Front de l'Est (Première Guerre mondiale)

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Front de l'Est
Défilé allemand à Riga en 1917
Défilé allemand à Riga en 1917
Informations générales
Date 17 août 1914 - 3 mars 1918
Lieu Europe centrale
Europe de l'Est
Issue Victoire des Empires centraux
Effondrement de l'Empire russe et Révolution russe
Traité de Brest-Litovsk
Belligérants
Drapeau de l'Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Drapeau du Royaume de Bulgarie Royaume de Bulgarie
Drapeau de l'Empire russe Empire russe (1914-1917)
Drapeau : Roumanie Royaume de Roumanie (1916-1918)
Drapeau de la Russie Gouvernement provisoire russe (1917)
Drapeau de la République socialiste fédérative soviétique de Russie RSFS de Russie (1917-1918)
Commandants
Drapeau de l'Allemagne Paul von Hindenburg
Drapeau de l'Allemagne Erich Ludendorff
Drapeau de l'Allemagne Léopold de Bavière
Drapeau de l'Allemagne Max Hoffmann
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Conrad von Hötzendorf
Drapeau de la Bulgarie Nikola Zhekov
Drapeau de la Bulgarie Stefan Toshev
Drapeau de l'Empire russe Nicolas II
Drapeau de l'Empire russe Nicolas Nikolaïevitch de Russie
Drapeau : Roumanie Constantin Prezan
Drapeau de la Russie Alexandre Kerensky
Flag of Russian SFSR (1918-1937).svg Léon Trotski
Forces en présence
Allemagne : 1 million d'homme Autriche-Hongrie : 6 millions d'hommes 15 millions d'hommes
Pertes
Allemagne : 650 000 tués Autriche-Hongrie : plus d'1 million tués 1,7 million tués et 5 millions blessés et mutilés
Première Guerre mondiale
Batailles
Front d'Europe de l’Est

Stallupönen (08-1914) · Gumbinnen (08-1914) · Tannenberg (08-1914) · Île d'Odensholm (08-1914) · Lemberg (08-1914) · Krasnik (08-1914) · Komarów (08-1914) · Lacs de Mazurie (I) (09-1914) · Przemyśl (09-1914) · Vistule (09-1914) · Łódź (11-1914) · Limanowa (12-1914) · Bolimov (01-1915) · Bataille de Zwinin (02-1915) · Lacs de Mazurie (II) (02-1915) · Gorlice-Tarnów (05-1915) · Novogeorgievsk (08-1915) · Varsovie (08-1915) · Sventiany (09-1915) · Lac Narotch (03-1916) · Offensive Broussilov (06-1916) · Turtucaia/Tutrakan (09-1916) · Offensive Flămânda (09-1916) · Offensive Kerenski (07-1917) · Opération Albion (09-10-1917) · Marasesti (08-1917) · Traité de Brest-Litovsk (03-1918) · Bakhmatch (03-1918)


Front italien


Front d'Europe de l’Ouest


Front du Moyen-Orient


Front africain


Bataille de l'Atlantique

L'expression front de l'Est, appliquée à la période 1914-1917, désigne le théâtre d'opérations de la Première Guerre mondiale qui oppose, en Europe de l'Est, la Triple-Entente et ses alliés à la Triple-Alliance et les siens.

Les États engagés dans les hostilités dans l'Est du continent européen, le Reich, l'empire austro-hongrois et l'empire ottoman d'une part, la Russie, à laquelle se joint en 1916 la Roumanie de l'autre, tentent de mener des opérations en coordination avec leurs alliés. De par sa position centrale, les puissances centrales, alliés au Reich, subissent les plus souvent les initiatives concertées des puissances de l'Entente, de plus en plus à même de coordonner, à partir de 1916, les initiatives offensives, une offensive à l'Est permettant d'interrompre une offensive du Reich en France ou une initiative de la double monarchie en Italie.

Lancée dès les déclarations de guerre qui déclenchent le premier conflit mondial début août 1914, la guerre à l'est de l'Europe est d'abord rythmée par une série d'opérations militaires de mouvement en Prusse-Orientale et en Pologne, à l'instigation des Russes qui défont plusieurs fois les Autrichiens puis envahissent la Prusse-orientale. Leur offensive est néanmoins stoppée par les Allemands à Tannenberg, avant que la ligne de front ne se stabilise dans les Carpates et en territoire polonais. Début 1915, une vaste offensive austro-allemande permet aux Empires centraux de s'avancer profondément en territoire russe et d'occuper la Pologne, alors que la Bulgarie se joint à leur effort militaire. Malgré une série de succès russes en 1916 et l'entrée en guerre aux côtés de la Russie de la Roumanie la même année, une situation économique explosive et le mécontentement populaire débouchent en mars 1917 sur la chute de l'Empire russe. La Roumanie est parallèlement envahie, occupée et vaincue. En mars 1918, le traité de Brest-Litovsk de 1918 entérine le retrait russe de la guerre, après la révolution d'Octobre 1917, et au prix de nombreuses concessions territoriales.

Ce conflit meurtrier marque la fin du régime impérial russe et le début de la guerre civile russe, qui fera entre 3 et 5 millions de morts en Russie.

La rivalité germano-russe[modifier | modifier le code]

Affiche russe de 1914 symbolisant la Triple-Entente avec Marianne, la Mère Russie et Britannia.

En 1914, bien que son économie soit encore essentiellement agricole, l’Empire russe est déjà la troisième puissance économique du continent. Elle rattrape son retard industriel à marche forcée, recouvre son indépendance financière à l’égard de l’Europe de l’Ouest : en 1914, le capital russe contrôle 51 % de l’économie nationale contre 35 % en 1905. Cet essor qui s’est accéléré encore à partir de 1905 fait désormais craindre à l’Allemagne l’émergence d’un géant économique rival en Europe. En termes de PIB à parité de pouvoir d'achat, ces deux empires étaient à égalité avec, en 1913, un PIB(PPA) de 237 milliards de dollars internationaux soit 8,8 % du PIB mondial pour l'Allemagne et 232 milliards de dollars internationaux soit 8,6 % pour la Russie.

David Fromkin note que « la taille gigantesque de la Russie, jointe au fait qu’elle s’industrialisait avec une vitesse stupéfiante grâce au soutien financier de la France - auquel une alliance la lie depuis 1892 -, était en train de faire de l’empire tsariste un rival potentiel de l’Allemagne en tant que puissance suprême du continent ». La caste militaire prussienne, représentée par Helmuth Johannes Ludwig von Moltke et Erich von Falkenhayn, ministre de la Guerre puis commandant de l'armée allemande, considère depuis au moins 1905 que l'Allemagne doit provoquer le plus tôt possible une guerre préventive contre la Russie et son allié la France. En fait, « à partir de 1879, les plans de l'Allemagne partirent tous de l'hypothèse où elle aurait à affronter la France et la Russie »[1][réf. insuffisante]. À tort ou à raison, l'Allemagne craint la montée en puissance rapide du géant russe et croit que si la France et la Russie ne pouvaient être battues en 1914, c'est alors l'Allemagne qui le serait en 1916 ou 1917. Theobald von Bethmann Hollweg, Chancelier impérial de 1909 à 1917, ne fait que refléter les craintes, exagérées et teintées d'une certaine paranoïa, de la classe politique allemande lorsqu'il déclare que l'Allemagne est « complètement paralysée », cernée par les puissances alliés au sein de la Triple-Entente que sont alors la France, la Russie et le Royaume-Uni et que « l'avenir appartient à la Russie, qui ne cesse de grandir, de grandir, et devient de plus en plus un cauchemar pour nous ». Il voyait l'Autriche-Hongrie finir par s'allier avec la Russie pour se retrouver dans le camp des vainqueurs, l'Allemagne serait alors seule et impuissante sur la scène internationale.[réf. nécessaire]

Sortir d’un isolement qu’elle a elle-même initié, et briser un concurrent russe dont la puissance ne cesse de se développer sont les deux facteurs qui incitent l’Allemagne à provoquer le premier conflit mondial. Après l’étude de nouvelles sources allemandes et autrichiennes, D. Fromkin conclut que « l’Allemagne a délibérément déclenché une guerre européenne pour ne pas être dépassée par la Russie » et relève que « les généraux allemands ont bel et bien décidé d’entrer en guerre avant que la Russie ne mobilisât (31 juillet) et ce n’est donc pas, comme on le prétend si souvent, la mobilisation russe qui a provoqué la guerre ».[réf. insuffisante]

Le rappel de l'immigration allemande vers l'est de l'Europe (Drang nach Osten) et le concept de Lebensraum (espace vital) peuvent avoir joué un rôle dans l'attitude des dirigeants allemands envers la Russie.[réf. nécessaire]

Les belligérants[modifier | modifier le code]

La Russie et ses alliés de 1905 au mois d’août 1914[modifier | modifier le code]

Armes de l'Empire russe
Un obusier Schneider modèle 1910 de 152 mm fabriqué à Perm en 1917.

Pourtant, l'empire Russe était fragile, plusieurs millions d’ouvriers russes vivent dans la misère et sont sensibles à la propagande révolutionnaire. Quant aux paysans, ils réclament le partage des terres. La russification mécontente différents peuples de cet immense empire, dont les Russes ne représentent que 45 % de la population lors du recensement de 1897.

La défaite lors de la guerre russo-japonaise est une humiliation pour le pays et montre les faiblesses de l'armée impériale russe, qui n’est absolument pas prête à entrer en guerre en 1914. Même si les effectifs dont elle dispose sont importants, les hommes ne sont ni formés ni armés. Le matériel d’artillerie est insuffisant, le réseau ferroviaire trop peu développé. Or, le programme de modernisation de l’armée lancé fin 1913 ne devrait être terminé qu’en 1917. Si l'armée compte 4 millions de d’hommes sous les drapeaux en 1914 et dispose de 27 millions de réservistes, plus de la moitié ne sont pas mobilisables car en sont exclus les fils uniques, les soutiens de familles et les sujets musulmans.

Lors de la révolution russe de 1905, le tsar est contraint d’accepter un certain nombre de réformes, dont la création d’une assemblée élue (la douma), dont le pouvoir est en réalité très limité. Ainsi, malgré la promesse d’un régime constitutionnel, les lois fondamentales de 1906 maintiennent clairement l’autocratie. Quand Piotr Stolypine arrive au pouvoir en 1906, il tente de moderniser le régime, mais se heurte à l’opposition de la noblesse. Il est assassiné en 1911. En 1912 puis en 1914, de nouvelles grèves ont lieu pour protester contre le régime autoritaire, mais elles sont vite réprimées. Et peu à peu, même les sujets les plus fidèles de Nicolas II l’abandonnent : victime de ses hésitations continuelles entre un retour à l’autocratie « pure et dure » et le respect des nouvelles institutions, il est incapable de mener une ligne politique ferme.

En octobre 1916, la carence de la logistique est manifeste, le complexe militaro-industriel russe n’est pas performant, la production d'obus est seulement de 35 000 par mois alors que les besoins sont de 45 000 par jour : la réussite des opérations de 1916 est ainsi remise en cause dès leur lancement par le manque d'obus, limitant la préparation d'artillerie préludant l'assaut[2] ; on compte dans certaines unités un fusil pour trois hommes[réf. souhaitée]. De plus, la carence de réseau ferré dont les trains ne dépassent pas les 25 km/h et de l'intendance pose d'énormes problèmes, l'inflation a atteint les 300 % depuis le début de la guerre mais les salaires ont seulement doublé[réf. incomplète][3].

Malgré tout, notent les observateurs[Qui ?], l’industrie a réussi, en partie, en 1916 sa reconversion à la production de guerre. En effet, les offensives menées à partir de 1916, sont lancées avec du matériel fourni par les alliés ou fabriqué sur place selon des procédés français ou britanniques ; par exemple, l'offensive Broussilov, lancée le 5 juin 1916, aboutit à des résultats en raison de l'usage de pièces d'artillerie lourde d'origine française et des formations dispensées aux artilleurs russes[2].

Les puissances centrales face à la puissance russe[modifier | modifier le code]

L'alliance franco-russe oblige le Reich et son allié austro-hongrois à la préparation d'une guerre sur plusieurs fronts.

En dépit de cette contrainte, les puissances centrales ne parviennent pas à mettre au point des plans de mobilisation et de conduite du conflit, le Reich comme la double monarchie ne poursuivant pas les mêmes objectifs militaires dans le conflit qui s'annonce[4]. Cependant, face au déploiement de la puissance militaire russe au mois d’août 1914, les austro-allemands doivent adapter leurs dispositifs dans le cadre d'une guerre sur plusieurs front, aboutissant au renforcement des unités austro-hongroises face aux troupes russes[5].

Dans les premiers mois du conflit, marqués par une guerre de mouvement sur de vastes territoires, les militaires des puissances centrales doivent constamment affronter des unités russes plus nombreuses que les leurs[6] : à la fin du mois de septembre 1914, les germano-austro-hongrois disposent de 52 divisions à opposer aux 90 divisions déployées par les Russes, tandis qu'en décembre, 61 divisions sont déployées par les puissances centrales face aux 82 divisions russes[7]. Dans ces conditions, les militaires des puissances centrales, davantage les responsables militaires austro-hongrois, comblent une partie de leur faiblesse numérique avec de meilleurs réseaux de collectes d'information et par des transferts d'unités sur de grandes distances[6].

À partir de 1915, les armées russes attaquent en priorité le front austro-hongrois, plus faible, obligeant régulièrement les Allemands à soutenir, par des transferts de troupes opérés aux dépens du front français, des unités austro-hongrois parfois en pleine déroute, comme en 1916 face à la poussée de Broussilov[8]. Dans ce contexte, une unité de commandement est mise en place par étapes à partir de juillet 1916 : en effet, à ce moment, Paul von Hindenburg exerce un commandement sur trois armées, une allemande et deux austro-hongroises, puis, à sa suite, les organes centraux de commandement allemands et austro-hongrois organisent les conditions de commandement coordonné, rendu nécessaire par l'imbrication sans cesse croissante des unités qui les composent[9].

Moyens militaires, politiques et humains[modifier | modifier le code]

Durant le Premier conflit mondial, les États en présence mettent en œuvre une grande variété de moyens, différents en fonction des moyens et des buts de guerre. Mettant en jeu des empires plus ou moins solides, la lutte se fait aussi sur le terrain politique et national.

Les alliés[modifier | modifier le code]

Combattant seuls les puissances centrales entre 1914 et 1916, l'infanterie russe constitue en 1914 une masse d'hommes peu ou mal formée, utilisée par le commandement russe sans égards pour les pertes; la cavalerie, nombreuse et formée, est inutile face aux dispositifs des puissances centrales, basés sur le feu et la fortification[10].

Cependant, en dépit de pertes importantes, l'empire russe parvient à reconstituer jusqu'en 1916 ses capacités militaires. L'artillerie, par exemple, en est une illustration : en 1914, l'armée russe compte 8 030 pièces d'artillerie, dont 7 237 canons légers, 512 mortiers, 240 canons lourds ; en 1917, on recense 10 487 pièces d'artillerie de tous calibres, dont 9 562 canons légers, 1 054 mortiers, 1 430 canons lourds et super lourds et 329 canons anti aériens[11]. De même, l'armée compte à la fin de l'année 1915 plus d'un million d'hommes de plus que lors du déclenchement des opérations un an et demi auparavant[12].

Cependant, cette force est en partie annulée par les carences de l'encadrement, par la faiblesse des moyens d'information, par l'emploi de méthodes de combat totalement inadaptés à la guerre moderne[13] ou par la corruption et l'incompétence des responsables des approvisionnements des armées[14]. Au fil des mois, la puissance militaire s'érode; au début de l'année 1917, les militaires alliés sont sans illusion sur la réalité du soutien de l'armée russe à la stratégie alliée : Philippe Pétain la décrit comme une « façade », destinée à s'écrouler au premier mouvement et l'attaché militaire anglais en Russie comme incapable de moindre initiative[15].

À cette carence de l'encadrement s'ajoute une stratégie militaire héritée des guerres napoléoniennes, une retraite vers l'intérieur de l'empire, mais, dans la deuxième décennie du XXe, mais l'un des proches conseillers de Hindenburg, Hoffmann, constate l'inadaptation de cette tactique de combat devant les moyens modernes de communication[16].

À partir de 1915, la Russie, appuyée par la Serbie, tente de mettre en avant un nationalisme panslave, opposé aux argumentaires pangermanistes développés par les propagandistes dans le Reich. À partir de la révolution de Février, des unités slaves rejoignent avec armes bagages les lignes, menaçant la totalité du front austro-hongrois[17].

Les puissances centrales[modifier | modifier le code]

Dès les premiers mois du conflit, le rapport de force militaire penche clairement en faveur de l'empire russe ; ainsi, à la fin du mois de septembre 1914, les russes alignent 90 divisions, péniblement contenues par 52 divisions austro-allemandes. Cette infériorité oblige les militaires allemands et austro-hongrois à d'importants transferts de troupes d'un bout à l'autre du front[7].

Sur ce front, la fréquente infériorité numérique et matérielle des empires centraux oblige ces derniers à mettre en place un système de collecte de renseignements particulièrement important. L'Autriche-Hongrie est un des pays pionniers de l'espionnage militaire, notamment pour compenser la faiblesse relative de ses armées[18]. Ainsi, dès le mois d’août 1914, les services de renseignement austro-hongrois interceptent les communications, les décodent et fournissent aux militaires en situation de commandement de nombreux renseignements sur les mouvements de troupes russes[19], lors de chaque offensive russe, causant leur échec ou amoindrissant leur succès, comme en 1917[17]. En 1917, les services d'espionnage austro-hongrois font preuve d'une telle efficacité qu'ils ne peuvent exploiter la masse de renseignement qu'ils collectent par le biais de leur système d'écoute en Russie[20].

À cette collecte systématique de renseignements, les chefs militaires des puissances centrales ajoutent une maîtrise des moyens de la guerre mondiale; la concentration du feu sur une faible portion du front permet d'obtenir la rupture recherchée du front russe[10].

Mais la principale arme des puissances centrales pour contrer la Russie demeure l'encouragement aux phénomènes centrifuges et aux actions menées par les militants révolutionnaires dans l'empire russe, maniée sans scrupules par le Reich, avec des réserves par les responsables de la double monarchie[17], tant que ces tendances autonomistes ne froissent pas les ambitions territoriales du Reich. Dès 1914, les diplomates allemands, influencés par Guillaume II, adoptent une politique délibérée de déstabilisation de l'empire du Nicolas II, tout d'abord en encourageant les peuples non russes de l'empire des Tsars, de la Finlande au Caucase, à se révolter[21], puis, à partir de l'entrée de la Turquie dans le conflit, à inciter les musulmans de l'Asie centrale russe à se révolter, et enfin à encourager les mouvements révolutionnaires contre l'autocratie des Romanov, dans un premier temps, afin de pousser le tsar à la paix, dans un second temps, afin de renverser celui-ci pour mettre en place un régime politique qui conclurait la paix avec le Reich et ses alliés[22]. En effet, les austro-hongrois, dès août 1914[22], puis les Allemands à partir du printemps 1915, facilitent le transit des révolutionnaires russes exilés en Suisse[22], dont celui de Lénine et de ses compagnons en avril 1917, tandis que les militaires austro-hongrois favorisent la fraternisation entre soldats russes ou roumains, d'une part, et austro-hongrois d'autre part[17]. Ainsi, dès 1914, le Reich et la double monarchie exploitent le sentiment national ukrainien, mais cette politique heurte les intérêts des Polonais de la double monarchie; cependant, dès la fin de l'année 1914, le Reich choisit d'appuyer les révolutionnaires ukrainiens, découverts à Berne ou dans les camps de prisonniers dans le Reich[23]. En Pologne, le Reich poursuit la même politique, mais avec des réserves de la part du Reich (surtout à partir du moment où les nationalistes polonais exposent leurs ambitions en Posnanie), tandis que la double monarchie se montre partisane de pousser les Polonais de Russie à la révolte[24]. En Finlande, la faiblesse des autonomistes interdit une action directe, mais permet cependant l'entretien d'un courant autonomiste, destiné à se développer après la Révolution d'Octobre[25].

Buts de guerre[modifier | modifier le code]

Buts de guerre des puissances centrales[modifier | modifier le code]

Devant les succès rapides obtenus au cours de l'année 1915 par les puissances centrales contre l'empire russe, les responsables politiques allemands et autrichiens fixent des buts de guerre en cas de victoire. La conquête de la Pologne fournit l'occasion des premières formulations de ces objectifs. Ainsi, le Reich et la double monarchie souhaitent la mise en place d'une Pologne soumise à leurs intérêts, le chancelier du Reich souhaitant non seulement des rectifications de frontières, mais aussi la création d'États tampons, destinés à éloigner une menace directe de la Russie sur le Reich et ses alliés[26]. Au fil du conflit, les buts de guerres germano-austro-hongrois évoluent, chacune des deux principales puissances centrales modifiant le détail des revendications par rapport à la Russie et à la Roumanie.

Au cours de l'année 1915, le chancelier consulte les responsables en postes aussi bien sur le front que dans les provinces orientales du Reich : tous se prononcent pour des annexions plus ou moins importantes, en Pologne et dans les pays baltes, afin d'y implanter des colons allemands et organiser des États tampons plus ou moins autonomes[27].

Dès les années 1880, le Reich et son allié austro-hongrois aspirent à faire de la Pologne un territoire sous leur tutelle[26], limitant les annexions directes[28]; cependant, dès la fin de l'année 1914, certains hauts-fonctionnaires prussiens en poste en Posnanie proposent, à la demande du haut-commandement ou du gouvernement du Reich, des projets d'annexions plus ou moins étendues en Pologne russe[28]; si certains souhaitent des annexions limitées en Pologne, d'autres de larges annexions, tous s'accordent sur la nécessité de contrôler étroitement la Pologne, directement ou indirectement[27].

Si l'avenir de la Pologne sous tutelle allemande divise, le devenir des Pays baltes fait consensus, du moins en 1914; l'annexion pure et simple de la Courlande et de la Livonie[29]

Ces annexions doivent être garanties par un affaiblissement durable de l'empire russe; la demande de lourdes indemnités de guerre, et de moyens pour en garantir le versement, doit couronner cet affaiblissement, ces dernières devant être calculées afin de permettre la main-mise sur l'économie russe et sur ses positions à l'étranger[30].

Buts de guerre alliés[modifier | modifier le code]

Le front de l'Est dans la stratégie générale des Alliés et des puissances centrales[modifier | modifier le code]

Les alliances en 1914. L’Italie entrera en guerre du côté des Alliés en 1915.
Les alliances effectives durant la guerre.

Dès son ouverture, ce front constitue l'un des fronts les plus importants du conflit. Les austro-allemands ne s'y trompent pas par le déploiement massif d'unités d'un bout à l'autre du front.

L'action des divisions déployées contre l'empire russe est cependant entravée, dans un premier temps, par l'absence de concertation entre le commandement militaire austro-hongrois et le commandement allemand. Ainsi, les responsables militaires poursuivent des objectifs stratégiques différents : Helmuth von Moltke souhaite écraser le plus rapidement possible la France avec de retourner ses unités contre les Russes, comptant sur des troupes de couverture et les unités austro-hongroises pour contenir l'armée russe, tandis de Conrad souhaite écraser le plus rapidement possible les Serbes, avant de déployer le gros des unités austro-hongroises contre les troupes russes ; ayant laissé un rideau de troupes face à l'armée russe, il souhaite que le Reich déploie face aux Russes suffisamment d'unités pour pouvoir les contenir[4].

Toujours à la recherche d'une rupture du front allié, rendue impossible à l'Ouest, le commandement allemand se tourne vers l'Est afin d'obtenir cette rupture[10].

À partir de la signature des traités de paix avec la Russie et la Roumanie, il n'y a plus d'unités combattantes des puissances centrales à l'Est, seulement des troupes d'occupation[31].

L’acharnement des combats oblige le Reich et son allié à étoffer sans cesse ce front en prélevant des unités de l'armée impériale allemande sur le front français. En décembre 1914, la Triplice oppose 101 divisions à l’armée impériale russe (dont 40 allemandes), et 97 à la France. En août 1915, les effectifs sont montés à 65 divisions allemandes sur le front russe contre 73 sur le front français. En janvier 1917, c’est 187 divisions que la Triplice engage contre la Russie (49 % du total) contre 131 contre la France (34 %). « Vers la fin de 1914, l’intensité de la lutte sur le front russe imposera à l’armée allemande une attitude défensive sur le front de France. Elle sera maintenue jusqu’en février 1916. Quand, en 1916, les Allemands attaqueront en France durant la bataille de Verdun, il sera trop tard, ils ne seront plus capables d’entamer les forces alliées »[32][réf. incomplète]. Après la fin des combats fin 1917 sur le front de l'Est, l'armée allemande dispose en février 1918, de 192 divisions en ligne à l’ouest. Vingt de plus que les Alliés. À cette date, 53 divisions sont encore à l’est.

De 1914 à 1917, 1 800 transports alliés ont débarqué 5 475 000 tonnes de matériel destiné aux armées russes[33].

Chronologie des opérations militaires[modifier | modifier le code]

À la suite de l'entrée en guerre de l'Empire austro-hongrois contre la Serbie le 28 juillet 1914, la Russie mobilise afin de soutenir son allié. L’Allemagne riposte et entre en guerre contre la Russie le 1er août 1914. Pour honorer l’alliance défensive qu’elle avait signée en 1907 avec le Royaume-Uni et la Russie, la France se doit alors de décréter la mobilisation générale.

L'année 1914 sur le front Est[modifier | modifier le code]

Fantassins russes armés de fusils Mosin-Nagant en août 1914.

Sur le front oriental, suivant les plans des Alliés, le tsar lance l’offensive en Prusse-Orientale le 17 août, plus tôt que prévu par les Allemands. En août, deux armées russes pénétrèrent en Prusse-Orientale et quatre autres envahirent la province autrichienne de Galicie. Ils remportent une victoire à Gumbinnen (19-20 août) sur des forces de la huitième armée allemande inférieures en nombre, qui étaient sur le point d’évacuer la région lorsque des renforts commandés par le général Paul von Hindenburg remportèrent sur les Russes une victoire décisive à la bataille de Tannenberg (27-30 août 1914), confirmée lors de la bataille des lacs Mazures (Prusse-Orientale), le 15 septembre, ce qui obligea les Russes à battre en retraite vers leur frontière. Les Allemands stoppent définitivement les offensives russes en Prusse (fin le 31 août) ; les Russes se replient vers leur frontière.

À l'inverse, en dépit de succès dans les premiers jours du conflit, les unités austro-hongroises retraitent rapidement sur des positions préparées sur les premiers contreforts des Caparthes[34]. Cette retrait rapide brillamment exécutée, notamment en raison des renseignements obtenus par les services du renseignement militaire austro-hongrois, donne à Conrad le temps de réorganiser les unités placées sous son commandement[19]. Ces succès n'empêchent cependant pas la perte de la Galicie dès les premiers mois du conflit, sanctionnée lors de la bataille de Lemberg qui s'acheva le 11 septembre[19].

Durant l’été et l’automne 1914, près de 870 000 personnes, soit 40 % de la population prussienne, fuient devant l’avancée de l’armée russe qui a tué près de 6 000 civils et détruit 42 000 habitations[35]

Face aux armées autrichiennes mal équipées, les quatre armées russes avancent régulièrement et envahissent la Galicie après les victoires de Lemberg (Lvov), en août et septembre. Elles s’emparèrent de Lvov (3 septembre) et de la Bucovine et chassent leur adversaire dans les Carpates, où le front se stabilise en novembre et autour du Przermyśl.

Les Autrichiens entreprennent à trois reprises d’envahir la Serbie, mais ils sont repoussés et subissent une défaite à Cer, le 24 août. Les Serbes, qui ont repris le 13 décembre Belgrade, occupée depuis le 6 novembre, après la bataille de Rudnik, ne tentent aucune invasion en Autriche-Hongrie.

Le 20 octobre, au cours de la bataille de la Vistule, les Allemands battent en retraite devant les Russes dans la boucle de la Vistule. Au début du mois de novembre, von Hindenburg devient commandant en chef des armées allemandes sur le front Est ; ce même jour, la Serbie déclare la guerre à l'Allemagne.

Un commandement des zones occupées par les forces allemandes, le Oberbefehlshaber der gesamten Deutschen Streitkräfte im Osten, est créé.

Enfin, entre le 29 octobre-20 novembre, les Turcs bombardent les côtes russes de la mer Noire. L'Empire ottoman rejoint les Allemands et les Austro-hongrois; un nouveau front s'ouvre alors dans le Caucase.

L'année 1915 sur le front de l'Est[modifier | modifier le code]

Entrée de la cavalerie allemande à Varsovie le 5 août 1915.

Bien que le fait soit rarement évoqué, l'armée impériale allemande employa pour la première fois des obus à gaz le 31 janvier 1915 en Pologne contre l'armée impériale russe, mais le froid intense les rendit absolument inefficaces[réf. incomplète][36]

  • 10 mars : La Russie se fixe comme buts de guerre l'annexion de Constantinople et le contrôle du détroit des Dardanelles.
  • 2 mai : Offensive austro-allemande en Galicie pour éviter l’invasion de la Hongrie par les Russes.
  • 6 mai : Les Russes battent en retraite sur un front de 160 km.
  • 3 juin : Rupture du front russe à Gorlice en Galicie. Les Russes évacuent Przemyśl
  • 22 juin : Prise de Lemberg par les Allemands sur les Russes, qui battent en retraite.
Article détaillé : Bataille de Varsovie (1915).

La retraite de l’armée russe contraint à la fuite 54 % de la population de la Courlande, 46 % de celle de la ville de Vilnius, 26 % de celle de toute la Lituanie. Dans l’intérieur de la Russie, en mai 1916, on compte environ quatre millions de réfugiés, soit 5 % de la population totale. Au début de l’année 1917, ils sont six millions[réf. incomplète][37].

Au début de l'année 1915, les puissances centrales élaborent des plans offensifs sur l'ensemble du front germano-austro-russe; en effet, le Reich et son allié souhaitent, dès le mois de décembre 1914, obtenir la décision face à la Russie, en multipliant les offensives contre le front russe, étendu, moins dense que le front occidental et surtout tenu par une armée beaucoup moins efficace que les armées française et britanniques[38]. Les Allemands parviennent à soulager, par une attaque en Prusse orientale, les défenses austro-hongroises des Carpathes, mais ne parviennent pas à empêcher la chute de Przesmyśl le 22 mars 1915[39].

Après un premier échec dans les Carpathes durant le premier semestre 1915, une offensive est préparée conjointement par les commandements allemand et austro-hongrois ; placée sous le double commandement allemand et austro-hongrois, l'offensive débute le 2 mai 1915, et rapidement la guerre de montagnes se mue en guerre de mouvements. Les austro-allemands écartent la menace qui pèse sur la Hongrie, libèrent la Galicie en un mois[40], mais échoue à encercler des troupes russes en mouvement perpétuel[41]. Dans le même temps, la Pologne est conquise par des unités allemandes et austro-hongroises, qui échouent cependant à encercler des troupes russes en pleine retraites. Après la conquête de la Pologne, Hindenburg et Ludendorff multiplient les attaques sur la partie nord du front, en Lituanie, enlevant la ligne du Niémen, Vilnius, mais échouant à écraser les troupes russes du secteur[40].

L'offensive de l'été 1915, si elle aboutit à la conquête de la totalité de la Pologne russe, voit son succès limité par une retraite russe en bon ordre, stoppée par une offensive lancée sur le seul front autrichien ; obligé de demander un appui allemand, les militaires austro-hongrois doivent accepter une sujétion renforcée à l'égard du Reich[42].

L'année 1916 sur le front de l'Est[modifier | modifier le code]

Tous deux participent aux offensives russes déclenchées par le général Broussilov

Au début du mois de juin, les unités russes s'élancent sur le front austro-hongrois, rapidement rompu par des percées répétées des unités russes déployées face aux unités austro-hongroises, dont certaines, composées majoritairement de Tchèques, désertent en masse pour rejoindre les Russes[8]. à cette occasion, les austro-hongrois connaissent une baisse préoccupante du nombre de leur soldats engagés face aux Russes, du fait des désertions, du nombre de prisonniers et du nombre de tués[44]. Préparée depuis le mois d'avril, l'offensive russe contre le front autrichien, commandée par Alexei Broussilov, bouscule à partir du 4 juin 1916 les unités austro-hongroises, reprend Brody, capture 378 000 prisonniers, puis s'arrête, au mois d’août, après l'échec de la phase d'exploitation contre un front étayé par des unités rameutées des Alpes ou des Balkans[45].

Peu de temps après cette défaite majeure, après deux années d'atermoiements, les Roumains s'engagent dans le conflit aux côtés des alliés, étendant le front à l'arc des Carpathes. Des divergences au sein des dirigeants austro-hongrois apparaissent sur la conduite du conflit avec la Roumanie, les Hongrois souhaitant défendre le territoire du royaume, les militaire souhaitant stopper les troupes roumaines à l'intérieur de la Transylvanie. Dans les semaines qui suivent, les unités roumaines percent le front austro-hongrois situé, contre l'avis des militaires, au plus près de la frontière[46], mais ils sont rapidement contenus par les mesures de Conrad, déployant ses unités le plus rapidement possible vers ce front, par le déploiement d'unités allemandes dans les Carpathes et par les attaques bulgares[47]. Dans les semaines qui suivent, conformément aux plans établis par le stratège austro-hongrois Conrad, la Roumanie est écrasée par une attaque coordonnée d'unités germano-austro-hongroises et bulgares ; cependant, étayée par des troupes russes et soutenue par des conseillers militaires français, l'armée roumaine se replie dans l'est du pays[48].

L'année 1917 sur le front de l'Est[modifier | modifier le code]

En rouge, la ligne de front au 1er janvier 1917.
Carte des conséquences du Traité de Brest-Litovsk.
Fraternisation entre soldats russes et allemands en 1918 après la fin des hostilités entre ces deux pays.
Ce diagramme montre le développement de la masse monétaire et l'inflation en Russie entre 1914 et 1917.

Au début de l'année 1917, les troupes russes apparaissent redoutables, considérablement renforcées par des moyens modernes et par des levées massives de soldats, suscitant de fortes inquiétudes chez les militaires allemands et austro-hongrois ; cependant, ce renforcement masque une lassitude de la guerre, exploitée diversement par les Allemands et les austro-hongrois[17].

Le refus des troupes de réprimer les manifestations, dû entre autres à la forte dégradation de l'économie et à la lassitude vis-à-vis des classes dirigeantes, obligent le tsar Nicolas II à abdiquer ; ainsi éclate la révolution de février 1917 à l'issue de laquelle la Russie devient une république. Un gouvernement provisoire est alors constitué, présidé par Alexandre Kerenski.

Tout en esquissant des réformes, celui-ci tente malgré tout de respecter les engagements de la Russie vis-à-vis de ses alliés en poursuivant la guerre. L'offensive Kerensky est lancé début juillet mais se révèle finalement un échec coûteux[49]. En effet, lancée avec des unités en cours de réorganisation, l'offensive de juillet 1917 est tenue en échec dès le début de la phase d'exploitation de la percée initiale, alors que des unités refusent de monter au front[15].

En dépit d'indéniables succès initiaux, la contre-offensive germano-austro-hongroise lancée dès le 19 juillet, réoccupant la totalité de la Galicie, donne le coup de grâce à une armée russe en état de décomposition avancée : à la veille de la Révolution d'octobre, les officiers se voient privés de la moindre initiative par l'absence d'obéissance des soldats et par les désertions massives[50], tandis que le front n'est plus tenu sur la totalité de sa longueur[51].

Au mois d’août, les unités russes sont incapables de résister à l'offensive allemande dans les pays baltes, lancée le 1er septembre; celle-ci aboutit à la prise de Riga, consolidant ainsi la position du Reich dans les pays baltes[15].

Dans ce contexte, le coup d'état des bolcheviks frappe une armée russe en plein décomposition, Lénine allant jusqu'à limoger le général Dukhonine, commandant en chef de l'armée[50], ce dernier ayant souhaité une démarche en accord avec les alliés. Le 21 novembre, une demande d'armistice est ainsi adressée aux puissances centrales par le nouveau commandant en chef russe Krylenko, qui s'empresse d'annoncer un cessez-le-feu à l'annonce de l'acception de l'offre de négociation[52] ; l'armistice signé le 15 décembre n'est cependant valable que du 17 décembre au 4 janvier[53].

L'année 1918 sur le Front de l'Est[modifier | modifier le code]

Devant les atermoiements des principaux représentants du nouveau pouvoir en place en Russie, les dirigeants allemands et austro-hongrois décident la 13 février 1918, à Hombourg, la reprise des hostilités, dans un contexte marqué par la signature du traité de paix avec la Rada, basée à Kiev et directement menacée par les bolcheviks[54].

Lancée le 18 février 1918, cette offensive, réalisée essentiellement par le train, est en réalité une promenade militaire, « la guerre la plus comique que j'aie jamais vécu », selon le mot du général Hoffmann[54]. Inquiets devant l'avance des unités des puissances centrales, les responsables bolcheviks reçoivent des propositions d'aide des Alliés, mais, devant la réalité du rapport de forces, se bornent à accepter sans les discuter les clauses durcies que leur impose le Reich, dont les troupes stationnent à 150 km de Pétrograd. Le 3 mars, les représentants russes acceptent sans aucune discussion les clauses présentées par les puissances centrales, en signant la paix à Brest-Litosvk[55].

La fin du conflit entre la Russie et les puissances centrales[modifier | modifier le code]

À la suite de la prise du pouvoir par les Bolcheviks, le nouveau pouvoir prend contact avec les représentants des puissances centrales afin de conclure une suspension d'armes, préalable à un traité de paix. Ainsi, le 21 novembre 1917, Lénine propose une négociation en vue de la conclusion d'un armistice[50], rendue publique le 30[56]. il propose ainsi une paix blanche entre les belligérants, une conférence se réunit à Brest-Litovsk et conclut le 15 décembre un armistice valable du 17 décembre 1917 au 4 janvier 1918, tandis que les négociations en vue de la signature du traité de paix débutent le 25 décembre[53].

Les négociations de paix débutent le 20 décembre dans la citadelle de Brest-Litovsk, siège du haut commandement germano-austro-hongrois pour le front de l'Est, dans une atmosphère cordiale mais s'annoncent difficiles[57]. Elles sont d'ailleurs ajournées pour dix jours à partir du 28 décembre[58].

Devant la pression exercée par les puissances centrales, le gouvernement bolchevique se voit dans l'obligation de céder devant le Reich et ses alliés et signe le traité de paix le 3 mars[55].

Parallèlement aux négociations avec les nouveaux pouvoirs en place en Russie et en Ukraine, les puissances centrales ouvrent des pourparlers de paix avec la Roumanie occupée , qui aboutissent, dès le 7 mars, à la signature des préliminaires de paix de Buftea, puis à celle du traité de paix à Bucarest le 7 mai 1918[59].

À partir de la signature des traités de paix avec la Russie et la Roumanie, il n'y a plus d'unités combattantes des puissances centrales à l'Est, seulement des troupes d'occupation[31].

Pertes humaines[modifier | modifier le code]

Distribution des pertes humaines au sein des forces alliées. La Russie et la Roumanie constitue 36 pour 100 de celles-ci.

Selon une estimation russe donnée en 2004 les armées russes perdront alors au moins 1,7 million d’hommes au combat (et 5 millions de blessés et mutilés) en trois ans de guerre (autre évaluation : 2,5 millions de tués et 3,8 millions de blessés) alors que ses effectifs maximum ont été de 5 971 000 militaires[60] et qu'environ 15 millions de personnes ont été mobilisées au total[61], contre près de 1,8 million de tués pour les armées autrichienne et allemande sur le front russe (1,4 million pour l’armée française).

Les pertes humaines dues à la guerre chimique sont estimées au moins à 180 000 sur le front de l'Est[62].

L’écart des pertes militaires s’explique par la puissance de l’artillerie lourde allemande, mieux dotée que la russe (dans un rapport de 2,5 contre 1, situation que l’on retrouve également sur le front français en 1914), mais tient surtout à l’impréparation relative des armées russes en août 1914, fortement sous-équipées jusqu’à la fin de 1915, excepté pour la Garde Impériale qui, constituant une armée à part entière en 1914, est la mieux équipée et entraînée des formations russes.

Prisonniers de guerre[modifier | modifier le code]

Prisonniers russes à Tuchel en 1919.

En septembre 1914, 94 000 russes sont captifs dans des camps allemands.

En décembre 1918, il reste encore 1,2 million de prisonniers de guerre russes sur le territoire allemand dans des conditions de vie difficile[63]. Les prisonniers russes ont été retenus pour servir de main d’œuvre après la signature de l’armistice germano-russe de 1917. La révolution russe a été l’un des prétextes à l’impossibilité de les rapatrier. Une commission interalliée fixe la date butoir de rapatriement des prisonniers russes au 24 janvier 1919[64]. Pourtant lors du recensement du 8 octobre 1919, on compte encore 182 748 prisonniers russes sur le territoire allemand. Il en reste encore à l’été 1922.

Wilhelm Doegen estime le nombre de morts de prisonniers alliés dans les camps allemands à 118 159 mais de sérieux doutes entourent ce chiffre, notamment du fait que Doegen ne prend pas en compte certaines maladies. Toujours selon Doegen, les Russes sont ceux qui ont eu le plus de pertes à déplorer (la situation alimentaire des Russes qui ne recevaient pas de colis de leurs familles peut l’expliquer) avec un peu plus de 70 000 morts[65].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. David Fromkin, Europe's Last Summer: Who Started the Great War in 1914, 2004, (ISBN 0-375-41156-9)
  2. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 133
  3. Arthur Conte, Verdun : 24 octobre 1916,‎ 1988 (ISBN 2-7242-3849-4)
  4. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 79
  5. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 81
  6. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 84
  7. a, b et c Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 85
  8. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 134
  9. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 143
  10. a, b et c Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 295
  11. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 184, note 3
  12. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 337
  13. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 184, note 4
  14. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 329
  15. a, b et c Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 469
  16. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 309
  17. a, b, c, d et e Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 185
  18. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 45
  19. a, b et c Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 83
  20. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 186, note 2
  21. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 134
  22. a, b et c Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 157
  23. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 148
  24. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 150
  25. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 156
  26. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 123
  27. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 126
  28. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 125
  29. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 154
  30. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 127
  31. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 200
  32. Serge Andolenko, Histoire de l’armée russe,‎ 1967
  33. Claude Huan, La marine soviétique en guerre : tome I Arctique, Economica,‎ 1991 (ISBN 2-7178-1920-7), p. 14
  34. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 82
  35. (fr) Bianchi Bruna (dir.), La Violenza contro la populazione civile nella Grande Guerra. Deportati, profughi, internati, Milano, Edizioni Unicopli, 2006, 482 pages., Collectif de Recherche International et de Débat sur la Guerre de 1914-1918
  36. Histoire de la guerre terrestre, Elsevier Séquoia, Bruxelles,‎ 1977, 248 p. (ISBN 2-8003-0227-5)
  37. (fr) Bianchi Bruna (dir.), La Violenza contro la populazione civile nella Grande Guerra. Deportati, profughi, internati, Milano, Edizioni Unicopli, 2006, 482 pages.
  38. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 296
  39. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 298
  40. a et b Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 310
  41. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 97
  42. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 98
  43. (en) « 'Belgian Armoured Cars in Russia' » (consulté le 17 février 2011)
  44. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 135
  45. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 368
  46. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 138
  47. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 139
  48. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 141
  49. David François, « La Russie révolutionnaire en guerre,l'offensive de juillet 1917 », sur L'autre coté de la colline,‎ 20 octobre 2013 (consulté le 22 octobre 2013)
  50. a, b et c Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 186
  51. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 515
  52. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 521
  53. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 196
  54. a et b Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 529
  55. a et b Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 530
  56. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 194
  57. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 522
  58. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 524
  59. Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 533
  60. (fr) Carthothèque : Les puissances européennes 1914-1918
  61. (fr) Les chemins de mémoire : La grande guerre
  62. Maurice Bresson, « Les armes de destructions massive », Science et vie, no Hors Série Trimestriel 157,‎ décembre 1986, p. 65
  63. Jochen Oltmer, Kriesgefangene im Europa des Ersten Welkriegs, p. 269.
  64. Jochen Oltmer, op. cit. p. 273.
  65. Uta Hinz, Gefangen im Großen Krieg

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christopher Clark, Les somnambules : Été 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre, Paris 2013, Flammarion,‎ 2013, 668 p. (ISBN 978-2-0812-1648-8).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ 1970, 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571)
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ 1962 (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114)
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ 2011, 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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