Gabrielle d'Estrées

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Gabrielle d'Estrées

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Naissance Vers 1573
Château de Cœuvres ou de la Bourdaisière
Décès Nuit du 9 au 10 avril 1599 (à 26 ans)
Paris
Pays de résidence France
Ascendants
Conjoint
Concubine d'Henri IV
Descendants
César, Catherine-Henriette et Alexandre avec Henri IV

Gabrielle d'Estrées, née au château de la Bourdaisière ou au château de Cœuvres probablement vers 1573[1], et morte à Paris dans la nuit du 9 au 10 avril 1599, devient la maîtresse et favorite d’Henri IV en 1591.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la fille d'Antoine d'Estrées, baron de Boulonnois, vicomte de Soissons et Bersy, marquis de Cœuvres[2], gouverneur de l'Île-de-France (Grand-maître de l'artillerie sur une très courte période en 1596) et de Françoise Babou de La Bourdaisière. Ils donnent naissance à onze enfants dont sept filles, connues notamment pour leurs rôles de courtisanes[3]. Appelées les « sept péché mortels[4] », ce qui a valu à leur mère le surnom peu reluisant de « tenancière de clapier à putains », elles sont en effet réputées pour leur art des choses galantes[5]. Les mauvaises langues de son époque disent que Gabrielle a été préalablement vendue par sa mère à Henri III, pour 6 000 écus, puis au financier Sébastien Zamet, enfin on lui donne pour amants, le cardinal de Guise, le duc de Longueville et le galant Bellegarde. On est même allé jusqu'à prétendre « qu'elle avait été publique pour une pistole »[6].

En novembre 1590, le siège de Paris s'étirant en longueur, Roger de Bellegarde, grand écuyer de France et ancien mignon d'Henri III, veut présenter sa maîtresse Gabrielle d'Estrées au roi, ils partent tous deux au château de Cœuvres où habite Gabrielle. Henri IV conçoit pour elle une vive passion. Selon la légende[7], Gabrielle résiste plus de six mois à ce monarque sentant fort « de l'aile et du gousset », mais finit par lui céder le 20 janvier 1591 au siège de Chartres. Il la marie par souci des conventions à Nicolas d'Amerval de Liancourt, baron de Benais, puis demande à ce que le couple divorce pour la rendre libre, l'appelle à la cour, crée pour elle le duché de Beaufort et comble d'honneurs tous ses parents. Elle reçoit de Henri IV les titres de marquise de Montceaux, puis de duchesse de Beaufort. Au château de Montceaux, à Montceaux-lès-Meaux (Seine-et-Marne), elle construit de nouveaux bâtiments, notamment les quatre pavillons d'angle.

Le projet de mariage qu'entretient Gabrielle d'Estrées avec Henri IV est empêché par le Pape Clément VIII, plutôt hostile à la répudiation de Marguerite de Valois, épouse du roi depuis 1572. Cette dernière s'y oppose également, même si elle est séparée du roi de longue date. Sachant que cette décision entraînerait le mariage d'Henri IV avec la belle Gabrielle, au passé sulfureux, et dont la liaison adultère a déjà produit trois enfants, le Saint-Siège s'inquiète des possibles problèmes de succession qui pourraient se présenter entre la descendance adultérine, que le Pape aurait dû légitimer sans trop savoir comment, et celle issue du futur mariage du roi. La morale de l'Église se voit aussi sérieusement mise à mal dans cette affaire, d'autant plus que le 23 février 1599 lors d'une fête au Louvre, il annonce son intention d'épouser Gabrielle en lui offrant l'anneau de son sacre. « La presque reine » est détestée aussi bien par le peuple que par l'aristocratie à cause de ses nombreuses dépenses (robes, bijoux, hôtel de Schomberg en face du Louvre). Elle est l'objet de nombreux pamphlets qui lui valent le surnom de « duchesse d'ordure » et de « putain à chien »[8].

La mort surprenante de la favorite du roi met un terme au problème. Enceinte de quatre mois du quatrième enfant d'Henri IV, elle est prise de terribles convulsions dans la nuit du 9 au 10 avril 1599, après avoir renoncé à dîner chez le financier Sébastien Zamet qui lui a offert cependant une citronnade. Les témoins racontent que son visage révulsé noircit au point de la rendre totalement méconnaissable (son aspect est tel que l'entourage du roi l'arrête à Villejuif alors qu'il accourt pour la voir de Fontainebleau, où il séjourne, afin de lui éviter un spectacle si horrible), ce qui a fait naître le soupçon d'un empoisonnement par le citron dans lequel la substance nocive aurait été introduite[9]. Mais l'hypothèse la plus probable est qu'elle aurait été victime d'éclampsie puerpérale à la suite de l'intervention sans asepsie des chirurgiens pour la débarrasser de son fœtus mort la veille[10], l'éclampsie toxique (intoxication par un taux élevé d'albumine dans les urines) ayant tous les symptômes de l'empoisonnement[11]. Ses obsèques sont célébrées dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois avec les honneurs liés à son rang. Elle est enterrée dans le chœur de l'église de l'abbaye de Maubuisson, dirigée par sa sœur Angélique d’Estrées[12].

Après sa mort, Henri IV rachète le domaine à ses héritiers et l'offre à Marie de Médicis à l'occasion de la naissance du futur Louis XIII.

Descendance[modifier | modifier le code]

La Dame au bain[13], portrait de Gabrielle, son enfant César et son nourrisson Alexandre, 1er quart du XVIIe siècle, musée Condé[14].

Henri IV et Gabrielle d'Estrées auront :

Portrait[modifier | modifier le code]

Gabrielle d’Estrées, la « presque reine », « blonde, dorée, d’une taille admirable, d’un teint d’une blancheur éclatante » (Mademoiselle de Guise), « blonde aux yeux bleus, aux sourcils admirablement dessinés, avenante et potelée » (François Bluche), « belle mignonne un peu fade et sans trop d’esprit » (Jean-Pierre Babelon), a, du fait même de son destin tragique dans lequel certains ont voulu voir un empoisonnement voire la main du démon, fasciné tant ses contemporains que la postérité. Ainsi Agrippa d’Aubigné, pourtant généralement avare de compliments, salue en elle celle qui pousse le roi à rédiger et signer l’édit de Nantes : « C’est une merveille, comment cette femme de laquelle l’extrême beauté ne sentait rien de lascif, a pu vivre en reine plutôt qu’en concubine tant d’années et avec si peu d’ennemis. Les nécessités de l’État furent ses seules ennemies ».

Jules Michelet, qui a examiné son portrait au crayon par Daniel Dumonstier au cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France, la décrit ainsi : « Elle est étonnamment blanche et délicate, imperceptiblement rosée. L’œil a une indécision, une "vaghezza" qui dut ravir et qui pourtant ne rassure pas[15]. »

Regards des contemporains[modifier | modifier le code]

Au lendemain de sa mort, Henri IV écrit : « Mon affliction est aussi incomparable que l'était le sujet qui me la donne. Les regrets et les plaintes m'accompagneront jusqu'au tombeau. La racine de mon cœur est morte et ne rejettera plus... »

La belle Gabrielle a droit à des funérailles royales. Le roi porte le deuil en s'habillant tout de noir, ce qui n'était pas permis aux rois de France.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arlette Jouanna (dir.), Histoire et dictionnaire des guerres de religion, 1559-1598, Robert Laffont, 1998 (coll. « Bouquins »), p. 898.
  2. Chevalier des ordres du roi en 1578, et chargé du gouvernement de La Fère en Picardie, de Paris et de l'Ile-de-France pour sa belle défense de Noyon contre le duc de Mayenne, en 1593.
  3. Destin familial car l'arrière grand-mère de Gabrielle, Marie Gaudin, fut la maîtresse François Ier, sa tante de Sourdy fut entremetteuse. Source : Janine Garrisson, Gabrielle d'Estrées. Aux marches du palais, Editions Tallandier,‎ 2006, p. 148.
  4. Rebaptisés les « sept péché capitaux » par le duc de Saint-Simon.
  5. Inès Murat, Gabrielle d'Estrées, Fayard,‎ 1992
  6. Maurice Andrieux, Henri IV, A. Fayard,‎ 1955, p. 267
  7. Pierre de Vaissière, Henri IV, Frédérique Patat,‎ 2013, p. 357
  8. Monique Lachère, Henri IV, L'Âge d'homme,‎ 1994, p. 75
  9. Janine Garrisson, Gabrielle d'Estrées. Aux marches du palais, Éditions Tallandier,‎ 2006, p. 115
  10. Enfant mort-né — un garçon — qu'ils arrachent « à pièces et lopins ». Source : Raymond Ritter, La vie de Gabrielle d'Estrées, Le Cercle Historia,‎ 1964, p. 157.
  11. Jean-Pierre Babelon, op. cit., p. 665.
  12. Philippe Erlanger, Gabrielle d'Estrées. Femme fatale, J. Dullis,‎ 1975, p. 257
  13. Réplique du tableau de François Clouet.
  14. Jean Jacques Lévêque, L'École de Fontainebleau, Éditions Ides et calendes,‎ 1984, p. 280
  15. Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Fayard, 1982, p. 628-629.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]