Fronton (AOC)

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Fronton
Désignation(s) Fronton
Appellation(s) principale(s) fronton[1]
Type d'appellation(s) AOC-AOP
Reconnue depuis 7 février 1975
Pays Drapeau de la France France
Région parente vignoble du Sud-Ouest
Sous-région(s) moyenne Garonne
Climat tempéré océanique dégradé
Superficie totale 200 adhérents viticulteurs à la cave coopérative et 60 chais particuliers.
Superficie plantée 2 060 hectares en 2008[2]
Cépages dominants négrette N[3]
Vins produits 85 % rouges et 15 % rosés
Production 97 242 hectolitres en 2008[2]
Pieds à l'hectare minimum 4 000 pieds par hectare
Rendement moyen à l'hectare maximum 50 à 60 hectolitres par hectare en rouge,
55 à 60 hectolitres par hectare en rosé[4]

Le fronton[1] est un vin français d'appellation d'origine contrôlée produit à cheval sur la Haute-Garonne et le Tarn-et-Garonne, entre Garonne et Tarn à une trentaine de kilomètres au nord de Toulouse, autour de la ville de Fronton.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Fronton compte parmi les plus anciens vignobles. Ce sont les Romains qui plantèrent les premiers ceps sur les terrains dominant la vallée du Tarn.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au XIIe siècle, avec la protection du pape Calixte II venu en 1119 consacrer l’église, le vignoble est la propriété des Chevaliers de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem, plus tard Ordre de Malte.

L’Ordre a construit le village autour de l’église Saint-Jean-Baptiste, bâtie sur l’emplacement de l’église actuelle. Les donations pieuses affluent et l’Ordre crée à Fronton une commanderie dirigée par un précepteur. Ce précepteur réside à Fronton et en est le seigneur. Le village se construit à l’abri des fossés et des remparts, et la vie s’organise sous la protection du château seigneurial. En 1400, la commanderie est supprimée et Fronton relève directement du grand prieuré de Toulouse.

Période moderne[modifier | modifier le code]

La vie de Fronton est marquée par les guerres de religion, les séjours de troupes, la météorologie et exceptionnellement, Fronton accueille un personnage important : Philippe le Bel, Charles IX, son cousin le futur Henri IV, Louis XIII qui touche les malades des écrouelles en 1632

Au XVIe siècle, l’importance de Fronton décroît car les attaques des protestants lui sont fatales. Des préoccupations très terre à terre meublent les heures et les jours : les guerres de religion latentes jusqu'en 1628, les passages et les séjours de troupes redoutés, la météorologie et la peste, le marché et les récoltes, le pain quotidien, le blé et le vin.

La renommée des vins n’atteint son apogée qu’au XVIIIe siècle : le protectionnisme dont bénéficient les vins girondins prend fin et les vins peuvent être exportés via Bordeaux vers l’Europe entière. Cette belle prospérité ne résiste pas à la fin du XIXe siècle au phylloxéra. Le phylloxéra touche le vignoble de Fronton en 1878[5].

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Grâce aux efforts tenaces de générations de vignerons, les vins de Fronton retrouvent leurs lettres de noblesse en obtenant en 1975 l’appellation d’origine contrôlée.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Situation géographique[modifier | modifier le code]

Orographie[modifier | modifier le code]

Géologie[modifier | modifier le code]

Dans 20 communes des départements de la Haute-Garonne et du Tarn-et-Garonne, le vignoble de Fronton s’étend sur trois terrasses fluviales de la rive gauche du Tarn qui datent du quaternaire. Par suite de mélanges dus aux dépôts irréguliers ou à l’érosion et aux remaniements superficiels, on rencontre une série de sols très variés. Trois grands types se distinguent :

  1. Les boulbènes : les alluvions (galets, graviers, sables et limons) provenant des régions du Massif central, drainées par le Tarn et ses affluents, se caractérisent par une teneur élevée en silice et par l’absence de calcaire. Elles forment un manteau superficiel sur le substrat molassique (boulbènes blanches, constituées d’horizons limono-argileux sans éléments grossiers, boulbènes sableuses et boulbènes caillouteuses formées de graviers et cailloux avec un horizon argilo-limoneux-caillouteux).
  2. Les rougets, sols argilo-limoneux qui contiennent jusqu’à 30 % d’argile.
  3. Les graves constitués de nombreux cailloux et graviers en surface et d’argile en profondeur.

Climatologie[modifier | modifier le code]

Ce vignoble connaît la particularité de se trouver à la jonction des trois types de climats tempérés : on y trouve un climat tempéré océanique, à influences méditerranéenne et continentale, caractérisé par un été sec et très chaud, un automne bien ensoleillé, un hiver frais et un printemps marqué par de fortes pluies et des orages violents, tout comme la grêle en mai 2008 et 2009. Les vents dominants sont, par ordre d'importance, le vent d'ouest (amenant généralement l'humidité de l'océan Atlantique), le vent d'autan (venant du sud-est) et le vent du nord, nettement moins fréquent et généralement froid et sec (amenant l'air de masses anticycloniques froides placées sur le nord de l'Europe)[6]. Le vent d’autan est aussi appelé « le vent qui rend fou », voire « le vent du diable » en raison de l'influence sur les comportements humains et animaux (irritabilité, trouble du rythme cardiaque, accroissement du nombre des accouchements…) qui serait due à la forte ionisation de l'air qu'il apporte[7].

Tableau comparatif des données climatiques de Toulouse
Ville Ensoleillement Pluie Neige Orage Brouillard
Nice 2 694 h/an 767 mm/an 1 j/an 31 j/an 1 j/an
Toulouse 2 050 h/an 655 mm/an 4 j/an 26 j/an 44 j/an
Paris 1 790 h/an 642 mm/an 15 j/an 19 j/an 13 j/an
Strasbourg 1 637 h/an 610 mm/an 30 j/an 29 j/an 65 j/an
Moyenne nationale 1 973 h/an 770 mm/an 14 j/an 22 j/an 40 j/an

Ce terroir connaît en moyenne 24 jours de fortes chaleurs et 33 jours de gel par an. La température moyenne annuelle est de 14 °C. La température la plus chaude jamais enregistrée à Toulouse fut de 44 °C le 8 août 1923 (record français) et la température la plus froide de –18,6 °C le 15 février 1956. Le jour le plus arrosé eut quant à lui une pluviométrie de 82,7 mm le 7 juillet 1977 selon les sources de Météo-France.

Les températures moyennes sont[8] :

Nuvola apps kweather.png Relevés de température à Toulouse
Mois Jan Fév Mar Avr Mai Jun Jul Aoû Sep Oct Nov Déc
Temp. max. moy. (°C) 10 11,5 15 17,5 21,5 26,5 28 28 25 20 13 9,5
Temp. min. moy. (°C) 3 3,5 6 8 12 15,5 17 17 14 11,5 5,5 3
Moyenne (°C) 6 7 9 11 15 18 21 21 18 14 9 7
Précipitations moy. (mm) 76 64 66 66 71 66 53 58 71 86 89 86
Source : Climat de Toulouse sur le site Linternaute.com
Températures et précipitations relevées à Toulouse entre 1961 et 1990
Mois J F M A M J J A S O N D Année
Températures (sous abri, normales 1961-1990) °C 5,4 6,8 8,7 11,3 14,8 18,4 21,3 20,8 18,5 14,4 8,9 5,9 12,9
Précipitations (hauteur moyenne en mm, période 1961-1990) 55,1 55,2 57,5 64,4 73,1 57,8 41 47,4 47,7 51,5 48,8 55,9 655,7
Source: Météo France

Vignoble[modifier | modifier le code]

Présentation[modifier | modifier le code]

Le vignoble s'étend sur 2.300 hectares répartis sur 20 communes, dont :

Haute-Garonne : Bouloc, Castelnau-d'Estrétefonds, Fronton, Saint-Rustice, Vacquiers, Villaudric, Villematier, Villemur-sur-Tarn et Villeneuve-lès-Bouloc

Tarn-et-Garonne : Bessens, Campsas, Canals, Dieupentale, Fabas, Grisolles, Labastide-Saint-Pierre, Montbartier, Nohic, Orgueil et Pompignan

Fronton est le vignoble du Sud-ouest le plus proche de Toulouse; c'est pourquoi le Fronton est généralement considéré comme "le vin des toulousains".

Encépagement[modifier | modifier le code]

l'AOC fronton est un vin obtenu à partir d'un vieux cépage, la négrette, à raison de 50 % minimum et des cépages syrah côt, cabernet franc, sauvignon, fer servadou, gamay, cinsaut et mauzac. Le cépage Négrette est également utilisé aux États-Unis sous le nom de Pinot Saint-George.

La négrette, l'exclusivité de Fronton[modifier | modifier le code]

Génétique : reliée depuis longtemps par les ampélographes à la grande famille des « Cotoïdes », emblématique du Sud-Ouest. On a longtemps supposé que le côt était en quelque sorte le « patriarche » de cette famille, mais on a récemment montré (J.M.Boursiquot et al., 2008) que ce dernier était lui-même issu d’un croisement entre le prunelard N et la magdeleine noire des Charentes. À ce jour, on considère donc que l’ancêtre fondateur de cette famille est le prunelard.

D’autres cépages de la région s’y rattachent : la mérille, le valdiguié, le tannat… La génétique n’a pas encore pu établir la parenté exacte de la Négrette, car quelques « chainons manquants » ne figurent pas en collection, mais les valeurs des différents marqueurs génétiques permettent avec une bonne probabilité de rattacher effectivement la Négrette à cette grande famille.

Dans l’ampélographie de Viala et Vermorel (1902-1910), la Négrette est signalée dans le vignoble de Gaillac « depuis un temps immémorial », avant de s’étendre le long de la vallée du Tarn en Haute Garonne et en Tarn et Garonne. Au début du XVIe siècle, il est fait mention à Gaillac de « vins noirs » (par opposition aux clarets), composés de prunelard et de « négremal » (négrette). Puis, régulièrement, le « négret de Gaillac » est cité dans la littérature comme étant de la négrette. Il en a effectivement été retrouvé, ce qui a permis de le confirmer.

Une légende voudrait que la négrette ait été rapportée de Chypre par les hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui avaient établi une commanderie à Fronton à partir du XIIe siècle. Ce cépage aurait été nommé Mavro à Chypre (« noir » en Grec), ce qui aurait dérivé en « Négrette » au cours des siècles. Cet ordre avait certes son siège à Chypre, où il existe un cépage Mavro encore de nos jours.

Côté voyages, la négrette est passée vers les Charentes et l’île de Ré, et jusqu’en Vendée, où elle a pris le nom de « petit noir », « ragoûtant » ou « dégouttant » (probablement avec deux t, dans le sens de « juteux, qui coule »). On la retrouve aussi parfois dans l’Aveyron. Enfin, en Californie, où elle avait été dénommée « pinot saint georges » (nom interdit aujourd’hui), on en trouve une centaine d’hectares.

Côté diversité, le cépage est très riche. Il existe des types à feuilles très découpées, et d’autres à feuilles entières, et de très nombreuses variations (génétiquement stables) concernant la taille et la forme des grappes. Au conservatoire, où sont regroupées 190 origines, cette diversité est très marquante, et une parcelle d’étude de certaines origines repérées dans le conservatoire a été implantée. Son objectif à moyen terme est la multiplication de types différents de ceux qui sont aujourd’hui disponibles, si ceux-ci s’avèrent intéressants pour la viticulture (ce qu’il nous faut vérifier).

C'est donc un cépage probablement très ancien, certainement d’origine régionale, présentant une grande diversité intravariétale. Il est peu diffusé aujourd’hui en dehors de Fronton.

Méthodes culturales[modifier | modifier le code]

Vinification et élevage[modifier | modifier le code]

Terroir et vins[modifier | modifier le code]

La négrette, dans son terroir, donne un vin rouge puissant, noir, tannique et de bonne garde possédant une réelle personnalité marquée par des arômes de violette et de réglisse.

Structure des exploitations[modifier | modifier le code]

Type de vins et gastronomie[modifier | modifier le code]

La négrette confère aux vins fruité et finesse caractéristiques. Les rouges parviennent à leur plénitude entre 4 à 7 ans. Les rosés, caractérisés par une faible acidité, surtout lorsque la négrette est bien présente, se boivent jeunes.

Commercialisation[modifier | modifier le code]

Ce sont 200 adhérents viticulteurs à la cave coopérative et 60 chais particuliers qui produisent environ 100 000 hectolitres dont 85 % de vin rouge et 15 % de vin rosé.

Production 2004[modifier | modifier le code]

  • 15 millions de bouteilles/an
  • 80 % de rouge, 20 % de vin rosé
  • 20 % à l'export
  • 80 % en France dont 40 % en GMS, 40 % dans les circuits traditionnels, 20 % en vente directe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
  2. a et b Le guide Hachette des vins 2010, page 863. (ISBN 978-2-01-237514-7)
  3. Le code international d'écriture des cépages mentionne la couleur du raisin de la manière suivante : B = blanc, N = noir, Rs = rose, G = gris.
  4. Décret du 19 octobre 2009.
  5. « Histoire du vignoble de fronton par le musée des boissons », sur http://www.musee-boissons.com
  6. « CAPITOUL, Météorologie de Toulouse », Météo France (consulté le 09/09/2007)
  7. Climat d'Avignonet-Lauragais (voir section sur le vent d'autan)
  8. « Moyennes Toulouse-Blagnac », WeatherOnline

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guy Lavignac, Cépages du sud-ouest, 2000 ans d'histoire/Mémoires d'un ampélographe, Éditions du Rouergue, INRA éditions, 2001. ISBN 2841562891 et ISBN 2738009743.
  • Paul Strang, Vins du sud-ouest, Éditions du Rouergue, 1997, ISBN 2841560546.
  • Pierre Casamayor, L'école des alliances, les mets et les vins, Hachette pratique, octobre 2000, ISBN 2012364616.
  • Jules Guyot, Étude des vignobles de France, pour servir à l'enseignement mutuel de la viticulture et de la vinification françaises, Tome 2, Éditions Jeanne Laffite, collection=Bibliothèque de l'œnophile, 1868, publication 1982, ISBN 9782734800736 - Lire en ligne, consulté en ligne le 26 mai 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]