Franz Nopcsa von Felső-Szilvás

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Franz Nopcsa von Felső-Szilvás

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Le baron Franz Nopcsa en 1890.

Naissance 3 mai 1877
Négyfalu (Flag of Austria-Hungary 1869-1918.svg Autriche-Hongrie)
Décès 25 avril 1933
Vienne (Drapeau d'Autriche Autriche)
Nationalité Hongrois
Champs Albanologie, Paléontologie, Géologie, Ethnologie
Institutions Institut géologique de Hongrie, Académie hongroise des sciences, Société géologique de Londres
Renommé pour Un des fondateurs de la paléoécologie et de l'albanologie

Franz Nopcsa von Felső-Szilvás (en hongrois : Felső-Szilvási Nopcsa Ferenc ; en roumain : Francisc Nopcea de la Silvașu-de-Sus), né le 3 mai 1877 à Négyfalu (Săcele en Transylvanie) et mort le 25 avril 1933 à Vienne, est un aventurier, paléontologue, géologue, ethnologue et agent secret austro-hongrois originaire de Transylvanie. Il est l'un des fondateurs de la paléoécologie et de l'albanologie.

Sommaire

Biographie [modifier]

Ses débuts [modifier]

En 1895, Ileana, la jeune sœur de Ferenc Nopcsa, découvre des os de dinosaures dans le domaine familial de Sân-Petru, près de Négyfalu (en roumain Săcele). Ce sera le point de départ de la vocation en paléontologie de Nopcsa, qui sera docteur ès sciences de l'Université de Vienne à l'âge de 22 ans. Il décrit, le premier, les fossiles du bassin de Hațeg, son pays natal, et présente dès 1899 son premier crâne de hadrosaure (dinosaure « à bec de canard » de la fin du Crétacé) devant l'Académie de Vienne. Puis il organise plusieurs campagnes de fouilles autour des sites de Sân-Petru, Unciuc ou Sălaș proches de son manoir. Il découvre notamment la Formation de Sânpetru avec des dinosaures nains, dont Magyarosaurus dans la région d'Hunedoara[1].

Agent secret et ethnologue [modifier]

Sujets austro-hongrois, les Nopcsa avaient déjà une tradition familiale d'aventuriers dans les Balkans sous domination turque. Certains n'avaient pas hésité à attaquer des diligences. D'autres ont exercé de hautes charges: en 1868, son oncle, également prénommé Franz, fut nommé grand-maître de la maison de l'impératrice Elisabeth (« Sissi »). En 1912, l'Autriche-Hongrie, dans le cadre de la politique du Drang nach Osten, cherche à contrer les espoirs de la Serbie de parvenir à l'Adriatique. Entre la Serbie et la mer, des montagnes peuplées d'Albanais se dressent, mais ces derniers sont divisés en clans rivaux, opposés par d'antiques vendettas, et divers aussi bien linguistiquement que religieusement (certains sont musulmans, d'autres orthodoxes, d'autres encore catholiques). Pour les unir, la monarchie des Habsbourg y envoie Nopcsa, brillant scientifique polyglotte, qui y apprend très vite les deux langues guègue et tosque (il parle déjà magyar, allemand, latin, grec, roumain, serbo-croate, et bien sûr français et anglais).

En Albanie, Nopcsa se comporte à la fois en scientifique (il publie plus de cinquante études ethnographiques illustrées, sur les us, coutumes, langues, musiques et histoire des Albanais), en agent secret (il remplit sa mission et fédère les chefs albanais en une classe politique cohérente) et en homme de passions (il devient un ardent défenseur de la cause albanaise et tombe éperdument amoureux de son secrétaire Bajazid Elmas Doda, qui deviendra son compagnon pour la vie). Son action durant la Première Guerre balkanique aboutit à la proclamation de l'indépendance de l'Albanie, ce qui est précisément l'objectif de l'Autriche-Hongrie. Dans son journal intime, Nopcsa se dit qu'il pourrait faire un bon monarque pour le nouvel État.

Durant la Première Guerre mondiale, Nopcsa rassemble un corps de volontaires Albanais qui combattent contre les Alliés, mais l'Autriche-Hongrie figure au rang des vaincus et disparaît en tant qu'État. Il doit quitter l'Albanie définitivement (avec Bajazid) et la plupart de ses manuscrits, notes et schémas non publiés deviennent la propriété du magnat albanais Midat Frashëri: lors de l'exil de ce dernier, le régime communiste d'Enver Hoxha les met sous séquestre. Ils se trouvent aujourd'hui à la Bibliothèque nationale albanaise. Seule une faible part de ces travaux a pu être étudiée par l'albanologue Norbert Jokl.

Carrière scientifique [modifier]

Dessin de Nopcsa représentant un fossile de Compsognathus.

Nopcsa poursuit une carrière scientifique brillante en paléontologie. Dans le bassin de Hațeg, son pays natal, les paysans roumains creusent, Nopcsa classe, reconstitue, décrit, dessine et publie. Il identifie et nomme cinq nouvelles espèces de dinosaures, certains sauropodes, d'autres ornithopodes, d'autres encore cuirassés (ankylosauridés). Il trouve aussi des œufs de dinosaures, de petits reptiles, des mammifères primitifs de l'époque, et des poissons : le bassin de Hațeg était en effet, au Crétacé, une île tropicale entourée par les extensions peu profondes de l'océan Téthysien dont la Méditerranée, la mer Noire et la Caspienne sont les derniers avatars.

Les travaux de Nopcsa montrent que cette faune, isolée sur son île (l'Europe du Crétacé supérieur ressemblait à l'Indonésie d'aujourd'hui), avait des caractères primitifs et avait développé un nanisme insulaire[2], comme les éléphants nains de Sicile au Cénozoïque. Il fait une étude paléo-écologique complète de cette biocénose, et publie des dizaines d'articles à ce sujet. Nopcsa compare cette faune avec celles de l'Amérique du Nord, et comprend avant l'heure, comme Emil Racoviță, qu'Alfred Wegener a raison : les continents étaient bien réunis avant de dériver. La principale contribution de Nopcsa en paléontologie (et plus précisément en paléobiologie) est qu'il fut parmi les premiers à reconstituer la forme musculaire des animaux d'après leurs os fossiles, d'où il déduisit la physiologie et le mode de vie de ces animaux, reconstituant ainsi leur paléoécologie. À une époque où tous les paléontologues décrivaient les dinosaures comme des reptiles lents et stupides, il fut le premier à suggérer que les archosaures soignaient leur progéniture, avaient des relations sociales complexes, étaient peut-être homéothermes, et qu'ils sont les ancêtres directs des oiseaux. La communauté scientifique internationale n'admettra tout cela, ployant sous le poids des preuves, que sept décennies plus tard.

Nopcsa émit également l'hypothèse que les dinosaures pouvaient présenter un dimorphisme sexuel. Il pensait que chez les hadrosaures tels kritosaurus, parasaurolophus, saurolophus ou lambeosaurus, les crêtes crâniennes faisant office de chambre de résonance des fosses nasales, étaient le propre des mâles qui devaient s'en servir pour émettre des « chants » destinés à attirer les femelles.

Pour toutes ces raisons, il est considéré comme le père de la paléoécologie. Mais il fut également un important géologue, avec des découvertes et des descriptions des Balkans et notamment du Nord de l'Albanie.

Fin de vie [modifier]

Les années 1918-1921 voient la disparition de l'Autriche-Hongrie, le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie, l'institution du suffrage universel et l'émancipation des paysans roumains qui réclament aux aristocrates hongrois le partage des terres : la réforme agraire de 1921 y pourvoit. Le monde de Nopcsa s'effondre ; il répond de haut à « ses » paysans et reçoit un coup de pelle sur le crâne. Privé de son domaine, et donc de ses revenus, devenu un étranger dans son pays natal (il a choisi la nationalité hongroise), il doit déménager à Vienne, accepter le salariat et devient finalement directeur de l'Institut de géologie de Hongrie, à Budapest. Il est membre de l'Académie hongroise des sciences et de la Société géologique de Londres, il voyage beaucoup. Mais il ne s'adapte pas aux contraintes du salariat et il est limogé. Prodigue et couvert de dettes, il vend ses collections au Museum d'histoire naturelle de Londres qui acquiert en plusieurs lots les fossiles de Hațeg.

Refusant de réduire son train de vie, il finit ruiné et se suicide, se tirant une balle dans la tête après avoir empoisonné son compagnon Bajazid Doda, en 1933 à Vienne, léguant ce qui restait de ses collections au Muséum de Budapest („Magyar Természettudományi Múzeum”), en Hongrie. Des scientifiques roumains reprendront ses fouilles, bientôt interrompues par la guerre et la venue du stalinisme ; elles reprendront dans les années 1970. Les fossiles recueillis sur ce site depuis lors sont exposés à Deva et au Muséum de Bucarest.

Bibliographie [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Gareth Dyke, Les dinosaures nains de Transylvanie, Pour la Science, n° 411, janvier 2012
  2. P. Martin Sander in Nature, 8 juin 2006

Articles connexes [modifier]