Frontière entre l'Algérie et le Maroc

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Frontière entre l'Algérie et le Maroc
Caractéristiques
Délimite Drapeau de l'Algérie Algérie
Drapeau du Maroc Maroc
Longueur totale Suivant la position sur le Sahara occidental : 1 559 ou 1 601 km
Particularités Terrestre et maritime ; 42 km avec le Sahara occidental
Historique
Création 1845 (Traité de Lalla Maghnia)
Drapeau de la France France
Tracé actuel 15 janvier 1969 (Traité d'Ifrane)
Drapeau du Maroc Maroc

17 mai 1970 (Traité de Tlemcen)
Drapeau de l'Algérie Algérie
15 juin 1972 (Convention de Rabat)
Drapeau du Maroc Maroc

La frontière terrestre entre l'Algérie et le Maroc est une frontière internationale continue longue de 1 559 kilomètres. Le 28 mai 1992, la chambre des représentants du royaume chérifien ratifie à son tour le traité de 1972 délimitant la frontière avec l’Algérie.

Le Maroc revendique le territoire contesté du Sahara occidental, également limitrophe, selon cette revendication la frontière entre l'Algérie et le Sahara occidental (42 km) n'existe pas et la frontière entre l'Algérie et le Maroc est longue de 1 601 kilomètres.

La frontière terrestre reste fermée à tout trafic depuis 1994[1]

Historique[modifier | modifier le code]

Avant la colonisation française[modifier | modifier le code]

Frontières nord[modifier | modifier le code]

Définitivement stabilisée à la fin du XVIIIe siècle, la frontière est jusqu'alors fluctuante[2], Najima Thay Thay Rhozali rappelant que « les pays du Maghreb n'ont connu des frontières qu'après l'établissement militaire des Européens dans ces contrées »[3]. Auparavant, la notion de frontière est inexistante, permettant une grande mobilité des populations qui ne reconnaissent pas les tentatives de délimitation[3].

Sous le règne de la dynastie saadienne, la Moulouya sert de frontière entre le Maroc et la Régence d'Alger[4], arrêtant « l'hégémonie des Turcs ottomans » vers l'ouest[5]. Anthony S. Reyner fait démarrer cette délimitation à son embouchure, sans lui faire suivre l'ensemble du cours, la présentant comme la « frontière orientale traditionnelle du Maroc » mais aussi une zone de conflit pour la possession d'Oujda[6]. La Moulouya est une limite fixée d'un commun accord[7] même si Oujda (1549)[8] puis Debdou (1563)[9], à l'est de la Moulouya, sont prises par les Saadiens, la première pour un temps. La frontière de la Moulouya est respectée de part et d'autre pendant un siècle après l'assassinat du roi saadien Mohammed ech-Cheikh[2] (1557).

Le sultan alaouite Mohammed Ier reprend Oujda en 1641[10], razzie la région de Tlemcen et pousse même jusqu'à Laghouat, avant que les Turcs n'obtiennent qu'il se tienne « en deçà de la Tafna »[11]. Quelques coups de force sont aussi tentés contre Oran, considérée comme marocaine par la dynastie des Alaouites[12]. Mohammed Ier s'engage, dans un traité négocié avec le pacha d'Alger en 1647, à ne plus franchir la Tafna, « considérée alors comme la frontière commune délimitant les influences turques des influences chérifiennes »[13]. En 1651, il soumet la région de Nedroma avant de revenir sur Oujda[14] qui retombe aux mains des Turcs vers 1692[15]. Malgré ces contestations frontalières, les Turcs considèrent la Tafna comme limite entre les territoires marocain et turc[16].

Le sultan alaouite Moulay Ismail tente à son tour une incursion jusqu'au Djebel Amour en 1678-1679 mais, défait par l'artillerie turque, doit reconnaître la limite sur la Tafna[17],[13], après que des lettres de ses prédécesseurs, Mohammed Ier et Moulay Rachid, reconnaissant cette délimitation, lui soient présentées[16] ; le traité n'est sans doute pas appliqué car une garnison turque demeure à Nedroma[14], ce que confirme Pierre Boyer, qualifiant la frontière sur la Tafna de « théorique »[18].

À la fin du XVIIIe siècle, le sultan alaouite Moulay Sulayman réoccupe Oujda qui est intégrée au territoire marocain en 1795 et la frontière définitivement fixée à l'oued Kiss[2]. Dans le même temps, entre 1792 et 1830, les sultans alaouites harcèlent les beys d'Oran, « successeurs patrimoniaux de l'Espagne », avant de profiter de l'effondrement de la Régence d'Alger pour lancer leur armée sur l'Oranie : les habitants de Tlemcen reconnaissent bientôt le sultan marocain Abd ar-Rahman ibn Hicham comme leur suzerain[12].


Frontières sahariennes[modifier | modifier le code]

Période française[modifier | modifier le code]

Frontière entre le Maroc et l'Algérie en 1963.

Depuis l'indépendance du Maroc[modifier | modifier le code]

Le « Grand Maroc » revendiqué par l'Istiqlal en 1956
Salutations de voisins, de part et d'autre de la frontière algéro marocaine.
  • 1994, à la suite de l'attentat de Marrakech décision marocaine d'imposer le visa au ressortissants algériens, l'Algérie ferme ses frontières avec le Maroc.
  • 31 juillet 2004, l’accès au territoire marocain n’est plus soumis aux formalités de visa.
  • 2005 : le visa d'entrée en Algérie est levé à son tour.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La frontière entre l'Algérie et le Maroc, dont le tracé a été fixé en 1972 par une convention[19], ratifiée en 1992 seulement par le Maroc, reste un sujet de disputes : par prudence, son tracé n'est pas indiqué sur la carte Michelin du Maroc au 1/1 000 000e ; les tracés indiqués par les autres éditeurs sont en pointillés en dessous du 34e parallèle, et contradictoires : la carte routière Rough guides indique un tracé proche de celui de la convention citée plus haut, celle commercialisée par l'IGN français s'en écarte sensiblement.

Nord[modifier | modifier le code]

Hamada du Guir[modifier | modifier le code]

  • Ensuite ce sont les Monts des Ksours contreforts de l'Atlas saharien qui serviront de frontière naturelle à l'exception de l'enclave formée par la région de l'Oasis de Figuig.
  • Un lignage Est-Ouest de près de 160 km de long au nord de Béchar jusqu'à l'Oued EchChair le long duquel elle descend plein sud sur une quarantaine de kilomètres jusqu'à l'Oued Guir.
  • Elle repart de façon linéaire sur un axe Est-Ouest sur près de 80 kilomètres avant de repartir plein sud à travers le Hamada du Guir. La frontière est matérialisée par un léger massif côté algérien et par les dunes de la Marzouga côté marocain.

Hamada du Draâ[modifier | modifier le code]

  • Ensuite sur près de 200 kilomètres sur un axe Nord-Est - Sud-Ouest le long des contreforts rocheux du Hamada de la Daoura jusqu'à Dayet Ahrbor et la Vallée du Draâ.
  • C'est l'Oued Draâ qui 380 kilomètres durant prolongera la frontière jusqu'au point méridien 8° 40' ouest.
  • Enfin la frontière descend sur 116 kilomètres le long de la ligne située par 8° 40' ouest, jusqu'au tripoint entre l'Algérie, le Maroc, et le Sahara occidental.

Références[modifier | modifier le code]

  1. sauf exception humanitaire ; voir par exemple Algérie - Maroc : la réouverture des frontières n’est pas pour demain
  2. a, b et c Tayeb Chenntouf, La dynamique de la frontière au Maghreb, Des frontières en Afrique du XIIe au XXe siècle, éd. UNESCO, Paris, 2005, p. 204-205
  3. a et b Najima Thay Thay Rhozali, L'ogre entre le réel et l'imaginaire dans le conte populaire du Maroc, p. 193-194
  4. Chantal de La Véronne, Histoire sommaire des Saʼdiens au Maroc : la première dynastie chérifienne, 1511-1659, éd. Paul Geuthner, Paris, 1997, p. 29
  5. Georges Marçais, L'art musulman, éd. Presses universitaires de France, Paris, 1962, p. 171
  6. Anthony S. Reyner, « Morocco's International Boundaries: A Factual Background », The Journal of Modern African Studies, vol. 1, n°3, septembre 1963, p. 313-326
  7. Auguste Cour, L'établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d'Alger, 1509-1830, éd. Bouchène, Paris, 2004, p. 11
  8. Chantal de La Véronne, « Relations entre le Maroc et la Turquie dans la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle (1554-1616) », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, 1973, p. 391
  9. Louis Massignon, Le Maroc dans les premières années du XVIe siècle : tableau géographique d'après Léon l'Africain, éd. Paul Geuthner, Paris, 1906, p. 266
  10. Pierre Boyer, « Contribution à l'étude de la politique religieuse des Turcs dans la Régence d'Alger (XVIe-XIXe siècles) », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, 1966, p. 33
  11. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, éd. Payot et Rivages, Paris, 1994, p. 595
  12. a et b Alfred Salinas, Quand Franco réclamait Oran : l'Opération Cisneros, éd. L'Harmattan, Paris, 2008, p. 15
  13. a et b Laurent Pointier, Sahara occidental : la controverse devant les Nations unies, éd. Karthala, Paris, 2004, p. 46
  14. a et b Gilbert Grandguillaume, « Une médina de l'Ouest algérien : Nédroma », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, 1971, p. 60
  15. Abdelkader Retnani, Mohamed Brahimi et Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Oujda : années 1920, éd. Eddif, Casablanca, 2010, p. 25
  16. a et b Magali Morsy, La relation de Thomas Pellow : une lecture du Maroc au 18e siècle, éd. Recherche sur les civilisations, Paris, 1983, p. 127
  17. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, éd. Payot et Rivages, Paris, 1994, p. 605
  18. Pierre Boyer, « Contribution à l'étude de la politique religieuse des Turcs dans la Régence d'Alger (XVIe-XIXe siècles) », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, n°1, 1966, p. 33
  19. a et b Convention relative au tracé de la frontière d'État établie entre le Royaume du Maroc et la République algérienne démocratique et populaire, Journal officiel de la république algérienne, no 11, 5 février 1969.
  20. Robert Cornevin, « Questions nationales et frontières coloniales », Revue française d'histoire d'outre-mer, Persée, vol. 68, no 250,‎ 1981, p. 251-262 (DOI 10.3406/outre.1981.2298, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]