Gaston Flosse

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Gaston Flosse
Gaston Flosse, en 2006.
Gaston Flosse, en 2006.
Fonctions
15e président de la Polynésie française
En fonction depuis le
(&&&&&&&&&&&&033410 mois et 29 jours)
Président François Hollande
Prédécesseur Oscar Temaru
10e président de la Polynésie française
23 février
(&&&&&&&&&&&&&0521 mois et 22 jours)
Président Nicolas Sarkozy
Prédécesseur Oscar Temaru
Successeur Gaston Tong Sang
6e président de la Polynésie française

(&&&&&&&&&&&&01324 mois et 11 jours)
Président Jacques Chirac
Prédécesseur Oscar Temaru
Successeur Oscar Temaru
Sénateur de la Polynésie française
En fonction depuis le
Élection 27 septembre 1998
Réélection 21 septembre 2008
Député de la 2e circonscription
de la Polynésie française
Élection 21 mars 1993
Prédécesseur Émile Vernaudon
Successeur Émile Vernaudon
4e président de la Polynésie française[1]

(&&&&&&&&&&&0481913 ans, 2 mois et 9 jours)
Président François Mitterrand
Jacques Chirac
Prédécesseur Alexandre Léontieff
Successeur Oscar Temaru
Député de la Polynésie française
(scrutin proportionnel)
2 avril
Élection 16 mars 1986
Secrétaire d'État auprès du ministre des Départements et Territoires d'outre-mer, chargé des Problèmes du Pacifique sud
Président François Mitterrand
Gouvernement Jacques Chirac II
1er président du gouvernement
de la Polynésie française

(&&&&&&&&&&&&08842 ans, 5 mois et 1 jour)
Président François Mitterrand
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Jacky Teuira
Député de la 2e circonscription
de la Polynésie française
Élection 12 mars 1978
Réélection 21 juin 1981
Prédécesseur Création de la circonscription
Successeur Tutaha Salmon
Biographie
Date de naissance (82 ans)
Lieu de naissance Rikitea, Mangareva (Polynésie française)
Nationalité française
Parti politique RPR (1976 - 2002)
UMP (2002 - 2008)
Tahoeraa huiraatira
Conjoint Barbara Flosse-Cunningham (divorcés)
Tonita Flosse (séparés)
Pascale Haiti
Profession Agent d'assurances

Gaston Flosse
Présidents de la Polynésie française

Gaston Flosse, né le à Rikitea (Mangareva), est un homme politique français.

Membre du RPR et fondateur du Tahoera'a huira'atira, parti politique polynésien d'inspiration gaulliste, il est élu pour la première fois député à l'Assemblée nationale en 1978 et occupe la fonction de secrétaire d'État chargé des Problèmes du Pacifique sud dans le deuxième gouvernement Chirac, de 1986 à 1988. Il est sénateur depuis 1998.

Premier président du gouvernement de la Polynésie française, de 1984 à 1987, Gaston Flosse occupe à nouveau cette fonction de 1991 à 2004, devenant ainsi l'homme fort de cette collectivité française autonome. Il parvient ensuite à revenir brièvement à la tête de la Polynésie française à deux reprises, puis conduit le Tahoera'a aux élections de 2013, à l'issue desquelles il est réélu président de la Polynésie française.

Origines, jeunesse et carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Né d'un père lorrain venu exploiter la perle noire et d'une mère originaire de l'archipel des Gambier, Gaston Flosse voit le jour dans l’archipel des Gambier. Puis en 1938, la famille Flosse descend à Tahiti et s’installe dans la commune de Pirae. Le jeune Gaston a sept ans et ne parle que le mangareva, dialecte parlé sur l’île du même nom.

Il effectue sa scolarité à l’école des frères de Ploërmel de Papeete, qui est aujourd’hui le collège-lycée La Mennais. Il y exerce une carrière d’instituteur pendant treize ans avant de se diriger vers le métier d’assureur. C’est à cette occasion qu’il rencontre et noue de solides relations avec quelques riches familles des anciens établissements français d’Océanie, comme Albert Moux, copropriétaire du quotidien Les Nouvelles de Tahiti, Robert, surnommé « l’empereur de la perle » et Louis Wan, personnalité de la grande distribution, s’occupant également de brasserie, de perle et d’hôtellerie.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il s’est marié deux fois et a eu neuf enfants, avec[2] :

  • Barbara (Viera Joan) Cunningham (1931-2000) en 1950, divorcés avant 1994[3], 6 enfants :
    • Vera Flosse, agent de voyages[4]
    • Joan Flosse, épouse le Édouard Fritch, homme politique et dauphin désigné de Gaston Flosse, qu'il a remplacé comme député de 1986 à 1988 en tant que suppléant pendant son passage au gouvernement, puis qui a été élu député en 2012, il l'avait aussi remplacé à la mairie de Pirae de 2000 à 2008 et est le numéro deux du Tahoera'a huira'atira en tant que président délégué, 3 enfants (Marc Manuarii Fritch, Pamela Fritch, Joan Fritch)[5].
    • Reginald Flosse, chef d'entreprise.
    • Jacqueline Flosse, avocate à Papeete[6], mariée à Daniel Dumont, médecin, ancien directeur du Fare Tama Hau[7].
    • Hinareva Flosse.
    • Christina Flosse, gérante de magasin.
  • (Marie-Jeanne) Tonita Mao le , séparés depuis les années 2000, 3 enfants :
    • Cora Flosse, née en 1984.
    • Jacques Flosse, né en 1993, dont le parrain est l'ancien président de la République Jacques Chirac, grand ami de Gaston Flosse[8].
    • Katarina Flosse, née en 1997.

Il est franc-maçon[9].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1958, Gaston Flosse rejoint le mouvement de Rudy Bambridge, fondateur de l'UTD-UNR, relais local du mouvement gaulliste. Il démarre sa carrière politique en 1965 en devenant le premier maire de la commune de Pirae, à Tahiti. Un poste qu’il quittera le 10 mars 2000 pour être en conformité avec la loi limitant le cumul des mandats.

Deux ans plus tard, en 1967, il est membre pour la première fois de l'Assemblée territoriale de Polynésie, et sera réélu sans discontinuer depuis, sous la bannière de l’Union tahitienne tetahoera’a ma’ohi UT-UDR, puis de 1977 à 1996, avec le Tahoera'a huira'atira : le Rassemblement du Peuple, qu’il fonde quatre ans plus tard. Il en devient le président en 1972 et entre peu après au comité central de l'UDR et est l'un des pères fondateurs du RPR. De cette époque date son amitié avec Jacques Chirac.

Député à partir de 1978, puis député européen, il devient même secrétaire d'État chargé du Pacifique sud dans le premier gouvernement de cohabitation.

En 1984, Gaston Flosse siège au Parlement européen de Strasbourg. Il y obtient le premier statut d’autonomie interne de la Polynésie française et devient le premier président du gouvernement polynésien. Ardent défenseur de l’autonomie de la Polynésie, il obtient une autre réforme statutaire en 1996 puis en 2004. Habile négociateur, proche du président de la République française Jacques Chirac, il entretient des relations privilégiées avec Paris, dont il use pour financer le développement du territoire et l'évolution de son statut.

En 1986, il est chargé du secrétariat du Pacifique sud par Jacques Chirac, alors Premier ministre sous Mitterrand, jusqu’en 1988.

En janvier 1996, peu après la reprise puis l'arrêt définitif des essais nucléaires dans le Pacifique, il annonce, après un entretien avec Jacques Chirac, devenu président de la République, que l'État versera 990 millions de francs (150 millions d'euros) par an pendant dix ans au territoire pour compenser la disparition des flux financiers engendrés jusque-là par le centre d'expérimentations du Pacifique. Quelques mois plus tard, il obtient un statut d'autonomie élargi pour le territoire. Sous le gouvernement Jospin, les socialistes ne se montrent pas moins généreux : les crédits d'État augmentent de 11 % à partir de 2000. Au lendemain de la réélection de Jacques Chirac, enfin, ce sont 840 millions d'euros qui sont budgétisés pour financer le développement de la Polynésie dans les dix prochaines années. « Vous n'êtes pas seuls, l'État vous accompagne », fait remarquer le président de la République, en juillet 2003, lors de sa tournée dans les territoires du Pacifique sud.

Il est élu sénateur le 27 septembre 1998 et réélu le 21 septembre 2008 avec 53,45 % des voix au 1er tour[10].

Pendant sa longue carrière politique, il a été également élu six fois maire de la commune de Pirae, trois fois président de l’Assemblée territoriale et à quatre reprises député à l’Assemblée nationale.

Il est décoré chevalier de l’Ordre national du Mérite en mai 1970 et de la Légion d'honneur en juillet 1975. En juin 1996, il reçoit la grand-croix de l’Ordre de Tahiti Nui, qu’il a créée la même année.

Contre l'UPLD[modifier | modifier le code]

Aux élections suivantes, du 23 mai 2004 pour le renouvellement de l’Assemblée de la Polynésie française, la quasi-totalité de ses opposants s'allient dans un parti créé pour la circonstance : l'Union pour la démocratie (UPLD). Sa pratique autoritaire du gouvernement, ses nombreuses mises en examen, une réforme de statut qui a du mal à être acceptée par l'opinion publique, l'union de tous ses opposants, et un système électoral assurant une « prime » aux listes arrivant en tête dans les circonscriptions, provoquent sa défaite. L'indépendantiste Oscar Temaru devient le nouveau président de la Polynésie française.

Avec l'UPLD[modifier | modifier le code]

Lors des élections territoriales de janvier-février 2008, le To Tatou Ai'a remporte le plus grand nombre de sièges a l'assemblée territoriale. Un accord entre To Tatou Ai'a et l'autre parti autonomiste, le Tahoera'a, de Flosse semble se dessiner. Cependant Flosse est élu à la présidence de la Polynésie française avec les voix de l'UPLD (indépendantistes), la coalition avec To Tatou Ai'a s'effondre et Oscar Temaru est élu à la présidence de l'assemblée territoriale avec les voix du Tahoera'a. Flosse est ensuite exclu de l'UMP[11]. Le , une nouvelle motion de défiance, déposée par Gaston Tong Sang, est votée par 29 voix sur 57 (les 21 membres du groupe autonomiste et anti-indépendantiste du To Tatou Ai'a, les 6 élus du tout nouveau groupe Te Mana no te mau Motu ou « La voix des Archipels » regroupant des « îliens » alliés à Gaston Tong Sang et enfin 2 dissidents de la majorité Tahoera'a-UPLD). Comme le veut la réforme statutaire décidée avant les élections territoriales, celle-ci entraîne alors la chute du gouvernement Flosse et l'élection immédiate de Gaston Tong Sang pour lui succéder[12].

Gaston Flosse mène une liste conjointe avec l'UPLD Richard Tuheiava pour les élections sénatoriales de , qui les voit être élus tous deux.

Mise en retrait, puis retour en force[modifier | modifier le code]

Le Tahoera'a Huira'atira recrée en un groupe politique distinct de celui de l'UPLD à l'Assemblée de la Polynésie française, tout en restant allié à ce dernier et retrouvant la majorité, Oscar Temaru devenant le nouveau président de la Polynésie et le gendre de Gaston Flosse, Édouard Fritch, obtient la présidence de l'Assemblée. Celui-ci se voit confier de plus en plus la responsabilité de mener le Tahoera'a dans les institutions pendant les ennuis judiciaires traversés par Gaston Flosse. Après des tensions accumulées en , le parti de Gaston Flosse rompt avec les partisans de l'opposition le mois suivant avant de revenir dans la majorité, cette fois-ci allié à To Tatou Ai'a de Gaston Tong Sang (qui redevient président de la Polynésie) en . Les deux partis autonomistes sont à leur tour renversé par une alliance entre les indépendantistes et les îliens de Te Mana o te Mau Motu en .

Pour autant, bien que dans l'opposition et plusieurs fois condamné (tout en faisant appel ou se pourvoyant en cassation), Gaston Flosse et son parti renouent avec les succès électoraux à partir de 2012. D'abord, les élections législatives de permettent aux candidats du Tahoera'a de remporter les trois circonscriptions polynésiennes. À l'approche des Territoriales de 2013, son mouvement voit revenir plusieurs de ses anciens dissidents de poids, dont Jean-Christophe Bouissou et son parti Rautahi, au même titre que le transfuge du groupe To Tatou Ai'a et unique représentant du Taatira no te hau Robert Tanseau et que la jusque-là non inscrite Sandra Lévy Agami du Te mana Toa[13]. Le , pour le lancement de sa campagne, 8 000 personnes selon la DCRI, 11 100 pour la direction du parti marchent à Papeete pour le soutenir, le faisant dès lors apparaître comme le favori du scrutin à venir[14].

Au premier tour des élections territoriales le , la liste Tahoera'a menée par Gaston Flosse arrive assez largement en tête avec 40,16 % des suffrages exprimés contre 24,09 % à l'UPLD du président sortant Oscar Temaru et 19,92 % à A Ti'a Porinetia de Teva Rohfritsch (qui a pris le relai de To Tatou Ai'a comme force autonomiste d'opposition à Flosse et Temaru). Tous trois se qualifient dans une triangulaire pour le second tour du 5 mai suivant[15]. Deux semaines plus tard, le 5 mai, la liste Tahoera'a, qui a entre les deux tours reçu le soutien du chef de file de la liste Porinetia Ora (5,71 %), Teiva Manutahi[16], obtient 45,11 % des suffrages. L'UPLD recueille 29,26 % et A Ti'a Porinetia 25,63 %.

La loi organique n° 2011-918 du 1er août 2011 instaurée dans le but d'assurer une stabilité institutionnelle, définit une prime majoritaire accordée à la liste arrivée en tête. Le parti de Gaston Flosse obtient grâce à cela 38 des 57 sièges à pourvoir à l'Assemblée de Polynésie française, ce qui lui permet d'être réélu président de la Polynésie française le .

Le même jour à New York, l'Assemblée générale de l'ONU adopte une résolution, soutenue par Oscar Temaru, plaçant la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser[17].

Bilan politique[modifier | modifier le code]

Développer la Polynésie française ?[modifier | modifier le code]

L'action de Gaston Flosse en faveur de la croissance économique de la Polynésie française est souvent mise en avant. Il est ainsi parvenu à obtenir d’abondantes aides financières des gouvernements centraux, qu’ils soient de droite ou de gauche. En 1996, par exemple, afin de compenser le manque à gagner à la suite de l’arrêt des essais nucléaires, Gaston Flosse obtient qu’une aide globale de 150 millions d’euros soit versée pendant dix ans à la Polynésie française. Une aide qui vient s’ajouter aux sommes contenues dans la loi d’orientation.

C’est son gouvernement qui, en 1995, par exemple, instaure une protection sociale généralisée (PSG), devançant l’État français. Ainsi, toute personne résidant en Polynésie française bénéficie d’une couverture sociale qu’elle soit salariée, non salariée, à faibles revenus voire sans ressource.

Afin de promouvoir le tourisme en Polynésie française, il crée, en 1996 avec des investisseurs, la compagnie aérienne Air Tahiti Nui. Aujourd’hui, la flotte compte 5 Airbus A340-300 qui desservent les États-Unis, l’Europe, le Japon et la Nouvelle-Zélande.

Il est aussi à l’initiative du programme de promotion de la pêche hauturière et de la création de la société Tahiti Nui Rava’ai en 2000. Objectif : construire 56 thoniers d’ici 2006.

Néanmoins, l'ensemble reste extrêmement fragile, ne reposant pas sur une économie réelle. Ainsi en 2011 la PSG fait face à une crise de financement remettant en cause son existence, la société Air Tahiti Nui est en grave difficulté économique et a dû initier un plan social en 2012. Le programme de pêche hauturière s'est révélé être un gouffre financier, d'après les termes du rapport de l'inspection générale des finances. Les contribuables polynésiens et métropolitains ont ainsi contribué à hauteur de 107 % au coût d'achat de 43 bateaux finalement construits. Les sociétés en charge de leur exploitation continuent d'enregistrer de lourdes pertes qui font peser un risque financier certain sur les finances du Pays[18].

Un bilan contrasté[modifier | modifier le code]

Malgré des initiatives assez audacieuses visant à structurer le tourisme, comme la mise en place d'une compagnie aérienne polynésienne de long-courriers, le bilan économique et politique de Gaston Flosse semble contrasté. Ses initiatives se sont soldées par de maigres résultats ou des échecs (stagnation à un niveau très bas du nombre de touristes, dans un marché mondial en expansion; rétraction de la part de marché du tourisme nautique via les paquebots de croisière).

L'industrie perlière a été médiocrement orientée et se remet péniblement d'une surproduction qui a affecté les niveaux des prix de vente. Cette surproduction n'a pas non plus été accompagnée par une exigence accrue et systématique au niveau de l'application de critères de qualité, ce qui a conduit les producteurs à se confronter à la concurrence asiatique, notamment chinoise.

La pêche est en mauvais état : les moyens augmentent, mais les prises diminuent. Les critères de distribution des subventions visant à soutenir l'initiative locale restent opaques, ou à tout le moins restent trop indépendants des mesures d'accompagnement qui permettraient de suivre un projet et de l'accompagner en assurant sa montée en puissance. L'absence de suivi réel des investissements, le faible nombre d'entrepreneurs formés à la gestion et à la comptabilité, les études de marché peu réalistes, forment un ensemble de points faibles qui, mis bout à bout, forment une chaîne qui pèse sur les projets. Par ailleurs, nombre de projets fantaisistes permettent de capter certains flux financiers publics. Le "capitalisme des mers du Sud" ressemble trop souvent à un enrichissement artificiel, sans véritable enracinement économique viable.

Dans un contexte socio-culturel singulier et au demeurant assez artificiellement perçu de l'intérieur comme de l'extérieur, le tableau reste sombre s'agissant de la vie politico-économique de l'archipel. Les forts taux de rémunération des postes de la fonction publique entraînent un certain nombre d'effets pervers, influant en partie sur le niveau des prix marchands considérablement élevé et par voie de conséquence, maintenant un niveau de vie artificiel.

Le revers de la médaille de la croissance polynésienne, impulsée uniquement par une politique de dépenses publiques souvent orientées vers une oligarchie locale, est une dépendance toujours accrue envers les crédits de la métropole, induisant un type d'économie assistée où le développement durable est oublié, voire impossible en l'état. La chute de la couverture des importations par les exportations est spectaculaire, puisqu'elle est passée depuis 1999 de 24 % à 8 %.

Les largesses de la dépense publique, qui à vrai dire ont bénéficié à des titres divers à l'ensemble de la population, semblent avoir lassé les Polynésiens qui, bien que profitant de revenus pour une part créés artificiellement, semblent frappés par les antagonismes sociaux et le clientélisme du système.

L'insertion sociale en Polynésie française passe par des emplois salariés, où les activités de service et la fonction publique dominent. Même les secteurs privés dépendent largement des marchés publics. Les initiatives créatives ont été passablement stérilisées par les excès de cette politique, dont le clientélisme paraît être l'axe majeur dans la gestion du Territoire. Les effets négatifs à long terme de ce type de gestion ont fortement contribué à écarter Gaston Flosse des responsabilités politiques.

En 2007 dans un rapport de la Cour des comptes au chapitre des collectivités territoriales, la gestion des fonds publics par la Polynésie française fait l'objet d'un réquisitoire implacable visant les dernières années de Gaston Flosse à la tête du territoire, marquées par une « administration parallèle » et des « dérives » financières[19],[20].

Affaires judiciaires[modifier | modifier le code]

Gaston Flosse a été régulièrement accusé d'avoir mis en place un système clientéliste et autoritaire, et d'avoir mis à mal les contre-pouvoirs polynésiens, y compris la justice, qui se serait montrée complaisante pendant qu'il était au pouvoir[21].

Mis en cause dans plusieurs affaires, Gaston Flosse a longtemps bénéficié de non-lieux. Alors qu'il a été radié des listes électorales à la veille des élections de mai 2001, la Cour de cassation, réunie en urgence, lui rétablit ses droits. Puis, en juin 2001, il est également relaxé en appel du délit de « corruption passive ». En novembre 2002, il est, encore une fois, amnistié, dans une affaire de déclaration de patrimoine dans laquelle il était poursuivi pour « faux et usage de faux ».

Mais à la fin de l'année 2009, sa situation juridique devient plus compliquée : privé de son immunité parlementaire, il est à deux reprises placé en détention provisoire à la prison de Nuutania. Il parvient néanmoins à faire annuler ses peines d'inéligibilité et à conserver son mandat de sénateur.

Hôtel de Reginald Flosse[modifier | modifier le code]

En , le président de la Polynésie française, Gaston Flosse, fait prendre quatre arrêtés lors du Conseil des ministres, afin de permettre au Territoire d'acquérir un hôtel appartenant à son fils Reginald Flosse, à des conditions favorables pour ce dernier. L'hôtel peut ainsi être acquis à son prix d'achat, soit 16,34 millions d'euros, alors qu'il était fermé depuis 1998. Finalement, face à la polémique qui enfle, les arrêtés sont retirés en . Le tribunal correctionnel de Papeete condamne Gaston Flosse, le , à trois mois de prison avec sursis pour prise illégale d'intérêt[22]. Il n'interjette pas appel du jugement.

Mort de Jean-Pascal Couraud[modifier | modifier le code]

Gaston Flosse est mis en cause dans la disparition inexpliquée du journaliste tahitien Jean-Pascal Couraud, alias JPK, en décembre 1997. Celui-ci, ancien rédacteur en chef des Nouvelles de Tahiti, travaillait pour Boris Léontieff, adversaire politique de Gaston Flosse, et enquêtait sur ce dernier sur le terrain financier : une note de treize pages récapitulant les avancées de ses enquêtes judiciaires avait d'ailleurs été récupérée par l'entourage de Gaston Flosse en juin 1997[23]. Jean-Pascal Couraud était surveillé par la cellule d'écoute du Groupement d'intervention de la Polynésie (GIP), le service d'ordre personnel de Gaston Flosse[24],[25].

Les proches du journaliste évoquent la possibilité d'un assassinat en raison d'informations qu'il possédait sur l'existence d'un compte qu'aurait détenu Jacques Chirac au Japon[26],[27],[28].

Un ancien membre du Groupement d'intervention de la Polynésie, Vetea Guilloux, accuse, en 2004, deux membres du GIP d'être responsables de la mort de Jean-Pascal Couraud à l'issue d'un interrogatoire musclé en mer[29],[30]. Après s'être rétracté, il réitère ses accusations, le  ; ses déclarations sont ensuite confortées par une série de témoignages allant dans le même sens[31]. Le , deux anciens agents du GIP, Tutu Manate et Tino Mara, sont mis en examen pour enlèvement, séquestration et meurtre[32] et, le 15 juillet, Leonard Puputauki, ancien patron du GIP et proche de Gaston Flosse, est à son tour mis à en examen pour enlèvement, séquestration de personne et meurtre commis en bande organisée[33]. Le juge Jean-François Redonnet s'appuie sur plusieurs témoignages et éléments matériels accréditant l'idée que le gouvernement cherchait à surveiller les moindres faits et gestes de Jean-Pascal Couraud, et pointe d'autres « morts suspectes » dans le dossier[33].

Affaire des sushis[modifier | modifier le code]

Le , une grande réception est organisée à la présidence de la Polynésie française pour fêter la victoire attendue de Gaston Flosse aux élections territoriales (qui seront finalement remportées par Oscar Temaru). Le coût de cette réception, financée par des fonds publics, est estimé à 24 000 euros, notamment en raison d'une commande importante de sushis. Pour cette « affaires des sushis », Gaston Flosse est condamné, en , à un an d'inéligibilité, un an de prison avec sursis et deux millions de francs CFP (environ 17 000 euros) d'amende pour détournement de fonds publics. Le , lors du procès en appel, la peine prononcée en première instance est confirmée[34],[35]. La cour d'appel de Paris annule sa peine d'inéligibilité le [36].

Par ailleurs, il est condamné en appel, le , à 400 000 francs CFP (3 300 euros) d'amende et 420 000 francs CFP (3 500 euros) de dommages et intérêts, pour avoir eu recours à une femme de ménage à son domicile, alors qu'elle était rémunérée sur des fonds publics [37].

Annuaire de l'OPT[modifier | modifier le code]

Gaston Flosse est accusé d'avoir favorisé, de 1993 à 2005, les entreprises de l'homme d'affaires Hubert Haddad, lui permettant d'obtenir des marchés publics (auprès de l'Office des postes et des télécommunications, de la compagnie aérienne Air Tahiti Nui et de la chaîne Tahiti Nui Télévision). En échange, il aurait reçu mensuellement, via sa secrétaire particulière, des enveloppes d'argent liquide pour un montant total d'1,2 million d'euros[38].

Au début du mois de , la secrétaire particulière de Gaston Flosse est placée en détention provisoire[39]. À la suite de la demande du procureur général de Papeete, le bureau du Sénat lève partiellement l'immunité parlementaire de Gaston Flosse le , autorisant ainsi son placement en garde à vue ; c'est la quatrième fois depuis 1995 qu'une telle décision est prise à l'encontre d'un sénateur[40]. Deux jours plus tard, Gaston Flosse est placé en garde à vue dans les locaux de la Division nationale d'investigation financière de Nanterre[41]. Le , il est à nouveau placé en garde à vue, à Papeete cette fois-ci[42]. Il est ensuite mis en examen, le [43].

Le , sa compagne, Pascale Haiti, est également mise en examen à Tahiti[44]. Cette dernière est accusée de destruction de preuves dans cette affaire qui porte sur un « pacte de corruption » dont Gaston Flosse serait le « centre », selon les termes du procureur de la République en Polynésie française.

Après la levée de son immunité parlementaire par le bureau du Sénat, Gaston Flosse est arrêté et placé en détention provisoire à la maison d'arrêt de Faaʻa-Nuutania le [45]. Libéré sous contrôle judiciaire le 25 novembre suivant[46], il est de nouveau incarcéré le 3 décembre[47], puis libéré sous caution trois semaines plus tard, le [48].

Le , le tribunal correctionnel de Papeete le condamne à cinq ans de prison ferme, 84 000 euros d'amende et cinq ans de privation de ses droits civils, civiques et de famille, pour trafic d'influence passif et corruption active[49]. Les audiences ont permis d'établir qu'il avait reçu 1,6 millions d'euros en liquide d'Hubert Haddad[38] et Gaston Flosse a reconnu avoir utilisé une partie de cet argent pour régler la pension alimentaire d'une de ses anciennes compagnes[50]. L'infraction de corruption active concerne un autre volet du dossier : il est condamné pour avoir monnayé le vote d'un élu, Noa Tetuanui, décisif dans le renversement du gouvernement Oscar Temaru en 2004. Gaston Flosse interjette appel du jugement.

Emplois fictifs[modifier | modifier le code]

Gaston Flosse avait multiplié les recrutements sous la forme de « contrats cabinets » directement rattachés à la présidence de la Polynésie française. Plus de 1 000 personnes ont ainsi pu être employées par ce dispositif. La justice est parvenue à identifier près d'une centaine de personnes pour lesquelles les emplois sont qualifiés de fictifs ou servaient les intérêts du parti politique de Gaston Flosse. Le , Gaston Flosse est condamné à quatre ans de prison ferme pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts, aux côtés de 86 autres personnes[51],[52]. Le , la cour d’appel de Papeete ramène cette peine à quatre ans de prison avec sursis, 125 000 euros d'amende et trois ans de privation des droits civiques[53]. Il se pourvoit en cassation.

Achat de l'atoll Anuanuraro[modifier | modifier le code]

Acheté 293 300 euros (35 millions Fcfp) par l'homme d'affaires Robert Wan en 1982, la valeur de l'atoll Anuanuraro est estimée à 1,2 million d'euros, fin 2001, par la Direction des affaires foncières (DAF)[54]. Or le , la Polynésie française, alors présidée par Gaston Flosse, rachète l'atoll à un prix s'élevant à 7,1 millions d'euros. Liés par des liens d'amitié, Gaston Flosse et Robert Wan sont tous deux mis en examen dans cette affaire[55]. Après huit ans d'enquête, les juges d'instruction décident, en , de renvoyer l'affaire devant le tribunal correctionnel de Papeete[50].

Affaire du SED[modifier | modifier le code]

En 2005, Oscar Temaru et l'avocat Stanley Cross portent plainte, convaincus que le Service d'études et de documentation (SED), actif sous la présidence Flosse, les a filmés, photographiés et a enregistré leurs conversations. Plusieurs anciens agents du SED ont reconnu ces faits, ainsi que des filatures ou des poses de micros. Le SED aurait eu pour mission d'espionner des adversaires politiques de Flosse, l'ancienne épouse de celui-ci, ses maîtresses, un juge d'instruction et des journalistes[56]. Dans cette affaire, Gaston Flosse, son ancien directeur de cabinet, les deux principaux cadres du SED et huit autres personnes, sont mis en examen pour atteinte à la vie privée. En , Gaston Flosse est renvoyé devant le tribunal correctionnel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Président du gouvernement d'avril 1991 à février 2004, puis président de la Polynésie française.
  2. J. LAFITTE, ST. TAYLOR, Qui est qui en France ?, 1999, p. 730
  3. (en) Oceania Flash, SPC, « FRENCH POLYNESIA PRESIDENT FLOSSE'S FIRST WIFE DIES », Pacific Islands Report, 02-03/05/2000
  4. Page de l'agence VAHINETAHITI-TRAVEL
  5. Qui est qui ...?, op. cit., p. 932.
  6. Fiche de Me Jacqueline Flosse-Dumont sur annuaire.actes-types.com
  7. F. K., « Fermeture du Fare Tama Hau : "Tout ce que savent faire ces gens, c’est détruire" », Tahiti Infos, 05/09/2011
  8. Présentation du Tahoeraa Huiraatira, www.crwflags.com
  9. tavini.e-monsite.com « Polynésie, le système Flosse »], tavini.e-monsite.com, 2005
  10. Élections sénatoriales de 2008 - résultats en Polynésie française sur le site du Sénat.
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  13. Cédric, « Le Tahoeraa présente son “nouveau” groupe », Radio 1, 07/02/2013
  14. « La démonstration de force du Tahoeraa », Les Nouvelles de Tahiti, 25/03/2013
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  16. M. TAPUTU, « Teiva Manutahi soutient Flosse », Les Nouvelles de Tahiti, 26/04/2013
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  18. http://www.igf.finances.gouv.fr/gcp/webdav/site/igfinternet/shared/Nos_Rapports/documents/Mission_Polynesie_volume_2.pdf
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  21. Gérard Davet, Fabrice Lhomme, L'Homme qui voulut être roi, Stock, 2013.
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  23. Gérard Davet, Fabrice Lhomme, L'Homme qui voulut être roi, Stock, 2013, p. 128.
  24. Rue89
  25. Tahitipresse : « Changement à la tête du GIP sur fond de critiques de la gestion passée », 7 octobre 2004
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  28. Tahiti Pacifique : « Oui, JPK a bien été assassiné ! »
  29. Le témoignage de Vetea Guilloux sur Dailymotion
  30. L'affaire Vetea Guilloux sur www.tahitipresse.pf
  31. Gérard Davet, Fabrice Lhomme, L'Homme qui voulut être roi, Stock, 2013, p. 110, 117.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Polynésie, le système Flosse, Le Monde, le 22 mai 2004
  • Eric Conan, « Polynésie «Gaston», roi déchu », L'Express, le 28 juin 2004
  • Patrick Roger, « Le paradis sur mesure de Gaston Flosse », Le Monde, le 31 mars 2006
  • Jean-Marc Régnault, Oscar Temaru - Gaston Flosse : le pouvoir confisqué, Papeete, Les Éd. de Tahiti, 2004 (ISBN 2-907776-27-4). Réédition aux Indes savantes, 2005.
  • Gérard Davet et Fabrice Lhomme, L’homme qui voulut être roi, Stock, mars 2013 (ISBN 9782234064591)

Liens externes[modifier | modifier le code]