Gaspillage alimentaire

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Denrées consommables dans une poubelle à Stockholm (Suède).

Le gaspillage alimentaire est le fait de jeter ou de supprimer des aliments encore comestibles. Le gaspillage alimentaire se produit tout au long de la chaîne d'approvisionnement, depuis le stade de la production agricole jusqu'à celui de la consommation, en passant par le stockage, la transformation, la distribution et la gestion. C'est un problème de société environnemental, économique et social. Les enjeux de la lutte contre ce gaspillage sont la lutte contre la faim dans le monde, la réduction de l'impact environnemental de l'alimentation, l'aide aux personnes les plus démunies, l'optimisation de l'agriculture, etc.

Définition[modifier | modifier le code]

Nations-Unies[modifier | modifier le code]

Une étude (2011) de l'institut suédois pour l'alimentation et les biotechnologies, au nom de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), intitulée « pertes et gaspillage alimentaires au niveau mondial », fait la distinction entre la « perte alimentaire » et le « gaspillage alimentaire », et propose des définitions[1] :

  • La perte alimentaire mesure la diminution de la biomasse comestible (à l'exclusion des parties non comestibles et des graines) tout au long de la partie de la chaine d'approvisionnement spécifiquement dédiée à l'alimentation comestible pour la consommation humaine, c'est-à-dire les pertes à la production, après la récolte et les stades de transformation. Cette définition des pertes inclut la biomasse initialement prévue pour la consommation humaine mais finalement utilisée à d'autres buts, comme des combustibles ou de la nourriture animale.
  • Le gaspillage alimentaire est la perte alimentaire qui a lieu durant la vente au détail et les phases de consommation finale en raison du comportement des détaillants et des consommateurs - qui est de jeter la nourriture comme déchet.

Europe[modifier | modifier le code]

L'Union européenne a défini dans une première directive de 1975 et jusqu'en 2000 le gaspillage alimentaire comme « toute substance alimentaire, crue ou cuite, qui est jetée, a l'intention d'être jetée ou nécessite d'être jeté ». Cette directive a été remplacée par la directive 2008/98/EC qui ne contient pas de définition spécifique. La directive 75/442/EEC, contenant cette définition, a été amendée en 1991 (91/156) avec l'ajout de catégories de déchets (annexe 1[2]).

États-Unis[modifier | modifier le code]

L'agence de protection de l'environnement des États-Unis d'Amérique a défini le gaspillage alimentaire comme la nourriture non mangée et les déchets issus de la préparation des aliments par des établissements commerciaux et restaurateurs comme les épiceries, les restaurants, les stands, les cantines et cafétérias institutionnelles. L’État demeure libre de définir le gaspillage alimentaire différemment, mais beaucoup ont choisi de ne pas le faire.

Histoire et causes[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

Dans les pays en voie de développement ou développés où l'agriculture est développée de façon industrielle ou commerciale, le gaspillage alimentaire peut intervenir à tous les stades de la chaîne de production dans des proportions significatives[3].

Les montants de gaspillage sont inconnus pour l'agriculture vivrière, mais sont probablement insignifiants en comparaison, en raison d'un nombre limité d'étapes jusqu'à la consommation, et parce que la nourriture est produite pour des besoins projetés et non pour un marché global[4]. Néanmoins les pertes peuvent être grandes au cours du stockage dans les pays en voie de développement, en particulier en Afrique, bien que les quantités soient sujettes à débat.

Des recherches menées aux États-Unis au niveau de l'industrie alimentaire, dont la production est la plus diverse et la plus abondante de tous les pays de la planète, ont fait apparaitre des pertes alimentaires dés le début de la production[3]. Après plantation, les cultures peuvent être perdues avant la récolte en raison de maladies ou du mauvais temps[3]. L'utilisation de machines lors de la récolte peut augmenter les pertes, soit parce que l'exploitant pourrait ne pas différencier les cultures mûres et immatures, soit parce qu'il ne collecterait par la totalité du champ[3].

Une partie du gaspillage au niveau de la production est liée à des dépassements de quotas (agriculture, pêche) ou à des normes (tailles minimales des produits de la pêche, standards de qualité et d'apparence…) ou des prix seuils en dessous desquels les produits ne sont pas commercialisés. On jette le surplus produit ou pêché ou ce qui ne correspond pas à la norme[5],[6].

  • En ce qui concerne la pêche, la survie des animaux est estimée par les chalutiers à 30 à 40 % du total pêché[7] puis remis à la mer. Sept millions de tonnes de poissons seraient ainsi rejetés chaque année dans l'océan[8], soit un peu moins de 10 % des captures totales.
  • Les agriculteurs quant-à-eux récoltent souvent de façon sélective, préférant laisser des cultures ne correspondants pas aux standards dans le champ (où ils peuvent être utilisés comme fertilisant ou nourriture animale), dans la mesure où les aliments seraient écartés plus tard de la chaîne[3].

Transformation industrielle[modifier | modifier le code]

La transformation industrielle vise à obtenir des produits satisfaisants certains critères d'hygiène, de goût, de qualité et d'homogénéité visuelle. Une partie des produits sont donc exclus au cours du processus.

Vente au détail[modifier | modifier le code]

Inventaire des produits d'un supermarché en Thaïlande

Certains produits peuvent être exclus de la vente par les distributeurs selon différents critères d'hygiène, de qualité visuelle, ou d'engagement envers le consommateur (vendre des produits frais, et les retirer des rayons quelques jours avant la date limite de consommation, ou DLC)[9].

Consommation[modifier | modifier le code]

DLUO d'une marchandise au Canada

Une partie des ménages occidentaux jettent des produits non consommés avant la date limite de consommation (DLC) pour cause d'achats supérieurs aux besoins (réfrigérateur trop rempli par peur de manquer[9]), ou les jettent une fois la date limite d'utilisation optimale dépassée, par méconnaissance de la différence entre les deux types de dates. En effet, un produit peut en général être consommé au-delà de la DLUO sans risque pour la santé humaine. C'est même le cas pour certains produits quelques jours après la DLC (en 2012 en France), lorsque la chaine du froid a été respectée[9].

Estimations[modifier | modifier le code]

Estimations globales[modifier | modifier le code]

Le phénomène est estimé par la FAO à environ 1,3 milliard de tonnes de denrées alimentaires par an, soit un tiers des aliments produits pour la consommation humaine perdu ou gaspillé[10].

Des chiffres sont avancés dans l'étude globale de 2011[11] :

Quantités perdues et gaspillées par personne et par an Total Aux stades de production et ventes Par les consommateurs
Europe 280 kg 190 kg 90 kg
Amérique du Nord et Océanie 295 kg 185 kg 110 kg
Asie industrialisée 240 kg 160 kg 80 kg
Afrique subsaharienne 160 kg 155 kg 5 kg
Afrique du Nord, de l'Ouest et Asie centrale 215 kg 180 kg 35 kg
Asie du sud et du sud-est 125 kg 110 kg 15 kg
Amérique latine 225 kg 200 kg 25 kg

Le gaspillage par pays[modifier | modifier le code]

D'après France nature environnement (FNE), un européen gâche autant de nourriture dans l'année qu'un Africain en produit.

Voici quelques exemples de quantités gaspillées par pays, par personne et par an :

  • Les Britanniques jettent 40 kg de nourriture, soit 25 % des aliments achetés[8] par les ménages ;
  • Les Français gaspillent 30 kg d'après la FNE, 20 kg (dont 7 non déballés) d'après l'Ademe[12]. En 2012, le gaspillage vient également de la restauration commerciale (environ 230 g par personne et par repas[10]) et collective (environ 167 g par personne et par repas, notamment à l’hôpital[10] ; dans les cantines scolaires, près de 30 % du contenu des assiettes part à la poubelle[7]). Par ailleurs, 10 000 à 13 000 tonnes de poissons[7] seraient invendus en France. Seulement 10 %[7] est reversé pour l'aide alimentaire, le reste étant pour partie transformé en farine animale, pour partie détruit par ajout de matière non comestible. Au total, le gaspillage sur l'ensemble de la chaîne alimentaire est estimé à 150 kilos par personne et par an en France, pour 190 kilos en moyenne en Europe[13].
  • Aux États-Unis, 40 % de l'alimentation disponible est jetée[8].
  • Dans les pays en développement, les pertes atteindraient entre 10 % et 60 % des récoltes[8], en fonction des produits agricoles.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le gaspillage a des conséquences socio-économiques : il pèse sur le budget des ménages à hauteur de 530 euros par ménage et par an (en 2009 pour les Britanniques)[8]. Il a aussi des conséquences environnementales[8] : gaspillage d'eau, d'énergie, pollution des sols et eaux en engrais et pesticides utilisés en pure perte, augmentation du trafic routier et de la gestion des déchets, impact carbone direct (émission de gaz à effet de serre des déchets) et indirect, etc.

Politiques de lutte[modifier | modifier le code]

Le Parlement européen a voté le 19 janvier 2012 une résolution visant à éviter le gaspillage des denrées alimentaires et souhaite que l'année 2014 soit « Année européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire »[14]. Le 20 novembre 2009, l'interdiction du high grading (rejets de poissons pour des raisons commerciales) a été adoptée dans la règlementions européenne[8].

En 2012, la France veut diviser par deux le gaspillage d'ici 2025[13] à travers cinq actions auprès de la grande distribution, des industriels, des associations et des consommateurs. Dans son sillage, de nombreuses actions locales ont été mises en lumière, à l'instar du RÉGAL (Réseau pour éviter le gaspillage alimentaire) qui permet à tous les acteurs de la filière alimentaire de se rencontrer, d'échanger et d'agir autour de cette thématique[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. FAO, « Pour nourrir le monde, réduisons nos pertes alimentaires - présentation du rapport « pertes et gaspillage alimentaires au niveau mondial » et lien en anglais », sur http://www.fao.org, FAO,‎ 11 mai 2011 (consulté le 7 octobre 2012).
  2. Conseil des communautés européennes, « Directive 91/156/CEE du Conseil du 18 mars 1991 modifiant la directive 75/442/CEE relative aux déchets », sur L'accès au droit de l'Union européenne,‎ 18 mars 1991 (consulté le 7 octobre 2012).
  3. a, b, c, d et e Kantor, Linda; Kathryn Lipton, Alden Manchester et Victor Oliveira (janvier à avril 1997) (PDF). [en]Estimating and Addressing America’s Food Losses, p. 3
  4. Note à ajouter ici : [15][16] sur l'article anglais
  5. http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_final_gaspillage_alimentaire_nov2012.pdf
  6. http://developpementdurable.ac-dijon.fr/productions/782/GaspillageAlimentaire/
  7. a, b, c et d Arte, « Le scandale du gaspillage alimentaire », sur Youtube,‎ 3 juin 2012 à 20h30 (consulté le 17 octobre 2012)
  8. a, b, c, d, e, f et g Gaëlle Dupont, « Pourquoi le monde gaspille autant de nourriture », Le Monde,‎ 13 octobre 2012 (lire en ligne).
  9. a, b et c Capital, émission télévisée française du 3 février 2013. Grande distribution : le grand gaspillage? Reportage.
  10. a, b et c « Comment lutter contre le gaspillage alimentaire ? », sur Ministère chargé de l'agroalimentaire,‎ 25 mai 2012 (consulté le 3 juillet 2012).
  11. Gustavsson et al., p. 5
  12. « Gaspillage alimentaire. On s'étrangle! », La Gazette, vol. 22, no 2128,‎ 28 mai 2012, p. 20 (ISSN 0769-3508).
  13. a et b « Le gouvernement veut diminuer le gaspillage alimentaire », Le Monde,‎ 21 octobre 2012 (lire en ligne).
  14. Parlement européen, « Résolution du Parlement européen du 19 janvier 2012 sur le thème «Éviter le gaspillage des denrées alimentaires: stratégies pour une chaîne alimentaire plus efficace dans l'Union européenne» », sur Parlement européen,‎ 19 janvier 2012 (consulté le 6 juin 2012).
  15. http://www.reseau-regal-aquitaine.org/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jenny Gustavson, Christel Cederberg,Ulf Sonesson, Robert van Otterdijk, Alexandre Meybeck, « Global food losses and food waste (Pertes et gaspillage alimentaires dans le monde) », sur http://www.fao.org, FAO,‎ 2011 (consulté le 7 octobre 2012)).
  • FAO, « Empreinte des gaspillages alimentaires. Comptabilité écologique des pertes / gaspillages alimentaires, note de synthèse », sur http://www.fao.org,‎ mars 2012
  • Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), La crise alimentaire environnementale (février 2009). Cette étude contient un chapitre sur le gaspillage alimentaire.
  • Institut international de l’eau de Stockholm, étude de 2008 estimant à 50 % les pertes/conversions/gaspillage alimentaires.
  • Commission européenne et Bio Intelligence Service, Étude préparatoire sur le gaspillage alimentaire dans les États membres de l’UE 27 (octobre 2010) [(en) pdf en ligne].
  • MAAPRAT, 2011, Rapport final « Pertes et gaspillages alimentaires ».
  • CleanMetrics, Impact du gaspillage alimentaire aux États-Unis sur le changement climatique (septembre 2011). (note technique, pour le Groupe de travail sur l’environnement Meat Eaters’ Guide to Climate Change and Health.)
  • Waste & Resources Action Programme et WWF, L’empreinte eau et carbone des gaspillages alimentaires domestiques au Royaume-Uni (mars 2011).
  • (en) Banque Mondiale, Aliments perdus : le cas des pertes de grains post-récolte en Afrique subsaharienne (2011).
  • WWF et Food Climate Research Network, How Low Can We Go? (2009).
  • Institut International de l’eau de Stockholm (SIWI), Économiser l’eau : du champ à nos assiettes (2008). (données de Vaclav Smil)
  • PNUE, Gaspillage : investir dans l’efficacité de l’énergie et des ressources (2011). (estimations de la CCNUCC)
  • Système africain d’information sur les pertes post récoltes (APHLIS). Avec le Centre de recherche conjoint de la Commission européenne, l’Institut des ressources naturelles et l’ISICAD.
  • Cuéllar A.D. et Webber M.E., Aliments gaspillés, énergie gaspillée : les pertes d’énergie dans le gaspillage alimentaire aux États-Unis (2010). (données de l’USDA relatives aux pertes alimentaires en 1995).
  • Hall K.D. et al, L’accroissement progressif du gaspillage alimentaire en Amérique et son impact environnemental (2009).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]