Françoise-Marie Jacquelin

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Françoise-Marie Jacquelin

Description de cette image, également commentée ci-après

Françoise-Marie Jacquelin défendant le fort Saint-Jean contre D'Aulnay, par Charles William Jefferys.

Alias
Madame La Tour
Naissance 1621
Probablement Nogent-le-Rotrou
Décès 1645
Saint-Jean
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Pays de résidence Flag of Acadia.svg Acadie
Profession Probablement femme d'affaires
Autres activités
Dirigeante coloniale
Conjoint

Françoise-Marie Jacquelin, dite Madame La Tour (baptisée en 1621 à Nogent-le-Rotrou en France, morte en 1645 à Saint-Jean, en Acadie), est la deuxième épouse de Charles de Saint-Étienne de La Tour, gouverneur de l'Acadie de 1631 à 1642 et de 1653 à 1657. Première femme d'origine européenne à élever une famille dans le territoire qui deviendra le Nouveau-Brunswick, ses origines et sa vie sont mal connues. Elle joue pourtant un rôle important durant la guerre civile acadienne. S'étant comportée en héroïne dans la défense du fort La Tour contre Charles de Menou d'Aulnay en l'absence de son époux, plusieurs artistes se sont inspirés de ce haut fait.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Selon Serge Bouchard et le Dictionnaire biographique du Canada, Françoise-Marie Jacquelin est née en 1601 ou 1602 en France[1],[2] alors que, selon Jean-Marie Germe, elle est née le 18 juillet 1621[3]. Son père est un noble du nom de Jacques Jacquelin et sa mère est Hélène Lherminier[4]. Son père est médecin à Nogent-le-Rotrou[4]. C'est une famille huguenote[1].

Il existe pourtant beaucoup de confusion sur ses origines. Selon Charles de Menou d'Aulnay, fille d'un barbier du Mans, elle serait devenue actrice à Paris[2]. Il se peut aussi qu'elle soit femme d'affaires[1]. Aucune preuve ne confirme ces allégations[2]. Pourtant, l'écrivain Maurice Soulié, dans son roman Une Parisienne au Canada (1927), faisant suite aux croyances de D'aulnay, l'associe avec une véritable actrice, Marie Desnoyers, fille d'un barbier du Mans, ayant joué le rôle de La Veuve dans la pièce éponyme de Pierre Corneille[4]. L'auteur invente même la date de son mariage alors qu'elle est connue des historiens[4].

Mariage[modifier | modifier le code]

Rencontre de Françoise-Marie Jacquelin et Charles de Saint-Étienne de La Tour, par Charles William Jefferys.

En 1640, Françoise-Marie Jacquelin reçoit une demande en mariage de Charles de Saint-Étienne de La Tour, par l'entremise de Desjardins Du Val, représentant de ce dernier à La Rochelle ; elle accepte[2].

Charles de Saint-Étienne de La Tour (1593-1666), le fils de Claude de Saint-Étienne de la Tour, est probablement né en Champagne, en France[5]. Il arrive en 1610 en Acadie avec son père et fait du commerce[5]. Samuel Argall, de Virginie, attaque Port-Royal en 1613, tuant et expulsant plusieurs Français, mais Charles de La Tour et quelques autres décident de rester parmi les Micmacs ; il épouse d'ailleurs une Micmacque en 1625, qui lui donne trois filles[5]. La Tour devient gouverneur de l'Acadie en 1631 et construit le fort Sainte-Marie, ou fort La Tour, à l'emplacement de l'actuelle ville de Saint-Jean[5].

Le mariage est organisé à Port-Royal, en Acadie, en 1640[2]. Le couple s'établit ensuite au fort La Tour[2]. Françoise-Marie donne naissance à un fils, devenant la première femme d'origine européenne à élever une famille dans le territoire correspondant aujourd'hui au Nouveau-Brunswick[2]. Il semble toutefois que son fils meurt en bas âge[5].

Guerre civile acadienne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerre civile acadienne.
Charles de Menou d'Aulnay.

Une guerre civile fait alors rage entre son mari et Charles de Menou d'Aulnay, qui se disputent le contrôle de la colonie depuis la mort du gouverneur Isaac de Razilly en 1635 ; Françoise-Marie soutient son époux dès le mariage[6]. En 1642, elle force le blocus que d'Aulnay établit à l'embouchure du fleuve Saint-Jean. À son arrivée en France, elle interjette appel de l'ordre du roi Louis XIII, d'après lequel son mari doit être arrêté et renvoyé en France pour répondre à l'accusation d'infidélité ; elle reçoit la permission de ramener un navire de guerre et des provisions pour le fort La Tour[2]. Elle retourne en France en 1644, où elle apprend que son mari est discrédité à la Cour à cause des accusations portées par d'Aulnay[2]. Malgré l'interdiction de quitter le pays, Françoise-Marie Jacquelin emprunte de l'argent à des amis et s'enfuit en Angleterre, où elle achète des vivres et affrète un navire[2]. Le capitaine Bailey s'arrête en cours de route aux Grands Bancs de Terre-Neuve pour pêcher[2]. Ensuite, le bateau est abordé par d'Aulnay au large du cap de Sable mais Françoise-Marie se cache dans la cale[2]. Le bateau arrive finalement à Boston après six mois de voyage. Françoise-Marie Jacquelin intente un procès au capitaine Bailey, autant pour le retard injustifié que pour son refus de la conduire à Saint-Jean comme convenu. Grâce aux 2 000 livres de compensation, elle affrète trois navires, avec lesquels elle réussit à forcer le blocus de d'Aulnay au fleuve Saint-Jean[2]. Elle arrive finalement chez elle à la fin décembre 1644[2].

Le site actuel du fort La Tour.

D'Aulnay lance une vaine attaque contre le fort La Tour au début 1645[2]. Charles de Saint-Étienne de La Tour se rend ensuite à Boston pour y demander l'aide des Anglais puisqu'il ne reçoit pas de ravitaillement de la France, laissant Françoise-Marie Jacquelin à la tête de ses 45 hommes durant son absence[2]. D'Aulnay apprend la nouvelle par des déserteurs et arrive au fort le 13 avril avec une force de 200 hommes[2]. Françoise-Marie, déterminée à défendre le fort, renvoie l'émissaire de D'Aulnay, signifiant le début du siège[2]. Le 17 avril, jour de Pâques, au quatrième jour de combat, les bombardements créent une brèche dans le parapet du fort[2]. D'Aulnay débarque avec une partie de ses hommes, armés de deux canons ; selon la tradition orale, le mercenaire d'origine suisse, Hans Vanner, laisse les troupes de D'Aulnay ramper jusqu'aux fortifications pendant que les défenseurs dorment ou célèbrent la messe pascale[2]. Quoi qu'il en soit, les troupes de Françoise-Marie sont alertées par le bruit et engagent un combat au corps à corps qui cause de lourdes pertes dans les deux camps[2], dont 33 morts pour D'Aulnay[7]. Ce dernier promet qu'il accordera « quartier à tous » si Françoise-Marie Jacquelin capitule, ce qu'elle fait, considérant la situation désespérée[2]. Il s'empare tout de même de meubles, de bijoux et d'argenterie[7].

Les récits discordants et teintés de partis pris empêchent de connaître avec précision la suite des événements ; les écrits de certains auteurs comme Nicolas Denys considérés comme relativement impartiaux par les historiens concordent pourtant sur plusieurs points[2]. Selon ceux-ci, D'Aulnay oublie sa promesse, ignore les clauses de la capitulation et fait arrêter tous les survivants de la garnison[2]. Une potence est aussitôt montée et tous les prisonniers, sauf vraisemblablement André Bernard, qui accepte d'être bourreau, sont pendus, pendant que Françoise-Marie Jacquelin est forcée de regarder la scène, une corde attachée à son cou ; elle meurt trois semaines[2] ou trois mois[7] plus tard, selon les sources.

D'Aulnay meurt accidentellement en 1650, causant une guerre de succession entre Emmanuel Le Borgne, Charles de Saint-Étienne de La Tour et Nicolas Denys[8]. La Tour épouse Jeanne Motin, la veuve de D'Aulnay, à la fois pour tenter de réconcilier les deux familles, de rétablir la paix et pour reprendre ses possessions[9].

Représentation dans la culture[modifier | modifier le code]

« Faux » portrait de Françoise-Marie Jacquelin. Il représente en fait l'actrice Marie Desnoyer.

La majorité des auteurs lui donnent le nom de Madame La Tour bien qu'elle n'ait pas porté ce titre de noblesse puisque, selon la mode en France à l'époque, elle signait toujours de son nom de jeune fille, soit Françoise-Marie Jacquelin[10].

Françoise-Marie Jacquelin est représentée comme une héroïne dans la culture[10]. Son biographe George MacBeath la décrit comme l'héroïne la plus remarquable des débuts de l'histoire acadienne[2]. L'historien William Francis Ganong affirme que la bataille du fort La Tour est l'événement le plus tragique de toute l'histoire du Nouveau-Brunswick[2]. Le fort La Tour est démoli au XVIIe siècle ou au début du XVIIIe siècle mais devient un lieu historique national en 1923[11].

Les principaux romans qu'elle a inspirée sont Le roman d'une Parisienne au Canada (1640-1650), publié en 1927 par le Français Maurice Soulié, A Daughter of France: A Story of Acadia, écrit par Eliza F. Pollard au début du XXe siècle et Fortune & La Tour de Marjorie Anne MacDonald, paru en 1983. Elle a également un rôle secondaire dans le roman Cristoforo, écrit en 1997 par William Thomas.

Emma Haché écrit la première pièce de théâtre sur Françoise-Marie Jacquelin, Fort Latour : L'horizon à s'en crever les yeux, en 2004 ; la pièce est produite par le Théâtre le Trémolo à l'occasion du quatre-centième anniversaire de l'Acadie[12].

Plusieurs artistes ont représenté Françoise-Marie Jacquelin, dont Charles William Jefferys avec Madame La Tour Defending Fort St.Jean et Meeting of Francoise Marie Jacquelin and Charles de la Tour. Adam Sherriff-Scott l'a entre autres représentée l'épée à la main devant le fort puis la corde au cou forcée de regarder ses hommes se faire pendre. Le sculpteur Albert Deveau l'a représentée, avec son époux et D'Aulnay, au port de Saint-Jean.

Le Musée du Nouveau-Brunswick à Saint-Jean possède une toile du XVIIe siècle, longtemps considérée comme le véritable portrait de Françoise-Marie Jacquelin[10]. Il s'agit en fait d'un portrait de l'actrice française Marie Desnoyers dans un costume de Bellone, déesse romaine de la guerre. Le portrait fut acheté en 1939 à Paris par l'historien Clarence Webster et repris à tort dans Le roman d'une Parisienne au Canada (1640-1650) (1927) et plus récemment dans Fortune & La Tour (1983)[4]

Herménégilde Chiasson a réalisé un documentaire à son sujet en 1987[10]. En 2006, elle fait l'objet d'une émission radiophonique dans la série De remarquables oubliés, animée par l'anthropologue Serge Bouchard et diffusée sur la Première Chaîne de Radio-Canada[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Serge Bouchard, « Françoise-Marie Jacquelin », De Remarquables oubliés, sur Radio-Canada.ca,‎ 10 octobre 2006 (consulté le 24 mars 2012)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z et aa George MacBeath, « Jacquelin, Françoise-Marie (Saint-Étienne de La Tour) », sur Dictionnaire biographique du Canada en ligne, Université de Toronto/Université Laval,‎ 2000 (consulté le 11 avril 2011)
  3. Jean-Marie Germe, DGFA Université de Moncton, 2003 et Gazette de l'Acadie AGCF Poitiers 2001), « Du nouveau sur la biographie de Mme de Villedieu », sur Groupe renaissance et âge classique (consulté le 4 octobre 2013)
  4. a, b, c, d et e Clarence d'Entremont, « Un faux », Les Cahiers, Société historique acadienne, vol. 17, no 1,‎ janvier-mars 1986, p. 19-20
  5. a, b, c, d et e George MacBeath, « Saint-Étienne de La Tour, Charles de », sur Dictionnaire biographique du Canada en ligne, Université de Toronto/Université Laval,‎ 2000 (consulté le 11 avril 2011)
  6. Nicolas Landry et Nicole Lang, Histoire de l'Acadie, Sillery, Septentrion,‎ 2001 (ISBN 2894481772), p. 26-32
  7. a, b et c Bona Arsenault, Histoire des Acadiens, Montréal, Fides,‎ 2004, 502 p. (ISBN 978-2-7621-2613-6), p. 48
  8. Jean Daigle (dir.), L'Acadie des Maritimes : études thématiques des débuts à nos jours, Moncton, Centre d'études acadiennes, Université de Moncton,‎ 1993 (ISBN 2921166062), partie 1, « L'Acadie de 1604 à 1763, synthèse historique », p. 7
  9. Daigle (1993), op. cit., p. 8.
  10. a, b, c et d « Françoise-Marie Jacquelin : une femme exceptionnelle au Nouveau-Brunswick au 17e siècle », sur 400e anniversaire de la présence française au Nouveau-Brunswick: Regards historiques (consulté le 11 avril 2011)
  11. « Lieu historique national du Canada Fort-La-Tour », sur Lieux patrimoniaux du Canada (consulté le 15 avril 2012)
  12. « Fort LaTour : L’horizon à s’en crever les yeux », sur Association Régionale de la Communauté francophone de Saint-Jean (ARCf),‎ 6 avril 2004 (consulté le 25 mars 2012)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Images externes
Tableau d'Adam Sherriff-Scott sur le site de la Passerelle de l'histoire militaire du Canada
Autre tableau d'Adam Sherriff-Scott sur le site Historica.ca

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Soulié, Le roman d'une Parisienne au Canada (1640-1650), Paris, Payot,‎ 1927, 247 p.
  • George W. Brown (éditeur général) et George MacBeath, « JACQUELIN, FRANÇOISE-MARIE (Saint-Étienne de La Tour) », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1 : Volume premier: de l'an 1000 à 1700, Québec, Les Presses de l'Université Laval,‎ 1966, 774 p.
  • Serge Bouchard et Marie Christine Lévesque, De remarquables oubliés, t. 1 : Elles ont fait l'Amérique, Montréal, Lux Éditeur,‎ 2011 (ISBN 978-2-89596-097-3)
  • (en) Eliza F. Pollard, A Daughter of France : A Story of Acadia, Londres, New York, Thomas Nelson,‎ 1900, 374 p.
  • (en) Merna Forster, 100 Canadian heroines : famous and forgotten faces, Dundurn Press Ltd.,‎ 2004, 319 p. (ISBN 9781550025149), p. 120-121

Filmographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Emma Haché, L'horizon à s'en crever les yeux, Théâtre le Trémolo, 2004.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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