Francis Heaulme

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Francis Heaulme
Surnom Le Routard du Crime
Naissance 25 février 1959 (55 ans)
Metz, (France)
Condamnation Mai 1997, 1999 et le 16 décembre 2004
Sentence Réclusion criminelle à perpétuité
Meurtres
Nombre de victimes +10
Période 1984 - 1992
Pays France
Villes Port-Grimaud, Brest, Vaucluse, Metz, Motte-du-Caire
Arrestation 7 janvier 1992

Francis Heaulme, né le 25 février 1959 à Metz, est un tueur en série français, surnommé le « Routard du crime », reconnu coupable de neuf meurtres dans au moins huit affaires et arrêté par le gendarme Jean-François Abgrall.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'un alcoolique, violent et volage[réf. nécessaire], et d'une mère adorée qui meurt d'un cancer le 16 octobre 1984, alors qu'il a 25 ans. La vague de crimes de Francis Heaulme commence après la mort de celle-ci. Atteint du syndrome de Klinefelter, alcoolique et déséquilibré, il se marginalise et sillonne la France à pied, en stop et en train, séjournant dans des communautés Emmaüs et des institutions psychiatriques de désintoxication. Il dépense son revenu minimum à boire, mélangeant parfois alcools et tranquillisants et trouve occasionnellement des petits boulots de ferrailleur ou de maçon. En 1989 il devient compagnon d'Emmaüs, successivement dans trois communautés de France (Brest, Quimperlé, puis Metz)[1].

Il traverse, en huit ans, 37 départements et, incapable de conduire[2], entraîne plusieurs fois des complices dans ses crimes (dont le cousin d'une des victimes)[3], eux violant la victime, lui - toujours à l'initiative des meurtres - la tuant[2]. Il lui arrive de s'accuser de meurtres auprès de personnels médicaux qui ne le croient pas[4], parce qu'il est trop habitué aux affabulations. Dans plusieurs gendarmeries, il raconte des agressions « imaginaires ».

A la suite du meurtre d'une aide-soignante le dimanche 14 mai 1989 sur la plage du Moulin-Blanc au Relecq-Kerhuon, non loin de Brest, le gendarme de permanence Jean-François Abgrall, de la section de recherches de Rennes prend en charge l'enquête[5]. Le gendarme mène ses investigations qui le conduisent à Francis Heaulme avec lequel il parvient à établir le contact. Malgré le peu de soutien de sa hiérarchie, il a rapidement compris la règle de base concernant celui qu'il est chargé de traquer : « C'est quand on ne lui demande rien qu'il en dit le plus »[6]. Mais d'autres meurtres sont perpétrés entre temps et Heaulme assassine encore un retraité rencontré à Boulogne-sur-Mer le 5 janvier 1992[7].

Il est enfin arrêté le 7 janvier 1992, à Bischwiller en Alsace, et avoue le meurtre de l'aide soignante de Brest, puis, dans l'attente de passer devant le juge d'instruction, celui de Jean-Joseph Clément, près d'Avignon également en 1989[7]. Les enquêteurs ont beaucoup de difficultés à confirmer les autres crimes, car les actes sont perpétrés sans raison ni mobile apparents par une personne très mobile. De plus des négligences, des lacunes et la mauvaise coordination des différents services d'enquête locaux ne permettent pas de le confondre. C'est finalement Abgrall qui remonte le fil des meurtres au gré des déplacements de Heaulme et, centralisant les différentes enquêtes, obtient progressivement une série d'aveux plus ou moins explicite mais dans des termes confus et codés, Heaulme parlant d'une quinzaine de « pépins »[7].

Francis Heaulme raconte avec une incroyable précision des scènes de meurtre, mais en disant se les être fait raconter, les avoir vues en songe, sans dire qu'il y a participé. Par exemple, il mime la façon de tuer une sentinelle en lui tenant fermement la tête en arrière d'une main et en lui tranchant la carotide de l'autre, ou les dessine, puis se rétracte. Selon Abgrall, « Il ne ment pas. Il n'invente jamais rien. Mais il embrouille volontairement les pistes en mélangeant les crimes, les dates et les lieux »[8].

En 1993, une cellule spéciale de gendarmerie est créée sous la direction d'Abgrall appuyé par un technicien de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale pour démêler l'écheveau des pérégrinations criminelles de Heaulme, de ses souvenirs et de ses aveux confus[7]. Depuis son premier passage en assise en 1994 pour la mort de l'aide-soignante, les procès se succèdent et il est condamné à huit reprises pour neuf meurtres jusqu'en 2014, où il répond à nouveau en assises des meurtres de deux jeunes garçons en 1986 à Montigny-lès-Metz, qui ont été précédemment imputés à tort à Patrick Dils, dans une retentissante erreur judiciaire[9].

Francis Heaulme est incarcéré à la maison centrale d'Ensisheim, dans le Haut-Rhin, spécialisée dans l'accueil de détenus de longue peine, dont 30 % sont condamnés à la perpétuité.

Personnalité[modifier | modifier le code]

Francis Heaulme lâche aux enquêteurs des bribes d'informations pour faire comprendre qu'il y a eu des « pépins », terme qu'il utilise pour qualifier ses meurtres, et fait souvent ainsi apparaître de nouvelles affaires, qui se succèdent les unes aux autres, au fil des dialogues.

Selon un de ses avocats successifs, Pierre Gonzalez de Gaspard, Heaulme ne supporte pas d'être confronté à une autorité, qu'il s'agisse d'un gendarme, d'un policier ou d'un magistrat, car il a l'impression qu'ils peuvent lui faire dire n'importe quoi.

Affaires[modifier | modifier le code]

Les affaires dans lesquelles il est soupçonné, mis en examen ou condamné sont nombreuses :

  • condamné pour le meurtre de Lyonnelle Gineste (17 ans) à Montauville, survenu le 5 novembre 1984, soit 3 semaines après la mort de sa mère. Il est aidé d'un complice, Joseph Molins ;
  • condamné pour le meurtre de Annick Maurice (26 ans), près de Metz, le 29 décembre 1986. Là aussi, il est accompagné d'un complice Philippe Elivon ;
  • condamné pour le meurtre de Joris Viville (8 ans) à Port-Grimaud le 5 avril 1989. Il est certain que Heaulme était pour ce meurtre accompagné d’un complice (le corps a été déplacé de plus de 20 kilomètres en voiture). Confronté à cinq suspects possibles lors du procès, il les désigna tous successivement comme étant son complice, avant de déclarer qu’il ne voulait pas être le « bouclier émissaire », et fut condamné, seul, à la réclusion à perpétuité ;
  • condamné pour le meurtre d’Aline Peres, 49 ans, à Brest le 14 mai 1989, à vingt ans de réclusion criminelle. C’est d’ailleurs pour ce meurtre qu’il sera arrêté à Bischwiller, quatre ans plus tard ;
  • condamné pour le meurtre de Jean Rémy (65 ans), le 5 janvier 1992 à Boulogne-sur-Mer ;
  • condamné pour le meurtre le 14 mai 1991 de Laurence Guillaume, adolescente de 14 ans, dans les environs de Metz, à la réclusion criminelle à perpétuité. Son complice, cousin de sa victime, reconnu coupable de viol et de complicité de meurtre, est condamné à 18 ans de prison ;
  • jugé pour le meurtre de Laurent Bureau, un jeune appelé du contingent, il fut acquitté par la cour d'assises de la Dordogne ; lors de ce meurtre, Heaulme était accompagné de Didier Gentil, déjà condamné au moment du procès à la réclusion à perpétuité pour le viol et le meurtre de la petite Céline Jourdan, à la Motte-du-Caire, en 1989. La cour n'ayant pu déterminer lequel des deux tueurs avait tué Laurent Bureau, elle les acquitta tous les deux ;
  • condamné pour le meurtre de Sylvie Rossi, 30 ans, en juillet 1989 près de Reims ;
  • condamné pour le double meurtre de Ghislaine Ponsard, 61 ans, et Georgette Manesse, 86 ans, en juin 1988 à Charleville-Mézières. Il avait avoué ces meurtres aux enquêteurs avant de se rétracter, il a nié pendant tout le procès. Ces deux dernières affaires (Sylvie Rossi, Ghislaine Ponsard et Georgette Manesse) ont fait l'objet d'un même procès, le 16 décembre 2004 ;
  • soupçonné du meurtre d’un légionnaire retraité à Courthézon, dans le Vaucluse, pour lequel il a bénéficié d'un non-lieu. Bien que Heaulme ait avoué ce meurtre au gendarme Abgrall, sa présence sur les lieux du crime n'a jamais pu être avérée. De plus, ses aveux semblaient totalement fantaisistes, en regard des constatations effectuées par les gendarmes sur la scène de crime ;
  • Heaulme a été mis en examen pour les meurtres des petits Cyril Beining et Alexandre Beckrich, le 28 septembre 1986 à Montigny-lès-Metz (Moselle), Heaulme avait été embauché quelques jours auparavant dans une entreprise toute proche des lieux du crime. Il a confirmé avoir été présent ce jour-là mais nie avoir tué les deux garçons. Sa présence sur les lieux a été un motif suffisant pour faire acquitter Patrick Dils, condamné 10 ans auparavant pour ces faits. Patrick Dils a été libéré et déclaré non coupable le 24 avril 2002. En mars 2013, Heaulme est renvoyé devant une Cour d'Assises pour répondre de ces deux meurtres au cours d'un procès ajourné en avril 2014 sur la possibilité d'un autre meurtrier, Henri Leclaire[10].

Condamnations[modifier | modifier le code]

  • En mai 1997, pour plusieurs meurtres, la cour d’assises du Var l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de période de sûreté.
  • En 1999, la cour d’assises de la Meurthe-et-Moselle condamne Francis Heaulme à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Lyonelle Gineste, 17 ans, en 1984. Son complice, Joseph Molins (dénoncé par Francis Heaulme en 1996) fut condamné à 10 ans de réclusion criminelle pour complicité de meurtre.
  • Le 16 décembre 2004, il est de plus condamné à une peine de 30 ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté de 20 ans, pour trois meurtres commis dans la région de la Marne en 1988 et 1989.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaire télévision[modifier | modifier le code]

  • La route sanglante - sur les traces de Francis Heaulme, réal. Laurent Portes et Franck Guérin, Doc en Stock, 2005
  • (en) Dance with a Serial Killer (« Danse avec un tueur en série »), réal. Nigel Williams, BBC, 2008
  • Faites entrer l'accusé, présenté par Christophe Hondelatte, en avril 2004, mars 2006 et juillet 2009, Francis Heaulme, le routard du crime, sur France 2.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du Crime, Plon,‎ 21 février 2013 (ISBN 978-2-25-922072-9, lire en ligne), p. 237-239 ; Pascal Dague, Tueurs en série, éd. Mon petit éditeur, 2012, p. 383-885 ; Agnès Grossmann, L'enfance des criminels, éd. Hors Collection, 2012, p. 131-134
  2. a et b Agnès Grossmann, L'enfance des criminels, éd. Hors Collection, 2012, p. 129
  3. Agnès Grossmann, L'enfance des criminels, éd. Hors Collection, 2012, p. 125
  4. Agnès Grossmann, L'enfance des criminels, éd. Hors Collection, 2012, p. 121
  5. Agnès Grossmann, L'enfance des criminels, éd. Hors Collection, 2012, p. 122
  6. cf. Faites entrer l'accusé : « Le routard du crime », réal. Tristan Carné, 17 juin Média, mars 2004
  7. a, b, c et d Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du Crime, Plon,‎ 21 février 2013 (ISBN 978-2-25-922072-9, lire en ligne), p. 238
  8. cf. Faites entrer l'accusé : « Le routard du crime », réal. Tristan Carné, 17 juin Média, mars 2004
  9. Alain Bauer, Dictionnaire amoureux du Crime, Plon,‎ 21 février 2013 (ISBN 978-2-25-922072-9, lire en ligne), p. 240-241
  10. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/03/21/01016-20130321ARTFIG00405-heaulme-renvoye-aux-assises-pour-un-double-meurtre.php

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]