Georges Ohnet

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Georges Ohnet

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Georges Ohnet (1848-1918)

Activités Romancier
Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 70 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture Français
Genres Roman

Georges Ohnet, également connu sous le pseudonyme de Georges Hénot, né le à Paris et mort le à Paris, est un écrivain de romans populaires français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de l'architecte Léon Ohnet, Georges Ohnet débuta dans le journalisme, notamment au Pays et au Constitutionnel. Ses premières œuvres littéraires sont des pièces de théâtre : Regina Carpi (avec Louis Denayrouze, 1875), puis Marthe (1877). Ces deux pièces n'eurent pas de réel succès. Il publia ensuite de nombreux romans. Il fut entre autres l'auteur de la série intitulée Les Batailles de la vie dont les titres les plus connus sont Serge Panine, Le Maître de forges, La Grande Marnière, La Comtesse Sarah. Il connut un très grand succès et les tirages de ses romans furent extrêmement importants. Plusieurs de ses romans furent adaptés au théâtre.

Le succès de Georges Ohnet est confirmé dans cette anecdote[1] :

Dans un déjeuner littéraire qui vient d'avoir lieu, on a parlé naturellement du ruban rouge attaché récemment à la boutonnière de l'auteur du Maître de forges, et l'on a fait sur lui, inter pocula, les vers suivants :

Qui cite
Tacite ?
Au lit,
Qui lit
Shakspeare,
D'œil pire ?
Qui sait
Musset ?
Personne;
Mais on ne
Connaît
Qu'Ohnet.

Nous devons la communication de cette fantaisie à l'un des convives, Giacomelli, le Raphaël des oiseaux.

Son œuvre est marquée par une opposition dans la forme et le choix des thèmes avec le mouvement littéraire du naturalisme[2]. Il fut un historiographe de la bourgeoisie française du XIXe siècle. Ainsi, son œuvre la plus populaire, Le Maître de forges est une histoire sentimentale se déroulant dans un cadre bourgeois, utilisant les recettes du mélodrame et du feuilleton. En 1896, le guide Paris-Parisien le considère comme « le romancier favori de la bourgeoisie »[2]

Jugements[modifier | modifier le code]

Il fut l'objet de très vives critiques dans le monde littéraire. Ainsi Jules Lemaître, dans son recueil de critiques Les Contemporains, écrit à propos de son œuvre :

« Après cela, que M. Ohnet compose assez bien ses récits, qu'il en dispose habilement les différentes parties et que les principales scènes y soient bien en vue, cela nous devient presque égal. Que ces romans, débarrassés des interminables et plats développement qui les encombrent et transportés à la scène, y fassent meilleure figure ; que la vulgarité en devienne moins choquante; que l'ordre et le mouvement en deviennent plus appréciables, – je n'ai pas pas en m'en occuper ici : les quelques qualités de ces romans, étant purement scéniques, échappent à la lecture. On y trouve, en revanche, l'élégance des chromolithographies, la noblesse des sujets de pendule, les effets de cuisse des cabotins, l'optimisme des nigauds, le sentimentalisme des romances, la distinction comme la conçoivent les filles de concierge, la haute vie comme la rêve Emma Bovary, le beau style comme le comprend M. Hornais. C'est du Feuillet sans grâce ni delicatesse, du Cherbuliez sans esprit ni philosophie, du Theuriet sans poésie ni franchise : de la triple essence de banalité[3]. »

Et à propos des personnages :

« Voici le jeune premier, le roturier génial et héroïque… C'est l'idéal du héros bourgeois, c’est-à-dire l'ancien héros romantique pourvu de diplômes, muni de mathématiques et de chimie…, un paladin ingénieur, un Amadis des ponts et chaussées, l'archange de la démocratie laborieuses[4]! »

Léon Bloy fera dire au narrateur du désespéré

« Et d'abord, le plus glorieux de tous ces élus, le Jupiter tonnant de l'imbécillité française, Georges Ohnet, le squalide bossu millionnaire, dont la prose soumise opère une succion de cent mille écus par an sur l'obscène pulpe du bourgeois contempteur de l'art[5]. »

Extrait d'un article d'Anatole France sur un roman de Georges Ohnet intitulé "Volonté"

« Le titre du nouveau roman de monsieur Georges Ohnet contient beaucoup de sens en un seul mot. Ce titre est toute une philosophie. "Volonté", voilà qui parle au cœur et à l’esprit. "Volonté par Georges Ohnet". Comme on sent l’homme de principe qui n’a jamais douté ! "Volonté par Georges Ohnet, soixante treizième édition". Quelle preuve de la puissance de la volonté ! Monsieur Georges Ohnet a voulu avoir soixante treize éditions et il les a eues. En vérité, plus je relis ce titre, plus j’y trouve d’intérêt. C’est sans contredit la plus belle page qui soit sortie de la plume de monsieur Georges Ohnet. "Volonté par Georges Ohnet, soixante treizième édition". Que cela est bien écrit ! J’avoue que le reste du livre m’a paru inférieur. Comme philosophe, Monsieur Georges Ohnet ne me satisfait pas. Sous ce jour, je le trouve faible. Je voudrais n’avoir pas à l’apprécier à un autre point de vue. Mais puisque enfin monsieur Georges Ohnet fait des romans, il est équitable et nécessaire de le traiter en romancier. C’est ce à quoi je vais donc procéder avec tous les ménagements dont je suis capable.

Eh bien, puisqu’il me faut juger monsieur Georges Ohnet comme auteur de romans, je dirai dans la paix de mon âme et dans la sérénité de ma conscience qu’il est, au point de vue de l’art, bien au-dessous du pire. J’ai eu l’honneur d’être présenté l’hiver dernier à monsieur Georges Ohnet, et je me suis convaincu, comme tous ceux qui l’ont approché, que c’est un très galant homme. Il parle d’une manière fort intéressante avec une bonne humeur tout à fait agréable. Il m’a inspiré de la sympathie. Je sais de lui des traits qui l’honorent et je l’estime profondément. Mais je ne connais pas de livres qui me déplaisent plus que les siens. Je ne sais rien au monde de plus désobligeant que ses conceptions, ni de plus disgracieux que son style. Si je m’étais cru, je serais mort sans avoir lu une ligne de monsieur Georges Ohnet. Je me serais épargné cette pénible et dangereuse épreuve. Je mets beaucoup de soin à éviter dans la vie ce qui me semble laid. Je craindrais de devenir très méchant si j’étais forcé de vivre en face de ce qui me choque, me blesse et m’afflige. C’est pourquoi je m’étais résolu à ne pas lire "Volonté". Mais le sort en a disposé autrement. J’ai lu "Volonté", et j’ai d’abord été très malheureux. Il n’y a pas une page, pas une ligne, pas un mot, pas une syllabe de ce livre qui ne m’ait choqué, offensé, attristé. Je n’avais jamais lu encore un livre aussi mauvais. Cela même me le rendit considérable, et je finis par en concevoir une espèce d’admiration. Monsieur Georges Ohnet est détestable avec égalité et plénitude. Il est harmonieux et donne l’idée d’un genre de perfection. C’est du génie, cela. Tout ce qu’il touche devient aussitôt tristement vulgaire et ridiculement prétentieux. Les miracles de la nature et de l’humanité, la splendeur du ciel et la beauté des femmes, les trésors de l’art et les secrets délicieux des âmes, enfin tout ce qui fait le charme et la sainteté de la vie devient en passant par sa pensée une écœurante banalité. Et il aime vivre ! C’est incompréhensible.

"Volonté" fera les délices d’un grand nombre de personnes. Je ne leur en ferai pas un reproche. Il faut aussi que les pauvres d’esprit aient leur idéal. N’est-il pas vrai que les figures de cire exposées aux vitrines des coiffeurs inspirent des rêves poétiques aux collégiens. Or les romans de monsieur Georges Ohnet sont exactement dans l’ordre littéraire ce que sont dans l’ordre plastique les têtes de cire des coiffeurs[6]. »

Théâtre[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

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  1. Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique du 15 juillet 1885.
  2. a et b Paris-Parisien, Ollendorff,‎ 1896, p. 239
  3. Jules Lemaître, Les Contemporains. Études et portraits littéraires, première série, Paris, librairie H. Lecène et H. Oudin, 1886, p. 354.
  4. Ibidem.
  5. Léon Bloy, Le désespéré, éditions La part commune, p. 430
  6. cité par Sacha Guitry dans ses "Pages Choisies",
  7. Fondation Jérôme Seydoux : http://filmographie.fondation-jeromeseydoux-pathe.com/17828-mauvais-sentier?depuisindex=auteurs&idauteur=26561

Liens externes[modifier | modifier le code]