Girart de Roussillon

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Girart de Roussillon
Mariage de Girart de Roussillon dans un manuscrit du XVe siècle attribué au Maître du Girart de Roussillon
Mariage de Girart de Roussillon dans un manuscrit du XVe siècle attribué au Maître du Girart de Roussillon
Titre
Comte de Paris
vers 838 – vers 841
Prédécesseur Leuthard Ier
Successeur Leuthard II
Comte de Vienne
vers 844869
Prédécesseur Création
Successeur Boson V de Provence
Biographie
Dynastie Girardides
Date de naissance vers 810
Date de décès 877
Père Leuthard Ier
Mère Grimaut
Conjoint Berthe
Entourage Lothaire Ier (empereur) beau-père

Girart de Roussillon[1] (Gérard, Girard, Gyrart) (?? - 877) connu aussi sous les noms de Girard de Vienne ou Gérard II de Paris est un aristocrate franc, comte de Paris[2] et comte de Vienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Girard naît vers 810[réf. nécessaire], fils de Leuthard Ier[3] (comte de Fezensac et de Paris) et de Grimaut, une princesse bourguignonne[3].

Selon René Poupardin, il épouse a une date inconnue, mais avant 818, Berthe, une fille de Hugues, le comte de Tours[3] et la sœur d'Ermengarde de Tours[2]. Avec cette union, Girart est désormais le beau-frère de l'empereur Lothaire Ier et obtient comme premier poste l'administration de l'Avallonnais et du Lassois[3]. De ce mariage ne naît aucune descendance masculine et une seule fille est connue, Eva[4].

Pendant l'exercice de sa première charge, il achète plusieurs domaines dans la région entre 815 et 827 : une maison seigneuriale et une église en octobre 818 et surtout le domaine de Vezeliacum entre 820 et 830. Ces terres, qui correspondent aujourd'hui à Vézelay, étaient la propriété de Louis le Pieux et sont données en témoignage d'une faveur à Girart[5].

Fidèle de Louis le Pieux[modifier | modifier le code]

Il organise la réconciliation du roi avec ses fils[réf. nécessaire], et accède vers 838 au titre de comte de Paris que détenait déjà son père Leuthard Ier mort en 816. René Poupardin signale qu'il intervient auparavant quelque temps en Italie, comme missus[6]. Girart reste fidèle au roi d'Aquitaine Louis le Pieux jusqu'à sa mort en 840[7].

Fidèle de Lothaire Ier (834-855)[modifier | modifier le code]

Lors de la division de l'empire entre les trois héritiers de Louis le Pieux au traité de Verdun, Girart choisit d'apporter son soutien à Lothaire Ier[8]. Suite à son soutien envers le futur empereur, il suit l'empereur à à Aix-la-Chapelle et reçoit le titre de comte palatin, mais perd le comté de Paris car ce territoire dépend désormais de Charles le Chauve[7],[9].

En 844, Girart de Rousillon reçoit le duché de Lyon qui comprend le comté de Vienne et de Lyon afin d'en assurer le commandement militaire et de repousser les raids des Sarrasins, qui dès 842 pillent le la région d'Arles en remontant le Rhône[10].

Puis deux ans plus tard, en 846, il accompagne Lothaire dans une expédition contre les Musulmans qui assiègent Rome[11].

Après avoir reçu le Duché de Lyon, Girart de Roussillon continue d'investir dans le nord du Royaume de France. Ainsi en 852, il achète des terres à Fontenay et Dornecy en Bourgogne[12].

Homme fort de Charles de Provence (855-863)[modifier | modifier le code]

Division de l'empire de Lothaire Ier après le traité de Prüm.

En 855, Lothaire Ier choisit d'abandonner le trône et de donner le « royaume de Provence » (appelée aussi Bourgogne Cisjurane) à son héritier Charles de Provence. Mais ce dernier est un enfant fragile et faible d'esprit, le véritable maître du royaume est donc son précepteur le comte Girart, régent du Lyonnais et du Viennois pendant huit ans[13],[10].

En 859, un traité est conclu entre Lothaire II de Lotharingie et son frère Charles de Provence, au terme duquel, ce dernier reconnaît son frère comme héritier.

En 858-859, fidèle à sa politique favorable à l'Église, Girart fonde les abbayes de Pothières et de Vézelay[11],[14]. Il fait don de ce dernier monastère par une charte au Saint-Siège. Cette donation est acceptée par le pape Nicolas Ier en mai 863 et confirmée par Charles le Chauve le 7 janvier 868 après une entrevue à Pouilly-sur-Loire. L'abbaye de Pothières est donné à des moines qui sont placés sous la règle de Saint-Benoît avec des revenus issus des territoires possédés par Girart près de Sens et de Troyes. L'abbaye de Vézelay, quant à elle, est donnée à des religieuses soumises à la même règle, mais avec des revenus issus de différents villages des environs de Vézelay : Dornecy, Fontenay et Montillot[15].

En 860, Girart de Roussillon arrête devant Valence les Vikings qui, après avoir pillé la Camargue, remontent le Rhône[10].

À l’automne 861, Girart défend aussi le royaume contre les prétentions de Charles le Chauve[16],[10], ce dernier s’avance jusqu’à Mâcon sans dépasser cette limite[17].

Homme fort de Lothaire II (863-869)[modifier | modifier le code]

À la mort de Charles de Provence en 863, le frère de ce dernier, l’empereur Louis II le Jeune, arrive le premier pour s'octroyer la Provence. Lothaire II de Lotharingie arrive trop tard et ne peut pas faire respecter l’accord de 859. Toutefois, ce dernier récupère les provinces septentrionales, c'est-à-dire l'ancien duché de Lyon[12],[18] et Girart obtient la suzeraineté sur les comtés de Lyon, regroupés au sein du duché du Lyonnais[12]. Girart devient alors le premier conseiller de Lothaire. Il le soutient contre les prétentions de Charles le Chauve s'associant même dans cette entreprise avec les Aquitains, rebelles eux aussi à la domination française[9].

Cette même année Girard obtient du pape Nicolas Ier, en dépit de l'opposition des Carolingiens, de prendre sous protection papale le monastère de Vézelay qu'il avait fondé sur ses terres bourguignonnes[19].

En 868, Girart s’oppose une nouvelle fois au roi Charles le Chauve à propos de l’héritage du comté de Bourges et de ses abbayes.

Chassé de Provence par Charles le Chauve (870)[modifier | modifier le code]

En août 869, dès la mort de Lothaire II de Lotharingie et à la suite du traité de Meerssen qui organise sa succession, Charles le Chauve négocie avec son demi-frère Louis II le Germanique et obtient le comté de Lyon et celui de Vienne. Girart refuse ce partage et entre en rébellion contre Charles le Chauve. Le roi de Francie occidentale marche rapidement avec son armée sur Lyon qui ne résiste pas, puis sur Vienne. Vienne, dont la défense est dirigée par Berthe, la femme de Girart, résiste pendant plusieurs mois, mais les troupes royales dévastent la campagne. Girart accourt et demande une capitulation honorable[12].

Cette demande est acceptée et Girart cède alors Vienne à Charles le Chauve qui en prend possession la veille de Noël de l'an 870[réf. nécessaire]. Charles le Chauve incorpore ensuite le Lyonnais et le Viennois dans son royaume et en janvier 871, il nomme Boson V de Provence, gouverneur du Lyonnais et du Viennois, charge occupée jusqu’alors par Girart.

De leur côté, Girart et sa femme se retirent à Avignon qui avait été leur ancien fief[12]. De plus, pour éviter l'acquisition de leurs biens situés en Bourgogne par Charles le Chauve, les deux époux décident de fonder deux monastères et de les placer sous la protection du Pape afin qu'ils deviennent inviolables[14].

Berthe meurt en 873[20] et Girart en 877[12]. Ils sont inhumés à Avignon à l'abbaye de Pothières aux côtés de leur fils Thierry[12].

Le personnage légendaire[modifier | modifier le code]

Le personnage légendaire de Girard de Roussillon est à l’origine de plusieurs chansons de geste et fait partie des plus importants personnages de l'épopée carolingienne. D’après la chanson de geste issue du cycle de Doon de Mayence, il serait fils de Drogon, frère de Doon de Montreuil, de Beuve d'Aigremont et de fait, oncle des Quatre fils Aymon et de Maugis.

Sous la plume des auteurs médiévaux, il est aussi appelé Girart de Fraite, et serait comte de Barcelone, comte de Gascogne, comte d'Auvergne et comte de Provence.

Girart de Roussillon, chanson de geste du cycle de Doon de Mayence[modifier | modifier le code]

Ce personnage et son histoire ont fait l'objet d'une étude accessible sur le site Persée [21].

Lors de la fête de Pentecôte, le pape appelle les gens de la cour du roi Charles à s'unir pour aller secourir l'empereur de Constantinople, père de deux filles, dont l'aînée est promise à Charles et la cadette à Girart, un baron très puissant de sa cour et son ami. Après plusieurs batailles contre les païens, de nombreux messagers sont envoyés chez l'empereur, dont Girart lui-même. Le père des deux jeunes fiancées couvre de richesses les Français venus les chercher, mais Girart accélère les choses et se fait présenter les deux femmes. La première, Berthe, est d'une très grande beauté, d'un noble maintien, très cultivée et bien éduquée, parle de nombreuses langues et n'a pas son égal en éloquence, beauté et intelligence. Mais la seconde, faisant son entrée, ravit encore plus l'assemblée : on reconnaît que celle-ci est d'une beauté incomparable. Tout le monde repart, les poches remplies et le cœur plein de promesses et d'espérances.

En rentrant à la cour de France, Charles interroge les premiers messagers arrivés sur les deux femmes ; on lui vante les nombreux mérites de sa future, Berthe, mais il s'afflige de savoir que son vassal va épouser la plus belle des deux sœurs, l'accusant même d'avoir choisi seul. S'ensuit alors une discussion féroce pour faire changer d'avis Charles : tous ses barons tentent de le raisonner, le pape même s'en mêle : beaucoup ont juré sur leur vie à l'empereur de Constantinople qu'ils feraient épouser Berthe à Charles. Mais le roi de France n'en démord pas, tant et si bien que Girart est contraint de céder Elissant au roi, en échange d'un accord qui provoquera de nombreux maux : il lui demande surtout de lui donner en alleu sa terre de Roussillon, c'est-à-dire qu'elle ne dépendrait plus de Charles et que Girart en serait le seul maître. Charles accepte, demandant en contrepartie de garder son droit ancestral à venir chasser sur les terres de Girart.

Cette tradition lui permet de faire une percée sur les terres de Girart, dont il craint la trop grande puissance (renforcée par son contrôle accru de Roussillon). Passant par la forêt d'Ardennes, il galope jusqu'à Roussillon, où il somme Girart de lui remettre ses terres ; celui-ci refuse, et se déclare prêt à se défendre, mais il est trahi par son sénéchal, Richier de Sordane, qui confie les clefs de Roussillon à Charles, et le roi en profite pour attaquer et piller le château que Girart blessé doit fuir précipitamment. Il se réfugie à Avignon, où il retrouve ses parents et vassaux venus - trop tard - lui porter secours : Fouque le sage, Boson le belliqueux, Seguin de Besançon, Fouchier, avec qui il décide de riposter depuis Dijon. Il menace ensuite le roi installé à Roussillon, qui sort en compagnie d'une petite troupe pour poursuivre l'insolent : mais celui-ci l'attend plus loin avec une grande armée, et le roi se fait moucher, puis part se réfugier à Reims, la route de Roussillon lui étant barrée par les hommes de Girart. Celui-ci reprend possession de son château, et son cousin Fouque tue le traître Richier qui tentait de s'enfuir.

Charles enrage, et prépare une bataille rangée ; Girart en est averti, mais malgré les conseils pacifistes de Fouque, décide de tenir tête au roi. Fouque obtient cependant d'aller à Orléans voir le roi pour présenter une offre et ainsi éviter un conflit ouvert. De son côté, Charles demande conseil à ses barons, qui restent divisés sur l'identité du déclencheur de troubles : certains rejettent la faute sur Girart, et d'autres au contraire sur Charles (notamment Thierry de Scanie, autrefois réduit à l'infâmie par Drogon, le père de Girart, et tiré de la misère par le roi, qu'il sert fidèlement, mais aussi sagement). Le roi refuse d'être jugé responsable de la situation, et rejette les conseils de paix que lui proposent ses barons. Plus tard, Fouque paraît chez le roi pour l'inciter à la paix, voyant qu'il se prépare à livrer une bataille féroce contre Girart ; mais le roi s'y refuse, et Fouque suite aux menaces et à l'inimitié de celui-ci se voit dans l'obligation de déclarer la guerre.

Les deux armées se retrouvent sur la plaine de Vaubeton. Toutes les forces de Girart sont présentes, Allemands, Provençaux, Gascons et autres, tout comme celles du roi. Une bataille effroyable s'ensuit, dans laquelle meurt un nombre effroyable de chevaliers. Parmi eux notamment Drogon, tué par Thierry de Scanie, et Odilon (blessé à mort, et mort quelques jours après la fin de la bataille, toujours par Thierry). Les pertes sont nombreuses des deux côtés, mais une manifestation surnaturelle engage les deux parties à faire la paix : des flammes descendent du ciel pour enflammer les enseignes des deux belligérants. Les barons de Charles font envoyer à Girart Thibert de Vaubeton pour conclure un accord, et le maître de Roussillon s'en va demander conseil sur son lit de mort à son oncle Odilon. Celui-ci l'engage fortement à la paix, ainsi que ses propres fils (Fouchier, Boson, Fouque, Seguin, cousins de Girart) ; mais Girart ne veut la paix qu'en échange de la promesse de bannissement de Thierry. Charles accepte, si Thierry n'est bannit de sa cour que pendant sept ans. Une paix semble conclue.

Cependant le roi est assailli de toutes parts par des païens qui profitent de son affaiblissement de Vaubeton. Il appelle au secours Girart, et leur force commune leur permet de repousser les ennemis ; c'est ainsi qu'ils se réconcilient, Charles étant trop heureux d'avoir pu conserver sa souveraineté grâce à Girart. Plusieurs années s'écoulent, dans une grande harmonie, les deux hommes étant très amis et se conseillant l'un l'autre. Au bout de la septième année, Girart accepte que revienne Thierry de Scanie ; mais au cours de tournois organisés en son honneur, Thierry et ses fils sont assassinés sournoisement par Boson, qui voulait venger son père, et Fouchier, son frère, vole le roi.

Celui-ci accuse Girart d'avoir orchestré ces exactions, lui confisque ses terres, le somme de venir lui prêter allégeance et justifier ses prétendus actes ; son messager sera Pierre de Mont-Rabei, un jeune noble plein de fougue. Celui-ci s'offusque du refus de Girart d'obéir aux désirs du roi, et défie, s'emporte, mais ne parvient pas à faire réussir son ambassade, et repart plein de rancune chez Charles, à qui il raconte plus ou moins fidèlement le contenu de l'entrevue. Le roi attaque ensuite un château de Girart, Mont-Amele. Malgré les conseils de Fouque, Girart riposte, et une grande bataille s'ensuit, mais il perd contre Charles, qui fait prisonnier nombre de ses barons. Le vainqueur refuse tout accord que lui proposent les perdants, sauf si on lui livre Boson, le meurtrier de Thierry, ce qui est refusé. Begon, le messager de Girart, tente de le défendre, et d'expliquer ses actes, rappelant notamment que le roi avait organisé une embuscade pour tuer Girart si celui-ci s'était présenté à sa cour après l'accusation portée contre lui du meurtre de Girart.

Begon revient penaud chez Girart, lui racontant la fierté de Charles, qui de son côté lui avait rappelé que beaucoup de vassaux de Girart étaient en train de passer dans son camp, mécontentés du traitement de Girart. Fouque explique à Girart que ces désertions sont dues au comportement colérique, cruel et obstiné adopté par le maître de Roussillon. Girart cependant arrive à surprendre Charles à Civaux, faisant fuir ses troupes prises par surprise. Puis le roi réagit, et écrase Girart. Celui perd presque tous ses appuis (Charles en a acheté certains, comme les Gascons et les Provençaux), ne lui restent que les fidèles Bourguignons ; ses terres lui sont prises l'une après l'autre. À Montbrun, ville livrée par trahison, Girart se rend avec tous ses hommes et attaque au petit matin les troupes du roi, qui se dispersent. Un millier de chevaliers se réfugie à l'abbaye de Vaucouleurs, que Girart incendie et pille.

La guerre se poursuit ainsi pendant cinq ans, entre exactions et sacrilèges opérés dans les deux camps, qui mettent à feu et à sang les terres qu'ils traversent. Le roi assiège Roussillon, qu'un traître lui offre sur un plateau avec la complicité de sa femme, qui vole les clefs de la ville ; ses troupes attaquent pendant la nuit. Girart est contraint de s'enfuir, la mort dans l'âme car sa femme est restée derrière. Cependant elle est sauvée par Boson, qui l'emmène avec lui jusqu'à Girart ; tous s'enfuient à Dijon, où ils préparent une bataille dans laquelle prendront part Bourguignons et Bavarois, derniers appuis de Girart, ainsi que tous les soldats qu'il pourra payer avec l'argent qui lui reste. De son côté, le roi se réjouit d'avoir repris Roussillon à son ennemi, mais ses barons lui apprennent qu'un des voisins de Roussillon bloque toutes les routes y menant ; revenu à Orléans, il décide sous conseil de faire fortifier Roussillon pour la préparer à une attaque éventuelle de Girart. Celui-ci est prévenu par le biais de Fouque, contacté par le juif Belfadieu, engagé sur place par Charles et qui avait déjà été en contact avec lui lors de sa venue à la cour du roi avant la bataille de Vaubeton. Les ennemis du roi attaquent alors un convoi de ravitaillement, et Girart remporte une victoire chère payée. Envoyant un messager à la cour du roi pour lui demander la paix, il tente de vaines négociations qui ne sont plus utiles à ce moment-là de la guerre. Il se prépare à encore livrer bataille, mais ses ressources s'amenuisent. La prochaine bataille doit avoir lieu près de Châtillon-sur-Seine ; cependant un baron prisonnier de Girart le trahit et fait prévenir Charles à Roussillon des intentions de son ennemi.

La dernière bataille commence : elle signe la défaite de Girart ; Fouque est fait prisonnier, Boson est tué, il se retrouve seul et s'enfuit à Besançon, où sa femme prévenue de la tournure des événements le rejoint. Elle l'engage à chercher à se mettre en sécurité, et accompagné de six autres, tous deux partent de la ville juste avant l'attaque de Charles. En chemin, ils croisent des hommes du roi, et les attaquent, mais se font massacrer ; Girart s'enfuit et se réfugie chez un ermite en compagnie de sa femme et d'Enjoïs, une jeune noble accompagnant la comtesse. L'ermite tente de faire renoncer Girart à toute sa rancœur, mais Girart en garde toujours contre Charles ; il décide de se rendre chez un parent de sa femme, Oton, roi de Hongrie, qui l'aidera à rassembler ses forces, et escompte attaquer en traître Charles pour se venger. L'ermite lui montre son péché, et le sermonne ; il arrive cependant à lui faire abandonner ses derniers effets guerriers. Girart reprend la route, et apprend par des marchands rentrant de Bavière et de Hongrie qu'Oton est mort et que des soldats sont venus pour le capturer, s'il se rendait en Hongrie auprès de son parent. Mais Berthe trouve une ruse pour éloigner les marchands qui n'ont pas reconnus le couple en guenilles : elle prétend avoir assisté aux funérailles de Girart, et les marchands répandent la nouvelle de la mort de Girart dans tout le pays ; celle-ci parvient aux oreilles de Charles, qui s'en réjouit.

Ils marchent et sont logés par des ermites, ou des pauvres à qui ils cachent leur identité ; certains maudissent devant eux Girart qui a mené une guerre terrible contre le roi de France, menant à la mort un des leurs. Le comte tombe malade, et le couple trouve refuge chez des gens qui les traîtent bien mal, et les mettent bientôt à la porte par méchanceté ; mais un homme de bien les recueille chez lui et s'occupe de Girart malade.

Guéri, celui-ci trouve un emloi de charbonnier et vit dans la plus grande simplicité auprès de sa femme, qui se fait couturière. Ainsi vivent-ils pendant vingt-deux ans. Au bout de ce long temps, Berthe propose à Girart d'aller voir la reine sa sœur, qui pourrait les aider à rentrer dans les grâces du roi, qui ne peut plus leur tenir rigueur de faits accomplis vingt ans auparavant, si Girart se présente comme vassal humble. Girart se rend auprès d'Elissant, et se fait reconnaître par l'anneau qu'elle lui a offert lorsque leurs fiançailles ont été rompues par le roi. Elle promet de lui faire rendre ses terres, car le conseil lui mange dans la main. Elle demande au roi s'il serait prêt à pardonner à Girart si celui-ci revenait, et celui-ci jure que oui, persuadé que son vieil ennemi est mort à Roussillon, il y a vingt ans de cela. En voyant arriver Girart, le roi enrage et jure de causer sa perte ; mais la reine lui rappelle son serment et les lois de l'honneur, proposant même de lui rendre une terre sans donjon pour le réhabiliter à la cour. Girart accepte le fief donné par le roi, mais consent à le lui laisser en échange de son ami Fouque toujours prisonnier.

Celui-ci a été cédé à Aupais, la fille de Thierry de Scanie, dont on a cru qu'elle se vengerait du meurtre de son père sur le frère de son assassin ; cependant il n'en est rien : elle est tombée amoureuse de lui et veut l'épouser à Oridon son fief, rejetant tous les beaux partis que sa famille lui envoyait. Plusieurs barons, et notamment Oudin, proposent à Charles d'attaquer Oridon pour récupérer (et tuer ?) Fouque ; Charles ne s'y engage pas lui-même, car Girart est encore à sa cour et il ne peut donc le trahir impunément, mais les laisse faire. Un baron présent, parent de Girart, va prévenir la reine de l'attaque imminente que va subir Aupais. Elle en profite pour redonner à Girart Dijon, Roussillon, Châtillon-sur-Seine, Montargon et Vaucouleurs, afin qu'il s'y réfugie et se prépare. La reine envoie Droon et Bertrand comme messagers à Aupais pour lui promettre des renforts et lui assurer qu'elle lui fera épouser Fouque ; dans cette même lettre, elle leur apprend que Girart est vivant, ce qui réjouit son cousin. Tous s'enfuient du château sur le point d'être assiégé par Oudin.

Ils sont poursuivis par lui, mais dans une bataille celui-ci est fait prisonnier et ses troupes mises en déroute. Girart retrouve son cousin et accepte son mariage avec Aupais. La paix est conclue avec Charles ; pendant ce temps, beaucoup d'anciennes cités appartenant à Girart, apprenant son retour, se rebellent contre leurs garnisons françaises et les chassent ou les tuent. Retrouvant Enjoïs qui les avait accompagnés dans leurs plus sombres moments, il la marie à Bertrand en récompense des services de ce dernier. Le roi enrage de savoir ses vassaux prisonniers et ses garnisons chassées, mais la reine le raisonne et le calme. Une trêve est conclue pour sept ans, pendant laquelle Fouque a quatre enfants (dont l'aîné s'appelle Thierry et devient par ruse de la reine filleul du roi) et Girart deux, dont l'un meurt en bas âge. Il place ses espérances dans le survivant. Pendant ce temps, la comtesse fait construire une abbaye à Vézelay. La reine veut faire bénir la paix de Charles et Girart par le pape, mais Charles et ses barons refusent tout accord et s'apprêtent à attaquer Roussillon, mais Girart est averti de l'attaque par la reine elle-même. Voyant que la situation risque de recommencer, Guy de Risnel, un homme de confiance de celui-ci, amène avec lui l'enfant de Berthe et Girart et l'assassine. Recevant juste après la lettre de la reine, il se prépare à la risposte, et met en déroute les troupes royales. Mais quand on lui rappelle ce pour quoi la reine a œuvré, il accepte de relâcher les prisonniers, et Charles, sous le conseil du pape, met fin à la querelle.

Pendant ce temps, l'abbaye de Vézelay est en cours de construction, et Berthe supervise les travaux. Cependant, elle rencontre un jour un pèlerin qu'elle rejoint la nuit pour aider à construire l'abbaye de ses propres mains, sans que personne ne le sache. Un messager envoyé à Girart par Charles loge dans le château et s'aperçoit qu'elle découche la nuit pour rejoindre un pèlerin. Il tente alors de séduire la comtesse, qu'il prend pour une femme de mauvaise vie, et s'offusque de ce qu'elle refuse ses avances, lui laissant entendre qu'elle s'accommode bien d'un pauvre pèlerin. Chassé, il s'en va voir Girart, à qui il fait croire qu'elle le trompe ; fou de douleur, le mari accepte de le suivre pour vérifier ses dires. Ils assistent à la scène nocturne de construction (Berthe apparaît à Girart entourée d'un halo de lumière) qui fait prendre conscience à Girart de la sainteté de sa femme, et le traître s'enfuit. Le comte de Roussillon reconnaît en la personne du pèlerin un parent, Guintrant, qui avait été capturé en Terre Sainte lors d'un pèlerinage, et le réhabilite à ses côtés. Il confie ensuite ses terres à Fouque, et se retire avec Berthe dans une vie de sainteté. Ils seront chantés à l'abbaye de Vézelay.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gerard, comte de Vienne sur le site Foundation for Medieval Genealogy
  2. a et b (Le Jan 1995, p. 255)
  3. a, b, c et d (Pujo 2000, p. 34)
  4. (en) Franks, carolingian Nobility sur fmg.ac. Consulté le 29 octobre 2014.
  5. (Pujo 2000, p. 34-35)
  6. (Poupardin 1901, p. 12)
  7. a et b (Pujo 2000, p. 35)
  8. (Louis 1946, p. 43)
  9. a et b (École des Chartes 1972, p. 311)
  10. a, b, c et d (Pujo 2000, p. 36)
  11. a et b (École des Chartes 1972, p. 312)
  12. a, b, c, d, e, f et g (Pujo 2000, p. 37)
  13. (Lewis 1952, p. 221-225)
  14. a et b (Pujo 2000, p. 38)
  15. (Pujo 2000, p. 38-40)
  16. (Poupardin 1901, p. 30)
  17. (Riché 1997, p. 28)
  18. (Poupardin 1901, p. 34)
  19. (Riché 1997, p. 323)
  20. Chronico Vezeliacensi (Chronique de Vézelay) livre I, p. 394
  21. Voir ici

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Régine Le Jan, Famille et pouvoir dans le monde franc: VIIe-Xe siècle, vol. 33, Publications de la Sorbonne,‎ 1995 (ISBN 2-85944-268-5, lire en ligne).
  • (en) Archibald R. Lewis, The development of southern French and catalan society, 718-1050, vol. 6,‎ 1952.
  • René Louis, Girart, Comte de Vienne (819-877), et ses fondations monastiques : de l'histoire a la légende, vol. 1, Imprimerie Moderne,‎ 1946.
  • Pierre Riché, Les Carolingiens, une famille qui fit l’Europe, Paris, Hachette,‎ 1997 (1re éd. 1983), 490 p. (ISBN 2012788513).
  • École des Chartes, Revue d'érudition, vol. 164, Paris-Genève, Société de l'École des chartes,‎ 1972, 2e éd. (lire en ligne).
  • La Chanson de Girart de Roussillon, Lettres Gothiques, Le Livre de Poche, Paris, 1993.

Lien externe[modifier | modifier le code]