Fusillade de Fort Hood

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Fusillade de Fort Hood
Image illustrative de l'article Fusillade de Fort Hood
La police de Fort Hood répondant aux tirs.

Localisation Fort Hood, Texas, États-Unis
Coordonnées 31° 08′ 33″ N 97° 47′ 47″ O / 31.1425, -97.79638889 ()31° 08′ 33″ Nord 97° 47′ 47″ Ouest / 31.1425, -97.79638889 ()  
Date
CST
Type Tuerie de masse
Arme(s) Pistolet semi-automatique
Remington 870 (Fusil à pompe)
Mort(s) 13
Blessé(s) 33

Géolocalisation sur la carte : Texas

(Voir situation sur carte : Texas)
Fusillade de Fort Hood

La fusillade de Fort Hood, perpétrée le 5 novembre 2009 par Malik Nadal Hasan, Américain d'origine palestinienne, psychiatre dans l'armée de terre des États-Unis, a fait treize morts et une trentaine de blessés dans cette base militaire du Texas.

Faits[modifier | modifier le code]

Transport sur une civière d'un des blessés.

La fusillade a eu lieu le 5 novembre 2009 à partir de 13 h 34 (heure du Centre), lors d'une cérémonie de remise de diplôme, dans une salle à l'intérieur d'un bâtiment administratif, le Soldier Readiness Processing Center, dans l'enceinte de la base de Fort Hood[1]. Elle a fait quarante-trois victimes dont treize morts (douze soldats et un civil travaillant pour l'armée américaine; une victime était enceinte[2]) et trente blessés en treize minutes. Les médias ont indiqué que le Five-seveN de la FN Herstal utilisée par le tireur, qui disposait également d'un .357 Magnum mais qu'il n'utilisa pas. Le Five-seveN est une arme qui tua énormément de policiers américains en raison de ses munitions transperçant les protections individuelles[3]. Une officier de police du SWAT, arrivé sur place, a abattu le tireur qui a été touché par au moins quatre balles et elle-même blessé trois fois[4]. D'abord donné pour mort, il est hospitalisé dans un état grave. Les médecins ont déclaré qu'il resterait paralysé à vie[5].

Tireur présumé[modifier | modifier le code]

Malik Nadal Hasan en 2007.

Malik Nadal Hasan était un citoyen américain d'origine palestinienne, psychiatre dans l'armée de terre des États-Unis.

Jeunesse et éducation[modifier | modifier le code]

Il se disait d'origine palestinienne par sa mère[6]. Après avoir vécu dans une petite ville palestinienne à proximité de Jérusalem, ses parents ont émigré aux États-Unis[7]. Lui-même est né le 6 septembre 1970 et a grandi en Virginie. Immédiatement après le lycée il est entré dans l'armée qui, en échange, a payé pour lui des études à l'université puis à l'école de médecine. En 1997, il obtint un "baccalauréat" (titre universitaire anglo-saxon, équivaut à une licence) en biochimie du Virginia Polytechnic Institute and State University, où il était membre de l'Army Reserve Officers' Training Corps. En 2003, il reçut un doctorat en médecine de l'Uniformed Services University of the Health Sciences ; contrairement à l'Europe, ce doctorat décerné en Amérique du Nord correspond à un diplôme de1re cycle. Il termina ses études comme psychiatre. D'avril 2008 à janvier 2009, il fait partie d'un groupe de travail de l’institut pour la politique de sécurité intérieure (Homeland Security Policy Institute)[8]. En 2009, il est élevé au grade de major[9] en mai[10] et il a suivi une spécialisation en psychiatrie des catastrophes et en psychiatrie préventive au centre des stress post-traumatiques. Auparavant affecté au Walter Reed Army Medical Center de Washington, D.C., il a été transféré à Fort Hood, en juillet 2009.

Raisons possibles de son geste[modifier | modifier le code]

De nombreuses raisons ont été avancées pour expliquer le geste de Malik Nadal Hasan. Lorsqu'il était interne au Walter Reed Army Medical Center, ses supérieurs et professeurs s’étaient interrogés sur sa santé mentale et certains le décrivaient comme « distant », « paranoïaque », « agressif » ou « schizoïde »[11].

Selon le Washington Post, il avait fait au cours de sa dernière année de résidence au Walter Reed Army Medical Center un exposé intitulé La façon coranique de considérer le monde dans la mesure où elle concerne les musulmans dans l'armée américaine. Cet exposé, qui n'a pas été bien reçu par certains des auditeurs, recommandait que le Département de la défense permît aux soldats musulmans d'être libérés comme « objecteurs de conscience » afin de relever le moral des troupes et de réduire les événements indésirables. Opposé à la poursuite des guerres d'Irak et d'Afghanistan, il venait d'apprendre son prochain départ, a priori dans ce dernier pays[12]. Selon son cousin, il était victime de propos racistes de la part de ses collègues et avait engagé un avocat dans le but de quitter l'armée[12]. Selon des témoins, il aurait crié « Allah akbar » avant de faire feu[12]. En l'état actuel de l'enquête, les liens entre Malik Nadal Hasan et Anwar al-Aulaqi, un imam présenté comme un fervent soutien d'Al-Qaida, sont étudiés, même si la piste d'un acte solitaire semble privilégiée[13].

Croyances[modifier | modifier le code]

Selon un de ses cousins, Hassan était un musulman pratiquant et il était devenu plus pieux après la mort de ses parents en 1998 et 2000, mais ce cousin ne se souvenait pas qu'il eût jamais exprimé des vues radicales ou anti-américaines. Sa famille aussi assure qu'il était quelqu'un de tranquille, et un « bon Américain ». Un autre cousin a déclaré que Hasan était devenu hostile aux guerres après avoir entendu des récits de ceux qui étaient revenus d'Afghanistan et d'Irak. Sa tante toutefois a assuré que la famille ne savait pas qu'il devait être envoyé en Afghanistan  : « Il ne nous a pas dit qu'il allait y être déployé ». En 2001, Hasan a fréquenté la mosquée Dar al-Hijrah à Falls Church, en Virginie. Au cours de la même période, on croit que fréquentaient la même mosquée Nawaf al-Hazmi et Hani Hanjour (deux des terroristes du 11 septembre), et Ahmed Omar Abu Ali (reconnu coupable d'avoir fourni un soutien matériel à Al-Qaïda et d'avoir comploté pour tenter d'assassiner le président George W. Bush), mais il n'y a aucune preuve que Hasan les ait rencontrés ni se soit entendu avec eux. Anwar Al-Awlaki, qui vit maintenant au Yémen était l'imam à cette époque, or il a été un guide spirituel des pirates de l'air, et on a signalé que Hasan avait un profond respect pour ses enseignements. Il a envoyé à Awlaqi une douzaine de courriels, concernant semble-t-il certaines recherches qu'il faisait, mais un spécialiste du contre-terrorisme a jugé que ces courriels étaient anodins.

Peu après l'attaque, un post sur le site Internet de Anwar al-Awlaki a félicité Hasan pour la fusillade, et encouragé d'autres musulmans servant dans l'armée à «suivre les traces d'hommes comme Nidal. » Los Angeles Times a rapporté qu'il n'avait pas été possible de confirmer tout de suite que ce post avait pour auteur Awlaki. Faizul Khan, l'ancien imam de la mosquée de Silver Spring, Maryland, où Hasan priait plusieurs fois par semaine l'a décrit comme « un gars réservé, avec un caractère agréable. Nous discutions de questions religieuses. C'était un musulman assez pieux.» Hasan avait souvent exprimé son désir de se marier, et Khan a déclaré: « J'avais l'impression qu'il était un bon soldat ». Au cours d'un stage en psychiatrie à l'USUHS, le Dr. Val Finnell, lieutenant-Colonel de l'Air Force, qui avait étudié avec lui à la Faculté de médecine, a précisé que, tandis que les projets des autres étudiants portaient sur des thèmes comme la contamination de l'eau, le projet de Hasan portait sur la question de savoir « si la guerre contre le terrorisme est une guerre contre l'islam ». « Il a dit, rapporte le colonel à la retraite Lee Terry, que peut-être les musulmans devraient se révolter et lutter contre l'agresseur ». Au début, nous pensions qu'il voulait dire « aider les forces armées », mais apparemment ce n'était pas le cas. À d'autres occasions, il faisait des commentaires selon lesquels nous ne devrions pas être dans cette guerre au premier rang. La carte de visite de Hasan le présente comme un psychiatre spécialisé dans la santé du comportement, la santé mentale et les compétences de vie, et elle contient l'acronyme SoA (SWT). Selon les enquêteurs, cet acronyme « SOA » ferait allusion aux termes « Soldat d'Allah » ou « Serviteur d'Allah » et SWT serait pour « subhanahu wa ta'ala », une expression arabe que l'on prononce après avoir dit : « Allah ». Mais son grade militaire n'était pas mentionné.

Le Washington Post du 10 novembre publie la présentation que Nidal Malik Hasan avait faite devant des soldats musulmans. Évidemment ce texte était fait pour être accompagné de commentaires oraux non-inclus[14] :

  • Dieu attend de nous une loyauté totale. Il promet le ciel et menace de l'enfer.
  • Les musulmans peuvent apparaître comme des modérés (c'est-à-dire prêts à des compromis), mais Dieu n'est pas modéré.
  • « J'aime le Coran et j'aime être musulman, mais je ne veux pas vivre en conformité avec la loi islamique »[15].
  • Lutter pour établir un État islamique, même par la force, dans l'intention de plaire à Dieu, est admis par l'Islam.
  • Les soldats musulmans ne devraient pas accepter une mission quelle qu'elle soit qui les exposerait au risque de blesser ou de tuer injustement des croyants[16].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Malik Nadal Hasan a été inculpé pour treize meurtres avec préméditation et est jugé par une cour martiale du fait de son statut de militaire[17]. Le , il est condamné à mort[18].

Barack Obama a d'abord appelé à ne pas tirer de conclusions hâtives[19] et se montre réticent à l'ouverture d'enquêtes parlementaires réclamées par les républicains[20]. Alors que la population des États-Unis s'oppose de plus en plus à la poursuite des guerres en Afghanistan et en Irak, le président américain craint que l'impact de la fusillade soit rude pour le moral de ses soldats[21]. La politique de recrutement de l'armée américaine, qui a offert ces dernières années des primes aux engagés parlant les langues utilisées en Irak et en Afghanistan, ainsi qu'un accès accéléré à la citoyenneté américaine pour ceux ne la possédant pas encore, est également mise en cause. Ainsi, plus de 20 000 musulmans serviraient aujourd'hui sous les drapeaux américains. La fusillade de Fort Hood a réveillé la crainte de l'ennemi intérieur[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le scénario macabre de l'officier tueur de Fort Hood », sur Parismatch.com,‎ 10 novembre 2009 (consulté le 26 novembre 2009)
  2. [1]
  3. « Les médias US évoquent une arme belge "tueuse de policiers" », sur http://www.dhnet.be,‎ 7 novembre 2009 (consulté le 7 novembre 2009)
  4. « Ft. Hood suspect reportedly shouted `Allahu Akbar' », sur AP,‎ 6 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  5. « L'auteur de la fusillade de Fort Hood est paralysé à vie », sur rtlinfo.be,‎ 14 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  6. A Helper With Worries of His Own
  7. James Dao. « Gunman ‘Mortified’ About Deployment to War ». NY Times.
  8. http://gawker.com/5398253/nidal-hasan-ft-hood-shooter-participated-in-homeland-security-disaster-preparation, Gawker
  9. Correspondant à commandant en France
  10. (en) « Army releases May officer promotions », sur http://www.armytimes.com,‎ 22 avril 2009 (consulté le 7 novembre 2009)
  11. (en) « Walter Reed Officials Asked: Was Hasan Psychotic? », sur http://www.npr.org,‎ 11 novembre 2009 (consulté le 21 décembre 2009)
  12. a, b et c « Fusillade de Fort Hood : l'Amérique s'interroge sur le mobile », sur leparisien.fr,‎ 6 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  13. « Fusillade à Fort Hood : le tueur fou ne faisait pas partie d'un groupe terroriste », sur lepoint.fr,‎ 9 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  14. Washington Post du 10 novembre
  15. Cette phrase n'est pas très en accord avec le reste ; il est vrai qu'elle est placée entre guillemets. L'a-t-on signalée ainsi pour la condamner ?
  16. Ce texte était suivi d'un énigmatique « will vary », qui lui n'ont plus n'est pas d'une grande clarté sans le commentaire qui l'accompagnait.
  17. « L'auteur présumé de la fusillade de Fort Hood inculpé pour 13 meurtres avec préméditation », sur 20minutes.fr,‎ 12 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  18. Reuters et Radio-Canada, « Le tireur de Fort Hood condamné à mort », sur http://www.radio-canada.ca, Société Radio-Canada,‎ 28 août 2013
  19. « Fusillade de Fort Hood: Obama appelle à ne pas tirer de conclusions hâtives », sur latribune.fr,‎ 6 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  20. « Massacre de Fort Hood: Obama exhorte le Congrès à attendre la fin des enquêtes en cours », sur AP,‎ 14 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  21. « Fusillade de Fort Hood : 13 morts et des motifs obscurs », sur ouest-france.fr,‎ 6 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)
  22. « Faut-il des musulmans dans l'armée? », sur washington.blogs.liberation.fr,‎ 9 novembre 2009 (consulté le 14 novembre 2009)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]