George Starr

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George Starr

George Reginald Starr (1904-1980) fut un agent secret britannique du Special Operations Executive pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il dirigea le réseau action WHEELWRIGHT, qui aida la résistance française dans le Sud-Ouest du 8 novembre 1942 au 16 septembre 1944, et qui est considéré comme l'une des plus belles réussites du SOE en France.

Attention : certaines sources commettent l’erreur de confondre George Starr « Hilaire » avec George Hiller, également agent du SOE, chef du réseau FOOTMAN.

Biographie[modifier | modifier le code]

1904. Le 6 avril, naissance de George Reginald Starr dans le Shropshire[1].

Éducation au Ardingly College dans le Sussex.

Années 1920 et 30. - À l'âge de 16 ans, il entreprend un apprentissage de mineur de charbon dans le Shropshire.

Après avoir étudié l'ingénierie minière à la Royal School of Mines, à l'Imperial College London, il rejoint la firme de Glasgow Mavor and Coulson Ltd, fabricant d'équipements de mine. Ingénieur des mines, son travail l'amène fréquemment dans le Nord de la France et en Belgique.

1940. Il est à Liège (Belgique) au moment de l'attaque allemande du 10 mai. Il regagne l'Angleterre par l'un des derniers bateaux de Dunkerque. Il s'engage dans l'armée. Ses compétences linguistiques l'orientent vers le Special Operations Executive, le service secret mis en place par Winston Churchill pour soutenir les groupes de résistance dans les pays occupés par l'ennemi.

1942. Quelques jours avant l'occupation de la zone libre par les Allemands, il est envoyé en France pour aider la Résistance. Sous le nom d'« Hilaire », il a reçu la mission de se rendre à Lyon pour assister un chef de réseau[note 1]. Dans la nuit du 3/4 novembre, la felouque Seadog le débarque à Port-Miou, près de Cassis (Bouches-du-Rhône)[note 2],[note 3]. À Marseille, il est pris en charge par un autre membre du SOE, Peter Churchill (homonyme du premier ministre britannique). Pour des raisons inexpliquées, il refuse de se diriger vers sa ville de destination. Bien lui en prend car, quelques jours plus tard, les réseaux lyonnais subissent des arrestations. Au lieu de cela, « Hilaire » est confié à un autre agent du SOE, Henri Sevenet, qui le conduit à Agen. Là-bas, le réseau VICTOIRE, créé par des Français dont Maurice Rouneau (alias Rendier) le prend en charge. On le cache à Castelnau-sur-l'Auvignon chez l'institutrice Jeanne Robert. Il reçoit également l'aide du maire Roger Larribeau qui le munit de faux papiers. C'est là qu'il prend l'initiative de monter son propre réseau, WHEELWRIGHT, sur les fondations de VICTOIRE. Pour la Résistance, il devient « Gaston ». Basé à Castelnau-sur-l'Auvignon, sous la fausse identité d'un ingénieur des mines belge à la retraite après avoir fait fortune au Congo (ce qui correspond à son accent et aux fortes sommes d'argent dont il disposera), il dirige le réseau WHEELWRIGHT dans le Sud de la France, autour de Toulouse, Bordeaux et dans les Pyrénées, dont la mission principale est de préparer le terrain dans l'attente du débarquement.

1943.

  • Mars. Il reprend en main les éléments du réseau SOE PRUNUS qui ont échappé aux arrestations.
  • Août. Arrivée d'Yvonne Cormeau « Annette » que le SOE lui envoie comme opératrice radio du réseau WHEELWRIGHT. Grâce aux liaisons radio avec Londres qu'elle assure, il va pouvoir commander et recevoir des parachutages pour la Résistance. On dénombrera :
    • de nombreux terrains de parachutage du sud de la Dordogne au-delà de Tarbes et de la Haute-Garonne, à l'est des Landes dans le canton de Gabarret,
    • 168 opérations aériennes, représentant le chargement de 154 avions, soit 2219 containers et 420 colis,
    • 8 agents (dont trois femmes) envoyés d'Angleterre.

1944.

  • Mars. Par l'intermédiaire d'un responsable vicois, le peintre Poncelet et de son agent Théo Lévy, George Starr s'abouche avec Maurice Parisot qui est en train de mettre sur pied le bataillon de guérilla de l'ARMAGNAC. Il lui destine alors la plupart des parachutages d'armes qu'il reçoit de Londres, au point que la formation de l'ARMAGNAC est l'une des principales forces militaires de la zone Sud. Malgré une répression acharnée des Allemands et de la Milice, le groupe perpètre sabotages de lignes de chemins de fer, coupures de câbles téléphoniques, destruction de réservoirs d'essence, coupures de communications.
  • 6 juin. Au débarquement, devenu le « colonel Hilaire », il rassemble un important maquis, dont un détachement espagnol, à Castelnau-sur-l'Auvignon. Il se livre dans la région à des opérations de sabotage et procède aux arrestations de collaborateurs et miliciens.
  • Après le débarquement, la 2e Panzerdivision SS Das Reich veut quitter Montauban (près de Toulouse) pour renforcer les troupes en Normandie. Dans sa marche vers le nord, elle est soumise à une série d'attaques audacieuses des résistants de Starr, qui la forcent à se battre, la désorganisent et la retardent considérablement, au point de l'empêcher de jouer à temps son rôle de renfort.
  • 21 juin. Le maquis de Castelnau est attaqué par d'importantes forces allemandes. Le PC d'Hilaire peut néanmoins être évacué grâce surtout à l'action retardatrice des guérilleros espagnols. Il se fixe alors à Lannemaignan, puis à Toulouse, avec son entourage. Au camp d'Avéron-Bergelle, dernier cantonnement du bataillon de l'ARMAGNAC avant la Libération, le colonel Hilaire participe aux prises de décision du capitaine Parisot.
  • 3/4 juillet. Bataille d'Estang, à la suite de laquelle Hilaire reçoit un message du général Eisenhower : « Le Haut Commandement interallié adresse ses félicitations aux bataillons de Castelnau et de l'Armagnac pour l'action qu'ils ont menée contre les Allemands depuis le 8 juin. »
  • 19 août. Dans la soirée, il se porte à Auch avec la 3e colonne du bataillon de l'Armagnac, puis à Toulouse après le combat victorieux de L'Isle-Jourdain (Gers).
  • 16 septembre. Lorsque le général de Gaulle vient à Toulouse, Starr reçoit l'ordre de celui-ci de quitter le territoire français[note 4]
  • 25 septembre. Il rejoint Bordeaux accompagné d'« Annette », il fait ses adieux aux hommes de la demi-brigade d'ARMAGNAC. Il finit la guerre avec le rang de lieutenant-colonel. Il rentre en Angleterre.
  • 29 novembre. Il revient en France comme membre de la mission Judex. En présence de Maurice Buckmaster et du représentant du général de Gaulle, le colonel « Hilaire » et le capitaine « Annette » reçoivent des mains du colonel Monnet, sur le front des troupes, la Croix de guerre 1939-1945.

Après la guerre. Il est envoyé à Essen dans la Ruhr pour diriger la réouverture des mines de charbon allemandes. Il retourne ensuite en Angleterre comme directeur de Mavor & Coulson, avant de prendre sa retraite en France, à Coye-la-Forêt (Oise).

1980. George Starr meurt le 2 septembre à l'hôpital de Senlis. Il est enterré au nouveau cimetière de Coye-la-Forêt.

Récompenses[modifier | modifier le code]

Identités[modifier | modifier le code]

  • État civil : George Reginald Starr
  • Comme agent du SOE, section F :
    • Nom de guerre (field name) : « Hilaire »
    • Nom de code opérationnel : WHEELWRIGHT (en français CHARRON)
    • Fausse identité : Serge Watremez, né le 6 avril 1904 à Lille, 1,66 m ; Henri Ponsot, né le 12 juin 1899 à Vendôme, agriculteur, 1,60 m.
    • Pseudo (pour les Résistants du Sud-Ouest) : Gaston ou colonel Hilaire ou Tonton.

Famille[modifier | modifier le code]

  • Son père : Alfred Demarest Starr, de nationalité américaine.
  • Sa mère : Ethel Renshaw, de nationalité britannique.
  • Son grand-père : William Robert Renshaw.
  • Un frère : John Starr, également agent du SOE.

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Robert et les Ombres, film documentaire français de Jean-Marie Barrère[note 5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Source : SFRoH.
  2. Source : Sir Brooks Richards, p. 930.
  3. « Récit du résistant Paul Denis », 7juin44.fr, 31 mars 2008.
  4. Sources : Henri Amouroux et Robert Aron.
  5. « ROBERT ET LES OMBRES », ACPA - Cinéquadoc, 2005.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il n'est alors pas supposé agir en tant que chef de réseau ("organizer")
  2. Dans la nuit du 3 au 4 novembre, à Port-Miou, le Seadog commandé par Buchowski débarque 9 personnes et 500 kg de matériel, et embarque 6 personnes. Les personnes débarquées sont : George Starr, Marcus Bloom, Mary Herbert, Marie-Thérèse Le Chêne, Odette Sansom, Gracomino Galea, et trois autres. Les personnes embarquées sont : John Starr, Isidore Newman, Jean Nohain-Jaboune « Quintet » (Radio-Patrie), X « Richard » et son fils, et un autre[2].
  3. Dans le manuscrit de son parcours dans la résistance, Paul Denis évoque George Starr : son débarquement à Cassis, puis son arrivée à Agen et quelques-unes de ses actions dans le Sud-Ouest de la France[3].
  4. Dans la voiture qui les conduit de Blagnac à Toulouse, Pierre Bertaux, commissaire de la République répète à de Gaulle les propos que lui a tenus le colonel « Hilaire » dans son bureau : « Je suis le colonel « Hilaire », j'ai 700 hommes armés, j'ai dans ma poche un ordre signé Churchill et de Gaulle et, s'il y a le bordel ici, je tape sur la table et je dis : "Ici, c'est moi qui commande." »
    — Et vous ne l'avez pas fait arrêter sur le champ ? demande le Général.
    — Non, « Hilaire » avait avec lui 700 hommes armés.
    — Vous ne l'avez pas invité à déjeuner avec moi, au moins ?
    — Bien sûr que si, il s'est battu près de deux ans dans le maquis, en invoquant votre nom.
    — Eh bien ! Vous lui direz que je ne veux pas prendre un repas avec lui.
    Toutefois, le Général accepte, à la demande de Bertaux, de recevoir « Hilaire » en tête à tête une fois le déjeuner terminé. L'entretien dure une dizaine de minutes. Lorsqu'il sort, de Gaulle dit à Bertaux :
    — Vous donnerez vingt-quatre heures au colonel « Hilaire » pour quitter le territoire français. Passé ce délai, vous le ferez arrêter.
    Quant à « Hilaire », qui sort, lui aussi, du bureau du commissaire de la République, mais par une porte différente, il confie sobrement au chef de cabinet de Bertaux :
    — J'ai dit merde à de Gaulle !
    Il aurait également déclaré avoir dit à de Gaulle :
    — Je suis un militaire britannique en opération. J'ai un commandement à exercer. Je ne le quitterai que sur ordre de mes supérieurs à Londres. Je vous emmerde ; vous êtes le chef d'un gouvernement provisoire que les Alliés n'ont pas reconnu !
    Bertaux fit dire à « Hilaire » qu'il prenne tout son temps pour faire ses adieux et ses bagages[4].
  5. À partir d'une reconstitution poétique de l'histoire de son grand-père Robert, instituteur à Gabarret qui agissait sous les ordres du mystérieux « Gaston », l'auteur raconte l'action de George Starr et décrit l'ambiance de la clandestinité. Le film s'appuie sur de nombreux témoignages d'acteurs survivants de cette épopée et ceux de Marcel Jaurant-Singer (ex-agent SOE), de Stéphane Hessel (ex BCRA), de Gilles Perrault (écrivain) et de François Kersaudy (historien)[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael R. D. Foot, Des Anglais dans la Résistance. Le Service Secret Britannique d'Action (SOE) en France 1940-1944, annot. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Tallandier, 2008, (ISBN 978-2-84734-329-8), (EAN 9782847343298). Traduction en français par Rachel Bouyssou de (en) SOE in France. An account of the Work of the British Special Operations Executive in France, 1940-1944, London, Her Majesty's Stationery Office, 1966, 1968 ; Whitehall History Publishing, in association with Frank Cass, 2004.
    Ce livre présente la version « officielle » britannique de l’histoire du SOE en France. Une référence essentielle sur le sujet du SOE en France.
  • Sir Brooks Richards, Flottilles secrètes. Les Liaisons clandestines en France et en Afrique du Nord, 1940-1944, Éditions Marcel-Didier Vrac (M.D.V.), 2001.,
  • Henri Amouroux, La grande histoire des Français après l'occupation, IX, Les règlements de comptes, septembre 1944-janvier 1945, p. 161-162.
  • Robert Aron, Histoire de la Libération, Fayard, 1959.
  • Hélène Bulfoni (sous la dir.), La vertu est la plus belle parure de la jeune-fille, histoire de la Résistance dans le Gabardan 1942-1944, L'Atelier des Brisants, 2009.
  • Anne-Marie Walters :
    • (en) Moondrop to Gascony, Moho Books, 2009, (ISBN 978-0-9957208[à vérifier : ISBN invalide])
    • (fr) Le Temps du maquis, Oxford, Basil Blackwell, 1949.
  • Raymond Escholier, Maquis de Gascogne, collection « Documents d'aujourd'hui » no IV, Genève, Éditions du Milieu du Monde, 1945 ; réédition : Éditions du Bastion, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]