Gong fu cha

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Tournage des tasses pendant le gong fu cha

Le gong fu cha (ou gōngfū chá, ou kung fu cha) est une méthode chinoise de préparation du thé, pratiquée particulièrement dans la région du Guangdong.

La préparation en gōngfū chá 工夫茶 n'est pas une cérémonie mais une méthode : gōngfū 工夫 (autres orthographes : kung fu ou congou dans l'orthographe anglaise du nom de certains thés) désigne « l'art d'agir avec application », et cette préparation n'a que peu de points communs avec le chanoyu 茶の湯 ─ la cérémonie du thé japonaise ─ la notion de sacré et de communion sociale pouvant exister dans le gōngfu chá, mais de manière concomitante, alors que ces principes sont fondamentaux dans le chanoyu, cérémonie zen (du sanskrit dhyāna, « méditation » via le chinois chán禅). Le gōngfū chá est simplement une méthode conviviale permettant d'obtenir un bon thé, de même qu'en Occident les œnologues utilisent certains verres et un vin préparé par une ventilation suffisante, à la température voulue, pour déguster les grands crus. Cette méthode permet également de mettre en avant les parfums du thé, ainsi que le thé lui-même par un service raffiné (Théière en terre de Yi Xing, tasse en porcelaine fine...).

Ustensiles[modifier | modifier le code]

# Objet Utilisation
Zhǔshuǐqì 煮水器 Il désigne la bouilloire contenant l'eau chaude, posée sur un réchaud à alcool ou à charbon, pour maintenir la réserve d'eau à température.
Chápán 茶盤 C'est une « mer de thé », c'est-à-dire un plateau dont la partie supérieure est composée de lattes ou d'une plaque de métal ou de pierre ajourée permettant à l'eau de s'écouler dans la partie inférieure faisant office de récipient. Il permet de protéger la table tout aux long des opérations.
Chájīn 茶巾 C'est un tissu épais utilisé pour essuyer le bas des objets. Il peut aussi parfois remplacer le chápán.
Cháhú 茶壶 L'élément fondamental du service est la théière.

Dans le cas de la méthode de préparation Gong Fu Cha, la théière provient de Yíxìng 宜兴; ville potière reconnue internationalement et capitale de la poterie chinoise, elle est située dans le Jiāngsū 江苏. Ces théières sont faites dans une terre poreuse et riche en silice ─ la Yíxìng shā 宜兴砂 « terre du Yíxìng » ─ qui retient très bien la chaleur et se charge rapidement des parfums du thé. Celle-ci les conserves, on dit qu'elle se « culotte ». Chaque thé demande donc sa propre théière afin d'éviter des mélanges de mauvais aloi.

La théière en question existe en deux formats : la petite théière de 20cl servant principalement aux wūlóng 乌龙 et la grosse théière de 40cl pour les hóng chá 红茶 (thé rouge chinois) et aux hēi chá 黑茶 (thé noir chinois). Dans les deux cas, son embout est très fin, laissant rarement passer les feuilles de thé.

Cháchuán茶船 Récipient en terre composé de deux parties: un type d'assiette aux bords relevés, dans lequel on met de l'eau chaude, et un "bateau à thé", une plus petite assiette légèrement surélevée dans lequel repose la théière. Il permet de maintenir cette dernière à température pendant l'infusion. La théière baigne dans l'eau surtout pour les wūlóng 乌龙.
Cháguàn 茶罐 Simple boîte contenant le thé.
Cházé 茶則 Cuiller longue aux bords relevés servant à prendre le thé dans sa boîte. Elle ne ressemble pas à une cuillère occidentale.
Cháhǎi 茶海 Cruche dans laquelle on verse le thé une fois infusé à travers un chálòu 茶漏 ─ ou lǜwǎng 濾網 une sorte de passoire à tamis très fin, de manière à vider le thé de la théière au moment idoine pour obtenir le temps d'infusion voulu (souvent très court).
Wénxiāngbēi聞香杯 tasse haute et étroite dans laquelle on verse un peu de thé pour le sentir, puis que l'on vide et hume de nouveau pour apprécier d'autres parfums; le wénxiāngbēi sert surtout aux wūlóng, qui laissent, une fois la tasse à parfums vide, de fortes senteurs de caramel et de sucre.
Chábēi茶杯 Petite tasse simple, sans anse, dans laquelle on boit le thé.
Cháyú 茶盂

ou Shuǐyú

水盂

Récipient servant à recevoir l'eau du cháchuán une fois l'infusion achevée. C'est un pot faisant office de "poubelle" de table.
Cháchí 茶匙 aiguille longue permettant de nettoyer le cháhú de ses feuilles à la fin du gōngfu chá.

Le service complet, chájù茶具, est difficile à obtenir en Occident. On le trouve généralement dans les boutiques des quartiers chinois (comme les quartiers chinois de Belleville, d'Arts & Métiers ou du XIIIe arrondissement à Paris), dans les boutiques spécialisées dans le thé, dans les épiceries fines, ou dans certaines brûleries.

Préparation[modifier | modifier le code]

  1. Remplir la théière d'eau chaude, faire attention de bien remettre son couvercle à chaque étape.
  2. Vider la théière dans les tasses, dans les tasses à sentir, dans la cruche et en aspergeant bien la plateforme de préparation. L'objectif de cette étape est de faire en sorte que les accessoires sont tous imprégnés de chaleur, la température du thé se conserve alors mieux.
  3. Mettre deux cuillères de thé (cházé) dans la théière, soit environ 4 à 6g. Apprécier le parfum des feuilles encore sèches dans la théière chaude.
  4. Verser l'eau chaude sur les feuilles et vider immédiatement la théière de la même manière qu'à la seconde étape.
  5. Verser à nouveau de l'eau en la faisant déborder pour chasser l'écume. On peut aussi utiliser le couvercle afin de retirer cette écume; comme avec une spatule à bière.
  6. Attendre le temps d'infusion nécessaire.
  7. Vider la théière dans la cruche en attendant la dernière goutte.
  8. Verser dans la tasse à sentir, apprécier les parfums.
  9. Verser de cette tasse dans la tasse à boire
  10. Découvrir les parfums de la tasse à sentir vide avant de boire (bruyamment) son thé

La logique de cette démarche est de conserver le thé dans la chaleur à chaque étape. Ainsi, la théière est en général conçue dans une terre qui monte vite en température et garde bien la chaleur. Par ailleurs, les parfums dans la tasse à sentir s'estompent plus vite si le thé n'est pas assez chaud.

Il est en outre remarquable que les parfums du thé se révèlent plus dans la tasse à sentir vidée que pleine. En effet, quand elle est pleine, l'eau réabsorbe une partie des parfums.

Temps d'infusions[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas de règle pour les temps entre chaque infusion, cela dépend du goût de chacun (plus ou moins fort selon le temps d'infusion), du type de thé qui infusera plus ou moins vite et sera plus ou moins fort[1]. La couleur du thé donnera rapidement une indication quant à la force de l'infusion. On retiendra qu'en règle générale, trop infuser donne un goût trop fort, voire amer, et que les premières infusions doivent être plus courtes que les dernières car les feuilles de thé mettront plus de temps à infuser.

Le même thé peut être infusé plus d'une dizaine de fois, l'infusion, dont le temps va varier, donnant alors des senteurs différentes. En règle générale, l'on sait que le thé est infusé quand la goutte qui perle au bec de l'宜興壺/宜兴壶 Yíxìnghú est rentrée entièrement — le thé semblant alors se rétracter. Les premières infusions peuvent ne durer que quelques secondes, les dernières plus d'une heure pour certains 黑茶 hēi chá.

Pour un Wu Long de Taïwan, il est conseillé de faire des infusions entre 20 secondes (pour les premières infusions) et 40 secondes (pour les dernières), jusqu'à dix infusions[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Shimizu, dir. : Sixtine de Norois, Nicolas Fiévé, Sylvie Guichard-Anguis, Michèle Pirazzoli-t'Serstevens, Jean-Noël Robert, Les Arts de la Cérémonie du Thé, Dijon, Editions Faton,‎ , 255 p. (ISBN 2-87844-035-8) Essentiellement consacré au Japon. Quelques mots sur les rapports avec la Chine (thé, chan, céramique chinoise...)

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]