Fylgja

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D'après Régis Boyer[1], « fylgja désigne le placenta, les membranes qui suivent l'expulsion du nouveau-né, et, symboliquement, la figure tutélaire, l'esprit, le double qui suit un homme et même un clan ».
Dans un premier sens, plus ancien, la fylgja désigne l'âme, le moi qui s'émancipe de son enveloppe corporelle. Il s'agit d'un dédoublement spirituel, même si elle prend forme animale. L'individu peut la voir (en rêve ou dans un état modifié de conscience) bien qu'il soit de mauvais augure de voir la sienne propre.
Dans un deuxième sens, la plus fréquente, la femme-fylgja, la fylgjukona, est celle qui protège l'individu, se rapprochant de notre ange-gardien, mais aussi d'une famille. Elle est liée au culte des Dises, évoquant les dhisanas védiques, déesses de la fertilité et de la fécondité, mais aussi du destin. Le destin est une notion omniprésente dans le monde des anciens scandinaves, qui se retrouve dans le langage : « croyance en la puissance et la capacité de réussite propres qui vous ont été conférées », « loi fixée à l'avance », « dotation dont on jouit dès la naissance », « part échue à un individu », « manière dont la destinée a été créée-façonnée »...

D'après Claude Lecouteux[2] la fylgja « est en quelque sorte le double de l'individu, comparable au Ka égyptien et à l'eidolon grec, une sorte d'ange gardien prenant la forme d'une entité féminine ou d'un animal protégeant la famille ou la personne qu'elle a adoptée ». C'est un être tutélaire dont la fonction est la protection et la prédiction. Il se manifeste aux vivants pendant les rêves. En dehors de ceux-ci, la vision de la fylgja signifie la mort. Si elle prend congé de son protégé, celui-ci meurt également. Un homme peut avoir également plusieurs esprits tutélaires. Trait important, la fylgja ne disparait pas avec celui auquel elle s'est attachée, témoignant de son indépendance par rapport à l'être humain.

Selon Ernst Ludwig Rochholz[3], qui s'est particulièrement intéressé à l'ange gardien, la croyance que la fylgja quitte celui qui la voit et lui ôte aussi la vie est en rapport avec les contes de Mélusine, de la Dame blanche, d'Orphée[4].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Régis Boyer, le monde du double, la magie chez les anciens scandinaves, L'Ile Verte Berg International, 1986, (ISBN 2-900269-48-2)
  2. Claude Lecouteux, Fantômes et revenants au moyen âge, Imago, 1986, (ISBN 2902702337)
  3. Deutscher Glaube und Brauch im Spiegel der heidnischen Vorzeit,t.I, 1867
  4. cité par Otto Rank dans Don Juan et le Double

Voir aussi[modifier | modifier le code]