Girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali

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Girafe de Charles X, 1827.
La girafe empaillée au Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle, 2009.

La girafe offerte à Charles X par Méhémet Ali est une girafe qui vécut pendant 18 ans au début du XIXe siècle dans la ménagerie du Jardin des plantes à Paris. Elle fut la première girafe à entrer en France, et la troisième en Europe, la première étant la girafe Médicis, acquise par Laurent de Médicis à Florence en 1486.

Elle a été appelée « Zarafa » a posteriori, à partir de 1998.

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle fut offerte au roi de France, Charles X, par le vice-roi d'Égypte, Méhémet Ali. Celui-ci l'avait lui-même reçu en cadeau de Mouker Bey, un seigneur du Soudan ; l'idée de l'offrir à la France vient de Bernardino Drovetti, consul de France en Égypte[1].

Née en 1825 d'après les calculs de l'époque[2], elle arriva à Marseille le 14 novembre 1826 et fut conduite à Paris à pied à partir du printemps 1827. Au cours de ce voyage elle était accompagnée par Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du Jardin des plantes, ainsi que par trois vaches dont elle buvait le lait et qu'elle suivait[3], une escorte de gendarmes à cheval, et un chariot à bagages. Arrivée le 30 juin, elle fut pendant trois ans une des principales attractions de la capitale (au cours de l'été 1827 elle reçut 600 000 visiteurs).

Elle est à l'origine de nombreuses illustrations et objets au décor dit « à la girafe »[4],[5]. Elle a également inspiré un couple de personnages typiques du Carnaval de Paris : La girafe et son cornac[6]. Narcisse-Achille de Salvandy lui a donné fictivement la parole en juillet et août 1827 dans deux pamphlets politiques intitulés Lettre de la girafe au pacha d'Égypte[7]. Honoré de Balzac[réf. nécessaire] a fait de même en septembre 1827 avec le Discours de la girafe au chef des six Osages, ainsi que Charles Nodier avec Tablettes de la girafe du Jardin des plantes dans Scènes de la vie privée et publique des animaux.

Après sa mort le 12 janvier 1845 de tuberculose bovine due à l'ingestion quotidienne de lait[3], elle a été naturalisée, et fait désormais partie de la collection zoologique du Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle[8].

Postérité : XXe siècle et XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Le relevé de discordances entre le spécimen de La Rochelle et des dessins de 1827[9] perpétue les rumeurs d'origine patriotique apparues après la Première Guerre mondiale, selon lesquelles le corps de la girafe, transféré au musée de Verdun, aurait inspiré aux militaires français l'idée de le brandir dans les tranchées pour effrayer l'ennemi, ou aurait fini sous les ruines du musée, après un bombardement qui n'en aurait laissé subsister que le cou[10]. Ces histoires reposeraient elles-mêmes sur une confusion, la girafe du musée de Verdun ne pouvant être que celle dite « de Daubenton », montée en 1820 avec la première peau de girafe reçue par le muséum de Paris[11].

Dans son livre publié en 1998, Michael Allin l'appelle Zarafa, nom qu'il présente comme la transcription d'un mot arabe signifiant à la fois « girafe » et « charmante » (en fait, deux mots distincts mais se transcrivant de la même manière)[12] ; néanmoins, ce nom n'est pas attesté du vivant de la girafe.

Un film d'animation très librement inspiré de l'histoire de cette girafe, Zarafa, réalisé par Rémi Bezançon et Jean-Christophe Lie, est sorti en février 2012. Spécialiste français de la première girafe de France, Olivier Lebleu a collaboré à la promotion de sortie. Le film a réalisé 1,4 million d'entrées cinéma en France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Poisson, « Histoire de la girafe », dans Le Courrier (ISSN 0304-3118), UNESCO, vol. 39, no 3, mars 1986, p. 7–9.
  2. « On a varié sur son âge compté en nombre de lunes ; cependant on est parvenu à concilier quelques renseignemens contradictoires et à établir qu'elle avait pris vingt-deux mois en novembre 1826. »Geoffroy Saint-Hilaire, « Quelques Considérations sur la Girafe », dans Jean-Victor Audouin (dir.), Adolphe Brongniart (dir.) et Jean-Baptiste Dumas (dir.), Annales des sciences naturelles, t. 11, Paris, Crochard, 1827, p. 211.
  3. a et b Éric Baratay, « Les animaux en cage : sous le regard des hommes », émission Concordance des temps, sur France Culture, 18 février 2012.
  4. (en) Michele Majer, « La Mode à la girafe: Fashion, Culture, and Politics in Bourbon Restoration France », dans Studies in the Decorative Arts (ISSN 1069-8825), vol. 17, no 1, automne-hiver 2009-2010, p. 123–161.
  5. finipe, « Zarafa, la première girafe de France », Le Lion & le Rat, 28 juillet 2006.
  6. Le Carnaval de Paris : planche gravée vers 1830, consultable notamment au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France, côte : M 29-330 Pd202.
  7. Lettre de la girafe au pacha d'Égypte pour lui rendre compte de son voyage à Saint-Cloud et envoyer les rognures de la censure de France au journal qui s'établit à Alexandrie en Afrique, 12 juillet 1827, 45 p., et Seconde lettre de la girafe au pacha d'Égypte, en lui envoyant son album enrichi des dernières noirceurs de la censure, 8 août 1827, 32 p., Paris, A. Sautelet et Cie.
  8. (en) Stephen Bann, « The Return to Curiosity: Shifting Paradigms in Contemporary Museum Display », dans Andrew McClellan (dir.), Art and Its Publics : Museum Studies at the Millenium, Malden, Blackwell Publishing, 2003, 213 p. (ISBN 0-631-23046-7 et 0-631-23047-5), p. 119.
  9. Audrey Chauvet, « Zarafa, la girafe qui fait polémique », 20 minutes, 7 février 2012.
  10. (en) Lynn Sherr, Tall Blondes : A Book About Giraffes, Andrews McMeel Publishing,‎ 1997, 176 p. (ISBN 9780836227697), p. 109.
  11. Olivier Lebleu, Les avatars de Zarafa, première girafe de France : Chronique d'une girafomania, 1826-1845, Arléa,‎ 2006, 201 p. (ISBN 9782869597549), p. 184-186.
  12. (en) Denys Johnson-Davies, « Journey of a giraffe », dans Al-Ahram Weekly, no 429, 13-19 mai 1999.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Littérature jeunesse
  • Miche Wynants :
    • (en) The Giraffe of King Charles X, New York, McGraw-Hill, 1961, 54 p.
    • (fr) La Girafe du roi Charles X, Paris, Desclée de Brouwer, coll. « Albums du petit berger », 1961, 55 p.
  • (en) Nancy Milton, ill. Roger Roth, The Giraffe That Walked to Paris, New York, Crown, 32 p. (ISBN 0-517-58132-9 et 0-517-58133-7)
  • (fr) Bruno Bonhoure, ill. Marie-Ève Herpin, Zarafa 1845, Paris, Destination 2055, coll. « Laïka 1957 », 2004, 28 p. (ISBN 2-916116-25-7)
  • (en) Judith St. George, ill. Britt Spencer, Zarafa: The Giraffe Who Walked to the King, New York, Philomel Books, 2009, 40 p. (ISBN 978-0-399-25049-1)
  • (de) Adam Jaromir, ill. Pawel Pawlak, Zarafa, Hanovre, Gimpel Verlag, 2009, 48 p. (ISBN 978-3-9811300-3-4)
  • (en) Mary Tavener Holmes et John Harris, ill. Jon Cannell, Giraffe Goes to Paris, Tarrytown (New York), Marshall Cavendish Children, 2010, 32 p. (ISBN 0-7614-5595-7)

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]