Génocide kurde

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Le génocide kurde (surtout connu sous le nom d'Anfal) ordonné par le régime irakien de Saddam Hussein a lieu de février à septembre 1988, conduisant à l'élimination de plus de 180 000 civils kurdes[1]. L'épisode le plus célèbre de ce génocide est le bombardement aux gaz chimiques de la ville kurde d'Halabja le 16 mars 1988.

Résumé[modifier | modifier le code]

En mars 1987, Ali Hassan al-Majid est nommé Secrétaire général du parti Baas pour la région Nord, incluant le Kurdistan. Sous son autorité, le contrôle des opérations contre les combattants kurdes est transféré de Bagdad au parti Baas. Ceci est le prélude à la « solution finale » au problème kurde décidée par Al-Majid dès son arrivée à son poste. L'opération destinée à éradiquer définitivement le « problème kurde » est baptisée Anfal.

Les opérations se décomposent en une série de huit Anfal. Les sept premiers Anfal ont pour cible la région où agit l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) tandis que l'« Anfal final » s'abat sur la région dominée par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK).

Attaque chimique d'Halabja le 16 mars 1988

Ainsi, on a les huit opérations suivantes avec leurs régions cibles[2] :

  • Premier Anfal : Sergalou et Bergalou, du 23 février au 19 mars 1988. C'est lors de ce premier Anfal qu'Halabja est gazé ;
  • Deuxième Anfal : Qara Dagh, du 22 mars au 1er avril 1988 ;
  • Troisième Anfal : Germian, du 7 avril au 20 avril 1988 ;
  • Quatrième Anfal : La Valleé du Zab, du 3 mai au 8 mai 1988 ;
  • Cinquième, sixième et septième Anfal : Les Vallées de Shaqlawa et Rawanduz, du 15 mai au 26 août 1988 ;
  • Anfal final : Badinan, du 25 août au 6 septembre 1988.

200 000 soldats irakiens sont affectés à cette campagne de génocide qui a recours à des offensives terrestres, des bombardements aériens, des destructions systématiques de zones d'habitation civile, des déportations massives, la mise en place de camps de concentration, des exécutions sommaires et bien sûr l'utilisation massive d'armes chimiques, ce qui a valu à Ali Hassan Al-Majid le surnom d'Ali le chimique.

Bilan[modifier | modifier le code]

D'après le Tribunal spécial irakien, 182 000 civils ont été tués et plus de 2 000 villages détruits.

D'après Human Rights Watch[2], 90 % des villages de la région cible ont été rayés de la carte et 1 754 écoles et 270 hôpitaux détruits.

Procès[modifier | modifier le code]

Le procès de La Haye[modifier | modifier le code]

Frans Van Anraat est un homme d'affaires néerlandais. Il a fourni au régime de Saddam Hussein des substances chimiques qui ont permis de produire les armes chimiques utilisées contre les Kurdes. Il vivait à Bagdad quand l'offensive américaine a commencé en 2003. À la chute de Saddam Hussein, Van Anraat est retourné aux Pays-Bas. Le 6 décembre 2004, il est arrêté pour complicité de crime de guerre et génocide. Van Anraat est poursuivi par le tribunal de La Haye en vertu d'un jugement de la Cour suprême des Pays-Bas donnant aux tribunaux néerlandais compétence universelle pour juger les personnes suspectées de crimes de guerre et de génocide dès lors qu'elles résident aux Pays-Bas. Le 23 décembre 2005, Van Anraat est reconnu coupable de complicité de crime de guerre et condamné à 15 ans de prison. La Cour ne le condamne pas pour génocide car elle estime que Van Anraat ne pouvait pas connaître les « intentions génocidaires » du régime. Elle affirme cependant qu'un génocide a bien eu lieu contre les Kurdes lors de l'opération Anfal.

Avec ce jugement, le gazage des Kurdes est pour la première fois qualifié officiellement de génocide par un tribunal[3].

Le Tribunal spécial irakien (TSI)[modifier | modifier le code]

En juin 2006, le tribunal spécial irakien annonce la tenue prochaine du procès Anfal impliquant Saddam Hussein et six coaccusés. Le procès débute le 21 août 2006 et Saddam Hussein est présenté en décembre 2006 au tribunal. Mais il est exécuté le 30 décembre 2006 car il avait déjà été condamné à mort dans le procès de Dujail. Le procès Anfal continue pour les coaccusés en l'absence de Saddam Hussein. Le 23 juin 2007, Ali Hassan al-Majid, Sultan Hashem Ahmed et Hussein Rashid Mohammed sont reconnus coupables de génocide et sont tous les trois condamnés à mort par pendaison. Farhan Jubouri et Saber Abdel Aziz al-Douri sont condamnés à la prison à vie. Enfin, le sixième accusé, Taher Tawfiq al-Ani, est acquitté faute de preuves.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.hrw.org/reports/1993/iraqanfal/ANFAL3.htm
  2. a et b http://www.hrw.org/legacy/reports/1993/iraqanfal/
  3. http://news.bbc.co.uk/2/hi/europe/4555000.stm

Voir aussi[modifier | modifier le code]