Gazométrie artérielle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Gaz du sang)
Aller à : navigation, rechercher

La gazométrie artérielle (les gaz du sang dans le langage courant) est une analyse de laboratoire qui permet d'évaluer la fonction respiratoire et acidobasique d'un patient. Elle est très utilisée en pneumologie et en réanimation.

Principes[modifier | modifier le code]

Les gaz se dissolvent dans les liquides. Le sang contient des gaz dissous. La gazométrie artérielle détecte donc ces gaz dissous, mais également ceux liés chimiquement aux composants du sang, comme le dioxygène et le monoxyde de carbone qui se lient aux hématies. Les concentrations de gaz du sang donnent des paramètres plasmatiques permettant d'apprécier la fonction respiratoire de l'organisme ainsi que son équilibre acido-basique. Cet examen permet la surveillance de l'hématose du patient.

Conditions de prélèvement[modifier | modifier le code]

Les gaz du sang peuvent être dosés dans un prélèvement de sang :

  • prélèvement artériel : dans l'artère radiale (au niveau de la partie latérale du poignet) ou dans l'artère fémorale (piqûre dans le pli de l'aine) ;

Ce prélèvement correspond à la très grande majorité des examens demandés. On doit s'assurer que le prélèvement est de bonne qualité. Un prélèvement de bonne qualité est fait rapidement (le débit dans une artère est fort), le remplissage de la seringue est pulsatile (le flux dans une artère est pulsatile), le sang artériel est rouge (si le sang est noir, le sang est probablement veineux sauf en cas d'une cyanose sévère chez le patient)

  • prélèvement sur un circuit de dialyse (adaptation du calcium lors des circuits utilisant du citrate) ;
  • prélèvement capillaire notamment chez les enfants ;
  • prélèvement intra-cardiaque lors d'un cathétérisme droit (Cathéter de Swan-Ganz) ;
  • prélèvement veineux mêlé, peu utile ;
  • prélèvement veineux périphérique, peu utile.

Le prélèvement doit être disposé dans de la glace ou au réfrigérateur pour ralentir la consommation de l'oxygène par les globules rouges et être adressé au laboratoire d'analyse rapidement (en théorie dans les 30 minutes qui suivent le prélèvement lors d'une conservation au frigo ou 10 minutes après ponction sans ces précautions).

Le bouchon de la seringue contient un anticoagulant. Par une action de rotation, le préleveur permet d'homogénéiser le prélèvement et de diminuer le risque de coagulation.

En même temps qu'on mesure la pression partielle exercée par l'O2 (PaO2) et le CO2 (PaCO2) dissous dans le sang, on mesure aussi l'acidité (pH), la concentration en ions bicarbonate ([HCO3-]) ; on calcule selon une courbe théorique la saturation de l'hémoglobine en oxygène (SatO2).

PO2 Pression partielle exercée par l'oxygène dissout dans le sang artériel (PaO2) ou veineux (PvO2)
PaCO2 Pression partielle exercée par le dioxyde de carbone dissout dans le sang artériel

Gazométrie artérielle normale[modifier | modifier le code]

  • pH : 7,38-7,42 [1] ;
  • PaO2 entre 73 et 100 mmHg, elle dépend de l'âge [2] ;
  • PaCO2 : 35 à 45 mmHg ;
  • Bicarbonates (HCO3-) : 22 à 26 mmol/l ;
  • SatO2 (saturation artérielle de l'hémoglobine en oxygène) : 95-100 % ;

La PaO2 et la PaCO2 dépendent aussi de la température centrale du sujet et de l'altitude (c'est-à-dire de la pression atmosphérique) à laquelle est réalisée le prélèvement (facteurs de correction à intégrer avant la mesure).

Interprétation de la gazométrie artérielle anormale[modifier | modifier le code]

Gazométrie Pathologies
Acidose respiratoire
  • hypercapnie (PaCO2 > 45)
    • non compensée : Bicarbonates normaux, pH < 7,35
    • partiellement compensée : Bicarbonates augmentés, pH < 7,35
    • compensée : Bicarbonates augmentés, pH > 7,35
  • Diminution de la fraction inspirée en O2 (air confiné, altitude, inhalation de gaz hypoxique).
  • Diminution de la ventilation pulmonaire : traumatisme thoracique, épanchement pleural, syndrome de Pickwick, narcose, emphysème, bronchite chronique obstructive, asthme, insuffisance respiratoire, œdème aigu du poumon, fibrose interstitielle diffuse, diminution du taux d'hémoglobine fonctionnelle, tumeurs cérébrales avec atteinte des centres responsables du contrôle de la respiration.
Alcalose respiratoire
  • hypocapnie (PaCO2 < 35)
  • diminution des bicarbonates par diminution de la réabsorption rénale (mécanisme compensateur)
  • Hyperventilation par hypoxie en altitude.
  • Hyperventilation sur sepsis
  • Intoxication par l'aspirine avec augmentation de la commande de la ventilation [réf. nécessaire]
  • Lésion traumatique d'origine centrale.
Acidose métabolique
  • diminution des bicarbonates (HCO3- < 22)
  • diminution de la PaCO2 par hyperventilation (mécanisme compensateur)
  • Acidose lactique avec hypoxie.
  • Acidocétose diabétique.
  • Pathologie rénale : glomérulopathie, tubulopathie, insuffisance rénale fonctionnelle.
  • Surcharge en acide exogène (intoxication, médicaments).
  • Diarrhée profuse (par perte de bicarbonates dans les selles)
Alcalose métabolique
  • augmentation des bicarbonates (HCO3- > 26)
  • augmentation de la PaCO2 par hypoventilation (mécanisme compensateur)
  • Vomissements importants.
  • Excès de bicarbonates (notamment iatrogène).
  • Hyperaldostéronisme.
  • Hypercorticisme.
  • L'acidose est compensée si le pH demeure ≥ 7,38 et décompensée si pH < 7,38
  • L'alcalose est compensée si le pH demeure ≤ 7,42 et décompensée si pH > 7,42
  • pH = 6,1+Log([HCO3-]/(0,03xPaCO2)) avec [HCO3-] en mmol/l et PaCO2 en mmHg

L'acidose et l'alcalose peuvent être mixtes (à la fois respiratoire et métabolique).

Toutes ces réactions dépendent de l'équation (double) réversible : CO2 + H2O ⇔ H2CO3 ⇔ H+ + HCO3-

Autres paramètres analysés[modifier | modifier le code]

Selon le type d'appareil utilisé, les gaz du sang permettent aussi d'avoir un aperçu plus rapide (en moins de 5 minutes dès l'analyse) même si moins fiables que les analyses classiques d'autres paramètres.

On peut mesurer :

  • le taux de lactates qui reflète la gravité du patient notamment en cas de choc avec hypoxie tissulaire[3] ;
  • le ionogramme sanguin dont la kaliémie utile en urgence en cas d'anomalies ECG ou la calcémie utile pour régler un débit de citrate lors d'une hémodialyse au citrate ;
  • le taux d'hémoglobine.

Manœuvre de Allen[modifier | modifier le code]

Avant de prélever du sang artériel dans l'artère radiale, certains soignants pratiquent la manœuvre de Allen, manœuvre qui consiste à comprimer les artères radiale et ulnaire au niveau du poignet, à demander au patient de faire des mouvements de pompe avec sa main jusqu'à ce que celle-ci se décolore, puis à relâcher la pression sur l'artère ulnaire en vérifiant que la main se recolore. Cette précaution permet théoriquement de s'assurer que l'artère ulnaire du patient est fonctionnelle et qu'elle peut suppléer l'artère radiale au cas où celle-ci serait lésée lors du prélèvement[4]. Elle est réglementaire en France[5].

Cependant le test est peu fiable et ne permet pas de prédire la survenue d'une ischémie après ponction. Sa réalisation systématique n'est pas préconisée par tous les experts[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]