Giovannali

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Les Ghjuvannali ou Giovannali sont, selon la thèse d'Alexandre Grassi (1866), des "cathares" corses. Pour les historiens plus récents[1], il s'agit d'une confrérie de franciscains dissidents, qui prit naissance à Carbini en Alta Rocca au milieu du XIVe siècle en Corse, et qui fut anéantie après une cinquantaine d'années.

Doctrine[modifier | modifier le code]

Les Giovannali étaient dirigés par un frère franciscain, Giovanni Martini. Comme celle des franciscains dont ils sont issus, leur doctrine sociale et religieuse était fondée sur la pauvreté et le don de soi. Les Ghjuvannali disaient que l’on ne devait pas avoir de biens propres et que tout devait être mis en commun. En fait, ils n'ont pas de rapport avec le catharisme du Sud-Ouest de la France mais peuvent être rattachés aux Fraticelli franciscains.

Ils s'imposaient des pénitences et des actes de mortification. Ils prônaient humilité, simplicité, pauvreté et non-violence. Renonçant au sacrement du mariage, ils forgèrent leur réputation de débauchés, et selon leurs détracteurs forniquaient lors de sabbats.

« Ils formèrent à Carbini cette secte dans laquelle les femmes entrèrent aussi bien que les hommes ; leur loi portait que tout serait commun entre eux, les femmes, les enfants, ainsi que tous les biens ; peut-être voulaient-ils faire revivre l'âge d'or du temps de Saturne qu'ont chanté les poètes. Ils s'imposaient certaines pénitences à leur manière ; ils se réunissaient dans les églises la nuit pour faire leurs sacrifices, et là, après certaines pratiques superstitieuses, après quelques vaines cérémonies, ils éteignaient les flambeaux, puis prenant les postures les plus honteuses et les plus dégoûtantes qu'ils pouvaient imaginer, ils se livraient, l'un à l'autre jusqu'à satiété, sans distinction d'hommes ni de femmes. »

— - Abbé Letteron : Histoire de la Corse - Tome 1, Bastia 1888 - page 220

Ils s'étaient surtout développés dans le sud de l'île, dans le Delà des Monts ou Terra di i Signori (Terre des Seigneurs). Ils s'en sont fait des ennemis en refusant de payer l'impôt. Ils eurent aussi un centre dans le nord de l'ile, en Alesani.

Histoire[modifier | modifier le code]

De Giovanni della Grossa : c'est vers 1354 que la secte des Giovannali voit le jour. Les promoteurs de cette secte furent Polo et Arrigo d'Attalà, frères illégitimes de Guglielminuccio, seigneur d'Attallà[2].

Polo d'Attalà était le chef de cette secte qui s'étendait jusque dans le Deçà des Monts ou Terre de Commune.

En 1352, l'évêque d'Aléria excommunie ces « hérétiques ». À la fin de 1352 les Ghjuvannali en appellent à l'archevêque de Pise et obtiennent la levée de l'excommunication. Ils étaient plutôt hostiles à la hiérarchie de l’Église qui les jugeait à l’opposé du message christique. Leur spiritualité, leur sens religieux et social s'étaient alors répandus dans presque toute la Corse. Mais en 1354, peu avant sa mort, monseigneur Raimondo, évêque d'Aléria, s'adresse au Pape Innocent VI et lui affirme que les Ghjuvannali sont hérétiques et « irrespectueux envers l'autorité épiscopale ». Le pape Innocent VI alors en résidence en Avignon, instruit de ce qui se passait, excommunia les Giovannali et les déclara hérétiques.

Son successeur, le bénédictin Urbain V, maintient l'excommunication et envoie un légat en Corse. Ce commissaire pontifical, soutenu par les seigneurs locaux, organise une sainte croisade militaire dans la région de Carbini et en Plaine orientale. Au nom de l'Église, de 1363 à 1364, à Carbini, à Ghisoni, au couvent d'Alesani et en d'autres villages on massacre de nombreux Ghjuvannali, femmes et enfants compris. Certains, plutôt que de renoncer à leur foi, sont morts les armes à la main. Les derniers Ghjuvannali furent brûlés à Ghisoni, au pied des montagnes appelées Kyrie Eleison et Christe Eleison[3].

« Il envoya en Corse un commissaire avec quelques soldats. Les Corses qui exécraient les nouveaux sectaires se joignirent au commissaire et allèrent attaquer les Giovannali dans la piève d'Alesani où ils s'étaient retranchés fortement. Les sectaires furent battus et dispersés et partout où l'un d'eux était reconnu dans l'île, il était massacré aussitôt sans pitié. De là vient qu'encore aujourd'hui en Corse, lorsqu'on parle de certaines personnes qui, pour une raison quelconque, ont été poursuivies avec toute leur famille jusqu'à la mort, on se sert de cette comparaison : Ils ont été traités comme les Giovannali. »

— Abbé Letteron : Histoire de la Corse - Tome 1, Bastia 1888 - page 220

En ces temps de famine, de misère et de maladie, c'est une des plus sombres pages de l'histoire de la Corse. Le groupe Canta U Populu Corsu a écrit et interprété la chanson Ghjuvannali sur son album Rinvivisce.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abbé Letteron : Histoire de la Corse - Tome 1, Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de la Corse, Imprimerie et librairie Ve Eugène Ollagnier Bastia 1888. in Chronique de Giovanni della Grossa - P. 219-220.

Une chanson du groupe corse Canta u Populu Corsu sur l'album Rinvivisce porte le titre I Ghjuvannali.

  • Les chemins de granit, I ghjuvannali de Philippe Franchini, chez Colonna édition (2011)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Daniela Müller s'appuie sur les recherches de l'abbé Casanova au début du XXe siècle, consolidés dans les années 1950 par Dorothy Carrington - Revue Pyrénées - Spécial Cathares - 2003
  2. Abbé Letteron : Histoire de la Corse - Tome 1, Bulletin de la Société des sciences naturelles et historiques de la Corse, Imprimerie et librairie Ve Eugène Ollagnier Bastia 1888.
  3. selon Accademia corsa : Les Ghjuvannali