François de Sagon

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François de Sagon, né à Rouen vers la fin du XVe siècle et mort au cours du XVIe siècle, est un poète français.

Parcours[modifier | modifier le code]

Ayant embrassé l’état ecclésiastique, Sagon fut d’abord secrétaire de Félix de Brie, abbé de Saint-Évroult. Il prit le surnom de « l’Indigent de Sapience » et devint curé de Beauvais, ainsi qu’il se qualifie dans une épitre adressée à Jean Bouchet.

Sa carrière poétique, qui débuta en 1531, fut en particulier marquée par sa participation aux palinods, concours de poésie sur des thèmes religieux. Le plus connu était le Puy de Rouen, organisé par la confrérie de l'Immaculée Conception. Il remporta plusieurs prix, rencontrant dans cette discipline un succès que ne connut pas Marot[1].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Sagon a souvent été décrit comme un poète médiocre. Pour Paul Bonnefon, il s'agissait "d'un petit poète qui s'était faire une gloire de clocher"[2], Pour Pierre Jourda il était "un rimeur médiocre et envieux"[3], pour Gérard Defaux un "rimailleur sans grand talent"[4].

Cependant, Philippe Desan nuance ce point de vue très dur. Selon lui, Sagon était certes moins talentueux que Marot son rival, mais il n'était pas non plus totalement dénué de tout talent : "il connaît un succès que lui auraient envié beaucoup de poètes à l'époque"[5].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Les premiers écrits de Sagon, ceux du moins qui le firent plus particulièrement connaître, furent des satires contre Clément Marot, avec lequel il eut une querelle que l’esprit de parti envenima et rendit beaucoup trop célèbre. On raconte à ce sujet que « Marot, se promenant en nombreuse compagnie dans la cour du château d’Alençon, laissa échapper un mot que Sagon traita d’hérétique ; on s’échauffa de part et d’autre ; Marot tira son poignard et allait en frapper Sagon, qui se déroba au coup en fuyant. »

Les deux poètes rendirent le roi François Ier et le public confidents des invectives qu’ils s’adressèrent. Marot s’était retiré à Ferrare, lorsque Sagon, dont les opinions orthodoxes étaient froissées des licences que se permettait maître Clément, lança son Coup d’essay, contenant la responce à deux épistres. Marot ne voulut pas faire à pareil adversaire l’honneur d’entrer en lice avec Sagon et lui répliqua sous le nom de son valet « Fripelippe  », il s’attira de nouvelles et plus vives reparties de Sagon sous celui de « Matthieu Boutigny », qu’il appelle son page.

Quelques amis descendirent de part et d’autre dans l’arène. On vit paraître diverses pièces en vers, successivement, en 1537, le Rabais, du caquet de Frippelippes et de Marot, dîct Rat-pelé. Apologie faicte par le grant abbé des Conardz, sur les invectives Sagon, Marot, la Hueterie, pages, valets, Iraquctz. De Marot et Sagon les treues, donnes jusqu'à la fleur des febues par lauctorité de labbé des Conardz ; Epistre à Marot pour luy monstrer que Frippelippes avoit faict sotte comparaison des quatre raisons de Sagon à quatre oysons ; Le Frotte-groing du Sagouyn avec scholies exposante lartifice, etc.

La prose et les vers publiés à l’occasion de ce démêlé par les adversaires sont d’une extrême rareté et très recherchés des bibliophiles, qui se les disputent et les paient fort cher. Ces écrits ont été réunis en un recueil, sous le titre de : Plusieurs traictez par aucun nouveaulx poètes du différent de Marot, Sagon et la Hueterie, Paris, 1537 et 1539. Ce volume lui-même est loin d’être commun : à la vente Nodier, en 1844, un bel exemplaire fut payé cent francs et une collection de dix des opuscules en question, éditions originales, trouva amateur jusqu’à trois cents francs.

Sagon avait concouru avec succès pendant de nombreuses années aux palinods de Rouen, de Dieppe et de Caen ; plusieurs des pièces composées pour ces concours, et qui y furent couronnées, se trouvent réunies dans une rareté bibliographique ayant pour titre : le Triumphe de grâce et de prérogative, d’innocence originelle, sur la conception et trespas de la Vierge esleue mère de Dieu, 1544, petit in-8°. Les autres poésies de Sagon sont : le Blason du pied avec les autres blasons anatomiques du corps féminin, Lyon, 1537 ; le Chant de la paix de France, chanté par les trois Estats, etc., Paris, 1538 ; Discourt sur la Vie et la Mort accidentelle de Guy Morin, etc., Paris, 1539, in-16 ; l’Apologie ou Défense du roy tres chrestien François Ier, etc., 1554, in-8° ; la Complaincte de trois gentilshommes français occis au voyage de Carignan, Paris, 1554, in-8° ; la Réjouissance du traicté de paix en France, publié en l’an 1559, Paris, 1559 ; resté à l’état de manuscrit, le Regret d’honneur féminin et des trois Grâces sur le trépas de dame Françoise de Foix[6], etc. Les divers chants royaux ballades et rondeaux rédigés par Sagon dans le cadre des Puys de Rouen, Dieppe et Caen restent à relever dans les manuscrits et les recueils collectifs du temps.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Desan, L'imaginaire économique de la Renaissance, Mont-de-Marsan, Éd. Universitaires, 1993, p. 162-165. On peut malgré tout discuter cette affirmation ; cf. D. Hüe « Les Marot et le Puy de Rouen, remarques sur le manuscrit BnF fr 2205 » Nouvelle Revue du XVIe siècle, 1998, no 16/2, p. 219-247.
  2. Philippe Desan, L'imaginaire économique de la Renaissance, Mont-de-Marsan, Éd. Universitaires, 1993, p. 163-165, d'après Paul Bonnefon, "le différend de Marot et de Sagon", dans Revue d'Histoire littéraire de la France, 1884, p. 103-138
  3. Pierre Jourda, Marot l'homme et l'œuvre, Paris, 1550, p. 38.
  4. Gérard Defaux, Clément Marot, Œuvres poétiques complètes, Paris, 1990, t. 1, p. cxix.
  5. Philippe Desan, L'imaginaire économique de la Renaissance, Mont-de-Marsan, Éd. Universitaires, 1993, p. 163
  6. Publié par F. Bouquet, Sté des Bibliophiles normands en 1880

Source et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Desan, L'imaginaire économique de la Renaissance, Mont-de-Marsan, Éd. Universitaires, 1993, p. 162-165.
  • James Hutton, « Gilles Corrozet, François Sagon et la Resjouissance de la paixde 1559 », dans Bulletin du bibliophile, 1961, no 1, p. 6-17.
  • Théodore-Éloi Lebreton, Biographie rouennaise, Rouen, Le Brument,‎ 1865, p. 331-332
  • J. Mathorez, « Un apologiste de l'alliance franco-turque au XVIe siècle, François Sagon », dans Bulletin du bibliophile, 1913, p. 105-120.