Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat

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Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat
Création 1988
Site web www.ipcc.ch

Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) est un organisme intergouvernemental, ouvert à tous les pays membres de l'ONU. Il « a pour mission d’évaluer, sans parti-pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation. Il n’a pas pour mandat d’entreprendre des travaux de recherche ni de suivre l’évolution des variables climatologiques ou d’autres paramètres pertinents. Ses évaluations sont principalement fondées sur les publications scientifiques et techniques dont la valeur scientifique est largement reconnue ».

Historique[modifier | modifier le code]

Le GIEC a été créé en novembre 1988, à la demande du G7 (aujourd’hui G8), par deux organismes de l’ONU : l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE)[1]. Le prix Nobel de la paix lui a été attribué en 2007 conjointement avec Al Gore[2].

Le météorologiste suédois Bert Bolin a joué un rôle important lors de sa création et l'a dirigé de 1988 à 1997[3]. Les autres membres fondateurs sont le canadien Maurice Strong, actuellement caché en Chine à la suite de son implication dans le scandale du détournement de fonds dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture », et le britannique John T. Houghton (en)[4].

Objectifs[modifier | modifier le code]

Le GIEC a pour mandat d'évaluer, sans parti pris et de manière méthodique, claire et objective, les informations scientifiques, techniques et socio-économiques disponibles en rapport avec la question du changement du climat. Le GIEC travaille à rendre compte des différents points de vue et des incertitudes, tout en dégageant clairement les éléments qui relèvent d'un consensus de la communauté scientifique.

Le GIEC n'est donc pas un organisme de recherche, mais un lieu d'expertise visant à synthétiser des travaux menés dans les laboratoires du monde entier[5], en fonction d'un problème précis, pour lequel les États l'ont mandaté.

Organisation[modifier | modifier le code]

Le GIEC est organisé en trois groupes de travail :

  • Groupe I : Il étudie les principes physiques du changement climatique ;
  • Groupe II : Il étudie les impacts, la vulnérabilité et l'adaptation au changement climatique ;
  • Groupe III : Il étudie les moyens d'atténuer (mitigation) le changement climatique.

Un rapport spécial a été publié sur les scénarios d'émission (SRES : Special Report on Emission Scenarios), qui a été la base de certaines simulations dans les travaux des groupes de travail.

S'y ajoute une équipe spéciale pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre, qui a produit des guides méthodologiques pour ces inventaires.

Chaque groupe de travail (et l'équipe spéciale) a deux coprésidents, l'un représentant les pays développés, l'autre les pays en voie de développement.

L'économiste indien Rajendra Pachauri est président du GIEC depuis 2002.

Activités[modifier | modifier le code]

Le GIEC tient une séance plénière annuelle associant des centaines de représentants des gouvernements et des associations participantes. Chaque pays membre dispose d'une voix (les petits pays ont donc autant de pouvoir que les grands). L'assemblée y établit le champ des rapports à produire et valide les rapports établis.

Le GIEC réunit également des ateliers d'experts sur les différentes questions touchant au changement climatique et peut apporter son expertise à l'occasion de conférences, par exemple sur les hydrates de gaz[6].

Ses activités sont principalement la production des rapports (rapport d'évaluation, rapports spéciaux)[7], de directives méthodologiques et de documents techniques.

Rapports d'évaluation[modifier | modifier le code]

Ces rapports sont souvent désignés sous les acronymes suivants :

  • FAR (First Assessment Report) pour le Premier rapport (1990)
  • SAR (Second Assessment Report) pour le Deuxième rapport (1995)
  • TAR (Third Assessment Report) pour le Troisième rapport (2001)
  • AR4 (4th Assessment Report) pour le Quatrième rapport (2007)
  • AR5 (5th Assessment Report) pour le Cinquième Rapport (2014).

Premier rapport d'évaluation (en 1990)[modifier | modifier le code]

Dans ce premier rapport[8] de 1990, le GIEC observe que les émissions dues aux activités humaines accroissent sensiblement la concentration dans l'atmosphère des gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, chlorofluorocarbones, oxyde nitreux) et renforcent l'effet de serre naturel. Le GIEC établit quatre scénarios d'émissions futures qui vont du scénario A (aucune mesure n'est prise) aux scénarios B, C, D (correspondant à des degrés de réglementation croissants). Il prévoit un doublement des concentrations équivalentes de dioxyde de carbone par rapport aux niveaux pré-industriels entre 2025 et 2050 pour les scénarios A à C, et 2100 pour le scénario D. Dans le cas du scénario A, le GIEC prédit une augmentation de température d'environ °C d'ici 2100, ainsi qu'une augmentation du niveau des mers de 65 cm. Dans le cas du scénario D, l'augmentation de température sur un siècle ne serait que de °C.

Le GIEC souligne les incertitudes relatives à ces prévisions, dues à une méconnaissance des sources et des puits de gaz à effet de serre, et aux réactions des nuages, des océans et des calottes polaires face à un changement du forçage radiatif provoqué par l'augmentation des gaz à effets de serre. En particulier, les phénomènes de rétroaction sont mal connus.

Le GIEC observe que, depuis 1900, la température a augmenté d'environ 0,5 °C et que le niveau de la mer a monté d'environ 15 cm. Ces variations sont du même ordre de grandeur que les variations naturelles du climat, mais il est possible également que ces variations naturelles aient contribué à réduire le réchauffement dû à un effet de serre anthropique. Le GIEC se donne 10 ans pour pouvoir confirmer le renforcement de l'effet de serre.

Le rapport essaie également d'évaluer quels impacts auraient un tel réchauffement sur l'agriculture, les écosystèmes, les ressources en eau, la santé publique. Il examine quels moyens pourraient être mis en œuvre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Ce rapport a incité l'ONU à établir une « Convention-cadre sur les changements climatiques » adoptée en 1992 et entrée en vigueur en mars 1994. En 1992, le GIEC a produit un rapport supplémentaire destiné aux négociateurs de cette Convention-cadre au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, la même année.

Deuxième Rapport d’évaluation : « Changements climatiques 1995 »[modifier | modifier le code]

Entre les années 1990 et 1995, des études ont été menées pour parvenir à distinguer les influences naturelles qui s'exercent sur le climat et celles qui relèvent d'une activité anthropique. Le rapport[9] de 1995 estime que l'évolution du climat depuis un siècle s'explique mieux en tenant compte d'une influence anthropique, et que cette évolution n'est vraisemblablement pas d'origine naturelle. Il reprend les prévisions du précédent rapport, tout en rappelant les incertitudes portant sur ces prévisions.

Ce rapport a fourni les bases de négociation du protocole de Kyoto.

Troisième Rapport d’évaluation : « Bilan 2001 des changements climatiques »[modifier | modifier le code]

Il comprend les trois rapports des groupes de travail et un rapport de synthèse sur les questions scientifiques directement liées avec les politiques à suivre.

Selon ce rapport[10], les années 1990 auront été la décennie la plus chaude sur la période 1860-2000. Les changements concernant le niveau de la mer, la couverture neigeuse, la superficie des glaces et les précipitations sont révélateurs d'un réchauffement du climat. Une responsabilité humaine à ce réchauffement est davantage soulignée que dans les précédents rapports. Le rapport prévoit une augmentation de température entre 1,4 °C et 5,8 °C entre 1990 et 2100 et estime que le rythme du réchauffement est sans précédent depuis les dix derniers millénaires.

Alors que les précédents rapports étaient passés relativement inaperçus au sein du grand public, c'est essentiellement à la suite de ce rapport et entre 2000 et 2005 que la question de l'existence d'un réchauffement climatique et d'une éventuelle responsabilité humaine sont massivement traitées dans les médias[11]. C'est également à partir de 2000 que se développe une vive opposition aux conclusions et prévisions alarmistes du GIEC. C'est également vers cette époque que la question climatique entre dans les débats politiques.

Quatrième Rapport d’évaluation : « Changements Climatiques 2007 »[modifier | modifier le code]

Le quatrième rapport d'évaluation (AR4) a été publié le 16 novembre 2007. Il compile les travaux de chacun des Groupes de travail présentés lors de trois sessions échelonnées au cours de l'année :

  • Le rapport du Groupe de travail I sur les bases scientifiques physiques des changements climatiques présenté à Paris, le 1er février 2007[12],[13].
  • Le rapport du Groupe de travail II sur les conséquences, l’adaptation et la vulnérabilité aux changements climatiques présenté à Bruxelles, le 5 avril 2007[14],[15].
  • Le rapport du Groupe de travail III sur l’atténuation des changements climatiques présenté à Bangkok, le 3 mai 2007[16],[17].
  • Le Rapport de synthèse (RSY) qui fait la synthèse des précédents. Il fut rédigé sous la direction de Rajendra K. Pachauri, Président du GIEC, et publié avec la version finale de l'AR4[18].


Prévisions globales[modifier | modifier le code]
Les quatre SRES-familles de scénarios[19],[20],[21] du quatrième rapport et les prévisions des hausses de températures globales moyennes en 2100
AR4

Objectifs plus économiques

Objectifs plus environnementaux
Mondialisation
(Monde homogène)
A1
Croissance économique rapide
(groups: A1T/A1B/A1Fl)
1,4 - 6,4 °C
B1
Durabilité environnementale globale
1,1 - 2,9 °C
Régionalisation
(Monde hétérogène)
A2
Développement économique
avec une orientation régionale

2,0 - 5,4 °C
B2
Durabilité environnementale locale
1,4 - 3,8 °C
Première partie : la session de Paris[modifier | modifier le code]

La session regroupant les scientifiques s'est déroulée en février 2007 à Paris.

Deuxième partie : la session de Bruxelles[modifier | modifier le code]
Troisième partie : la session de Bangkok[modifier | modifier le code]
Fumées échappées d'une cheminée d'usine.

La réduction des gaz à effet de serre peut s'opérer sur des secteurs très variés de l'économie et de l'environnement de vie humain. Les scientifiques du GIEC ont fait la synthèse des différentes études présentant des scénarios d'émissions, classés par gamme d'augmentation de température à l'équilibre. En particulier, pour la catégorie de hausse de température comprise ente 2 et 2,4 degrés, cette synthèse montre que dans la grande majorité des études le pic d'émissions mondiales se situe avant 2015[22]. Pour infléchir sur le long terme la tendance du réchauffement et atteindre une stabilisation des taux de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, il est ensuite nécessaire de diminuer fortement les émissions (dans la gamme de -50 à -85 % en 2050 par rapport à l'an 2000, pour une température à l'équilibre de 2 à 2,4 °C).


Cinquième Rapport d'évaluation : « Changements Climatiques 2014 »[modifier | modifier le code]

Le GIEC travaille actuellement à la préparation de son cinquième rapport, dont la publication est prévue en plusieurs phases, entre septembre 2013 et octobre 2014. Un document a été diffusé en avance de phase dès décembre 2012[23] par un des réviseurs, sans l'accord du GIEC. En réaction, le GIEC a publié un « démenti » en forme de mise au point[24], à la suite de quoi, les projets des différents chapitres du Groupe de travail II ont été publiés à leur tour[25].

  • Le premier volet de ce 5e rapport concerne les bases scientifiques[26], illustré par les scénarios RCP. Le « Groupe de Travail I » l'a présenté à Stockholm (Suède) le 27 septembre 2013.
  • Le deuxième volet de ce 5e rapport recense les impacts du réchauffement climatique. Ce texte, qui résulte d'après le GIEC, d'un immense travail de lecture et de compilation de douze mille publications scientifiques, a été publié le lundi 31 mars 2014[27].
  • Une synthèse du troisième volet de ce 5e rapport a été présenté le 13 avril 2014 à Berlin (Allemagne)[28]. Celle-ci est un « résumé pour décideurs » destinée à aider les chefs de gouvernement dans leurs décisions. Le ministère français de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie en a publié une traduction en français[29] (non validée par le GIEC).

Chacune de ces trois parties est accompagnée d'un « Résumé à l’intention des décideurs » (summary for policy-makers, SPM) qui récapitule dans un format condensé les conclusions du groupe de travail pour des non-experts, et en particulier les décideurs politiques. L'AR4 servit ainsi de base aux négociations de la Conférence de Copenhague de 2009.

Rapports méthodologiques[modifier | modifier le code]

  • Lignes directrices 2006 du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre[30]
  • Recommandations en matière de bonnes pratiques pour le secteur de utilisation des terres, changements d’affectation des terres et foresterie (2003)
  • Recommandations du GIEC en matière de bonnes pratiques et de gestion des incertitudes pour les inventaires nationaux (2000)
  • Lignes directrices du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre – version révisée 1996 (Manuel simplifié, volume 2[31])
  • Logiciel d’utilisation du Manuel de référence pour les inventaires de gaz à effet de serre

Rapports spéciaux[modifier | modifier le code]

Ces rapports portent sur l'évaluation d'une thématique particulière ou visent à répondre à une question précise :

  • Incidences de l'évolution du climat dans les régions (1997)
  • L'aviation et l'atmosphère planétaire (1999)
  • Questions méthodologiques et techniques dans le transfert de technologie (2000)
  • Utilisation des terres, changements d'affectation des terres et foresterie (2000)
  • Captage et stockage du dioxyde de carbone (2006)
  • Préservation de la couche d’ozone et du système climatique planétaire : questions relatives aux hydrofluorocarbures et aux hydrocarbures perfluorés (en cours)
  • Les événements climatiques extrêmes (2012)[33]

Crédibilité[modifier | modifier le code]

Les publications officielles du GIEC ont pour objet de proposer une synthèse des connaissances scientifiques. Ces synthèses incluent les publications qui font l'unanimité et celles qui sont contestées par des scientifiques. Ces rapports sont le fruit d'un long débat qui aboutit à un consensus : l'approbation de la version finale du rapport par tous les scientifiques et tous les gouvernements faisant partie du GIEC (la quasi-totalité des pays du monde sont représentés et ont signé l'approbation de la version finale, y compris les États-Unis).

Dès lors la crédibilité du GIEC dépend de la qualité du processus d'expertise, ce qui peut s'évaluer de diverses manières : diversité des disciplines et des approches, diversité des intérêts etc. Si le GIEC a souffert de crédibilité, au départ, c'était une critique venant du côté des pays en développement, qui estimaient ne pas être assez représentés dans le processus. Ils ont obtenu que ce biais soit en partie corrigé. Ils ont aussi obtenu que l'on parle des impacts différenciés du changement climatique, et pas seulement des problèmes généraux créés par celui-ci. Du fait du processus mis en place, toute erreur ou exagération qui serait contraire aux intérêts d'un État ou contraire à ce qui peut faire consensus dans une discipline est rejeté.

Le GIEC a reçu le prix Nobel de la paix 2007, conjointement avec Al Gore.

À noter : l'appellation d'origine « IPCC » Intergovernmental Panel on Climate Change, ne contient pas le mot « Expert », alors que toutes les traductions qui en ont été faites (pour les pays de l'ONU signataires) ont rajouté ce mot.

Critiques factuelles[modifier | modifier le code]

Utilisation du graphique en crosse de hockey[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Graphique en crosse de hockey.

Le troisième rapport a utilisé la reconstitution climatique de Mann, Bradley et Hugues (MBH98). On [Qui ?] y fait souvent référence sous le nom de « graphique en crosse de hockey ». Ce graphique était la première reconstitution de la température nord-hémisphérique durant les 1000 dernières années ; il différait d'un premier rapport schématique qui montrait des températures plus élevées durant la période médiévale qu'aujourd'hui. La présence de MBH98 dans le TAR a largement contribué à démontrer que la période de réchauffement actuelle est inhabituelle en comparaison aux températures de 1000 à 1900, jusqu'à ce que la méthodologie utilisée pour produire ce graphique soit la cible de critiques[34],[35].

Lors de l'AR4, ces différentes critiques émises à l'encontre de la reconstitution de Mann ont été évaluées par le Groupe de travail I[36]. Cette réévaluation basée notamment sur l'ajout de nouvelles données paléoclimatiques rendues disponibles depuis le précédent rapport, aboutit à un graphique relativement similaire à celui de la crosse de hockey[37] dans lequel il apparait, selon le texte du rapport, qu'« il est très probable que les températures moyennes dans l’hémisphère Nord ont été plus élevées pendant la seconde moitié du XXe siècle que durant n’importe quelle autre période de cinquante ans au cours des cinq derniers siècles et il est probable qu’elles ont été les plus élevées depuis 1 300 ans au moins ». Bien que cette conclusion soit répétée dans le rapport de synthèse de l'AR4[38], le nouveau graphique, lui, n'y est pas repris.

Fonte des glaces en Himalaya[modifier | modifier le code]

En 2007, dans le résumé technique de son quatrième rapport, le groupe II du GIEC avait estimé que les glaciers de l'Himalaya reculaient plus vite que les autres glaciers du monde et « pourraient disparaître d'ici 2035, voire avant»[39]. Absent des travaux de synthèse du GIEC[40] et initialement peu repris dans les médias[41] , ce chiffre sera mis en avant de façon alarmiste à la fin de l'année 2009, avec la perspective de la Conférence de Copenhague sur le climat et la médiatisation du thème du réchauffement climatique. Dès lors, plusieurs enquêtes journalistiques[42],[43] vont montrer que cette projection est erronée. Et finalement, le 20 janvier 2010 le GIEC publie un communiqué de presse qui reconnait une erreur concernant ce point précis mais qui maintient l'intégralité des conclusions présentées par ailleurs dans les rapports de synthèse (notamment sur la fonte des glaciers)[44].

Le communiqué souligne aussi que cette erreur ponctuelle est le résultat d'une mauvaise application des règles de validation scientifique. En effet, cette date inexacte provient d'un rapport du WWF qui l'attribue erronément à une étude de la Commission Internationale de la Neige et de la Glace alors qu'en réalité elle est issue d'un article du New Scientist[45], une revue de vulgarisation scientifique britannique qui ne fait pas l'objet d'une évaluation par les pairs comme c'est le cas pour les revues proprement scientifiques. La date de 2035 serait une coquille sur un chiffre plus réaliste mais controversé : 2350, date à laquelle le géographe russe Vladimir Kotlyakov a calculé que les glaciers extra-polaires pourraient avoir disparu à 80 % si le rythme du réchauffement se maintenait[46]. Fred Pearce, l'auteur du New Scientist, a de son côté confirmé que ce chiffre lui avait été donné lors d'une interview par un scientifique indien, Syed Hasnain, qui rédigeait à l'époque une étude sur la question qui resta non-publiée[43]. Après la finalisation du texte de 2007, mais avant sa publication officielle, cette erreur avait été signalée par Georg Kaser, glaciologue et membres du groupe I du GIEC mais trop tard, semble-t-il, pour être corrigée[47],[48].

Fin 2009, une étude du ministère indien de l'environnement et des forêts avait alimenté la controverse en critiquant la vitesse de fonte des glaciers himalayens suggéré par le rapport du GIEC et en niant que la conclusion plus générale que ces glaciers fussent menacés par le réchauffement climatique[49]. Le président du GIEC, Rajendra Pachauri y avait d'abord répondu sévèrement, en reprochant à cette étude de n'avoir pas de solides bases scientifiques pour nier le rôle du réchauffement dans la fonte glaciaire[50]. Au mois de janvier suivant, un groupe de scientifiques, dont Georg Kaser, feront paraître une lettre pour rectifier le paragraphe incriminé du rapport du GIEC et expliquer l'origine de l'erreur concernant la date de 2035 tout en confirmant les conclusions générales[51]. Ces auteurs accréditent l'hypothèse d'une erreur de transcription de l'étude de ICSI par le fait que le texte mentionne que la surface des glaciers concernés passerait de 500 000 à 100 000 km2, ce qui ne peut correspondre à l'Himalaya dont les glaciers couvrent 33 000 km2.

Critique épistémologique et conservatisme[modifier | modifier le code]

Le GIEC, par sa structure hybride de politique et de science, serait condamné à ne produire que des résultats scientifiques sujets à caution. D'autres considèrent que le GIEC soutiendrait, en raison même de l'interférence politique, une position de consensus a minima qui ne reflète que très partiellement l'état actuel de la recherche, et qu'il aurait tendance à sous-estimer les effets du réchauffement [52],[53].

Selon d'autres critiques, les politiques de lutte et d'adaptation au réchauffement climatique, déjà largement insuffisante, s’appuieraient sur un cadre scientifique très largement optimiste. Le GIEC serait ainsi incapable de communiquer efficacement sur l'urgence que représente la crise climatique en cours, ce qui remettrait en cause la capacité de notre civilisation à s'adapter[54]. Aucune étude complète n'a été menée à ce sujet ; cependant un questionnaire non publié montre que, moins de 50 % des scientifiques sont en accord avec les résultats du GIEC. Une part importante (18 %) d'entre eux considèrent que le GIEC est conservateur et une autre part importante (17 %) d'entre eux considèrent que le GIEC est optimiste [55]. Ainsi, la hausse du niveau de la mer est de 18 à 59 centimètres pour le GIEC[56] ; alors que la valeur haute de la fourchette est de 1 à 5 mètres dans la littérature[57],[58],[59]. La désintégration de la calotte glaciaire du Groenland se produira pour un réchauffement global de 1,9 à 4,6 °C[60] ; alors que la fourchette actuelle est plutôt de 0,8 °C à 3,2 °C[61],[59]. La banquise arctique ne devait pas disparaître avant la fin du XXIe siècle d'après le GIEC[62] ; elle est en cours de désintégration et selon certains experts devrait disparaître d'ici 2020 à 2030[63].

La confusion vient de ce que le GIEC est un organisme expert. Il doit donner une réponse à des questions politiques, posées par les gouvernements, pour l'élaboration desquelles il a été créé. Il ne publie pas dans les journaux scientifiques, il sélectionne, en fonction des connaissances disponibles, les éléments qui lui semblent être les plus significatifs pour éclairer l'action publique. Les connaissances générales et leurs incertitudes sont intégrées les unes aux autres pour éclairer un problème qui se pose pour le politique, et non seulement pour le scientifique. C'est analogue à la fonction d'un expert dans un tribunal, à qui on ne demande pas de fournir une encyclopédie des connaissances sur un sujet, par exemple la psychiatrie, mais de décider, en fonction des connaissances existantes, si tel individu peut être considéré comme responsable ou pas. La neutralité de l'expertise est donc cruciale, si l'expert est un ami du présumé coupable par exemple alors l'expertise peut être invalidée. C'est donc l'examen de la structure du GIEC qui permet de savoir si l'expertise produite est vulnérable aux biais.

L'examen de la structure du GIEC, dominé par des scientifiques issus d'États qui n'ont pas beaucoup d'intérêts à voir la crise climatique exagérée, rend peu crédible l'hypothèse selon laquelle le GIEC serait pessimiste.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « GIEC », ipcc.ch, 16 décembre 2011.
  2. « L'ONU et le prix Nobel de la paix », un.org, 2007.
  3. (en) Bert Bolin (1925-2007) - A world leading scientist and science organizer, sur le site bbcc.su.se
  4. (en) The Independant
  5. http://www.manicore.com/documentation/serre/GIEC.html
  6. (en) « GIEC Attends the 7th International Conference on Gas Hydrate », giec.cas.cn, 29 juillet 2011.
  7. Site web du GIEC : section Publications
  8. Résumé du rapport du GIEC de 1990
  9. Rapport 1995 du GIEC, résumé.
  10. Rapport 2001 du GIEC, résumé.
  11. A titre d'exemple, le livre L'effet de serre, allons-nous changer le climat ? de Hervé Le Treut et Jean-Marc Jancovici, date de 2004
  12. Résumé pour les décideurs I
  13. Rapport complet AR4 WG1
  14. Résumé pour les décideurs II
  15. Rapport complet AR4 WG2
  16. Résumé pour les décideurs III
  17. Rapport complet AR4 WG3
  18. Rapport de synthèse
  19. according to: Canadian Institute for Climate Studies, CCIS project: Frequently Asked Questions
  20. IPCC Special Report on Emissions Scenarios, Chapter 4: An Overview of Scenarios / 4.2. SRES Scenario Taxonomy / Table 4- 2: Overview of SRES scenario quantifications.
  21. Figure 2.11: Schematic illustration of SRES scenarios (IPCC)
  22. Résumé pour les décideurs, GTIII, tableau RID 5
  23. [1]
  24. [PDF] [2]
  25. [3]
  26. (en)WORKING GROUP I : Climate Change 2013: The Physical Science Basis, site du groupe de travail I.
  27. (en)Climate Change 2014: Impacts, Adaptation, and Vulnerability, site IPCC (GIEC).
  28. (en)WORKING GROUP III : Mitigation of Climate Change, site officiel du groupe de travail III.
  29. Résumé à l'intention des décideurs du volume 3 du 5e rapport d'évaluation du GIEC, site du MEDDE consulté le 6 mai 2014.
  30. Lignes directrices 2006 du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre (5 volumes téléchargeables, versions françaises, 2006
  31. Lignes directrices du GIEC pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre – version révisée 1996
  32. REPORTS - SPECIAL REPORTS, sur le site ipcc.ch - consulté le 15 octobre 2012
  33. Daniel (Les Échos), « Rapport ‘Extrêmes climatiques’ du GIEC : le reflux de l’alarmisme ? »,‎ 23 novembre 2011 (consulté le 27 septembre 2013)
  34. (en) Corrections to the Mann et al.(1998) Proxy data base and northern hemispheric average temperature series Energy&Environment, Volume 14, number 6, 2003
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  36. [PDF]Résumé pour les décideurs p. 466 sqq.
  37. [PDF]Résumé pour les décideurs Fig 6.10c
  38. [PDF]Résumé pour les décideurs p. 31
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  40. [PDF]Un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental
  41. « News Articles - Timeline », sur Google (consulté le 9 mars 2010)
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Synthèses de Rapports du GIEC, traduites en français 

Rapport 2007 :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]