Giovanni Gaetano Bottari

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Giovanni Gaetano Bottari (15 janvier 1689, Florence - 5 juin 1775, Rome) fut un scientifique florentin, et garde de la bibliothèque du Vatican, l'un des plus savants prélats de la cour romaine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après avoir étudié, sans profit, pendant ses premières années, sous un faible maître de grammaire, il s'en dédommagea en suivant, depuis l'âge de dix ans, les leçons d'Antoine-Marie Biscioni, qui, jeune encore, enseignait avec éclat la littérature ancienne et l'éloquence. Le soin particulier que cet habile maître prit de lui fit naître entre le professeur et l'élève une amitié qui ne s'altéra jamais, et dont Bottari donna, en plus d'une occasion, des preuves à Biscioni, en l'aidant dans ses travaux. La théologie et la philosophie occupèrent ensuite Bottari, et, comme on n'enseignait encore dans les écoles que la philosophie d'Aristote, il fut obligé de se diriger lui-même dans l'étude qu'il voulut faire des autres méthodes.

Parvenu, aux règles du mouvement, il sentit que, pour les bien entendre, il avait besoin de savoir un peu. de géométrie. Il se mit aussitôt à l'apprendre sans le secours d'aucun maître, et il prit tant de goût pour ces études philosophiques et mathématiques, qu'il abandonna presque entièrement celle de la langue grecque, qu'il avait commencée avec beaucoup d'ardeur sous le savant helléniste Antoine-Marie Salvini. Il reçut, en 1716, le doctorat en théologie, sous la présidence de son maître, le chanoine Biscioni, et fut reçu membre du collège de théologie dans l'université de Florence. Cependant la réputation, qu'il s'était faite parla vivacité de son esprit, par l'étendue et la variété de ses connaissances, allait toujours croissant ; l'académie de la Crusca le reçut dans son sein, et lui confia le travail d'une nouvelle édition de son grand vocabulaire. Quoiqu'il se chargeât avec quelque répugnance d'une si pénible entreprise, il s'y livra avec son ardeur accoutumée, et s'associa pour ce travail deux des principaux académiciens, le marquis André Alamanni, et Rosso Martini, qui choisirent à leur tour d'autres collaborateurs. Cette rédaction qui était une refonte presque totale de l'ancien vocabulaire, les occupa pendant plusieurs années ; la nouvelle édition parut enfin, avec un applaudissement universel, en 1758 et années suivantes, en vol, in-fol.

Le grand-duc de Toscane mit alors Bottari à la tête de l'imprimerie grand-ducale, et l'on en vit bientôt sortir plusieurs ouvrages, non de lui, mais dont il dirigeait avec le plus grand soin les éditions. Jusqu'alors il était toujours resté à Florence ; il alla, en 1750, s'établir à Rome ; le pape Clément XII lui donna, en 1752, un canonicat et la chaire d'histoire ecclésiastique et de controverse dans le collège de la Sapience ; il le nomma prélat palatin la même année. Peu de temps après, Bottari alla, avec le savant géomètre Manfredi, visiter le Tibre, depuis Pérouse jusqu'à l'embouchure de la Néra, pour voir si l'on pouvait le rendre navigable :, il fallut lever les plans et prendre le nivellement de toute cette longue partie du cours du fleuve. Ils firent la même opération sur le Téverone depuis au-dessous de Tivoli jusqu'à son embouchure. La relation delà première de ces deux visites a été imprimée, avec d'autres écrits relatifs au Tibre, sous ce titre : 'délie Ragioni e de Rimedi delie inondazioni del levere, Rome, 1746 ; elle est signée de Manfredi ; mais Mazzuchelli affirme qu'elle est l'ouvrage de Bottari. Le pontife, satisfait de ce travail, le nomma, quelque temps après, garde ou custode de la bibliothèque Vaticane. Bottari y fit placer et disposer avec beaucoup de goût la collection des médailles qui fit depuis lors, selon la volonté du pontife, une des parties essentielles et l'un des principaux ornements de cette bibliothèque. Clément XII étant mort le 6 février 1740, Bottari entra au conclave avec le cardinal Corsini. Il y termina la publication d'une étude de Virgile à partir des manuscrits du Vatican, par la composition de la préface et des notes pour les variantes, ou varias lectiones, qui suffiraient seules, comme l'observe fort bien Mazzuchelli, pour faire juger de son érudition, puisqu'il les composa dans cet état de réclusion et presque sans livres.

Le cardinal Lambertini, avec qui Bottari avait d'anciennes liaisons, ayant été élu pape sous le nom de Benoît XIV, voulut l'avoir auprès de lui. Quoique fort attaché à ce pontife, il écrivait, en 1751, à uu de ses amis à Brescia, ces mots qui peuvent faire juger de son caractère : « Sa Sainteté a voulu absolument m'avoir dans son palais. J'y suis et j'y serai sans avancer d'un seul pas, parce que je n'ai point assez de mérite ; parce que je ne m'en soucie pas, que je ne le désire, ni le demande, et parce que cela ne me serait utile ni pour l'âme ni pour le corps. » Après la mort de Benoît XIV, en 1758, Bottari conserva, sous Clément XIII, ses places, son crédit et son ardeur pour le travail. Sous Clément XIV, parvenu à une extrême vieillesse, il n'avait plus besoin que de repos. Il mourut à Rome, le 5 juin 1775. Il était membre de l'académie florentine, de celles de la Crusca, des Apalisti, de l'institut de Bologne, de l'Arcadie, etc. La plupart des auteurs du XVIIIe siècle ont rendu hommage à son goût, à ses lumières, et parlé avec admiration de son savoir. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages, et un plus grand nombre de bonnes éditions d'ouvrages connus, auxquelles il ajoutait des éclaircissements, des notes et de savantes préfaces.

Publications[modifier | modifier le code]

Ses principaux ouvrages sont :

  1. Lezioni tre sopra il tremuoto, Rome, in-8° ; 1748, in-8°. Ces trois leçons furent lues ou récitées par l'auteur, les 20, 28 juillet et 4 août 1729, dans l'académie de la Crusca, à l'occasion d'un tremblement de terre que l'on sentit à Florence, la veille de la Saint-Jean.
  2. Del Museo Capitolino, tomo primo contenente imagini di uomini illustri, Rome, chalcographie de la chambre apostolique, in-fol. ; le 2e tome est en latin : Musei Capiioiini iomus secundus, Augustorum et Auguste rum hermas continens cmn observalionibus ilalice primum, mine latine editis, Rome, 1750, in-fol.
  3. Sculture e Pitture sacre estratte dd cimeteri di Borna, etc., nuovamenle date in lïice colle spiegazioni, t. 4e, Borne, 1757, gr. in-fol. ; t. 2e, ibid., t. 5e, ibid., 1755, in-fol. Antonio Bosio avait publié en italien, en 1632, le même ouvrage, sous le titre de lîoma sublerranea ; le pape en acheta les planches, et, voulant qu'elles servissent à une seconde édition, d'où l'on retrancherait tout le superflu, il en confia le soin à Bottari. Celui-ci eut bientôt reconnu que, le superflu ôté, il resterait peu de chapitres il aima mieux refaire l'ouvrage entier sur un nouveau plan, ce qu'il exécuta avec succès, mais avec beaucoup de peine, ne s'étant point auparavant préparé à ce travail.
  4. Lezioni sopra il Boccaccio. Ces leçons, récitées dans l'académie de la Crusca, ont pour objet de défendre Boccace du reproche qu'on lui fait d'être un écrivain irréligieux. Manni en a imprimé deux dans son Histoire du Décameron ; les quarante-huit autres sont restées inédites.
  5. Lezioni due sopra Tito-Livio che narra vari prodigi, imprimées sans nom d'auteur, dans le Ier vol. des Memorie di varia erudizione délia societa Colombaria Fiorentina, Florence, 1747, in-4°. L'auteur s'y propose d'y défendre Tite-Live d'avoir adopté trop facilement des faits merveilleux et des prodiges.
  6. Dissertazione sopra la Commedia di Dante, in oui si csamina se fosse sua o presa da aïtri l'invenzione del suo poema. Cette dissertation, en forme de lettres, est imprimée dans la Decà di Simbole aggiunte alla deçà del propostoron, Rome, 1753, in-4°.
  7. Dialoghi sopra le Ire arti del disegno, Lucques, 1754, in-4°, sans nom d'auteur, mais généralement attribués à Bottari.

Parmi les éditions qu'il a données avec des notes et des préfaces savantes, on distingue surtout :

  1. le Novelle di Franco Sachetli, ciladdino Fiorentino, Florence (Naples), in-8°, précédées d'une vie de l'auteur, écrite avec beaucoup de soin.
  2. Ercolano, dialogô di M. Benedello Varchi, etc., Florence, 1750, in-4°, avec une préface qui contient la vie de B. Varchi, son éloge et une notice exacte de ses ouvrages ; réimprimé à Padoue, par Concino, 1744, in-8°.
  3. Antiquissimi Virgiliani codicis Fragmenta, et Picturce ex Vaticana bibliolheca, ad priscas imaginum formas a Pelro Sanclo-Barlolo incisœ, Rome à la chalcographie de la chambre apostolique, 1744, grand in-fol. ; une savante préface, où l'éditeur donne toutes les notions les plus exactes sur l'antiquité des deux manuscrits de Virgile conservés dans la bibliothèque du Vatican, des notes, des corrections et des variantes, d'après ces deux manuscrits ; enfin, une table raisonnée et semée de notices remplies d'érudition, achèvent de donner du prix à cette belle édition de Virgile.
  4. Leilcre di F. Gruillon d'Avezzo, con le noie, Borne, 1745, in-4° ; l'épître dédicatoire, la préface, les notes, et la table très bien faite qui termine ce volume, 2e rendent, autant que les lettres mêmes, un des plus précieux pour l'étude de la langue toscane.
  5. escrisione del Palaszo Aposlotico Vaticano, opéra postuma di Agoslino Taia, revista ed accresciuta, Rome, 1750, in-12.
  6. Raccoltadi lellere sullapittura, sculiura e cvrckitetlwra, scritte da più celebn professori che in dette arti fiorirono dal secolo 45 al 17, Rome, t. 1er, 1754 ; t. 2, t. 5e, 1739, in-4°. En publiant ces lettres intéressantes pour les arts, Técliteur y a joint des notes utiles : on trouve de plus, dans le 5e volume, trois lettres de lui, et plusieurs autres qui lui sont adressées.
  7. Vite de più eccellenti pittori, scultori architetti, scritte da Giorgio Vasari, concile da molti errori e ilhilrale con noie, Rome, t. 1 et 2, 1759 ; t. 5, in-4° 1760[1]. Bottari a dédié cette belle édition au roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel de Sardaigne, et à ses deux fils. Elle est infiniment plus correcte que celle même des Junte, et, au lieu des portraits gravés en bois, ceux qui ornent celle-ci sont très bien gravés en cuivre. Les notes ajoutent des circonstances intéressantes au texte de Vasari, tant sur les vies des artistes que sur leurs ouvrages, et les trois tables qui terminent le dernier volume sont de la plus grande utilité pour l'étude de cette importante collection.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ce dernier ouvrage a été traduit en français sous ce titre Recueil de lettres sur la peinture, la sculpture et l'architecture, écrites par les plus grands maîtres et les plus illustres amateurs qui aient paru dans ces trois arts, depuis le XVe siècle jusqu'au XVIe siècle, traduit de l'italien et augmenté par Louis-Joseph Jay (fondateur du Musée de Grenoble), Paris, Rey et Granier, 1817, in-8°.

Sources[modifier | modifier le code]