Gibran Khalil Gibran

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Gibran Khalil Gibran

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Khalil Gibran en 1913

Nom de naissance (ar) جبران خليل جبران
Autres noms Khalil Gibran
Activités poète
Naissance 6 janvier 1883
Drapeau de l'Empire ottoman Bcharré, province autonome du Mont-Liban, Empire ottoman
Décès 10 avril 1931 (à 48 ans)
Drapeau des États-Unis États-Unis
Langue d'écriture arabe, anglais

Œuvres principales

Gibran Khalil Gibran est un poète et peintre libanais, né le 6 janvier 1883 à Bcharré au Liban et mort le 10 avril 1931 à New York. Il a séjourné en Europe et passé la majeure partie de sa vie aux États-Unis. Publié en 1923 et composé de vingt-six textes poétiques, son recueil Le Prophète est devenu particulièrement populaire pendant les années 1960 dans le courant de la contre-culture et les mouvements New Age. On a comparé Gibran à William Blake[1], et il est appelé par l’écrivain Alexandre Najjar le « Victor Hugo libanais ».

Nom[modifier | modifier le code]

Selon la tradition levantine[réf. souhaitée], son nom comprend successivement son prénom (Gibran), le prénom de son père (Khalil), et son nom de famille (Gibran). Aux États-Unis, la directrice de l'école l'orthographie incorrectement Kahlil Gibran, qu'il choisira comme signature de ses œuvres en anglais.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Au Liban[modifier | modifier le code]

Gibran est né dans la ville de Bcharré (dans le nord du Liban) de la fille d’un prêtre de rite maronite[2]. Sa mère Kamlé était âgée de trente ans quand il est né, son père, également nommé Khalil, était son troisième mari[3]. En raison de la pauvreté de sa famille, Gibran ne reçoit pas d’éducation formelle au cours de son enfance. Toutefois, les prêtres qui rendent visite régulièrement à sa famille lui apprennent la langue arabe et ainsi que la langue syriaque aussi bien que l’étude de la Bible.

Le père de Gibran travaille d’abord comme apothicaire, mais, avec la dette de jeu qu’il est incapable de payer, il se met au service d’un administrateur ottoman[4] ou d'un chef de guerre local[5]. Vers 1891, le père de Gibran est incarcéré sur des allégations de détournement de fonds, et les biens de sa famille sont confisqués par les autorités. Kamlé, la mère de Gibran, décide de rejoindre son frère aux États-Unis. Bien que le père de Gibran soit libéré en 1894, Kamlé reste décidée et part pour les États-Unis le 25 juin 1895 en amenant Gibran, ses jeunes sœurs, Mariana et Sultana, son aîné et demi-frère Boutros.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Khalil Gibran, Photographie de Fred Holland Day, c. 1898

La famille Gibran s’installe dans le South End de Boston, à l’époque la deuxième plus grande communauté syro-libanaise[6] des États-Unis. Sa mère commence à travailler comme couturière itinérante[7], vendant de la dentelle et du lin qu’elle transporte de porte en porte. Gibran commence l’école le 30 septembre 1895. Il est placé dans une classe spéciale pour les immigrants par l’administration de son école pour mieux apprendre l’anglais. Gibran est aussi inscrit dans une école d’art. Grâce à ses enseignants, il est présenté à l’avant-garde artistique de Boston, à des artistes, à des photographes et à l’éditeur Fred Holland Day, qui l'ont encouragé et soutenu dans ses efforts de création. Un éditeur utilise certains des dessins de Gibran pour des couvertures de livre en 1898.

La mère de Gibran, ainsi que son frère aîné, Boutros, veulent l'imprégner de son patrimoine culturel d'origine plutôt que de l’esthétique de la culture occidentale qu'il préfère[7] ; ainsi, à quinze ans, Gibran est renvoyé dans son pays natal pour étudier à l’école préparatoire et à l'institut d'enseignement supérieur à Beyrouth gérés par les maronites. Il commence un magazine littéraire étudiant avec un camarade de classe et il est élu « poète du collège». Il y reste pendant plusieurs années avant de retourner à Boston en 1902, arrivant sur Ellis Island le 10 mai[8]. Deux semaines avant son retour, sa sœur Sultana meurt de la tuberculose à l’âge de 14 ans. L’année suivante, Boutros décède de la même maladie et sa mère meurt d’un cancer. Seule, sa sœur Marianna subvient à ses besoins matériels grâce à un emploi de couturière de boutique.

Khalil Gibran, Erevan, Arménie,2005

L’art et la poésie[modifier | modifier le code]

Gibran tient sa première exposition de ses dessins en 1904 à Boston, à la Journée du Studio. Au cours de cette exposition, Gibran rencontre Elizabeth Mary Haskell, directrice respectée de dix années son aînée. Les deux forment une amitié qui a duré le reste de la vie de Gibran. Bien que discrète publiquement, leur correspondance révèle une intimité exaltée. Haskell a influencé non seulement sa vie personnelle, mais aussi sa carrière. En 1908, Gibran va étudier l’art à Paris pour deux ans et fréquente, entre autres, l'académie Colarossi.

Alors que la plupart des premiers écrits de Gibran sont en arabe (La Musique, Les Ailes brisés, Les Nymphes des vallées, Les Tempêtes...), la majeure partie de son travail après 1918 a été écrite et publiée en anglais. Son premier livre avec la maison d’édition Alfred Knopf, en 1918, s’intitule Le Fou, un recueil de contes et paraboles[9]. Gibran a également participé à la Ligue de la Plume (Ar-rabita al qalamia) aussi connue sous le nom des « poètes immigrants » (al-Mahjar), aux côtés d'importants auteurs libano-américains tels que Ameen Rihani, Elia Abou Madi et Mikhail Naimy.

La mystique de Gibran se trouve au confluent de plusieurs influences : le christianisme, l'islam, le soufisme (le concept d'union avec Dieu et l'unicité de l'existence), les grandes religions de l'Inde, la théosophie... Sa poésie est remarquable pour son utilisation de la langue officielle, ainsi que des idées sur la vie exprimées par des termes spirituels. L’ouvrage le plus connu de Gibran s'intitule Le Prophète , un livre composé de vingt-six textes poétiques. Le livre est devenu particulièrement populaire pendant les années 1960 dans le courant de la contre-culture et les mouvements New Age. Depuis qu'il a été publié pour la première fois en 1923, Le Prophète n'a jamais été épuisé. Après avoir été traduit dans plus de vingt langues, il est devenu l'un des best-sellers des livres du XXe siècle aux États-Unis.

Chronologie[modifier | modifier le code]

1883 : Naissance le 6 janvier à Bécharré, au Liban, alors sous domination ottomane (le pouvoir ottoman, sous les pressions européennes, avait réunifié le territoire de la Montagne libanaise sous le régime de la moutassarifa). Il est baptisé dans la religion chrétienne maronite, dont était issue sa mère Kamlé.

1891 : Son père est emprisonné – on le soupçonne d’avoir détourné les taxes qu’il collectait.

1895 : Gibran émigre aux États-Unis avec sa famille, qui s’établit à Boston, alors que le père reste seul au Liban.

1897 : Retour au Liban – cette fois à Beyrouth, où il suit les cours de l’école de la Sagesse, suite aux fréquentations qui troublent sa famille.

1902 : Gibran est rappelé à Boston, où décèdent de la tuberculose l’un après l’autre sa sœur Sultana, son frère Boutros et sa mère. Il entame une version anglaise du Prophète, dont il avait déjà esquissé les grandes lignes en arabe dès l’âge de 15 ans et qu’il travaillera jusqu’en 1923.

1904 : Il rencontre Mary Haskell, avec qui il entretient une relation très dense toute sa vie durant, entre amour platonique et artistique.

1905 : Publication de son premier livre en arabe, La musique (Nubthah fi Fan Al-Musiqa).

1908 : Il séjourne deux ans à Paris avec le peintre Youssef Hoyaeck et étudie à l’Académie des Beaux-Arts.

1910 : Gibran se fixe à New York.

1917 : Étant au courant des catastrophes causées par les Ottomans au Liban au cours de la Première Guerre mondiale, le lendemain de l’entrée en guerre des États-Unis, il adhère au Comité d’aide aux sinistrés de la Syrie et du Mont-Liban en Amérique, où il encourage les Libanais et les Syriens réfugiés aux États-Unis à défendre leurs pays contre l’occupant.

1918 : Il rencontre Mikhaïl Naïmeh.

1923 : Publication et succès immédiat de son œuvre Le Prophète.

1928 : Suite à des problèmes de santé, il cherche refuge dans l’alcool, ce qui aggravera son état peu à peu.

1931 : Mort le 10 avril dans un hôpital de New York, d’un cancer du foie. Son corps est rapatrié, comme il l’avait demandé, dans le monastère Mar Sarkis, non loin de Bécharré.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le Prophète[modifier | modifier le code]

Écrit en anglais, Le Prophète est une œuvre poétique faite d’aphorismes et de paraboles, livrés par un prophète en exil sur le point de partir. Aux grandes questions de la vie, celui-ci livre au peuple qui l’a accueilli pendant douze ans des réponses simples et pénétrantes. Des thèmes universels sont abordés, mais le fil conducteur reste l’amour. Ainsi est-il dit sur le mariage « Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe» C’est ainsi que Le Prophète est parfois lu à l’occasion de mariages, essentiellement aux États-Unis[réf. souhaitée]. À côté des grandes questions de la vie pratique, comme le mariage ou les enfants, sont abordés la connaissance de soi et la religion, conçue comme universelle.

Publications du vivant de Gibran[modifier | modifier le code]

  • 1905 Nubthah fi Fan Al-Musiqa (La musique)
  • 1906 Arayis Al-Muruj (Nymphes des vallées)
  • 1908 Al-Arwah Al-Mutamarridah (Les Esprits Rebelles). Jugé hérétique, ce livre a été brûlé en place publique par le pouvoir ottoman en 1910[10].
  • 1912 Al-Agniha Al-Mutakasirra (Les ailes brisées)
  • 1914 Kitab Dam'ah wa Ibtisamah (Larmes et sourires)
  • 1918 The Madman (Le fou)
  • 1919 Al-Mawakib (Livre des processions)
  • 1919 Twenty Drawings (Vingt dessins)
  • 1920 Al-’Awasif (Les tempêtes)
  • 1920 The Forerunner (Le précurseur)
  • 1923 The Prophet (Le prophète), réed. Albin Michel 1990, 1996
  • 1926 Sand and Foam (Sable et écume), réed. Albin Michel 1990
  • 1927 Kingdom Of The Imagination
  • 1928 Jesus, the Son of Man (Jésus, fils de l’homme), réed. Albin Michel 1995
  • 1931 The Earth God (Dieu de la terre)

Publications posthumes[modifier | modifier le code]

  • 1932 The Wanderer (L’errant)
  • 1925-33 The Garden of the Prophet (Le jardin du prophète)
    • 1927-33 Lazarus and his Beloved

Anthologies

  • 1934 Prose and Poems
  • 1959 A Self-Portrait
  • 1960 Thought and Meditations
  • 1962 Spiritual sayings
  • 1963 Voice of the master (La voix de l’éternelle sagesse)
  • 1965 Mirrors of the Soul (Les miroirs de l'âme)
  • 1979 Death Of The Prophet
  • 1991 Eye of the Prophet (L’œil du prophète), Albin Michel
  • 1994 The Vision (Visions du prophète)

Divers textes et certains de ses précédents ouvrages ont été rassemblés sous les titres : Le trésor de la sagesse, La voix voilée, Lettres à Mary (May) Ziyadé, L’envol de l’esprit, Les secrets du cœur.

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme qui navigue de port en port. Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent vous ne pouvez qu’être ballotté et aller à la dérive ou rester ancré au milieu de la mer. Car la raison régnant seule est une force qui brise tout élan. Et la passion livrée à elle-même est une flamme qui se consume jusqu’à sa propre extinction. »
  • " N'oubliez pas que la terre aime à sentir vos pieds nus et que le vent aspire à jouer avec vos cheveux "

Film basé sur une œuvre de Gibran Khalil Gibran[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) George Nicolas El-Hage, William Blake and Kahlil Gibran 'Poets of Prophetic Vision' , Notre Dame University, Louaize, Lebanon.
  2. Jagadisan, S. "Called by Life", The Hindu, 5 janvier 2003, obtenu le 11 juillet 11, 2007
  3. "Khalil Gibran (1883-1931)", biographie sur le site en ligne de la bibliothèque de l'Université Cornell, obtenu le 4 février, 2008
  4. (en) Juan Cole, « Chronology of his Life », Juan Cole's Khalil Gibran Page - Writings, Paintings, Hotlinks, New Translations, Professor Juan R.I. Cole (consulté le 2 janvier 2009)
  5. (en) John Walbridge, « Gibran, his Aesthetic, and his Moral Universe », Juan Cole's Khalil Gibran Page - Writings, Paintings, Hotlinks, New Translations, Professor Juan R.I. Cole (consulté le 2 janvier 2009)
  6. Khalil Gibran (1883-1931) Cornell University Library
  7. a et b (en) Sana Mcharek, Khalil Gibran and other Arab American Prophets, Florida State University,‎ 3 mars 2006 (lire en ligne [PDF])
  8. (en) « Passenger Record », Records of Ellis Island, The Statue of Liberty-Ellis Island Foundation, Inc (consulté le 2 janvier 2009)
  9. Daniel S. Larangé, "Modernité de la tradition et formation d’une tradition de la modernité à partir de The Madman (1918) de Khalil Gibran", in : Paroles, langues et silences en héritage, éd. Caroline Andriot-Sarrant, Presses de l’Université de Clermont-Ferrand, « Littératures », Clermont-Ferrand, 2009, pp. 53-68 et Daniel S. Larangé, "Écriture de la double culture et culture de la double écriture : The Madman (1918) de Khalil Gibran", in : Gibran Khalil Gibran (10 avril 1931-10 avril 2006), Presses de l’Université Saint-Joseph, Beyrouth/Kaslik, 2006, pp. 175-193..
  10. Halīl Ǧibrān,« Le Prophète ; Le Jardin du Prophète ; La Mort du Prophète », Éditions La Part Commune, 2004, (ISBN 9782844180674), p. 182

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Gibran K. Gibran Pionnier de la Renaissance à venir (10 avril 1931-10 avril 2006). Actes du Colloque tenu à Kaslik du 3 au 5 avril 2006 organisé par la Faculté de Lettres de l’USEK et le Comité National Gibran à l’occasion du 75e anniversaire de sa mort, Kaslik, Université Saint-Esprit, 2006.
  • Daniel S. Larangé, Poétique de la fable chez Khalil Gibran (1883-1931). Les avatars d'un genre littéraire et musical: le maqâm, Paris, L’Harmattan, 2005 (Peuples et cultures de l’Orient) (ISBN 2-7475-9500-5).
  • Alexandre Najjar, Khalil Gibran, l’auteur du Prophète', Paris, Pygmalion, 2002 (ISBN 2-85704-777-0); J'ai Lu, n°7841.
  • Alexandre Najjar, Œuvres complètes et Dictionnaire Gibran, collection Bouquins, Robert Laffont, 2006.
  • Alexandre Najjar, Sur les traces de Gibran, Ed. Dergham, Beyrouth, 2011.
  • Alexandre Najjar, Awraq jibrania (Documents sur Gibran), en arabe, Dar An Nahar, 2010.
  • Mansour Rahbani, Gibran wal Naby (Gibran et le Prophète), pièce de théâtre.
  • Mikhail Naimy, Gibran Khalil Gibran, Naufal.
  • F. Mazzucotelli, "Entre Palmyre et Manhattan: poètes syro-libanais à New York", Babelmed, 14/08/2010.
  • Robin Waterfield, Khalil Gibran : un prophète et son temps, Les Éditions Fides, 2000 - 389 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]

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