Gangolf d'Avallon

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Saint Gangolf d'Avallon ou Gangulphus, mort en 760, est un militaire bourguignon vénéré dans l'Église catholique romaine comme martyr de la foi conjugale[1]. Son premier culte est associé au monastère de Varennes, un des premiers gardiens de ses reliques, près de Langres. Sa vie est plus connue par la légende et la tradition que par l'histoire, le seul document ayant subsisté étant un contrat écrit sous Pépin le Bref, vers 762, mentionnant l'existence de Gangolf de Bourgogne.

Il est célébré le 11 mai[2].

Saint Gangolf

Hagiographie[modifier | modifier le code]

Gangolf est né à Varennes-sur-Amance, près de Langres, en 702, d'une famille de riches propriétaires terriens. Son nom, du germanique Gangulf, « loup agressif », en latin Gangulphus, est une inversion de Wolfgang, « celui agressé par le loup », du germanique *vulfa, « [qui a le courage du] loup », et *ganc, « combat »[3]. Ses parents se chargèrent de son éducation. Dès sa jeunesse il eut la réputation d'un homme pieux, éloigné des tentations, d'une grande honnêteté, distribuant largement des aumônes aux pauvres, mais ses parents voulurent en faire un militaire et, qui plus est, le marier.

En tant que l'un des principaux barons de Bourgogne, il participa activement aux guerres menées par Pépin le Bref entre 715 et 768 et sa bravoure lui fit octroyer de hautes dignités militaires. Toutefois, il conserva toujours, au milieu de la vie des camps, sa piété et son honnêteté spirituelle. « Dieu lui accorda le don de guérir des gouttes, de préserver les moutons de la clavelée et autres maladies auxquelles ces doux animaux sont trop souvent sujets. On affirme aussi qu'il obtint le pouvoir de rendre la vue aux aveugles, de faire marcher les paralytiques, tout en guérissant le mal de dents »[4].

À la mort de ses parents, il hérita de grands biens qu'il géra avec sagesse. Monseigneur Guérin, un de ses biographes affirmait : « Bien loin de dissiper, par des dépenses criminelles ou superflues, les biens que lui laissèrent ses parents, il les administra avec autant de prudence et de sagesse que s'il eût été un vieillard consommé dans l'art de l'économie et du gouvernement domestique »[5]

Gangolf se maria vers l'âge de 20 ans. Il épousa Ganéa une jeune fille de haute lignée, mais celle-ci était fort volage : « elle lui convenait peu par les qualités de l'esprit et du cœur; il était pieux, et elle était libertine; il aimait la prière, et elle n'aimait que le jeu et les plaisirs mondains; il fuyait le luxe et la vanité, et elle voulait toujours être vêtue superbement pour attirer sur elle les yeux des hommes lascifs; enfin, il était chaste, et elle était impudique... »[6]

Malgré la patience et les affectueuses objurgations de son mari, celle-ci ne voulut rien changer à sa conduite. Gangolf se retira alors dans un ermitage près d'Avallon où il mena une vie d'austérité, offrant toute sa fortune aux pauvres. C'est là que l'amant de sa femme, qui aurait été prêtre, vint le surprendre nuitamment et le tua d'un coup d'épée.

Gangolf reçut alors les derniers sacrements et mourut le 11 mai 760, tandis que son assassin et son épouse adultère mouraient eux-aussi très rapidement.

Dans le Sud du Morvan, une légende raconte que l'épouse de saint Guengoult, avant la mort du saint, alors qu'elle était enceinte de son amant, se serait prêtée à une épreuve censée prouver sa fidélité en se baignant dans une fontaine, déclarant : « Je jure que je suis restée fidèle à mes serments et, si j'ai menti, que mon bras reste dans l'eau ». Le bras se serait aussitôt détaché. Cette fontaine se situerait à Saint-Guengoux-en-Morvan, ancienne paroisse annexée par Larochemillay[7].

Vénération[modifier | modifier le code]

Tout de suite après sa mort, saint Gangolf fut vénéré, et des pèlerinages s'organisèrent en France, mais aussi en Allemagne et en Belgique, dans des lieux où quelques-unes de ses reliques furent apportées. D'Avallon ses restes furent transportés à Varennes en grande pompe : « Ce qui rendit cette pompe funèbre fort éclatante, ce fut que Saint Gengon fit paraître, par plusieurs miracles, la gloire et le crédit dont son âme jouissait déjà dans les cieux. » (monseigneur Jacques-Antoine Guérin).

Plus tard, le monastère de Varennes fut l'objet d'un long litige, autant temporel que spirituel, entre Achard, évêque de Langres et Gérard, évêque de Toul. Ce dernier confisqua vers 970 une partie des reliques du monastère de Varennes pour fonder une église et un cloître saint Gengoult à Toul, ce qui forma plus tard la collégiale saint Gengoult. Mais une tierce partie des restes du saint martyr avait été auparavant transportée dans la cathédrale de Langres. Et les différentes parties de ces reliques continuèrent à être détachées.

L'église de Rémérangles garda jusqu'en 1793 un fragment de bras du saint. Le Pape Alexandre VII accorda des indulgences plénières aux fidèles qui se rendraient à cet endroit. Mais ces reliques disparurent en 1789.
Il semblerait qu’une chapelle lui fut également dédiée à Montreuil-sur-Mer qui posséda pendant un temps aussi quelques-unes des reliques. À la Révolution, en 1789, la chapelle devint un arsenal et les reliques furent dispersées[8].

En 1843, le curé de Fay obtint de l'évêque de Langres une nouvelle relique, qui fut solennellement transférée dans l'église de Rémérangles le 11 mai 1843. Et c'est en 1894 que fut officiellement consacrée à saint Gangolf la fontaine de la ville de Corvol-d'Embernard.

Miracles[modifier | modifier le code]

Saint Gangolf, dans l'église paroissiale de Wolpertswende

Un jour, Gangolf, passant dans la région de Bassigny découvrit une fontaine qu'il voulut aussitôt acheter. Ses gens s'étonnaient qu'il veuille acheter une source qui était fort éloignée de son lieu d'habitation. De retour à Varennes-sur-Amance, le saint enfonça son bâton dans le sol, aussitôt une source jaillit, tandis que celle de Bassigny se tarissait subitement.

C'est en souvenir de ce miracle que saint Gangolf est souvent représenté avec un bâton à la main. L'eau de cette fontaine fut jugée miraculeuse et une chapelle fut érigée en ce lieu. En 1858, le curé de Varennes écrivait : « Bon nombre de personnes encore existantes ont vu, appendus aux murs de la crypte, des béquilles et des ex-voto, qui disparurent à l'époque de la Révolution »

Gangolf ne voulait pas croire à l'inconduite de sa femme si un signe divin ne l'en persuadait pas. Il lui demanda de tremper le bras dans l'eau de la source, et, quand elle l'en retira, toute sa peau s'en était détachée. Devant cette preuve, il ne lui reprocha rien, mais partit se réfugier dans un ermitage près d'Avallon sur une terre qu'il possédait.

Patronage[modifier | modifier le code]

Il est invoqué dans les situations conjugales difficiles. Il est en effet le patron des maris trompés, mais également des gantiers, cordonniers, tanneurs, des chasseurs et veneurs.

Dicton[modifier | modifier le code]

S'il pleut le jour de Saint-Gengoul,
Les porcs auront de glands leur soûl[9].

Les traces actuelles de son culte[modifier | modifier le code]

De nombreux lieux en France sont liés à son culte[10] :

Plusieurs localités portent son nom :


Par contre, la chapelle Saint-Genou, anciennement Saint-Guengoulph, à Selles-Saint-Denis honorerait en fait un autre saint, saint Genou (dit aussi saint Genouil) honoré en plusieurs autres endroits du Berry[12].

Toponymes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom latin de ce pieux chevalier légendaire s'écrit aussi Gengulfus, Gangolfus. Les variations de son nom en ancien français sont nombreuses. Il est appelé Gingolf dans le Valais, Gengoul dans le diocèse de Langres, Gengoult dans le diocèse de Toul, Gengoux en Saône-et-Loire, Guengoux, Gengoulph, Guengoulph, Gangulphe, Gengon, Gegnoux, Gigoult, Gégoult, Gégoux. On conçoit le repertoire des noms de famille que ce prénom aux multiples écritures et prononciations a engendré
  2. Alessandro Barbero
  3. Noms de lieux de Suisse romande, Savoie et environs
  4. Lucien Geneau, En Morvan : nos bons saints miracleurs et guérisseurs : monsieur saint Martin, le bon saint Gengoux, Imprimerie de la Tribune, Nevers, 1903, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5772301p/f49.image.r=Chiddes.langFR
  5. Vie de Saint Gengon de monseigneur Guérin, évêque.
  6. Citation du père Giry
  7. Lucien Gueneau, En Morvan : nos bons saints miracleurs et guérisseurs : monsieur saint Martin, le bon saint Gengoux, Imprimerie de la tribune, Nevers, 1903, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5772301p/f55.image.r=Chiddes.langFR
  8. http://membres.multimania.fr/histopale/leubrgen.htm
  9. von Reinsberg-Düringsfeld Otto , Traditions et légendes de la Belgique: descriptions des fêtes, t. 2, p.327, Ed. Claessen, Bruxelles, 1870
  10. http://www.gengulphus.org/index.php/names_places/experment Culte en France
  11. Un saint qui fait partie de notre histoire depuis des siècles — Saint Gangolf. Consulté en septembre 2012
  12. Archiprêtré du Blanc, Bulletin de la Société académique du Centre : archéologie, littérature, science, histoire et beaux-arts, avril 1904, consultable http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5675665b/f22.image.r=Larochemillay.langFR

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie - Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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