Georges Matoré

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Georges Matoré (8 août 19085 octobre 1998) est un lexicologue français, professeur honoraire à la Sorbonne. Pendant la 2e Guerre Mondiale, il est arrêté en Lituanie et incarcéré dans les geoles staliniennes lors de la première occupation de la Lituanie par l'URSS.

Plusieurs fois lauréat de l'Académie Française, Georges Matoré était officier de la Légion d'Honneur, et a présidé l'Association "Liberté pour les Baltes".

Matoré en Lituanie[modifier | modifier le code]

À la fin de ses études à l'Institut des Langues Orientales à Paris, Georges Matoré est nommé par le Quai d’Orsay professeur de français à Klaipeda (Lituanie), un port important, où il arrive le 5 octobre 1938. Le 23 mars 1939, il est contrant de quitter la ville et est muté à Siauliai. Son départ intervient le lendemain de l'occupation de la ville par les nazis, qui lui redonnent le nom allemand de Memel, nom qu'elle portait jusqu'à son intégration à la Lituanie en 1923. Il y enseignera jusqu’à son arrestation le 29 octobre 1940 par le NKVD, sous l’inculpation d’espionnage. Il était resté en Lituanie par amour après le départ du personnel de l’Ambassade de France en juin 1940, un départ motivé par l’occupation de la Lituanie par les forces soviétiques le 15 juin 1940, suivie de son intégration à l’URSS le 21 juillet 1940 au moyen d’élections truquées (la Lituanie devient officiellement une république socialiste soviétique intégrée à l'URSS le 3 août 1940). Tout en continuant son activité à Siauliai, et à l’invitation des autorités soviétiques, Georges Matoré devient alors enseignant à l’Université de Vilnius, ville alors polonaise restituée par l'URSS à la Lituanie le 10 octobre 1939 en échange de bases militaires.

À la suite de son arrestation et à de nombreux interrogatoires, après deux mois au secret à la prison de Siauliai, il est transféré au Saugumas de Kaunas (Sureté NKVD) , puis à la prison centrale de Kaunas, où il est condamné à 8 ans de prison sans assister à son procès. Fin juin 1941, alors que les armées soviétiques fuient l’avance nazi, il profite de l’abandon de la prison par les autorités pour recouvrer la liberté le 23 juin 1941. Il réussit à regagner Vilnius à pied le 5 juillet 1941 pour rejoindre sa future épouse Aldona. Une fois marié, le couple est inquiété par la Gestapo qui l’interroge en mai 1942 alors qu’il s’est mis à aider les juifs lituaniens en leur fournissant de faux papiers polonais. Le couple Matoré finit par regagner Paris le 20 mars 1943 en traversant l’Allemagne nazie. Il a publié un récit très vivant de ses années en Lituanie dans « Mes prisons en Lituanie », publié en 1992. Il y décrit des aspects peu connus des répressions en Lituanie lors de la première occupation soviétique, vécues de l'intérieur des prisons, et donne une image détaillée de la vie quotidienne sous les deux occupations soviétique et nazie.

Matoré en France[modifier | modifier le code]

Il devient assistant à la Sorbonne après son retour de Lituanie, puis est nommé en 1949 professeur à la faculté des Lettres de Besançon. En 1952, il retrouve la Sorbonne comme professeur de linguistique jusqu'à sa retraite.

En 1953, paraît La Méthode en lexicologie de Georges Matoré. Cet ouvrage tente une nouvelle approche en lexicologie : partant du postulat que le vocabulaire d'une civilisation est révélateur de cette civilisation elle-même, Matoré envisage le vocabulaire dans un but historico-sociologique.

En 1985, Matoré propose une première application de sa méthode qui concerne le vocabulaire du Moyen Âge (Le Vocabulaire et la société du Moyen Âge) ; en 1988, il propose Le Vocabulaire et la société du XVIe siècle.

Travaux[modifier | modifier le code]

• La Langue de Molière, in: Molière, Œuvres complètes, dir. Gustave Michaut, Bd. 11, Paris 1949 • La Méthode en lexicologie. Domaine français, Paris 1953, 1973 • Abbé Prévost, Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, (dir.), Genf/Lille 1953 • L'Espace humain. L'expression de l'espace dans la vie, la pensée et l'art contemporains, Paris 1962, 1976 • Dictionnaire du vocabulaire essentiel. Les 5 000 mots fondamentaux, Paris 1963, 1973, 1984 • Histoire des dictionnaires français, Paris 1967 • Musique et structure romanesque dans la Recherche du temps perdu (avec Irène Tamba), Paris 1973 • La Muselière. Un détenu écoute et rêve, Paris 1975 • Le Vocabulaire et la société médiévale, Paris 1985 • Le Vocabulaire et la société du XVIe siècle, Paris 1988 • Mes prisons en Lituanie, Éditions du griot, Boulogne 1992