Gotsé Deltchev

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Gotsé Deltchev

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Nom de naissance Georgi Nikolov Deltchev
Naissance 4 février 1872
Kilkís
Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Décès 4 mai 1903 (à 31 ans)
Banitsa
Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Activité principale

Gotsé Deltchev ou Goce Delčev (en bulgare et macédonien Гоце Делчев), né Gueorgui Nikolov Deltchev le 4 février 1872 à Kilkis et mort le 4 mai 1903 à Banitsa, est une figure révolutionnaire importante de la Macédoine ottomane du début du XXe siècle. Il était notamment l'un des dirigeants de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO), une organisation paramilitaire active en Turquie d'Europe à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Comme la plupart des personnalités nés en Macédoine avant que celle-ci ne soit reconnue en tant que nation, il est considéré bulgare en Bulgarie et macédonien en République de Macédoine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sultana et Nikola Deltchev, les parents de Gotsé Sultana et Nikola Deltchev, les parents de Gotsé
Sultana et Nikola Deltchev, les parents de Gotsé

Gotsé Deltchev est né le 4 février 1872 (ou le 23 janvier 1872 selon le calendrier julien) à Kilkis, ville de la Macédoine grecque faisant alors partie de l'Empire ottoman. Kilkis, ou « Koukouch » en langue slave, est alors une ville majoritairement peuplée de Slaves sous la juridiction de l'Exarchat bulgare[1],[2]. Deltchev commence à étudier à l'école primaire uniate de la ville, puis à l'école de l'Exarchat bulgare[3]. Il va souvent au tchitalichté de Kilkis, où il lit de nombreux ouvrages sur les idées indépendantistes bulgares[4].

En 1888, sa famille l'envoie au lycée bulgare de Thessalonique où il organise une fraternité révolutionnaire secrète[5]. Il propage aussi des ouvrages révolutionnaires qu'il obtient d'élèves du lycée ayant étudié en Bulgarie.

L'éducation dans un lycée bulgare n'ouvrant pas de grandes perspectives professionnelles, Gotsé Deltchev suit son camarade Boris Sarafov (en) et entre à l'école militaire de Sofia en 1891. La Bulgarie est alors nouvellement indépendante, et Deltchev est dans un premier temps enthousiaste, mais il est vite déçu de la politique dictatoriale de Stefan Stambolov. À Sofia, il fréquente de nombreux jeunes migrants venus de Macédoine et se construit un vaste réseau qui lui permet de rencontrer Ivan Hadjinikolov. Ce dernier souhaite créer une organisation révolutionnaire en Macédoine ottomane et Deltchev s'accorde avec lui sur tous les détails de l'entreprise. Il promet également de retourner en Macédoine après la fin de ses études[6]. Il est finalement renvoyé de son école en septembre 1894, un mois avant l'obtention de son diplôme, parce qu'il est membre d'un cercle socialiste illégal[7].

Instituteur et révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Gotsé Deltchev et un camarade de Kilkis en 1891 à Sofia

Gotsé Detchev quitte Sofia pour la Macédoine, où il devient instituteur et se sert du réseau d'écoles de l'exarchat pour propager ses idées révolutionnaires. Au même moment, en 1893, l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO) est fondée à Thessalonique. L'année suivante, lors d'un congrès à Resen, les membres de cette organisation décident de recruter en priorité des institeurs d'écoles bulgares[8]. En automne 1894, Deltchev s'installe à Chtip où il rencontre un autre instituteur, Damé Grouev, qui est aussi le chef du comité local du VMRO[9]. Grâce à Grouev, Gotsé Deltchev devient membre de l'organisation et devient peu à peu l'un de ses dirigeants[10].

Le VMRO gagne très vite en popularité, surtout après l'arrivée de Damé Grouev à Thessalonique où il est inspecteur d'écoles. Sous sa direction, Deltchev voyage dans toute la Macédoine et fonde des comités dans les villes et les villages. Il noue aussi des contacts avec le Comité suprême macédono-andrinopolitain, dont le but affiché est l'autonomie de la Thrace et la Macédoine[11]. Cependant, dans les faits, ce comité est étroitement lié à des gouvernements étrangers et provoquait régulièrement des actions terroristes contre les Ottomans afin d'aboutir à une guerre qui permettrait à la Bulgarie d'envahir la région. Gotsé Deltchev a d'ailleurs une mauvaise impression du mouvement. Après avoir passé l'année scolaire 1895/1896 à Bansko, Deltchev est arrêté par les Ottomans et emprisonné pendant un mois pour activités révolutionnaires. Il démissionne de son poste d'instituteur et retourne à Sofia à l'automne 1896. Là-bas, il sert de représentant du VMRO avec Guiortché Pétrov[12].

À la tête du VMRO[modifier | modifier le code]

Gotsé Deltchev avec son ami et biographe Peyo Yavorov

Gotsé Deltchev reste à Sofia jusqu'en 1902. Son travail de représentant auprès du gouvernement bulgare l'amène à négocier avec de nombreux marchands d'armes et des politiciens peu scrupuleux qui le dégoutent du système politique bulgare de l'époque. Avec Guiortché Pétrov, il établit également la carte du VMRO, avec ses structures régionales, ses districts et ses polices secrètes[13]. En 1898, il décide également la création de « tchétas » (bandes armées) dans chaque district. Grâce à ses connaissances militaires, il est par ailleurs mis à la tête de tous ces tchétas[14].

Deltchev s'occupe aussi de l'armement de l'organisation et fait installer une usine de bombes près de Kyoustendil, en Bulgarie. Les bombes sont ensuite acheminées en secret en Macédoine[15]. Il ouvre aussi un atelier de dynamite à Bourgas en 1900[16] et se rend à plusieurs reprises en Macédoine et en Thrace, organisant des enlèvements de personnalités[17] et passant ses troupes en revue.

La question d'un grand soulèvement définitif en Macédoine et en Thrace devient primordiale après 1900, mais divise les membres du VMRO ainsi que les autres organisations similaires. Lors d'un congrès tenu en janvier 1903 à Thessalonique et auquel Deltchev n'assiste pas, ce soulèvement est programmé pour le printemps de la même année. Cela provoque de longs débats lors d'un autre congrès, tenu à Sofia en mars. L'aile droite du VMRO soutient qu'un tel soulèvement provoquerait une guerre entre la Bulgarie et l'Empire ottoman et donc une possible intervention des grandes puissances qui anéantirait la Turquie[18]. L'aile gauche, menée par Gotsé Deltchev, considère que l'entreprise est trop risquée et surtout prématurée[19]. Finalement, Deltchev se plie aux demandes de l'aile droite, mais obtient tout de même un changement de date, et le soulèvement est repoussé à l'été. Il persuade aussi les autres cadres d'utiliser des techniques de guérilla plutôt qu'organiser une insurrection mettant à contribution les populations locales. Deltchev commence alors les préparatifs du soulèvement et teste ses tactiques en détruisant un pont en Macédoine. Il retrouve aussi Damé Grouev, qui vient de sortir de prison, à Thessalonique, et rencontre diverses personnalités autonomistes. En mai 1903, il se dirige vers le mont Alibotuş où il doit rencontrer des représentants du district de Serrès.

Mort[modifier | modifier le code]

Le 28 avril 1903, des autonomistes avaient déjà organisé des attentats à la bombe à Thessalonique, entraînant l'application de la loi martiale dans la ville et l'arrivée de renforts militaires ottomans dans la région. Ceux-ci retrouvent la trace de Gotsé Deltchev et sont informés de son expédition vers le mont Alibotuş, situé en territoire ottoman[20]. Deltchev meurt le 4 mai 1903 lors d'une embuscade de la police turque près du village de Banitsa, probablement après une trahison de la part des villageois[21]. Son corps est identifié par les autorités de Serrès et enterré dans une fosse commune. Le soulèvement préparé par le VMRO a finalement lieu en août et il a été baptisé « Insurrection d'Ilinden ». Après un certain succès, les combattants sont toutefois rapidement contenus par l'armée ottomane, et le soulèvement est un échec[22]. Deux frères de Gotsé, Mitso et Milan, sont d'ailleurs tués eux-aussi par les Ottomans, et un décret de Ferdinand Ier de Bulgarie de 1914 donne une pension à vie à leur père pour le mérite de sa famille[23].

Controverse[modifier | modifier le code]

Le tombeau de Gotsé Deltchev à l'église Saint-Sauveur de Skopje

Après 1944, les considérations officielles de la Bulgarie à propos de la Macédoine ont changé puisque le pays a suivi la décision du Comintern de reconnaitre la nation macédonienne comme étant distincte de la nation bulgare[24]. La même politique est appliquée en Yougoslavie[25]. Par ailleurs, la nouvelle République socialiste de Macédoine, l'une des six entités yougoslaves, était présentée comme l'aboutissement naturel des aspirations de Gotsé Deltchev pour une Macédoine autonome[26]. Cependant, selon le cadre communiste yougoslave Lazar Koliševski, Gotsé Deltchev n'était « qu'un Bulgare sans importance pour les combats de libération[27] », mais le 10 octobre 1946, sous la pression de Moscou qui veut développer l'identité macédonienne, les restes de Deltchev sont transférés à Skopje[28]. Le lendemain, ils sont déposés dans un sarcophage de marbre qui se trouve toujours dans la cour de l'église Saint-Sauveur[29].

Après la rupture entre Staline et Tito en 1948, la Bulgarie rompt ses relations avec la Yougoslavie et reprend la vision selon laquelle les Macédoniens sont bulgares[30]. En réponse, les autorités yougoslaves renforcent l'identité macédonienne et utilisent la figure de Gotsé Deltchev[31] tout en décourageant les sentiments d'appartenance à la nation bulgare chez les Macédoniens. La « bulgarophobie » qui en résulte atteint même un statut d'idéologie d'État[32]. Tous les documents écrits par Gotsé Deltchev en bulgare sont traduits en macédonien et ces traductions sont présentées comme des originaux[33] et l'Insurrection d'Ilinden devient une révolte anti-bulgare[34].

Après la dissolution de la Yougoslavie et la chute du communisme, des personnalités bulgares et macédoniennes ont tenté quelques célébrations communes des héros du VMRO, mais elles ont toutes été rejetées car considérées comme politiquement inacceptables[35],[36]

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Balkan ghosts: a journey through history, Robert D. Kaplan, Vintage books, 1994, (ISBN 0679749810), p. 58.
  2. Vacalopoulos, Apostolos. Modern history of Macedonia (1830-1912), From the birth of the Greek state until the Liberation, Thessaloniki: Barbounakis, 1989, p. 61-62
  3. Л. Чопова-Юрукова, Спомени за семейството на Гоце Делчев, сп. Септември, кн. 5, 1953, стр. 72; Ст. Стаматов, Спомени за Гоце Делчев и Борис Дрангов, София, 1935, стр. 15.
  4. People in World History: A-M, Susan K. Kinnell, ABC-CLIO, 1989, (ISBN 0874365503), p. 157.
  5. Julian Allan Brooks, MA in History "Shoot the Teacher!" Education and the Roots of the Macedonian Struggle; December 2005. Thesis (M.A.) – Department of History – Simon Fraser University, p. 133–134.
  6. „Илюстрация Илинден", София, 1936 г., кн. 1, стр. 4–5; (Magazine Ilustratsia Ilinden), Sofia, 1936, book I, p. 4–5; the original is in Bulgarian.
  7. For freedom and perfection. The Life of Yané Sandansky. Mercia MacDermott (Journeyman, London, 1988) p. 44.
  8. Ethnic rivalry and the quest for Macedonia, 1870–1913, Vemund Aarbakke, East European Monographs, 2003, (ISBN 0880335270), p. 92.
  9. MacDermott, Mercia. 1978. Freedom or Death: The Life of Delchev. Published by The Journeyman Press, London and West Nyack. 405 pp. ISBN 0-904526-32-1. Translated in Bulgarian: Макдермот, Мерсия. Свобода или смърт. Биография на Гоце Делчев, София 1979, с. 86–94.
  10. Ivo Banac, The Macedoine (p. 307–328 in of "The National Question in Yugoslavia. Origins, History, Politics", Cornell University Press, 1984)
  11. Елдъров, Светлозар. „Върховният македоно-одрински комитет и Македоно-одринската организация в България (1895–1903)“, Иврай, София, 2003, ISBN 9549121062, стр. 6.
  12. Пейо Яворов, "Събрани съчинения", Том втори, "Гоце Делчев", Издателство "Български писател", София, 1977, стр. 30.
  13. (en) Hugh Poulton, Who are the Macedonians?, C. Hurst & Co.,‎ 2000 (ISBN 1850655340, lire en ligne)
  14. Minorities in the Balkans, Vladimir Ortakovski, Transnational Publishers, 2000, (ISBN 1571051295), p. 43.
  15. Пейо Яворов, "Събрани съчинения", Том втори, "Гоце Делчев", Издателство "Български писател", София, 1977, стр. 32–33.
  16. Иван Карайотов, Стоян Райчевски, Митко Иванов: История на Бургас. От древността до средата на ХХ век, Печат Тафпринт ООД, Пловдив, 2011, (ISBN 978-954-92689-1-1), стр. 192–193.
  17. Fires on the mountain: the Macedonian revolutionary movement and the kidnapping of Ellen Stone Volume, Laura Beth Sherman, East European Monographs, 1980, (ISBN 0914710559), p. 15.
  18. Socialism and nationalism in the Ottoman Empire, 1876–1923, Mete Tunçay, Erik Jan Zürcher, British Academic Press, Amsterdam, 1994, (ISBN 1850437874), p. 36.
  19. Пейо Яворов, "Събрани съчинения", Том втори, "Гоце Делчев", Издателство "Български писател", София, 1977, стр. 62–66.
  20. (en) lindensko-Preobrazhenskoto vŭstanie ot 1903 godina, Authors Khristo Angelov Khistov, Institut za istoria (Bŭlgarska akademia na naukite), Publisher BAN, 1983, p. 123, Google Books,‎ juin 7, 2006 (lire en ligne)
  21. Пейо Яворов, "Събрани съчинения", Том втори, "Гоце Делчев", Издателство "Български писател", София, 1977, стр. 69.
  22. (en) A concise history of Bulgaria, Cambridge concise histories, R. J. Crampton, Cambridge University Press, 1997, ISBN 0521561833, pp. 131–132, Google Books (lire en ligne)
  23. Държавен вестник, бр. 282, 4.ХІІ.1914, стр. 1.
  24. (en) Politics, power, and the struggle for democracy in South-East Europe, Volume 2 of Authoritarianism and Democratization and authoritarianism in postcommunist societies, Karen Dawisha, Bruce Parrott, Cambridge University Press, 1997, (ISBN 0521597331), pp. 229–230, Google Books (lire en ligne)
  25. (en) Europe since 1945. Encyclopedia by Bernard Anthony Cook. ISBN 0815340583, p. 808, Google Books,‎ avril 21, 2009 (lire en ligne)
  26. (en) Ideologies and national identities: the case of twentieth-century Southeastern Europe, John R. Lampe, Mark Mazower, Central European University Press, 2004, (ISBN 9639241822) pp. 112–113, Google Books (lire en ligne)
  27. Мичев. Д. Македонският въпрос и българо-югославските отношения – 9 септември 1944–1949, Издателство: СУ Св. Кл. Охридски, 1992, стр. 91.
  28. (en) The Macedonian conflict: ethnic nationalism in a transnational world, Loring M. Danforth, Princeton University Press, 1997, (ISBN 0691043566), p. 68, Google Books (lire en ligne)
  29. (en) Dismembering the state: the death of Yugoslavia and why it matters, P. H. Liotta, Lexington Books, 2001, (ISBN 0739102125), p. 292, Google Books (lire en ligne)
  30. (en) The Macedonian Conflict: Ethnic Nationalism in a Transnational World, Loring M. Danforth, Princeton University Press, 1997, (ISBN 0691043566), p. 68, Google Books (lire en ligne)
  31. The Macedonian Question: Britain and the Southern Balkans 1939–1949, Oxford Historical Monographs, Dimitris Livanios, Oxford University Press US, 2008, ISBN 0199237689 p. 202.
  32. (en) « Mirjana Maleska. Editor-in-chief. With the eyes of the "others" – about Macedonian-Bulgarian relations and the Macedonian national identity. New Balkan Politics – Journal of Politics. Issue 6 », Newbalkanpolitics.org.mk,‎ février 3, 2002 (consulté le 20 novembre 2011)
  33. (en) Contested Ethnic Identity: The Case of Macedonian Immigrants in Toronto, 1900–1996, Nationalisms Across the Globe, Chris Kostov, Peter Lang, 2010, (ISBN 3034301960), p. 95, Google Books (lire en ligne)
  34. Minorities and mother country imagery, Gerald L. Gold, Memorial University of Newfoundland. Institute of Social and Economic Research, 1984, ISBN 0919666434, p. 74.
  35. (en) M3 Web – http://m3web.bg, « Bulgaria foreign minister takes "Friendship Treaty" to Macedonia, May 5, 2010, Sofia news agency », Novinite.com,‎ mai 5, 2010 (consulté le 20 novembre 2011)
  36. (en) « България и светът. 04 Август 2006, По съседски: Събития с балкански адрес. Новина № 2 », Bnr.bg (consulté le 20 novembre 2011)
  37. Son appellation sur S.C.A.R.

Liens externes[modifier | modifier le code]