Gabriel Ier de Montgommery
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Gabriel de Lorges, comte de Montgommery (Calvados), seigneur de Ducey (Manche), seigneur de Lorges, né à Ducey, Normandie en 1530 et exécuté à Paris en 1574, était un homme de guerre français, régicide involontaire d’Henri II. Il fut par la suite l’un des commandants les plus capables de l’amiral de Coligny durant les guerres de Religion.
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Biographie [modifier]
Le tournoi de la rue Saint-Antoine [modifier]
Fils de Jacques Ier de Lorges, comte de Montgommery, originaire d'Écosse, Gabriel de Lorges était le capitaine de la garde écossaise du roi Henri II.
Le 30 juin 1559, lors du tournoi organisé par Henri II pour célébrer le mariage de sa fille Élisabeth avec Philippe II d'Espagne, Montgommery affronta et blessa mortellement son souverain, lui transperçant accidentellement l'œil de sa lance. Le roi agonisa dix jours durant, et, malgré les soins de son chirurgien Ambroise Paré, mourut le 10 juillet 1559.
Jean-François Dreux du Radier en fait la relation suivante en 1759 :
- « Henri, qui voulut voiler l’ignominie du traité de Câteau - Cambresis, par splendeur des fêtes et la magnificence des noces de sa fille Elisabeth de France, avec Philippe II Roi d’Espagne et celle de sa sœur marguerite de France avec Emmanuel – Philibert, Duc de Savoye, ordonna un Tournoi Solemnel contre tous venans. Sa majesté, le Duc de Ferrare, le Duc de Guise, et M. de Nemours étaient les tenans.
Le Roi, l’un des meilleurs cavaliers de son royaume, fit admirer son adresse et sa valeur. Mais vers la fin du tournoi, voulant, dit-il, rompre encore une lance à l’honneur des dames, d’autres disent de la Reine son épouse, il en envoya une au jeune Gabriel de Montgommery. La Reine, le supplia inutilement de sortir du tournoi : Montgommery refusa d’entrer en lice autant qu’il le put, et jusqu’à un ordre exprès qu’il en reçut du Roi. Ils coururent enfin l’un contre l’autre, et si rudement que les lances se brisèrent et que Montgommery, emporté par son cheval, donna dans l’œil droit du Roi, qui avait la visière de son casque levée, du tronçon qui lui resta la main ;Le coup pénétra si avant, que le crâne en fut enfoncé.
Le Roi chancela et aussi tôt emporté à l'hôtel des Tournelles (aujourd’hui la Place Royale), près duquel le combat s’était déroulé. On épuisa inutilement tout ce que la chirurgie a d’art et d’industrie. Il se forma un abscès dans la tête du Roi, qui mourut le douzième jour, qui était le 10 juillet 1559. Il ordonna qu’on acheva le mariage de sa sœur avec le Duc de savoye, et déclara qu’il pardonnait à Montgommery… »[1]
Prophétie de Nostradamus [modifier]
On a voulu faire correspondre à cette mort accidentelle d’Henri II l'une des prophéties faites par Nostradamus:
- « Le lion jeune le vieux surmontera ;
En champ bellique par singulier duel,
Dans cage d'or ses yeux lui crèvera,
Deux plaies une, puis mourir, mort cruelle. »
La fuite [modifier]
Bien qu'Henri II eut exonéré Montgommery de toute faute et l'eut absous de tout blâme sur son lit de mort, le comte prit la fuite le jour même du drame. Banni de la cour et cassé de son grade de capitaine de la garde écossaise[2], le régicide se réfugia un temps en Angleterre.
Accueilli à la cour de la reine Élisabeth Ire, Montgomery adhéra à la Réforme dont il devint, de retour en France, l'un des fers de lance en Normandie. Il transforma la chapelle Saint-Germain de son château en lieu de prêche protestant.
Guerres de religion [modifier]
En mai 1562, lors de la première guerre de religion, il prit la ville de Bourges que ses troupes saccagèrent. Il se distingua ensuite au siège de Rouen, soutenant plusieurs assauts des troupes royales, puis se retira au Havre, que les protestants avaient ouvert aux Anglais. Il affronta le maréchal de Matignon en Normandie et fut, lors de la troisième guerre de Religion (1568-1570), un des grands capitaines du camp protestant dans les campagnes de Guyenne, Périgord, Quercy et Béarn. La reine de Navarre Jeanne d'Albret fit de Montgommery son lieutenant général pour reconquérir ses États. En trois semaines, il reconquit le Béarn, prenant Orthez et faisant exécuter systématiquement tous les prisonniers catholiques. Il ravagea Tarbes, prit Saint-Sever et Mont-de-Marsan et s'intalla sur l'Adour. Durant la bataille de Jarnac, il tenta sans succès de dégager Condé. Chassé de Mont-de-Marsan par Blaise de Monluc le 20 septembre 1569, il dut fuir en abandonnant son artillerie. Non poursuivi en raison d'un désaccord entre Monluc et Damville, il reprit sa campagne en Gascogne. Les excès qu'il y commit furent immenses et frappèrent de terreur la population. Après la bataille de Moncontour, Montgommery rejoignit Coligny, et ils dirigèrent ensemble leurs forces sur Toulouse. La paix de Saint-Germain, en 1570, mit fin à cette campagne.
Durant le massacre de la Saint-Barthélemy, il put échapper aux tueurs car il était logé avec d'autres protestants dans le faubourg Saint-Germain. Après l'assassinat de Coligny, un huguenot blessé traversa la Seine à la nage pour les avertir. La tête de Montgommery fut mise à prix et des chasseurs de prime le pourchassèrent jusqu'en Angleterre où Catherine de Médicis réclama à plusieurs reprises son extradition. La reine Élisabeth lui fit répondre : « Dites à la Reine-mère que je ne serai pas le bourreau de la France. » En 1573, le comte amena d'Angleterre une escadre de protestants français pour délivrer les Rochelais du siège entrepris par le duc Henri d'Anjou.
Catherine de Médicis finit par obtenir satisfaction en 1574 lorsque, assiégé dans Domfront le 9 mai après l'échec d'une insurrection en Normandie, il se rendit le 27 mai au maréchal de Matignon. Conduit à Paris, il fut décapité en place de Grève le 26 juin 1574. Informé sur l’échafaud qu'un édit royal confisquait ses biens et privait ses enfants de leurs titres, il dit à ses bourreaux : « Dites à mes enfants que s’ils ne peuvent reprendre ce qui a été pris, je les maudis de ma tombe. »
Union et descendance [modifier]
Le comte épousa Isabeau de La Touche (1550-1593), avec laquelle il eut quatre garçons et quatre filles :
- Jacques II, (1551-1590)
- Gédéon mort en 1596
- Gilles (1558-1596)
- Gabriel II, (1565-1635), bâtisseur du château de Ducey, père de 6 enfants :
- Louise
- Gabriel III (1560-1635)
- Suzanne
- Louis Ier (1601-1682)
- Jean (1605-1664)
- Jacques III (1609-1682).
- Suzanne
- Elisabeth
- Claude
- Roberte
Avant le fils, le père… [modifier]
Le père de Gabriel de Montgommery, Jacques Ier de Lorges, serait à l'origine d'une blessure causée à François Ier le 6 janvier 1521, alors que la cour fêtait l'épiphanie à Romorantin. Ayant épuisé son stock de boules de neige, Jacques utilisa un tison enflammé comme projectile. Celui-ci atteignit accidentellement le roi en lui infligeant une brûlure[3] au visage et une importante hémorragie[réf. nécessaire], heureusement sans conséquence fatale.
L'existence de cet incident n'a jamais été prouvée. Il est possible que cette anecdote ait été fabriquée après l'accident fatal d'Henri II.
Dans les arts populaires [modifier]
- Alexandre Dumas a donné une version romancée de l’histoire de Montgomery dans son roman Les deux Dianes.
Hommage contemporain [modifier]
- Un collège de la ville de Ducey porte le nom de Gabriel de Montgomery, orthographié avec un seul « m ».
Lorsque Roger II de Montgommery s'installa en Angleterre, son nom de famille a été « anglicisé » en perdant un M. ce dernier perd un M. Lorsque René de Montgommery revint en France dans les années 1480, son nom repris les 2 M d'origine. Il est d'usage de conserver un seul M pour les Montgommery de la branche anglo-saxonne et 2 M pour les descendants de René de Montgommery qui sont rentrés en France.
Notes et références [modifier]
- Jean-François Dreux du Radier, Tablette anecdotes et historique de rois de France depuis Pharamond jusqu'à Louis XV, Couturier, Lamy et Laporte, Paris, 1781 p. 189 et suivantes Lire en ligne
- Léon Marlet, Le comte de Montgomery, p. 26.
- Le jeune roi fut atteint à la tête d'un tison enflammé qui le blessa au menton : cette anecdote est rapportée dans François Eudes de Mézeray, Abrégé chronologique, vol. VII, p. 286-287.
Annexes [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Léon Marlet, Le Comte de Montgomery, Paris, Picard, 1890.
- Alain Landurant, Montgommery, le régicide, Paris, Tallandier, collection « Figures de proue », 1988. Réédition : Éditions Cheminements, 2008.
- Étienne Dupont, Montgomery, Tours, Mame et Fils, (XIXe)
- Sébastien Nadot, Rompez les lances ! Tournois et chevaliers au Moyen âge, ed. Autrement, Paris, 2010.
Articles connexes [modifier]
Les Montgommery ont donné leur nom aux villes de Sainte-Foy-de-Montgommery et Saint-Germain-de-Montgommery.
- Bourgbarré (Ille-et-Vilaine)
- Pontorson (Manche)
- Lorges
- Ducey (Manche)
- Chevreuse (Yvelines) (Mausolée de la famille Montgomery)