiana University Press 1987, p. 187-188.
  3. Arad, Yitzhak: Belzec, Sobibor, Treblinka: the Operation Reinhard death camps. Bloomington: Indiana University Press 1987, p. 188