Gamelan

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Gamelan au début du XXe siècle

Le gamelan est un ensemble instrumental traditionnel caractéristique des musiques javanaise et sundanaise. Par extension, on utilise également le mot pour désigner l'orchestre balinais, qu'on appelle en fait gong (par métonymie à partir du nom de l'instrument).

Le gamelan est composé essentiellement de percussions : gongs, métallophones de différents types (saron, peking, demung, slentem, gender), xylophones (gambang), tambours de divers types (ciblon, kendang), auxquels peuvent s'ajouter des instruments à cordes, soit frottées comme le rebab (une vièle à pique), soit pincées comme le kacapi (sorte de cithare), et à vent comme la flûte suling et le chant — féminin et masculin.

Les différents tambours sont en peau de buffle et donnent le tempo ainsi que l'intensité du jeu musical. Le joueur du kendang principal est le véritable chef d'orchestre. Lorsque le gamelan accompagne une danse, un dialogue s'installe entre le joueur de tambour et la danseuse ou le danseur. À ce moment-là, c'est plutôt la danseuse (ou le danseur) qui devient chef d'orchestre. Il en va de même lorsque le gamelan accompagne un wayang kulit (théâtre d'ombres).

Certains auteurs considèrent que le gamelan ne constitue en réalité qu'un seul instrument. Effectivement, les joueurs de gamelan ne prennent pas leurs instruments à la maison afin de travailler leur technique comme on le ferait un violoniste ou un trompettiste. Ici l'apprentissage se fait en commun et dès le plus jeune âge.

Le gamelan munggang du kraton (palais royal) de Surakarta

La musique de gamelan est cyclique. Un cycle complet commence et se termine par le gong ageng, instrument fondamental de cette musique.

Variations géographiques[modifier | modifier le code]

On distingue trois grandes aires du gamelan, qui sont d'ouest en est et de nord en sud : le pays Sunda (c'est-à-dire la partie occidentale de Java), le pays javanais proprement dit (c'est-à-dire le centre et l'est de l'île) et Bali.

Elles ont en commun deux échelles musicales ou gammes : l'une, heptatonique appelée pelog, l'autre, pentatonique, appelée slendro. Sunda possède en outre une gamme propre appelée sorog.

Gamelan javanais : gongs.

À Sunda et Java, on distingue notamment les sarons, un métallophone, qui jouent la mélodie de base, accompagnés des kenongs, bonangs (gongs horizontaux posés sur des supports) et des gongs, dont le jeu ponctue la phrase musicale.

À Bali, la mélodie de base est jouée par les gangsa. La phrase musicale est ponctuée par les jegogan et les gongs.

Les orchestres de gamelan sont communs à Java, Madura, Lombok (et dans les autres îles de la Sonde), de différentes formes et grandeurs. Des traditions gamelan se sont établies en Malaisie et au Suriname et plus récemment dans tous les continents. Le gamelan est utilisé dans beaucoup de traditions de la culture indonésienne.

Les mariages ou les cérémonies religieuses sont par exemple accompagnés de cet ensemble instrumental et on le retrouve dans tous les palais et lieux culturels du pays. Le théâtre d'ombre, wayang kulit, est également basé sur lui. La musique elle-même reflète les traditions puisque par exemple il est interdit d'enjamber les instruments, les pieds et tout ce qui se trouve en bas étant considéré comme impur.

Gamelan javanais : métallophone saron.

Utilisation en musique classique occidentale[modifier | modifier le code]

Debussy, lors de l'Exposition universelle de Paris de 1889, avait été frappé par la gamme, les « couleurs » sonores, les ruptures rythmiques et le côté modal de cette musique; son ami Robert Godet pense qu'il s'en est inspiré pour sa propre musique (Et la lune descend sur le temple qui fut, Pagodes, Terrasse des audiences au claire de lune)[1]. Francis Poulenc est lui aussi influencé par une démonstration de gamelan balinais entendue à l'Exposition coloniale de 1931[2] et l'évoque très nettement dans son Concerto à deux pianos. On peut également citer L'Envol d'Icare, ballet pour orchestre composé par Igor Markevitch en 1932.

En 1941, lors de son exil aux États-Unis, Benjamin Britten joue et enregistre[3] de nombreuses transcription pour deux pianos réalisées par Colin McPhee, réputé pour être le premier compositeur occidental à avoir effectué une étude ethnomusicologique de la musique balinaise. Britten utilise cette influence dès 1942 dans A Ceremony of Carols[4] puis dans son ballet The Prince of the Pagodas (1956), Curlew River (1964) et son opéra Death in Venice (1973)[5]

D'autres compositeurs de musique classique occidentale ont utilisé le gamelan dans leurs compositions ou ont été profondément influencés par celui-ci: Steve Reich, Philip Glass, Dave Smith (qui de plus l'enseigne), ou Claude Vivier.

Au Canada, le groupe québécois Giri Kedaton possède actuellement le seul gong kebyar balinais à cinq notes. Il est basé à Montréal.

En France, l'association grenobloise ORFEO a acquis en septembre 2009 un gong kebyar balinais, ainsi qu'un set complet de gender (instruments accompagnant le wayang kulit) et de rindik (xylophone de bambous). Il est possible de prendre des cours de gamelan au Conservatoire de Grenoble, à la Cité de la musique à Paris, ainsi qu'à la Galerie Sonore[6] à Angers.

À Aix en Provence, l'association Adémuse possède un gamelan javanais, accordé sur la gamme slendro pentatonique, des cours sont proposés. Un ensemble de musiciens, "Le Gamelan Kancil" donne des concerts, avec un répertoire de morceaux contemporains composés spécialement pour cette formation (compositions de Fréderic Rebotier, Williams Marx, Marc Lannelongue), des pièces de compositeurs contemporains pour gamelan (Alex Grillo, Jean Yves Bosseur), des adaptations de pièces traditionnelles provençales (Henri Maquet), des schémas d'improvisations, ainsi que des pièces traditionnelles de Java Centrale.

Cette musique se trouve aussi au Liban.[réf. souhaitée]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Gamelan degung sundanais
  • Basset, Catherine, Musiques de Bali à Java : l'ordre et la fête, Actes Sud, 1995
  • Jacquemart, Le gamelan a java : l'enseignement de la musique traditionnelle..., Maison des Sciences de l'Homme, 1995
  • Lindsay, Jennifer, Javanese Gamelan, Oxford university Press, 1985
  • Sutton, Anderson, Traditions of Gamelan Music in Java : Musical Pluralism and regional identity, Cambridge University Press, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Edward Lockspeiser, Claude Debussy, Fayard, 1962 (traduction française de Léo Dilé, 1980), p. 145-147.
  2. Franck Ferraty, La musique pour piano de Francis Poulenc ou le temps de l'ambivalence, L'Harmattan, 2009, p. 171.
  3. The Roots of Gamelan: the First Recordings (Bali 1928, New York 1941), World Arbiter, 1999.
  4. Michael Oliver, Benjamin Britten, Phaidon Press Limited, 1996, p. 88 et 98.
  5. Philip Brett, Eros and Orientalism in Britten's Operas, in Queering the Pitch: The New Gay and Lesbian Musicology, Routledge, 1994, p. 235–256
  6. Salle d'indonésie, Galerie Sonore d'Angers