Globes de Coronelli

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Globe terrestre de Coronelli, Bibliothèque nationale de France
Globe céleste de Coronelli, Bibliothèque nationale de France

Les Globes de Coronelli ou Globes de Marly sont une paire de globes (terrestre et céleste) de grande dimension (4 mètres de diamètre environ) réalisée par Vincenzo Coronelli et offerte à Louis XIV à la fin du XVIIe siècle. Le globe terrestre présente l'état des connaissances géographiques et les savoirs sur les civilisations indigènes des trois continents Asie, Afrique, Amérique des Européens pour la décennie 1670-1680, tandis que le globe céleste figure l'état du ciel à la naissance de Louis XIV.

S'ils ont toujours appartenu aux collections de la Bibliothèque nationale de France, c'est depuis peu que les deux globes dépendent du département des cartes et plans et qu'à l'occasion de leur présentation permanente au public en 2006, ils sont référencés sous les numéros Ge A 499 pour le globe céleste[1] et Ge A 500 pour le globe terrestre[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Pour une chronologie générale des globes de 1680 à 2008, voir : Chronologie des globes de Coronelli.

Ces globes ont été financés par le cardinal d'Estrées pour les offrir au roi de France Louis XIV, dont il était l'ambassadeur auprès du Saint-Siège. Le Cardinal avait en effet été très impressionné par les globes d'un mètre cinquante de diamètre fabriqués en 1678 pour le Duc de Parme par le cartographe italien Vincenzo Coronelli, « le plus grand fabricant de globes de tous les temps »[3], dont il obtient de réaliser deux globes de grande dimension pour Louis XIV. Ils sont fabriqués à Paris de 1681 à 1683, probablement à l'Hôtel de Lionne (aujourd'hui détruit). Le mobilier de présentation est réalisé par Jules Hardouin-Mansart et l'Anglais Michael Butterfield.

Bien que destinés à orner le château de Versailles, ils restent à Paris dans l'attente d'une solution architecturale pour les présenter. Un projet d'exposition dans la petite Orangerie est évoqué en 1690, mais abandonné. Ils sont finalement installés à Marly en 1703 ; c'est à ce séjour qu'ils doivent leur nom de « Globes de Marly ». Au château de Marly, où des pavillons ont été spécialement aménagés par Mansart afin de présenter ces œuvres de grande dimension, les globes impressionnent les visiteurs, tel la reine d'Angleterre Anne qui les découvre le à l'occasion d'une visite à la cour de Louis XIV.

Les globes quittent Marly en 1715 pour être stockés à Paris, au palais du Louvre. Les architectes du bâtiment de la Bibliothèque royale prennent leur dimension en compte dans le but de les y exposer ; la pièce est prête à les recevoir dès 1731, mais ils ne sont exposés qu'à partir de 1782. Dans son commentaire du plan de la Bibliothèque royale qu'il publie en 1754 dans l'Architecture françoise, Jacques-François Blondel s'étonne de cette situation : « La pièce marquée M fut construite en 1731, pour y placer deux globes (...) mais depuis qu'on les a apportés de Marly, ils sont restés encaissés et ne sont point encore exposés à la vûe des connoisseurs. (...) Sans doute on ne privera pas encore longtemps le public d'une curiosité si peu commune et qui, ayant coûté tant de dépense, mérite bien qu'on en rende l'accès facile ».

Les globes quittent la Bibliothèque en 1901, suite aux modifications opérées dans la grande salle de lecture. Puis, enfermés à Versailles, ils tombent dans l'oubli et on perd même les clés ouvrant les caisses de stockage.

Le cartographe Michel Morel retrouve leurs traces au début des années 1970 avec l'aide de Edmond Pognon, conservateur en chef honoraire du département des cartes et plans à la Bibliothèque nationale, puis de Monique Pelletier après 1976. Morel se retourne ensuite vers l'association internationale des Amis de Coronelli, qui font pression pour faire exposer les globes. Ils sont restaurés et créent l'événement à l'occasion de l'exposition de cartographie Cartes et Figures de la Terre au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou du 24 mai au 17 novembre 1980. À cette occasion, les globes sont transportés par l'armée (quatre véhicules porte-chars sont mobilisés pour assurer cette opération) de leurs réserves de l'Orangerie de Versailles à Beaubourg. Les travaux de restauration durent 60 jours et débutent à Versailles et se poursuivent à Beaubourg, sous la direction de Michel Morel, en abattant la façade des caisses et en travaillant à l'intérieur de celles-ci. À l'ouverture des caisses, Michel Morel constate que les globes étaient d'un aspect grisâtre, une couche de poussière s'étant accumulée durant leur exposition à la Bibliothèque entre 1782 à 1901, poussière dont ils furent protégés par la suite par l'épais molleton dans lequel ils étaient stockés ; cette protection était toutefois détruite en partie.

Après l'exposition, les globes sont de nouveau stockés à Versailles puis transférés à la Cité des sciences et de l'industrie à La Villette. Ils sont ensuite exposés, sur des tréteaux, lors de l'exposition universelle de Hanovre en 2000, mais sans jamais quitter Paris : ils sont en effet présentés dans leurs réserves parisiennes à la demande des organisateurs de l'exposition, qui n'ont pas obtenu le droit d'exposer ces globes en Allemagne.

Ils sont présentés, sans leur mobilier, au Grand Palais en (voir photos). Après une petite restauration des pôles en juin-juillet 2006, les globes sont exposés dans l'aile Ouest de la Bibliothèque François-Mitterrand, sans leur mobilier, depuis le . L'absence du mobilier s'explique par la hauteur et le poids de l'ensemble.

Ils sont référencés dans les collections du département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France sous les cotes Ge A 499 et Ge A 500.

Les globes sont le sujet d'un timbre français émis en 2008.

Description des globes[modifier | modifier le code]

Ces deux sphères, l'une terrestre et l'autre céleste, mesurent 387 centimètres de diamètre et pèsent environ 2 tonnes chacune. Le diamètre atteint 487 centimètres si l'on inclut les méridiens et les cercles d'horizon (mobiles). Leur ossature est en bois (probablement du chêne), recouvert d'une toile. Chaque globe est muni de deux trappes : une de visite et une d'aération.

Le mobilier de présentation des globes est lui aussi de grande dimension, portant l'ensemble à plus de 8 mètres de hauteur. Chaque mobilier de bronze et de marbre pèse plus de quinze tonnes.

Descriptions des illustrations[modifier | modifier le code]

Représentation de l'Australie (Nouvelle Hollande) par Coronelli

À titre de comparaison, la surface des deux globes est égale à une fois et demie les Noces de Cana de Paul Véronèse soit plus de 100 m2.

Parmi les peintres ayant illustré ces globes, citons Jean-Baptiste Corneille.

Le globe terrestre présente l'état des connaissances géographiques alors connues et la Californie est encore représentée sous les contours d'une île. Il comporte plus de 600 cartouches explicatifs, parfois assez longs, comme celui intitulé « Mœurs des peuples du Chili ». Ces textes et les tracés géographiques sont confiés à des spécialistes. Le tracé du Mississippi est ainsi confié à Jean-Baptiste Franquelin, cartographe établi à Québec, et à Cavelier de La Salle, explorateur de ces territoires.

Le globe céleste figure l'état du ciel à la naissance de Louis XIV. Peint et enluminé par Jean-Baptiste Corneille, y sont représentées les constellations sous forme d'animaux fantastiques, les étoiles et les planètes, le tout dans un camaïeu de bleu. Les noms des constellations sont indiqués en quatre langues : français, latin, grec ancien et arabe. Sept étoiles sont nommées exclusivement en arabe. Le globe indique également la course de certains corps célestes au cours du XVIIe siècle dont quelques comètes.

Nous possédons aujourd'hui encore l'intégralité des textes des nombreux cartouches descriptifs grâce à la patience de François Le Large, un des gardiens de ce trésor qui, au début du XVIIIe siècle, recopia soigneusement toutes les inscriptions figurant sur les globes. Ces documents furent précieux lors de la restauration opérée avant l'exposition à Beaubourg en 1980.

Bibliographie et filmographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Letort, Les grands globes de la Bibliothèque nationale, Paris, La Nature, no 116, 21 août 1875, p. 177
  • Monique Pelletier, « Les Globes de Louis XIV à Beaubourg », dans Bulletin de la Bibliothèque nationale, no 3, 1980, p. 142
  • Monique Pelletier, « Des globes pour le Roi-Soleil : Les origines des “globes de Marly” », dans Revue de la Bibliothèque Nationale, no 2, 1981, p. 80-86
  • Monique Pelletier, « Les Globes de Marly, chefs-d'œuvre de Coronelli », dans Revue de la Bibliothèque nationale, no 47, printemps 1993, p. 46-51
  • Michel Morel, Compte rendu sur la remise en état des globes dits de Marly, IGN, Saint-Mandé, 1980
  • Collectif, Cartes et Figures de la Terre, catalogue de l'exposition, Centre Georges-Pompidou et Centre de création industrielle, Paris, 1980, 479 p. (ISBN 2-85850-058-4), p. 11-14
  • Coronelli, les globes de Louis XIV : La Terre et le Ciel par Vincenzo Coronelli, Bibliothèque nationale de France et Montparnasse Multimédia, Paris, 1999, CD-ROM + livret (ISBN 2-7177-2093-6)
  • Olivier Rolin, Une invitation au voyage avec des illustrations d'Érik Desmazières ; ouvrage commandité par la Bibliothèque nationale de France[4], Paris, 2005
  • Hélène Richard, Les Globes de Coronelli, Bibliothèque nationale de France et Seuil, Paris, 2006, 78 p. (ISBN 2-7177-2372-4 et 2-02-088141-1)
  • « Les Globes de Coronelli, vision d'un monde, vision d'un monarque », dans Le Dessous des cartes, prés. Jean-Christophe Victor, réal. Frédéric Ramade, prod. France Culture et Arte France, diff. octobre 2006 sur Arte
  • Catherine Hofmann et Hélène Richard (dir.), Les PGlobes de Louis XIV. Étude artistique, historique et matérielle, Paris, BnF, 2012 (ISBN 978-2-7177-2493-6)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice no FRBNF40771425, catalogue général de la BNF.
  2. Notice no FRBNF40771426, catalogue général de la BNF.
  3. Helen Wallis, « notice biographique de Coronelli », Amsterdam, 1969, p. 18.
  4. Édition initiale de 2005 hors commerce. Édition de 2006 avec une préface de Jean-Noël Jeanneney (ISBN 978-2-7177-2373-1).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]