Fusil Henry

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Le fusil Henry, conçu en 1860, est une arme d'épaule nord-américaine à chargement par la culasse et à répétition manuelle : le tireur actionne un levier de sous-garde et l'arme est prête à tirer à nouveau. Les cartouches métalliques de réserve sont contenues dans un magasin tubulaire placé sous le canon.

Progrès notable par rapport aux rifled muskets contemporains (fusils à un seul coup, à canon rayé, à chargement par la gueule et à mise à feu par percussion) le fusil Henry n'a pas été adopté officiellement par le gouvernement des États-unis mais a été largement utilisé pendant la guerre de Sécession et les guerres indiennes comme son concurrent, le fusil Spencer.

Fusil Henry, fabriqué en 1864, arme portée par P. Hickman, ayant participé à la marche de Sherman vers la mer en 1864 / 65

Technique[modifier | modifier le code]

Le levier de sous-garde permet une répétition manuelle du feu au rythme d'un coup tous les deux secondes dans des mains entrainées, contre 2 à 3 coups par minute pour les mousquets à chargement par la gueule. De plus le magasin tubulaire contient 16 cartouches, ce qui fait du Henry une arme dont la puissance de feu et la rapidité de tir dépassent de loin celles des fusils à chargement par la gueule contemporains.

La cartouche est à percussion annulaire, et comprend un étui de cuivre (ultérieurement de laiton) , contenant 25 grains (1,6 g) de poudre noire, qui propulsent une balle de plomb de calibre nominal .44 (11mm17), pesant 216 grains (14 g)[1] .

Fonctionnement : tirer le levier de sous-garde vers le bas ouvre la culasse, lève le pourvoyeur avec une nouvelle cartouche, retire et éjecte l'étui vide de la chambre et arme le chien. Remonter le levier de sous-garde ferme la culasse, celle-ci pousse la cartouche logée dans le pourvoyeur dans la chambre, le ressort logé dans le magasin pousse alors une cartouche dans le pourvoyeur retombé. l'arme est prête au tir.

Malgré tous ses avantages, le fusil Henry posait un problème de sécurité : le chien était soit en position "armé" (fusil prêt à faire feu) - soit en position "de repos", la pointe du percuteur posée sur le bord de la cartouche. Un choc accidentel sur le chien pouvait alors faire partir le coup de feu...

À noter que le percuteur était bifide [2] : 2 percussions de la base de la cartouche évitaient un raté par défaut de mise à feu

Histoire[modifier | modifier le code]

Le concepteur du fusil Henry était Benjamin Tyler Henry : autour de 1850 il améliora le "Volcanic Repeating Rifle", un fusil à répétition manuelle, dont le mécanisme était semblable à celui du Henry, mais qui utilisait des munitions sans douille (la poudre et l'amorce se trouvant dans le culot de la balle), aux propriétés balistiques insuffisantes.

À l'automne 1862 la firme "New Haven Arms Company" avait fabriqué 900 de ces nouveaux fusils. En 1864, elle en produisait 290 par mois. Quand la production du fusil Henry cessa en 1866, environ 14 000 unités avaient été produites.

Au cours de la guerre de Sécession, le fusil Henry (qui ne fut pas officiellement adopté par le gouvernement unioniste) acquit la réputation d'une arme très efficace mais chère, qui assurait une puissance de feu écrasante, mais dont la munition ne se trouvait pas facilement. On voyait le fusil Henry plutôt entre les mains de soldats appelés à combattre isolément : scouts (éclaireurs) , raiders, tirailleurs, flanc-gardes - plutôt que dans de grosses unités.

Pour les Confédérés armés de fusils se chargeant par la gueule et devant faire face au nouveau "sixteen-shooter" ("seize-coups") , le fusil Henry était "ce damné fusil des Yankees, qu'ils chargent le dimanche, et avec lequel ils tirent toute la semaine".

Les Confédérés utilisèrent très peu le fusil Henry, car lorsqu'ils arrivaient à en capturer, ils se trouvaient vite à court de munitions : ils ne pouvaient fabriquer cet étui spécifique d'une façon suivie car ils manquaient de cuivre. Le Henry fut cependant utilisé sporadiquement par différentes unités de la cavalerie sudiste en Louisiane, au Texas, et en Virginie, de même que par les gardes du corps du président Jefferson Davis [3].

Le Henry ne fut pas utilisé à grande échelle, mais s'avéra très utile lorsqu'un feu intense et rapide, et à courte distance, permettait d'emporter la décision.

Ainsi lors de la guerre de Sécession, à la bataille de Franklin (Tennessee) , le 30 novembre 1864, 2 régiments unionistes armés de Henrys brisèrent l'assaut frontal en masse des 20 000 hommes de John Bell Hood, et les Confédérés connurent là une de leurs pires défaites, qui précéda celle de Nashville.

Lors des guerres indiennes, le feu roulant de petits détachements de l'Armée de terre des États-Unis munis de fusils Henry fut décisif contre des masses de guerriers amérindiens, en particulier lors de la guerre de Red Cloud (bataille de Hayfield le 1° août 1867, et bataille de Wagon Box le lendemain, près du Fort Phil Kearney, Wyoming [4]) .

Le succès écrasant des Sioux et des Cheyennes lors de la Bataille de Little Big Horn (25 juin 1876) a été attribué au fait qu'ils étaient armés de quelques fusils à tir rapide Henry (et aussi Spencer et Winchester), alors que les soldats du 7° de cavalerie n'avaient que des carabines Springfield Modèle 1873 "Trap-door" à un coup, (de plus défectueuses, a-t-il été dit) et des revolvers[5]...

Évolution[modifier | modifier le code]

Le fusil Henry devint la fameuse Winchester 1866 (en dessous) : on voit nettement la nouvelle portière de chargement sur le côté droit du boitier de bronze jaune (couleur qui donna son surnom à l'arme : "Yellow Boy"); le magasin tubulaire, sous le canon, a été désolidarisé du canon, raccourci et recouvert d'un garde-main de bois.

La "New Haven Arms Company" fut achetée par Oliver Winchester, devint la Winchester Repeating Arms Company, et le fusil Henry fut remanié et devint la fameuse carabine Winchester 1866, qui tirait elle aussi la cartouche à percussion annulaire de calibre .44.

À noter qu'il n'a pas été conçu de fusil Henry à canon court pour la cavalerie ou l'artillerie. La "Henry Carbine" est une arme fictive inventée par le romancier allemand Karl May (auteur des romans d'aventure Winnetou, Old Shatterhand) : May décrit le Henrystutzen comme un fusil à pompe fabriqué par un armurier de Saint-Louis nommé Henry, et capable de tirer 25 coups de suite[6]...

De nos jours[modifier | modifier le code]

La firme A. Uberti, Srl. , de Gardone Val Trompia (Italie du nord) produit une copie du fusil Henry, chambrée pour des cartouches modernes à faible vélocité, percussion centrale et balle obtuse, comme les "44-40 Winchester" and ".45 Long Colt". Ces copies ont la faveur des "Civil War reenactors" (commémoristes[Quoi ?] de la Guerre de Sécession) ainsi que des tireurs qui s'affrontent lors de compétitions comme la "North-South Skirmish Association".

On peut voir dans certains films westerns des carabines Winchester dont on a enlevé le garde-main de bois pour les faire ressembler à des fusils Henry : les acteurs les appellent par dérision : "Hollywood Henry".

Dans le film Major Dundee de Sam Peckinpah (1965), le major envoie en novembre 1864 un de ses lieutenants intercepter le train Denver -Santa Fé pour y prélever 48 nouveaux fusils Henry, et 5 000 cartouches : il va se lancer à la poursuite d'une bande d'Apaches qui a massacré un détachement de ses cavaliers.

Henry rifle, vue de la culasse
Henry rifle, le mécanisme
Le bouchon du magasin tubulaire a été ôté; on peut voir la différence entre la cartouche .44 Henry et la cartouche .44WCF tirée dans les répliques modernes du Henry

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Les propriétés balistiques de la cartouche Henry sont estimées dans l'article de WP english " nettement inférieures à celles du fusil Spencer ", soit environ une vitesse à la gueule de 250 m/s à la sortie d'un canon de 21 pouces (51 cm)... Certains projectiles de pistolets modernes ont des performances supérieures à celles de la balle .44 Henry
  2. selon l'article sur le fusil Henry visible sur " "http://www.aotc.net/Spencer.htm"
  3. http://www.rarewinchesters.com/articles/art_hen_07.shtml
  4. Cependant, selon les articles de WP english sur ces 2 batailles, à Hay Field un seul combattant était armé d'un Henry, et il tira près de 300 cartouches, sur des cibles se trouvant à moins de 100 yards... Le succès des blancs serait donc plutôt à attribuer aux Allin Conversion Model 1866 Rifles à un coup avec la culasse Trap-door , puissants et précis à longue distance, dont les troupiers US avaient été armés après le "Massacre Fetterman" : les indiens avaient coordonné leurs vagues d'attaque en se basant sur le temps de rechargement d'un mousquet classique ...
  5. la possession par les amérindiens d'armes modernes à tir rapide lors de la Bataille de Little Big Horn serait infirmée par les résultats de recherches archéologiques modernes : voir le chapitre "Debate over effectiveness of cavalry weapons" ("Débat sur l'efficacité des armes de la cavalerie (US) ") de l'article de WP english "Battle of the Little Bighorn". Au contraire, un auteur écrit dans "http://www.aotc.net/Spencer.htm" que les indiens étaient munis de fusils Henry, qui leur avaient d'ailleurs été revendus comme surplus par l'US Army elle-même... À noter que les controverses au sujet de cette bataille sont multiples.
  6. selon l'article de WP english "Henry Carbine"
  • American Rifleman, May 2008; (Henry Repeating Arms) founder, p. 26.
  • Sword, Wiley. The Historic Henry Rifle: Oliver Winchester's Famous Civil War Repeater. Lincoln, Rhode Island : Andrew Mowbray Publishers, 2002.

Liens externes[modifier | modifier le code]