Georgi Markov

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Georgi Ivanov Markov (en bulgare Георги Иванов Марков) (Sofia, 1er mars 1929 - Westminster, Londres 11 septembre 1978) était un dissident bulgare, auteur de romans et de pièces de théâtre, assassiné par les services secrets bulgares en 1978.

Il travaillait comme un romancier et dramaturge avant de s'enfuir de la Bulgarie en 1969, alors État communiste dirigé par le secrétaire général du Parti communiste Todor Živkov. Après son départ vers l'ouest, il devint journaliste pour la BBC World Service, la Radio Free Europe fondée aux États-Unis, et la Deutsche Welle allemande. Il critiqua de nombreuses fois le régime communiste bulgare à la radio, et c'est sans doute pour cela que le gouvernement aurait décidé de le faire assassiner avec l'aide du KGB[1].

La vie en Bulgarie[modifier | modifier le code]

Georgi Markov est né le 1er mars 1929 à Knjaževo près de Sofia. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1946, il mène des études de chimie industrielle à l'université et enseigne cette matière dans un lycée technique.

À 19 ans, atteint de la tuberculose, il est contraint à des séjours réguliers dans plusieurs hôpitaux et se met à écrire. En 1957 il publie le roman La Nuit de Celsius, bientôt suivi par Les Vainqueurs d'Ajax (1959) et par deux recueils de nouvelles (1961). En 1962 son roman Hommes remporte le prix annuel de l'Union des écrivains bulgares, ce qui le fait accepter comme membre de l'Union, prérequis pour une carrière d'écrivain professionnel en Bulgarie communiste.

Georgi Markov a travaillé à la maison d'édition "Narodna Mladež", tandis que les recueils Un portrait de mon Double (1966) et Les Femmes de Varsovie (1968) confortaient sa place chez les jeunes écrivains les plus talentueux de Bulgarie. Markov écrivit aussi un nombre de pièces mais la plupart ne furent jamais jouées ou furent retirées du répertoire théâtral par la censure communiste : S'écrouler sous l'arc-en-ciel, L'Ascenseur, Assassinat dans le cul-de-sac, Les Communistes et J'étais lui. Le roman Le Plafond est interdit de publication au milieu de son impression car il décrivait en termes allégoriques et comme certain l'écroulement du plafond du moulin d'acier Lénine. Markov écrivit entre autres auteurs le scénario de la série TV populaire À chaque borne kilométrique, et créa le personnage du détective de la Seconde Guerre mondiale Velinski et de son ennemi juré le résistant Dejanov.

Durant cette période et en dépit de la censure de certains de ses ouvrages, Georgi Markov fut un des écrivains et poètes acclamés que Todor Živkov tenta d'amadouer pour que leur travail serve le régime de propagande. Son style de vie de bohème à cette époque de son existence était inconnu de la plupart de ses compatriotes.

L'écrivain et le dissident[modifier | modifier le code]

En 1969 Georgi Markov se rendit en Italie où son frère vivait, au départ pour attendre la fin du tumulte autour de ses pièces, mais changea d'avis et décida de rester à l'Ouest, surtout après qu'en septembre 1971 le gouvernement bulgare a refusé de prolonger son passeport. Il s'installa à Londres où il apprit l'anglais et commença à travailler au bureau bulgare du BBC World Service en 1972. Il essaya en vain de se frayer un chemin dans l'industrie du film, comptant sur l'aide de Peter Uvaliev. Il travailla également plus tard chez la Deutsche Welle et Radio Free Europe. En 1972 son adhésion à l'Union des Écrivains Bulgares fut suspendue et il fut condamné en son absence à six ans et demi de prison pour son manquement à la règle. Ses travaux furent retirés des bibliothèques et des librairies et il fut interdit de mentionner son nom dans les médias bulgares jusqu'en 1989. Les services secrets lui firent un dossier sous le nom de code « Vagabond ».

En 1974 on joua à Londres S'écrouler sous un arc-en-ciel, et il gagna le premier prix à Édimbourg avec la pièce L'Archange Michel écrite en anglais. Le roman L'Honorable chimpanzé droit, coécrit par David Philips, fut publié après sa mort. En 1975 Markov épousa Annabelle Dilk qui lui donna une fille, Alexandra-Raina, un an plus tard. Entre 1975 et 1978 Markov travailla sur ses Reportages in absentia, analyses de la vie en Bulgarie communiste, diffusés de façon hebdomadaire sur Radio Free Europe. Leur critique du gouvernement communiste et de son secrétaire général Todor Živkov fit de Markov un des ennemis du régime les plus exécrés… Les reportages furent publiés après la chute du gouvernement en 1990 en Bulgarie. En 2000 Georgi Markov reçut à titre posthume l'Ordre de Stara Planina, le plus grand honneur du pays, pour sa « contribution significative à la littérature, au drame et à la non-fiction bulgares et pour sa position et sa confrontation exceptionnellement civiques contre le régime Communiste. »

L'assassinat[modifier | modifier le code]

Victime de la technique du « parapluie bulgare »[modifier | modifier le code]

Article connexe : Parapluie bulgare.

Des agents de la police secrète bulgare assistés du KGB avaient déjà tenté deux fois de se débarrasser de Markov. La troisième fut fructueuse. Le 7 septembre 1978 (jour de l'anniversaire de Todor Živkov), Georgi Markov, après avoir traversé Waterloo Bridge, attendait à un arrêt de bus à Londres lorsqu'il fut heurté à la jambe par un homme portant un parapluie. L'homme s'excusa et partit.

Georgi Markov raconta plus tard aux médecins que l'homme avait parlé avec un accent étranger. Il se rappela également avoir senti une piqûre douloureuse lorsque la pointe du parapluie l'avait touché.

Lorsque l'écrivain arriva à son bureau de la BBC World Service, il remarqua qu'une petite boursouflure rouge s'était formée là où le parapluie l'avait heurté, et que celle-ci était toujours douloureuse. Le soir-même, il fut pris d'une importante fièvre et admis à l'hôpital, où il mourut trois jours plus tard.

Schéma possible de la pointe du parapluie qui aurait tué Markov.

Enquête approfondie[modifier | modifier le code]

Markov ayant exprimé aux médecins la suspicion d'avoir été empoisonné, et vu les conditions mystérieuses de la mort, Scotland Yard ordonna une autopsie. Les médecins légistes découvrirent un petit projectile sphérique et métallique, de la taille d'une tête d'épingle, niché dans son mollet.

Il mesurait exactement 1,52 mm de diamètre et était composé de 90 % de platine et de 10 % d'iridium. Deux orifices de 0,35 mm de diamètre y étaient percés, formant une cavité en forme de X. Des experts de Porton Down trouvèrent dans l'objet des traces de ricine toxique. Une substance mielleuse empâtait les trous pour former une bulle qui maintenait la ricine dans les cavités. Cet enrobage inédit était créé pour fondre à 37 °C, soit la température d'un corps humain. Quand le projectile fut introduit dans la jambe de Markov, c'est ce qui se produisit, et la ricine fut absorbée dans les vaisseaux sanguins. Même si les médecins qui traitaient Markov à l'hôpital avaient su qu'il avait été empoisonné à la ricine, ils n'auraient rien pu faire car il n'y avait aucun antidote connu à ce poison.

Dix jours avant le meurtre on tenta de tuer un autre dissident bulgare, Vladimir Kostov dans une station de métro parisienne. Les médecins ont trouvé la même sorte d'objet dans sa peau. Cependant l'enrobage semble avoir été endommagé avant ou pendant l'injection, et seule une infime portion du poison infiltra le sang, ce qui ne provoqua que la fièvre. Kostov rapporta que le coup venait d'un homme qui portait un petit sac, mais pas de parapluie. La complexité du mécanisme indiquait en tout état de cause une action commanditée par un État.

Vladimir Fédorovski rapporte que l'arme employée était dissimulée dans un parapluie américain appartenant à un lot acheté par le KGB à Washington, et dont la pointe avait été modifiée pour accueillir un pistolet silencieux. C'était le pouvoir bulgare qui avait fait pression sur le pouvoir soviétique central pour obtenir la coopération du KGB, Andropov laissant faire[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rózsa L, Nixdorff K 2006. Biological Weapons in Non-Soviet Warsaw Pact Countries. pp. 157-168. In: Wheelis M, Rózsa L, Dando M (eds.) 2006. Deadly Cultures: Biological Weapons since 1945. Harvard University Press.
  2. Ces espions qui firent l'Histoire, Le figaro magazine, 12 août 2011, extraits du Roman de l'espionnage de Vladimir Fédorovski, 2011

Lien externe[modifier | modifier le code]