François de La Mothe Le Vayer père et fils

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François de La Mothe Le Vayer, né le 1er août 1583 ou 1588[1] à Paris où il est mort le 9 mai 1672, est un philosophe, philologue et historien français, et l'un des principaux représentants de la pensée dite libertine[2] au XVIIe siècle. Longtemps négligée, sous-estimée, voire dédaignée[3], malgré quelques études pionnières et la thèse fondatrice de René Pintard (1943), son œuvre fait l'objet, depuis la fin des années 1980, d'une réévaluation enthousiaste, dont témoignent de nombreuses rééditions et une abondante bibliographie critique.

François de La Mothe Le Vayer

Philosophe

Époque Moderne

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Naissance 1588, Paris
Décès 9 mai 1672, Paris
École/tradition Scepticisme
Influencé par Pyrrhon d'Élis

La vie[4] et l'œuvre[modifier | modifier le code]

Jeunesse et maturité[modifier | modifier le code]

Félix de La Mothe Le Vayer (1547-1625), père de François, substitut du procureur général au Parlement de Paris, appartenait à une grande famille du Mans[5]. Un chroniqueur du temps le dit «homme savant ès langues grecque et latine, et bien versé en la jurisprudence, médecine, philosophie, mathématique, poésie, histoire, art de rhétorique et autres»[6]. De sa femme, Gatienne Le Breton, il eut neuf enfants, dont François fut l'aîné.

Sur son enfance et sa jeunesse, on sait peu de chose. Il apprend, sans doute avec passion, le grec et le latin, dont ses œuvres sont littéralement truffées. Il étudie le droit à la faculté de Poitiers, où il est fait bachelier in utroque jure, puis licencié, en mai 1606[7]. La même année, il est reçu substitut en survivance de son père.

Dans quel état d'esprit aborde-t-il l'âge adulte? Il en dira quelques mots dans son dialogue «De la vie privée» :

«Je n’ai pas été moins que vous touché d’ambition de paraître : il n’y a rien que je n’eusse tenté pour satisfaire à cette passion. […] Quant aux richesses, encore que cette passion n’ait jamais été en moi qu’en un degré beaucoup plus faible et remis, si est-ce que je tenais bien avec l’espagnol el senor dinero por un gran cavallero […] Pour ce qui est des plaisirs qui accompagnent ces honneurs et ces richesses, ma complexion ne me rendait incapable d’aucuns d’eux, et j’avais des inclinations naturelles aussi puissantes, peut-être, qu’aucun autre à m’en faire rechercher la jouissance[8]

Dans son Hexaméron rustique, publié deux ans avant sa mort, il reviendra, très allusivement, sur cette première partie de sa vie :

«Je ne prétends pas vous faire passer ma jeunesse pour avoir été des plus innocentes. Elle a eu ses transports et ses saillies, dont je ne me puis souvenir sans tomber dans une honteuse confusion. Tout de bon, je ne me reploie jamais vers ce temps-là, et ne me remets en mémoire ces égarements passés, sans admirer les mauvais pas que j’y ai faits[9]

Le 11 juillet 1622[10], il épouse Hélène Blacvod, fille du philosophe d'origine écossaise Adam Blackwood[11] et veuve depuis onze ans de George Crichton, dit Critton, jurisconsulte et helléniste également écossais, professeur au Collège royal de France[12]. Dans son dialogue «Du mariage», il assurera à ses interlocuteurs qu'il n'est «entré dans le mariage que par des mouvements supérieurs, en un temps auquel [sa] volonté s'assujettissait par divers respects à celle d'autrui»[13].

Au moment de son mariage, il habite encore chez son père, rue Hautefeuille, mais il semble s'être déjà fait un nom dans les compagnies lettrées de la capitale. Une trentaine d'années plus tard, son ami Michel de Marolles, évoquant dans ses Mémoires la haute figure de Marie Le Jars de Gournay, «fille d'alliance» de Montaigne, notera[14], sous la date de 1623, que «plusieurs savants hommes la visitaient fort souvent, et la bonne damoiselle comptait au rang de ses meilleurs amis M. de La Mothe Le Vayer[15] [et d'autres], tous assez connus dans la république des lettres»[16].

Vers le même temps, ou peu après, il est introduit dans l'académie ou «cabinet» des frères Pierre et Jacques Dupuy[17], dont les réunions se tiennent chaque jour à l'Hôtel de Thou, non loin de chez lui. Il y côtoiera pendant de longues années quelques-uns des principaux érudits et savants de l'époque[18].

Félix de La Mothe Le Vayer étant mort le 25 septembre 1625, son fils lui succède dans sa charge. On ne sait quand précisément il s'en démit[19], ni dans quelle mesure il l'exerça vraiment. Quoi qu'il en soit, ce fut sans passion, comme il le suggèrera plus tard dans un de ses savoureux «petits traités en forme de lettres écrites à diverses personnes studieuses»:

«En vérité, je respecte autant que je dois les hommes de robe, mais je vous confesse que les abus qui s'y commettent ont beaucoup fortifié l'aversion naturelle que j'ai toujours eue à m'y attacher. L'objet des occupations d'un Palais de Chicane m'a toujours fait cabrer l'esprit, quelque honneur qui m'y parût joint ou quelque utilité que j'y visse annexée. Et je ne pense pas que celui de personne ait jamais plus souffert que le mien, autant de fois que j'ai été contraint d'en prendre quelque notion confuse. […] L'ignorance même de ce que ce métier a de plus fin m'a toujours plu et l'inclination que j'avais, étant jeune, pour la philosophie me faisait tirer quelque vanité de n'entendre rien aux affaires de Thémis[20]

Au cours de cette même décennie, il voyage en Angleterre et en Espagne[21] aux côtés de Guillaume Bautru, comte de Serrant, ambassadeur extraordinaire de Louis XIII et l'un des favoris du cardinal de Richelieu. «C'est le temps de ma vie, écrira-t-il, que j'estime avoir le mieux employé, depuis lequel je me suis donné la liberté de la former et en régler le cours selon que la raison m'a fait voir qu'il était pour le mieux[22]

Vers la fin des années 1620, il fait la connaissance de Gabriel Naudé, Pierre Gassendi et Élie Diodati[23], avec lesquels il formera la fameuse «Tétrade» étudiée par René Pintard dans son Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle[24].

Les Dialogues faits à l'imitation des anciens[modifier | modifier le code]

Dans les premiers mois de 1630, il fait imprimer sans permission et à un très petit nombre d'exemplaires[25], sous le pseudonyme d'Orasius Tubero[26] et sous une date et une adresse fantaisistes (Francfort, chez Jean Sarius, 1506), les quatre premiers de ses Dialogues faits à l'imitation des anciens : 1) «De la philosophie sceptique»; 2) «Le banquet sceptique»; 3) «De la vie privée»; 4) «Des rares et éminentes qualités des ânes de ce temps»[27]. Ils seront suivis de la publication, sous une date à peine moins fantaisiste (1606) de Cinq autres dialogues du même auteur faits comme les précédents à l'imitation des anciens : 1) «De l'ignorance louable»; 2) «De la divinité»; 3) «De l'opiniâtreté»; 4) «De la politique»; 5) «Du mariage»[28].

René Pintard s’est attaché à déchiffrer les pseudonymes sous lesquels La Mothe Le Vayer désigne les interlocuteurs de ses dialogues : Cassander est Gassendi, Télamon Naudé, Xenomanès François-Auguste de Thou, Melpoclitus René de Chantecler, Marcellus Guillaume Colletet, Eleus François Luillier, père du célèbre Chapelle, etc. L’auteur lui-même se met en scène sous les pseudonymes d’Orasius Tubero, Orontès, Hésychius, Orontès et Philoclès.

Dans la «Lettre de l’auteur» placée en tête du premier volume, La Mothe Le Vayer précise dans quel esprit il a écrit et fait imprimer ces dialogues :

«… La liberté de mon style méprisant toute contrainte, et la licence de mes pensées purement naturelles, sont aujourd’hui des marchandises de contrebande[29] et qui ne doivent être exposées au public. […] L’obscurité de l’avenir me fait ignorer s’il sera jamais temps auquel ces choses puissent plaire ; mais je sais bien que pour le présent elles seraient de fort mauvais débit. […] Moquons-nous des suffrages d’une sotte multitude, et dans le juste mépris d’un siècle ignorant et pervers, jouissons des vrais et solides contentements de nos entretiens privés.»

De l'avis de tous les commentateurs, ce premier livre est de loin le meilleur de son auteur. On y trouve développés, avec beaucoup d'audace et une très grande liberté de ton, tous les thèmes qu'il reprendra et développera pendant les quarante années suivantes.

À ceux qui lui reprochent une «oisiveté casanière», un «train de vie si retirée et particulière», il oppose avec un lyrisme de jeune homme un véritable programme d'action philosophique:

«Pourvu que mon âme puisse conserver sa liberté et que ses fonctions ne soient oppressées sous le faix de vos importunes affaires, exempte de passion et de trouble, elle trouvera partout les dieux avec qui converser, elle se promènera par toute l’étendue de la nature, et, par le moyen d’une forte et vigoureuse contemplation, fera des voyages de long cours et des navigations spirituelles, où elle découvrira des Amériques et des nouveaux mondes, pleins de richesses et de merveilles jusqu’ici inconnues. […] Croyez-vous qu’il ne se trouve pas tous les jours, au globe intellectuel, des lieux non encore défrichés ni cultivés, comme nous en voyons paraître au matériel, qui n’ont été vus ni habités jusques ici de personne que l’on sût ? C’est une des correspondances et un des rapports qui se trouve le plus véritable du grand au petit monde. Que si la découverte ne se fait en l’un comme en l’autre, ce n’est que faute de courage ou d’adresse, l’art de spéculer et méditer, qui est cette navigation spirituelle, étant méprisé ou délaissé tout à fait, et chacun se contentant de la connaissance ou science de ses pères, comme nous faisons des terres de ce pays, sans nous soucier de celles de Canada. Mais quand il se trouve des âmes héroïques, comme des Tiphis[30] ou des Colombs, dans cet océan spirituel, ils suivent des routes toutes nouvelles et font descente en des pays inconnus, pleins de raretés et d’admiration[31]

Aussi étonnant que cela paraisse, ni le livre ni son auteur ne firent l'objet de quelconques poursuites[32]. Cela a conduit les historiens à présumer, sans qu'aucun document officiel ne l'atteste, que dès cette époque, et sans doute même depuis le temps de ses voyages en Angleterre et en Espagne, La Mothe La Vayer avait accès au cabinet de Richelieu[33].

Sous le patronage de Richelieu[modifier | modifier le code]

De 1633 à 1638, il met sa plume au service de la politique étrangère du cardinal, hostile à la Maison d'Espagne et favorable à des alliances avec les protestants de Hollande, de Suède et de Suisse[34]. Paraissent ainsi successivement quatre Discours : Sur la bataille de Lutzen, Sur la proposition de trêve aux Pays-Bas[35], De la contrariété d'humeurs qui se trouve entre certaines nations, et singulièrement entre la française et l'espagnole[36], dédié à Richelieu, et De l'histoire, où est examinée celle de Prudence de Sandoval, chroniqueur du feu roi d'Espagne Philippe III et évêque de Pampelune, qui a écrit la Vie de l'empereur Charles-Quint[37], également dédié à Richelieu, comme le seront toutes les œuvres que La Mothe Le Vayer fera paraître jusqu'à la mort du cardinal, en décembre 1642.

En décembre 1633, le frère minime Marin Mersenne[38], auteur naguère d'un essai intitulé La Vérité des sciences. Contre les sceptiques ou pyrrhoniens[39], donne, en complément de ses Questions harmoniques[40] (p. 84-276), un long Discours sceptique sur la musique, dont l'auteur, La Mothe Le Vayer, n'est pas nommé, mais que Mersenne présente en des termes: «Le discours qui suit suppléera à tout ce que j'ai omis et fera voir l'excellence de l'esprit de celui qui l'a fait en ma faveur…» Ce Discours sera réimprimé en 1637, à la suite du Petit discours chrétien de l'immortalité de l'âme, précédé d'un avis du libraire au lecteur qui sort probablement de la plume du philosophe:

«Il y a plus de six ans que le R.P. Mersenne donna au public, dans ses Questions harmoniques, ce Discours sceptique, qui avait été fait en sa considération. Ce fut avec plus de louanges à l'auteur qu'il n'eût désiré pour un ouvrage qu'il n'avait entrepris, comme on peut bien s'apercevoir, que par forme de jeu. Mais je sais qu'il fut fort fâché d'en voir l'impression si imparfaite qu'elle était, tant pource qu'il ne l'avait pas mis en état d'être rendu public, que parce qu'il se perdit beaucoup de petits papiers qui étaient attachés à son manuscrit. J'ai cru que je vous obligerais de vous présenter, en suite du Traité précédent de l'Immortalité de l'âme, celui-ci tel que je l'ai pu avoir et certainement tout autre qu'il n'était, puisque ce sont des pièces d'une même main et qui n'ont pas d'ailleurs si peu de rapport ensemble qu'il ne se soit trouvé des philosophes, à ce que j'apprends ici, qui ont cru que nous ne vivions ue par le moyen de la musique et qui n'ont pris l'âme que pour une parfaite harmonie.»

En 1635, il séjourne en Italie en qualité de secrétaire du maître des requêtes Pomponne II de Bellièvre, ambassadeur extraordinaire auprès des princes italiens et futur premier président du parlement de Paris[41].

De retour à Paris, il s'attelle à la composition d'un Petit discours chrétien de l'immortalité de l'âme, qui paraîtra au début de 1637 et sera suivi quelques mois plus tard d'un Corollaire au Petit discours chrétien de l'immortalité de l'âme[42], deux textes que René Pintard n’hésite pas à qualifier de «nouvelle trahison de son idéal de philosophe».

Au cours de l'été 1636, alors qu'il se rend à Poitiers dans la famille de sa femme, il fait un détour par Loudun, théâtre naguère du martyre d'Urbain Grandier, où il assiste, écrit-il à Pierre Dupuy,

«à l'exorcisme de six ou sept prétendues possédées et que je vous puis assurer faire les plus étranges mouvements et tomber dans les plus horribles convulsions qu'on puisse imaginer. Je ne croirai jamais qu'il y ait de l'imposture de la part de tant de filles religieuses, la plupart de bonne maison, et de tant de bons pères capucins, jésuites et autres. Mais n'ayant pu remarquer aucun signe certain de possession, comme d'entendre et parler plusieurs langues, de révéler les choses inconnues du passé et prédire les futures, et de tenir les corps en l'air ou autres actions surnaturelles, je suis contraint de tenir indécis s'il y a maladie ou véritable possession, bien que je me porte, dans le doute, plus volontiers à l'opinion la plus pieuse, qui est la dernière, selon que vous savez que j'ai coutume de faire en semblables occasions»[43].

En octobre 1638, il publie ses Considérations sur l’éloquence française de ce temps.

Le 15 février 1639, il est reçu à l’Académie française, où il succède au mathématicien et traducteur Claude-Gaspard Bachet de Méziriac.

Au printemps 1640, il fait paraître un essai intitulé De l’instruction de Monsieur le Dauphin[44]. Richelieu songe alors à faire de lui le précepteur du futur Louis XIV, mais Anne d'Autriche lui préfèrera l'abbé Hardouin de Péréfixe de Beaumont. Gabriel Naudé écrira plus tard:

«… [Je m'étais] toujours persuadé qu’une des [plus] difficiles choses qui fût à la cour était le choix des hommes. Mais je l’éprouvai entièrement lorsqu’il fut question de donner un précepteur au roi ; car l’intention de la reine et de ses ministres étant de commettre à cette charge l’un des plus suffisants et des plus renommés et estimés personnages qui fût en France, on jeta premièrement les yeux sur Monsieur de La Mothe Le Vayer, comme sur celui que le cardinal Richelieu avait destiné à cette charge, tant à cause du beau livre qu’il avait fait sur l’éducation de Monsieur le Dauphin, qu’eu égard à la réputation qu’il s’était acquise, par beaucoup d’autres compositions françaises, d’être le Plutarque de la France. Mais la reine ayant pris résolution de ne donner cet emploi à aucun homme qui fût marié, il fallut par nécessité songer à un autre…[45]»

En novembre 1641, il fait paraître De la vertu des païens[46], dédié à Richelieu, qui en est sans doute le commanditaire. Une seconde édition, «augmentée des preuves des citations», paraîtra en 1647[47].

Les années Mazarin[modifier | modifier le code]

Première retraite[modifier | modifier le code]

En février 1643, il dédie au cardinal Mazarin, qui vient d'entrer au Conseil du royaume, un bref essai intitulé De la liberté et de la servitude[48], dont Richelieu avait déjà accepté la dédicace et qui sera traduit en anglais par John Evelyn au cours de son séjour parisien de 1647.

Au cours des quatre années suivantes, il fait paraître successivement quatre volumes d'Opuscules ou petits traités[49].

Dans la même veine, mais sur un mode plus satirique, il publie, en 1646, un Opuscule, ou Petit traité sceptique sur cette commune façon de parler: n'avoir pas le sens commun, dédié à Hugues de Lionne[50].

En 1646 également, paraît un Jugement sur les anciens et principaux historiens grecs et latins dont il nous reste quelques ouvrages, dédié à Mazarin[51],[52]. Dans son «avant-propos», l'auteur remercie chaleureusement pour leur «grande assistance… diverses personnes qui ont favorisé [son] entreprise», au premier rang desquelles «Messieurs du Puy [Dupuy] qui les premiers [l'y] ont porté» et Gabriel Naudé, bibliothécaire du cardinal Mazarin, «qui a voulu ajouter aux effets de son humanité ordinaire, ceux d'une ancienne et très-parfaite amitié».

«En l'absence de l'auteur» et «par l'avis d'un de ses amis», le libraire a ajouté, p. 325 et suivantes, un texte intitulé Préface d'une histoire. L'histoire en question doit être un essai d'histoire «immédiate», ou du moins contemporaine. La Mothe Le Vayer y assure, en effet, à son lecteur (p. 330) «qu'il n'y a rien [qu'il] ne soit prêt de lui justifier par des titres irréprochables et [qu'il ne se] puisse vanter d'avoir pris dans les plus curieux registres et les plus fidèles mémoires de notre temps, puisque ce sont les originaux des ambassadeurs, des secrétaires d'État et des premiers ministres de cette couronne». Et L'historien d'achever cette Préface en justifiant son choix de reporter dans un avenir indéterminé la publication de son ouvrage:

«Je laisse à la postérité, pour qui j'ai mis la main à la plume, le jugement de mes veilles. De même que les Histoires ne doivent être écrites principalement que pour elle, selon l'avis de Lucien, il n'y a qu'à elle aussi, comme plus exempte de passion, qui les puisse mettre à juste prix. […] Et certes, j'ai toujours cru qu'il était des Histoires comme des statues, où l'on observe mille délicatesses quand elles être vues de près, que l'art rejette si elles sont pour être regardées de loin. Une narration aussi qui se fait plus pour le présent que pour l'avenir a besoin de beaucoup de flatteries, comme autant de mignardises, qui ne seraient pas bonne au siècles suivants, où rien ne se lit plus volontiers qu'une vérité hardie et, s'il faut ainsi dire, grossière et sans déguisement. La plupart des personnes qui se servent de miroirs sont bien aises qu'ils les flattent, et il y en a fort peu qui se plaisent à se voir dans l'Histoire, si elles n'y sont représentées avec avantage. Il est donc à propos de tenir couvertes pour quelque temps ces glaces qui rendent les formes des choses telles qu'elles sont, attendant qu'une autre saison, moins intéressée et moins sujette à toute sorte de passions, que les années seules peuvent modérer, souffrent des jugements plus équitables. Tout ce que je demanderai pour lors au public, c'est qu'on apporte à la lecture de cette histoire un esprit autant indifférent et aussi peu partial que je pense l'avoir eu quand je l'ai écrite.»

En 1647, il réagit à la publication des Remarques sur la langue française de Vaugelas, dans la préface desquelles il est assez clairement pris à partie, en faisant paraître quatre Lettres touchant les nouvelles Remarques sur la langue française, toutes quatre dédiée à Gabriel Naudé[53].

En juillet 1648, il fait paraître un volume de Petits traités en forme de lettres écrites à diverses personnes studieuses, qu'il dédie à Mathieu Molé, premier président du parlement de Paris[54]. Ce premier volume (il y en aura quatre autres (1651, 1654, 1659, 1660), contient soixante lettres, dont les destinataires, si tant est qu'ils soient tous réels[55], ne sont pas nommés. Y sont incluses les quatre lettres adressées l'année précédente à Gabriel Naudé.

Au début du mois d'août, il quitte Paris pour la province. Le médecin Pierre Michon, dit l'abbé Bourdelot, écrit à un correspondant italien[56]:

«… Ledit sieur de La Mothe [le Vayer] partit il y a trois jours, seul, pour aller du côté de Lyon, et de là en Provence, Italie, ou en Gascogne. Il dit que c’est pour sa santé qu’il voyage, quelques-uns disent que c’est pour passer quelque grand chagrin dont nous ne savons pas le sujet.»

On ne sait combien de temps durera ce voyage, dont les raisons restent inconnues. En tout cas, il exclut La Mothe Le Vayer de la fameuse «débauche» de Gentilly, à laquelle Gabriel Naudé convie Gui Patin et Pierre Gassendi à la fin d'août[57].

Le préceptorat[modifier | modifier le code]

Au printemps 1649, Anne d'Autriche et Mazarin lui confient l’éducation de Philippe d'Anjou, alors âgé de huit ans et demi. Il prend ses fonctions le 23 juin[58]. Elles le retiendront à la cour pendant onze ans et demi. Le 13 juillet, Gui Patin écrit à un correspondant lyonnais:

«M. de La Mothe Le Vayer a été depuis peu appelé à la cour et y a été installé précepteur de M. le duc d’Anjou, frère du roi. Il est âgé d’environ soixante ans, de médiocre taille, autant stoïque qu’homme du monde, homme qui veut être loué et ne loue jamais personne, fantasque, capricieux, et soupçonné d’un vice d’esprit dont étaient atteints Diagoras et Protagoras [= l’athéisme][59]

Deux ans plus tard, le vieux précepteur écrira, dans la Suite de petits traités en forme de lettres écrites à des personnes studieuses (Lettre LXII, «De la méditation»):

«Vous ne me reprocheriez pas tant ce que vous m’avez ouï dire assez souvent en faveur de la vie contemplative, si vous saviez de quelle façon, lorsque j’y pensais le moins, je me suis vu comme transporté dans celle qui lui est opposée. En effet, me trouvant dans la pleine quiétude d’une vie privée, et m’y promenant, s’il faut ainsi dire, le long du rivage, un coup de mer, avec un vent inespéré, m’ont jeté tout à coup au milieu de la cour. […] Je ne perds pas l’espérance de regagner un jour le port et d’aller retrouver, comme Platon, l’agréable loisir de l’Académie, après avoir passé quelque temps dans une cour qui laisse beaucoup plus d’honnête liberté que celle qu’il quitta.»

Il passe toute l'année 1650 à la suite de la cour en qualité de précepteur : du 1er février au 29 juin en Normandie, du 4 juillet au 18 novembre en Aquitaine. C'est au cours de cette période que son fils François fait paraître son Parasite Mormon (voir ci-dessous). En novembre de la même année, il recueille chez lui Honorée Le Bel de Bussy, nièce de sa femme, qui restera attachée à sa maison jusqu'au remariage du philosophe, en 1664.

Le 9 mars 1651, il se voit accorder par le garde des sceaux Charles de l'Aubespine, marquis de Châteauneuf, un privilège royal signé par son collègue académicien Valentin Conrart et valable «durant l’espace de vingt ans à compter du jour que chaque volume ou traité sera achevé d’imprimer pour la première fois» pour l'impression de tous ses ouvrages à venir: «traités, lettres, opuscules et autres pièces de sa composition»[60].

En mai 1652, au plus fort de la Fronde des princes et alors que Mazarin est loin de Paris, Anne d'Autriche charge La Mothe Le Vayer, déjà précepteur de Philippe d'Anjou, de prendre le relais de Hardouin de Péréfixe pour achever l’instruction du roi[61]. On ne sait combien d'années précisément durera ce double préceptorat, mais René Kerviler observe[62] que les traités de L'Économique, de La Politique et de La Logique, publiés respectivement en 1653, 1654 et 1655, sont adressés explicitement au roi: «Sire, soit qu'on nomme la logique un art, une science ou une faculté…»

En juillet 1653, Gabriel Naudé meurt à Abbeville, alors qu'il revenait de Suède à Paris. Dans une lettre écrite quelques semaines plus tard à Michel Neuré[63], leur ami commun, Gassendi confiera

«… la douleur que j'ai conçue de la mort du fameux Naudé, tête de loin très chère. […] Un heureux destin maintient encore en vie des hommes remarquables, Élie Diodati et François La Mothe Le Vayer. Tous les quatre nous avions souvent l'habitude de nous réunir et de séjourner à la campagne, et surtout avant que Naudé ne parte en Italie, il y a plus de vingt-deux ans.»

En décembre 1653, est achevée d'imprimer une édition de ses Œuvres en deux volumes, préparée par son fils, précédée d'une dédicace à Mazarin signée du même, et qui comprend tous les textes publiés jusqu'à cette date, à l'exception des Dialogues faits à l'imitation des anciens. Une deuxième édition paraîtra en 1656, une troisième en 1662.

Le 26 octobre 1655, il fait partie de la «belle compagnie» qui accompagne la dépouille de son ami Gassendi à l'église Saint-Nicolas-des-Champs[64], où elle sera déposée dans le caveau familial de son hôte Henri Louis Habert de Montmort[65] : il y a là Gui Patin, Jean de Launoy, Pierre Bourdelot, Ismaël Boulliau, Jacques Dupuy, Samuel Sorbière, Gilles Ménage, Jean Chapelain, Claude Quillet, les frères Valois, et d'autres. Quelque temps après, La Mothe Le Vayer écrira à un correspondant non nommé:

«Je vous ai autrefois écrit la mort du P. Baranzan[66], de M. de Chantecler[67], de Messieurs Feramus[68], Naudé, Guyet[69], et quelques autres amis, si nous en avons eu d'aussi intimes que ceux-ci; je vous annonce celle de M. Gassendi, qui vous touchera sans doute autant que son mérite était grand et que vos inclinations ont toujours eu de rapport aux siennes.»

Sa femme Hélène Blacvod meurt au mois de décembre suivant. Quelques mois plus tard, leur fils, qui est désormais dans les ordres, fait donation au philosophe de la part lui revenant de la succession de la défunte.

Parmi les morts qui l'ont affecté au cours cette année, on peut sans doute ajouter celle, en avril, de François Guyet, et en juillet, celle d'un ami de son fils, Savinien Cyrano de Bergerac, dont il mentionnera l'Agrippine en termes flatteurs et qui, dans ses États et empires de la Lune, faisait dire au Démon de Socrate: «J'ai fréquenté en France La Mothe Le Vayer et Gassendi: ce second est un homme qui écrit autant en philosophe que ce premier y vit.»

Une retraite studieuse[modifier | modifier le code]

Le mariage, en mars 1661, de Philippe d'Orléans avec sa cousine Henriette d'Angleterre, met fin officiellement aux fonctions préceptorales de La Mothe Le Vayer[70]. Dès le mois d'avril, il fait paraître, sans nom d'auteur, la première partie (il y en aura trois) d'un essai intitulé Prose chagrine, au seuil duquel il écrit:

«Le chagrin qui me possède présentement m'envoie au cerveau des fumées si contraires à toute conversation que pour aucunement les dissiper, nonobstant leur agrément, qui me flatte, ou pour, en quelque façon, les évaporer au cas que leur charme soit si dangereux qu'on le dit, il faut que je m'en décharge sur le papier. Pourquoi non ? Le loisir que la cour me donne présentement me fournit assez de temps pour cela, et il me semble même favoriser mon dessein. Ce sera un a parte du personnage que j'y joue. […] D'ailleurs l'âge avancé qui m'a mis insensiblement dans le port m'empêche de craindre des tempêtes que j'eusse autrefois appréhendées: la vieillesse de l'aigle vaut bien la jeunesse des alouettes…[71]»

Quelques portraits[modifier | modifier le code]

C'est peut-être de ce vieil aigle que le chartreux Noël Argonne, dit Bonaventure d'Argonne, se souviendra, quand il écrira, vers la fin du siècle:

«L'Académie française le considérait comme un de ses premiers sujets, mais le monde le regardait comme un bourru qui vivait à sa fantaisie et en philosophe sceptique. Sa physionomie et sa manière de s'habiller faisait juger, à quiconque le voyait, que c'était un homme extraordinaire. Il marchait toujours la tête levée et les yeux attachés aux enseignes des rues par où il passait. Avant que l'on m'apprît qui il était, je le prenait pour un astrologue ou pour un chercheur de secrets et de pierre philosophale…[72]»

Le long portrait que Madeleine de Scudéry fait de lui sous le nom de Cléanthe dans la dernière partie de sa Clélie (1660) se ressent peut-être du compliment qu'il lui adressait quelques années plus tôt dans un de ses Petits traités («cette incomparable personne qui est notre admiration commune…[73]») et manque assurément de nuance dans l'éloge, mais témoigne également d'une belle affinité d'esprit:

«[C']est un homme dont le mérite est digne de vénération et qui, par sa grande vertu, s'est mis au-dessus de l'envie et des envieux. […] Quoi [qu'il] soit déjà arrivé à cet âge où le temps a accoutumé d'effacer une partie des traits qui rendent la physionomie agréable, il a pourtant sur le visage une sérénité pleine d'esprit et de douceur, qui plaît infiniment. […] Il a toute sa vie si passionnément aimé l'étude qu'on peut dire qu'il n'a jamais passé de jour sans apprendre quelque chose; aussi a-t-il composé un nombre infini de beaux ouvrages, qui sont des témoins irréprochables de son savoir et de sa vertu…[74]»

Son neveu Roland Le Vayer de Boutigny le dépeindra dans un roman à clefs, Tarsis et Zélie publié en 1665-1666, où il figure sous le nom d'Ariobarzane:

«… Il était d’un tempérament fort bilieux, et comme Socrate avouait ingénument à ses amis qu’il avait le naturel enclin au mal, s’il ne l’eût corrigé par l’étude de la sagesse, aussi Ariobarzane confessait-il ingénument qu’il était naturellement prompt et colère, et agité de violentes passions, mais qu’il s’en était rendu le maître par son étude et par sa philosophie. Il en paraissait encore quelque chose dans le ton de sa voix, et quelquefois dans son action. Toutefois cela ne servait qu’à faire connaître davantage sa sagesse ; et de même que la fougue d’un cheval ne sert qu’à faire admirer l’adresse de celui qui le retient et qui le dompte, ainsi les fougues, pour ainsi dire, de son naturel ne servaient qu’à faire admirer l’empire que sa raison avait pris sur lui[75]

Dans un «Mémoire de quelques gens de Lettres vivant en 1662», dressé à la demande de Colbert et destiné à à répartir les premières «pensions royales» de 1663, Jean Chapelain note, à propos de La Mothe Le Vayer» :

«Il est homme de beaucoup de lecture, dont il fait un grand fonds, tiré des auteurs grecs et latins, italiens et espagnols, et dont il compose ses ouvrages. Son style est clair mais sans élégance et sans figures, il est méthodique en tout ce qu’il traite, et épuise les matières, quoiqu’il y mette peu du sien. Il n’affirme guère et suspend son jugement à la manière des sceptiques, se contentant ordinairement d’alléguer dans les choses le pour et le contre. À l’âge où il est, on ne doit pas attendre qu’il entreprenne de longs ouvrages, quand il y aurait du génie[76]

Dernières œuvres[modifier | modifier le code]

Comme pour démentir ce peu charitable pronostic de son collègue académicien, le vieux retraité fera paraître, en dix ans, quelques-uns de ses plus savoureux ouvrages.

Ce sont d'abord, entre 1662 et 1664, neuf dialogues avec ses amis Marcus Bibulus (Samuel Sorbière), Xilinus (Charles Du Bosc) et Litiscus (Isaac La Peyrère[77]), publiés en trois volumes sous le titre La Promenade. Il est intéressant de noter que La Mothe Le Vayer, qui se réfère rarement à la littérature contemporaine, pour laquelle il a peu de goût, fait allusion, dans le premier dialogue avec Marcus Bibulus, aux États et empires du Soleil de Cyrano de Bergerac, qui venaient d'être publiés au début de 1662[78]:

«… je trouve que l’homme est un animal si défectueux, qu’aussi bien que notre commun ami de la Grande-Bretagne[79], j’ai honte d’être ce même homme, c’est-à-dire un animal si rempli d’imperfection et de sotte vanité tout ensemble. Je suis persuadé que Socrate avait le même dégoût, quand il protestait qu’il ne savait pas bien s’il était homme ou je ne sais quoi de plus monstrueux que Typhon n’était alors représenté. Et c’est vraisemblablement ce qu’a voulu nous faire concevoir un Visionnaire de ce temps, par la description de ce qui lui arriva dans une île solaire qu’il appelle des Oiseaux. Il assure que toutes les volatiles qui en sont les habitants lui firent de si grands reproches de son espèce, pleins d’injustice et de cruauté, surtout envers les habitants de l’air, qu’il était perdu s’il n’eût désavoué d’être homme, soutenant qu’il était un singe qui lui ressemblait et se sauvant par ce stratagème[80]

Viennent ensuite, de 1664 à 1666, trois volumes de Discours ou Homélies académiques[81],[82].

En septembre 1664, il perd son fils François (voir ci-dessous). À la fin du mois de décembre suivant, il se remarie, après neuf années de veuvage, avec une demoiselle d'âge mûr, Isabelle (ou Élisabeth) de La Haye, fille de Madeleine Palluau et Jean de La Haye-Vantelet, sieur de Brisson, ancien ambassadeur au Levant[83]. Ses témoins sont Philippe d'Orléans et d'Henriette d'Angleterre.

En 1666, paraît un volume intitulé Problèmes sceptiques[84].

«Le lecteur, lit-on dans la préface, ne se scandalisera pas, comme je crois, si je lui avoue franchement qu'encore que je le respecte autant qu'il se peut, je lui présente ici des jeux de mon loisir plutôt que des travaux où j'aie apporté beaucoup de circonspection. Ce sont des ébattements innocents d'une sceptique qui, sans rien déterminer, m'a fait imaginer ce que contiennent ces Problèmes, d'autant plus courts que j'ai congédié tout ce que j'ai pu me souvenir d'avoir dit ailleurs[85]

Les Problèmes seront suivis, en 1667, d'un Doute sceptique. Si l'étude des belles lettres est préférable à toute autre occupation[86].

En 1669, le libraire Louis Billaine met en vente une édition (la quatrième) en quinze volumes des Œuvres de François de La Mothe Le Vayer, conseiller d'État ordinaire. La cinquième (et dernière) sera publiée à Dresde chez Michel Groll entre 1756 et 1759[87].

Au cours de la même année, La Mothe Le Vayer publie un Mémorial de quelques conférences avec des personnes studieuses[88]. Dans son avis Au lecteur, il le présente en des termes non dénués de mélancolie:

«Le plus grand et le plus utile divertissement qu'on puisse prendre, selon moi, après l'assiduité lassante des livres, se trouvera toujours dans les réduits qui s'établissent en plusieurs endroits et où les homes savants se rendent, soit pour le plaisir qu'ils trouvent de s'y voir, soit pour se communiquer les pensées dont ils ne veulent faire état qu'autant qu'elles seront approuvées par ceux dont ils respectent le jugement. C'est où j'ai passé une partie de mes plus beaux jours […] comme celui qui y cherchais beaucoup plus à m'instruire qu'à y débiter ce que je savais. Aussi n'y donnais que les heures dont j'avais besoin pour me délasser l'esprit, imitant ceux qui vont chercher du feu chez leurs voisins sans s'y beaucoup arrêter, afin de le porter en leur demeure, où ils s'en doivent prévaloir. Je pratiquais à peu près la même chose à l'égard de ces honnêtes réduits, d'où je sortais toujours meilleurs que je n'y étais entré, remportant dans mon cabinet les connaissances que j'y avais acquises, afin d'en profiter en les digérant et en les rendant miennes en quelque façon pour l'avenir, par l'application que je leur pourrais donner. […] Et d'autant que je ne manquais guère, dans un petit examen que je faisais le soir […] de coucher sur le papier ce que j'avais appris dans l'assemblée des hommes de savoir où je m'étais trouvé, j'ai dessein de repasser par-dessus le Mémorial que j'en ai conservé, tant parce que j'y aurais sans doute du plaisir que pour m'occuper sans peine, dans un âge si avancé qu'est le mien, à communiquer aux autres ce que j'ai autrefois jugé digne de remarque.[…] Si je change les noms des personnes dont je rapporterai les sentiments, ce sera avec une liberté qui a toujours été permise dans ce genre d'écrire.»

En 1670, paraissent (successivement ou simultanément, l'absence d'achevé d'imprimer ne permet pas de le dire) trois livres de La Mothe Le Vayer: 1) un recueil de treize brefs Soliloques sceptiques[89]; 2) une Introduction chronologique à l'Histoire de France pour Monsieur, dont l'épître dédicatoire commence par ces lignes:

«Monseigneur, […] Votre Altesse Royale m'a témoigné qu'elle prendrait plaisir à repasser sur ce petit sommaire de notre Histoire que je dressai autrefois et dont le Roi voulut bien prendre connaissance, Sa Majesté y trouvant, depuis Pharamond jusqu'à lui, les actions de ses prédécesseurs en abrégé. Sa bonté et la vôtre me permirent alors d'accompagner de la vive voix une écriture si succincte, selon que de telles compositions, nommées acroamatiques par les Grecs, ont besoin d'être aidées par la parole…[90]»
L'Hexaméron rustique [modifier | modifier le code]

La troisième publication de l'année 1670 est la plus étonnante, la plus audacieuse aussi: il s'agit d'un volume intitulé Hexaméron rustique ou le Six journées passées à la campagne entre des personnes studieuses[91]. Contrairement à ce qui s'écrit parfois[92], le livre n'est pas publié sous la signature de «Tubertus Ocella», qui n'est qu'une des six «personnes studieuses»; le nom de l'auteur ne figure pas au titre, mais on peut lire, à la dernière page, un extrait du privilège accordé vingt ans plus tôt à «Monsieur de La Mothe Le Vayer, conseiller du roi en ses conseils». Il sera mis à l'Index par décret du 18 mai 1677[93].

Un certain nombre d'indices donnent à penser que ce séjour «à la campagne pendant la belle saison de l'automne» a eu lieu une dizaine d'années plus tôt, que l'auteur en a écrit la relation à l'époque même et que sa publication tardive obéit à un simple principe de prudence. Il est fait allusion, p. 7-8, aux «réjouissances d'un Royal Hyménée», hyménée qui ne peut être que le mariage de Louis XIV en 1660. La Mothe Le Vayer précise ensuite, à propos des «noms étrangers» qu'il a donnés à ses interlocuteurs, que ces derniers «comme gens de lettres prendront plutôt plaisir qu'autrement à ce changement»; or, Guillaume Bautru (Racémius) est mort en 1665 et ne pourrait être concerné par ce futur.

La table des matières ne cherche guère à dissimuler ce qu'il y de jeu et d''audace dans plusieurs de ces communications:

«I. journée: Que les meilleurs écrivains sont sujets à se méprendre, par Égisthe. II. journée: Que les plus grands auteurs ont besoin d'être interprétés favorablement, par Marulle. II. journée: Des parties appelées honteuses aux hommes et aux femmes, par Racemius. IV. journée: De l'Antre des Nymphes, par Turbertus Ocella. V. journée: De l'éloquence de Balzac, par Ménalque. VI. journée: De l'intercession de quelques saints particuliers, par Simonidès[94]

Le Mothe Le Vayer meurt le 9 mai 1672[95]. Quelque trente ans plus tard, on lira dans le Chevræana:

«Ceux qui ont eu quelque connaissance de M.D.L.M.L.V. sont informés de son caractère, et il est aisé de remarquer dans la plus grande partie de ses ouvrages que les relations de tous les pays fort éloignés étaient son divertissement et son charme. Quand il avait la mort sur les lèvres, et qu’il n’y avait plus de temps à perdre pour s’occuper sérieusement à son salut, il fut visité de M. Bernier son bon ami, et il ne l’eut pas plus tôt reconnu qu’il lui demanda : Eh bien ! quelles nouvelles avez-vous du Grand Mogol ? Ce furent presque les dernières paroles qu’il eut la force de prononcer, et quelque temps après il rendit l’esprit[96]

La pensée[modifier | modifier le code]

Un critique du XIXe siècle a porté ce jugement sur lui[97] :

«Caractère modéré et élevé, auquel on a reproché des licences d’expression alors admises, et qu’on a injustement accusé d’athéisme ; homme de beaucoup d’esprit, bien qu’à en croire [Guez de] Balzac il se plût à mettre en œuvre l’esprit des autres ; en possession de lectures immenses qui lui valurent dans son temps les titres de Plutarque et de Sénèque français; doué d’une mémoire étonnante, qui se révèle par un luxe de citations ; professant un culte judicieux pour l’antiquité, montrant une connaissance familière des temps modernes, déployant en toute circonstance une manière d’écrire facile, piquante, pleine d’intérêt et de gaieté, La Mothe Le Vayer est digne de prendre place entre Montaigne et Pierre Bayle ; moins original que le premier, mais aussi érudit que le second.»

La plupart de ses écrits visent à enseigner «la sceptique chrétienne», qui apprend à former des doutes « sur tout ce que les dogmatiques établissent de plus affirmativement dans toute l’étendue des sciences » et qui « doute même de ses doutes ». S’il lui donne le nom de chrétienne, c’est que « ce système a par préférence cela de commun avec l’Évangile, qu’il condamne le savoir présomptueux des dogmatiques et toutes ces vaines sciences dont l’apôtre nous a fait tant de peur ». Au fond, son but est, suivant le précepte de Sextus Empiricus, dont il invoque souvent l’autorité, le repos, la tranquillité d’âme dans l’indifférence.

François de La Mothe Le Vayer, le fils[modifier | modifier le code]

De son mariage avec Hélène Blacvod, La Mothe Le Vayer n'eut qu'un enfant, un garçon, né probablement au printemps 1627[98] et prénommé lui aussi François, qui fit ses études secondaires au collège de Lisieux à Paris[99] et fut reçu bachelier puis licencié en droit à la faculté de Poitiers, en novembre 1645, comme son père trente-neuf ans plus tôt[100].

Contrairement à son cousin Roland Le Vayer de Boutigny, reçu aux mêmes grades quelques mois plus tôt à Paris et qui deviendra un juriste célèbre (il sera l'un des défenseurs de Nicolas Fouquet en 1664), le jeune La Mothe Le Vayer se détourne du droit pour se consacrer aux belles-lettres.

Cousins et amis[modifier | modifier le code]

Le premier texte qu'on peut lui attribuer avec quelque vraisemblance est un «rondeau burlesque» imprimé en tête de Le Grand Sélim, ou le Couronnement tragique, tragédie que son cousin publie en 1645[101] et dont il est probablement le dédicataire anonyme[102].

Dans les années suivantes, on trouve sa signature parmi les pièces liminaires de divers essais ou recueils de vers: La Science des Sages et Le Triomphe des dames[103], de François du Soucy de Gerzan[104] (mars et octobre 1646), Le Virgile travesti[105], Paul Scarron (février 1648), et Le Jugement de Pâris en vers burlesques[106], de Charles Coypeau d'Assoucy (juillet 1648).

En août 1647, Pierre Guillebaud, en religion Pierre de Saint-Romuald, fait paraître deux volumes d'un recueil intitulé Hortus epitaphiorum selectorum, ou Jardin d’épitaphes choisis. Où se voient les fleurs de plusieurs vers funèbres, tant anciens que nouveaux, tirés des plus fleurissantes villes de l’Europe[107]. L'ouvrage est dédié par le libraire à «Monsieur Naudé, chanoine en l’église cathédrale de Notre-Dame de Verdun, prieur d’Artige en Limousin, et bibliothécaire de l’Éminentissime cardinal Mazarin». Les épitaphes du premier volume sont toutes en latins. On y lit (p. 25-26) une épitaphe latine de «Marie de Jars, dame de Gournay, Parisienne, morte à Paris, l’an 1645, âgée de 79 ans, 9 mois et 7 jours, et inhumée à Saint-Eustache», précédée de ces lignes :

«J’étais résolu de ne mettre en ce livret aucun épitaphe en prose, mais j’ai trouvé celui-ci si ingénieux que j’ai changé de résolution. Il est fait par le fils excellent d’un excellent père, qui est le sieur de La Mothe Le Vayer, déjà si connu par ses doctes et éloquents écrits[108]

Le second volume[109] donne à lire, p. 539-542, une série de courtes épitaphes burlesques («Sur un pendu», «Sur un voleur qui, se voyant découvert, se jeta du haut d'une maison», «Sur un qui se fit mourir par poison, ayant mangé tout son bien», «Sur un nommé de La Rivière, qui se précipita dans la mer», «Sur un qui fut décapité pour avoir parlé trop haut», «Sur un vieillard qui alla mourir en Canada, étant âgé de plus de cent ans», «Sur un nommé Le Coq, qui fut tué à la petit guerre par des paysans», «Sur un gueux qui se noya de désespoir», «Sur un faux monnayeur qui fut pendu») suivies de ces lignes :

«Les dix précédents épitaphes sont de l’invention des sieurs Le Vayer de Boutigny et La Mothe Le Vayer, son cousin. Je les confonds expressément, parce que je croirais faire tort à cette belle amitié qui les unit, s’il semblait que je les voulusse considérer séparément.»

Au cours de l'été 1648, Le Vayer de Boutigny fait paraître la première partie d'un roman historique à clefs, Mitridate (sic), dont chacun des deux volumes est dédié «à Monsieur La Mothe Le Vayer le fils», qui figure dans le roman sous le nom de Glaucias. Une seconde partie, elle aussi en deux volumes, tous également dédiés au cousin et ami, paraîtra en mars 1651.

En mai 1650, son ami Jean Royer de Prade lui dédie son Trophée d'armes héraldiques:

«Cher ami, Que je suis redevable de l'envie qui te presse de m'avoir pour maître dans la science du blason ! Par elle je pourrai m'acquitter au moins en quelque sorte de tant de hautes connaissances que mon esprit a puisées dans la pratique du tien. C'est pourquoi ne t'excuse point de la peine que tu crois me donner: non seulement ton ordre m'oblige, mais encore il me comble de gloire, puisque ton estime étant universelle, je ne puis manquer à gagner celle de tout le monde lorsqu'on verra que tu me juges capable de t'instruire. Dans cette pensée, j'y travaillerai donc avec joie, et pour m'en défendre ne me servirai point des écus que je vais faire. Admire cependant la destinée, qui veut que deux amis en viennent aux armes, et qui force mon langage à devenir barbare pour avoir de quoi plaire au plus poli de nos écrivains[110]

Le Parasite Mormon, une œuvre à plus d'une main ?[modifier | modifier le code]

Au cours de l'été 1650, le jeune La Mothe Le Vayer fait paraître, sans permission, sans nom d'auteur et sans adresse de libraire, une «histoire comique» intitulée Le Parasite Mormon (1650)[111], qu'il dédie à Roland Le Vayer de Boutigny. Dès la page 3, on y lit un pastiche d'un poème de Royer de Prade publié l'année précédente.

Au printemps 1651, en pleine Fronde dite des Princes, une altercation l'oppose à Michel Hamelin, curé de La Flèche et jadis aumônier de la reine Marie de Médicis, lequel, s'il faut en croire Gui Patin, «frondait avec les autres contre le Mazarin, que ce jeune homme voulait défendre»[112]. Cette attitude légitimiste et le soufflet qu'il reçoit à cette occasion, lui vaudront, dans les semaines suivantes, de se voir attribuer par Anne d'Autriche «mille écus de rente sur l'archevêché de Rouen»[113]. Ils expliquent sans doute aussi qu'en publiant ses Œuvres diverses en 1654, Cyrano de Bergerac adresse sa lettre «Contre les frondeurs» à «M.D.L.M.L.V.L.F.», soit Monsieur de La Mothe Le Vayer le fils[114].

Dès ce temps, il assiste son père dans ses fonctions auprès de Philippe d'Anjou, frère de Louis XIV. C'est au cours de ces premières années 1650, sans doute, qu'il prend ses degrés à la faculté de théologie[115].

Éditeur de trois éditions successives des Œuvres de son père (1654, 1656, 1662).

Un problème d'attribution : la traduction et l'annotation de l'Épitomé de Florus.[modifier | modifier le code]

En mars 1656, le libraire Augustin Courbé met en vente un Épitomé de l’histoire romaine, de Florus, mis en français sur les traductions de Monsieur[116]. L'épître dédicatoire est adressée au duc d'Anjou, alors âgé de quinze ans et demi. Signée «De La Mothe Le Vayer le fils», l'assistant précepteur y revendique la paternité (partagée) de cette nouvelle traduction d'un classique de l'histoire romaine:

«Monseigneur, Je demande très humblement pardon à votre Altesse Royale d’un vol que je lui ai fait jusque dans son cabinet ; mais parce que pour obtenir une grâce de la nature de celle que je lui demande, la raison et la justice requièrent avant toutes choses la confession du coupable et la restitution du larcin, je la supplie de trouver bon que je fasse ici l’un et l’autre. […] Toutes les fois que j’ai eu l’honneur de me trouver aux heures de votre étude, soit avec mon père, soit en sa place, j’ai toujours été surpris des grandes qualités d’esprit qui reluisent en votre Altesse Royale. J’ai vu avec un tel étonnement ces vives et brillantes lumières qui la font pénétrer jusque dans les lieux les plus obscurs de la géographie et de la rhétorique, de la morale et de l’histoire, et surtout j’ai tellement admiré la justesse et la netteté avec laquelle elle expliquait en notre langue les jolies et galantes pensées de ce petit abréviateur de l’Histoire romaine, que je n’ai pu m’empêcher de me prévaloir de l’occasion et de tourner à mon avantage le travail, ou plutôt le divertissement de votre Altesse Royale. Je me suis donc étudié de remarquer avec une exacte attention tous les termes dont elle usait pour rendre le sens de cet auteur, et je m’en suis servi, autant que ma mauvaise mémoire me l’a pu permettre, pour lui faire parler notre langue avec cet air agréable que vous savez donner à toutes choses.»

La préface, non signée, justifie la présence, en fin de volume, de quelque 270 pages de notes.

Le 4 mai de la même année 1656, le jeune La Mothe Le Vayer fait donation à son père[117] (chez qui il demeure, rue des Bons-enfants, paroisse Saint-Eustache) de «tous et chacun des biens meubles et immeubles provenant de la succession de sa mère», décédée le 23 décembre précédent. Cette donation est faite en reconnaissance des soins que le fils a reçus du père,

«ayant été pourvu par lui de pensions suffisantes pour passer le reste de ses jours avec commodité, de sorte même qu’il a lui seul recueilli le fruit de tous les services que son dit père a rendus à la cour depuis sept ou huit années au hasard de sa propre vie, qu’il a exposée pour la considération seule de l’avenir dudit sieur de La Mothe Le Vayer le fils».

Après la mariage d'Henriette d'Angleterre avec son cousin Philippe d'Orléans, en mars 1661, il devient son aumônier ordinaire[118]. La même année il est nommé titulaire de l'abbaye de Bouillas dans le Gers[119].

Dans son «Mémoire de quelques gens de lettres vivant en 1662» cité ci-dessus[76], Jean Chapelain note, à propos de «l'abbé de La Mothe Le Vayer» :

«C'est un bel esprit, et qui a de la pureté et de la délicatesse dans le style, ce qui paraît dans la traduction qu'il a faite de Florus et dans les notes qui la suivent. Il est passionné pour les lettres et a un grand goût pour la latinité. Sa critique est fine et n'est point maligne, et son génie incline autant à la philosophie ancienne qu'aux lettres humaines.»

De fait, le jeune La Mothe Le Vayer figurera parmi les premiers pensionnés avec cette appréciation: «À l'abbé Le Vayer, savant ès belles-lettres, 1000 livres[120]», une générosité dont le bénéficiaire remerciera le donateur dans quelques vers lucides[121].

Au début des années 1660, il se lie d'amitié avec Molière et Nicolas Boileau, qui lui dédie sa quatrième Satire[122]. Le même Boileau confiera beaucoup plus tard à Pierre Le Verrier:

«Tout abbé qu'il était, jamais homme ne fut plus passionné pour la comédie. Il était ami de Molière, qui […] souffrit que cet abbé allât dans leurs loges, et c'était lui qui mettait la paix entre elles. Car à coup sûr elles sont toujours brouillées ensemble[123]

Mort d'un fils et douleur d'un père[modifier | modifier le code]

Sa mort, dans la dernière semaine de septembre 1664, est l'occasion, pour Gui Patin, de vitupérer une fois de plus ses collègues de la Faculté:

«Nous avons ici un honnête homme bien affligé ; c’est M. de La Mothe Le Vayer, célèbre écrivain et ci-devant précepteur de M. le duc d’Orléans, âgé de septante-huit ans. Il avait un fils unique d’environ trente-cinq ans (sic), qui est tombé malade d’une fièvre continue, à qui MM. Esprit, Brayer et Bodineau ont donné trois fois le vin émétique et l’ont envoyé au pays d’où personne ne revient[124]

Henry Le Bret, ami, éditeur et préfacier de Cyrano de Bergerac, devenu depuis quelques années prévôt de la cathédrale de Montauban et prédicateur de la reine mère Anne d'Autriche, se trouve à Fontainebleau au cours de cet été 1664. Il écrit à un correspondant anonyme[125] :

«Il n’est que trop vrai, Monsieur, que le pauvre abbé de [La Mothe Le Vayer] est mort lorsque l’on y pensait le moins ; car les deux premiers accès de sa fièvre l’ayant seulement assoupi, les médecins traitèrent le troisième de bagatelle, quoiqu’il l’eût jeté dans une espèce de délire, qui cessa véritablement avec cet accès, mais qui revint si violent avec le quatrième, que les efforts qu’il fit tournèrent sa fièvre en continue, qui le tua le septième jour, au grand regret de son père, de ses amis et de toute la République des Lettres, dont il était un des plus beaux ornements. […] Car il avait étudié depuis l’âge de douze ans jusqu’à quarante-cinq (sic) avec une assiduité admirable. De sorte qu’ayant l’esprit excellent, une grande bibliothèque et la conversation de son père, qui est un abîme de science, il ne s’en faut pas étonner s’il en était devenu le digne fils. Il laisse cependant une riche abbaye et une belle charge, mais je les regrette bien moins que la dissipation qui se va faire des bons livres et des beaux meubles qu’il avait assemblés avec tant de dépense et de soin. […] En effet, que nous sert de tant travailler, de tant veiller et de tant savoir, si notre nom n’est su à peine de ceux qui viennent après nous, et si même bien souvent il s’évanouit tout à fait avec le son des cloches qui marquent l’heure de nos funérailles ?»

Cette mort fait également l'objet d'un sonnet de condoléance adressé par Molière au vieux La Mothe Le Vayer[126][127], lequel évoquera ce deuil, un an plus tard, dans sa 14e «Homilie académique» intitulée «Des Pères et des enfants»[128] :

«À propos du fils unique de Solon, c’est l’ordinaire de plaindre davantage les pères qui perdent le seul appui qu’ils avaient de leur vieillesse, et vous pouvez tous vous souvenir de m’avoir, il n’y a pas longtemps, consolé selon cette règle, sur un accident semblable qui m’avait rendu presque inconsolable. C’est pourquoi la louange que donne Cicéron au fils de Servius Sulpicius est fort bien prise, d’avoir regretté son père mort avec la même douleur qu’on ressent ordinairement dans la mort d’un fils unique : Est autem ita affectus, ce sont les paroles de ce grand orateur dans sa neuvième Philippique, ut nemo unquam unici filii mortem magis doluerit, quam ille mœret patris. [Telle est la douleur dont il est pénétré, que jamais on ne pleura un fils unique autant qu'il pleure son père.] Cependant, outre que les enfants représentent tous également le père, comme chaque pièce d’un miroir fait voir une même et semblable image, il n’arrive pas toujours que ces enfants uniques soient les plus à regretter, parce qu’il semble qu’ils aient plus de pente à dégénérer, par leur éducation trop molle ou autrement, que des puînés ou des cadets. De là est procédée l’exaltation de tant de ceux-ci.»

Au cours des deux années suivantes, Roland Le Vayer de Boutigny fait paraître un long roman familial à l'antique, intitulé Tarsis et Zélie, dans lequel le défunt et son père occupent une place importante sous les noms d'Ergaste et Ariobarzane. Dans l'épître dédicatoire que l'auteur adresse à Zélie (sa femme, Marguerite Sévin), il écrit:

«J’ai été bien aise de tracer à la postérité […] un léger crayon de l’esprit et des mœurs de notre incomparable Ergaste, de laisser après sa mort un monument éternel de la belle amitié qui nous avait unis pendant sa vie, et, me servant de l’enchaînement qui se rencontre dans vos aventures pour parler des siennes, de publier ce talent admirable qui le rendait si cher à ses amis, et cette divine science de l’amitié qu’il a si parfaitement possédée[129]

Œuvres[modifier | modifier le code]

La seule bibliographie des œuvres de La Mothe Le Vayer accessible en ligne est celle procurée par Ernest Tisserand dans son édition de Deux dialogues faits à l'imitation des anciens [sur la Divinité et sur l'Opiniâtreté], Paris, Éditions Brossard, Collection des Chefs-d'œuvre méconnus, 1922, p. 235-252[130].

Rééditions contemporaines[modifier | modifier le code]

  • Dialogues faits à l'imitation des Anciens, texte revu par André Pessel, Corpus des œuvres de philosophie en langue française, Paris, Fayard, 1988.
  • Hexaméron rustique ou Les six journées passées à la campagne entre des personnes studieuses, éd. établie par Gabriel Los d'Urizen, Paris, Paris-Zanzibar, 1997.
  • Petit traité sceptique sur cette commune façon de parler : "N'avoir pas le sens commun" (1646), édition et postface de Lionel Leforestier, Gallimard / Le Promeneur, 2003.
  • De la patrie et des étrangers et autres petits traités sceptiques, édition présentée et établie par Philippe-Joseph Salazar, Desjonquères, 2003.
  • De la vertu des païens, dans Libertins du XVIIe siècle, tome 2, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2004.
  • Hexaméron rustique ou Les six journées passées à la campagne entre des personnes studieuses, présentation de Joseph Beaude, préface de Michel Onfray, La Versanne, Encre marine, Bibliothèque hédoniste, 2005.
  • De la liberté et de la servitude, éd. et postface de Lionel Leforestier, Gallimard / Le Promeneur, 2007.
  • Prose chagrine, éd. de Guillaume Tomasini, Klincksieck, 2012.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La date de 1583 est donnée par Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire. Il l’avait relevée dans les registres paroissiaux de Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris, avant qu’ils ne soient détruits dans l’incendie de l’Hôtel-de-Ville au cours de la Commune de 1871. Sa notice exclut formellement la datation jusque là retenue : «Quant à la date 1588 que les biographes assignent à la venue au monde de François de La Mothe, elle est erronée. Il naquit le 1er août 1583, de Félix de La Mothe Le Vayer […] et de demoiselle Gatienne Le Breton, et fut tenu sur les fonts le lendemain [à l'église Saint-Germain-l'Auxerrois].« Dictionnaire critique », sur Gallica» Il ne peut donc être question, contrairement à ce qu’avance Florence L. Wickelgren, dans La Mothe Le Vayer, sa vie et son œuvre, Paris, 1934, p. 3, d’une «erreur typographique». Cependant,  l’historienne appuie son choix de la date de 1588 sur deux citations pour le moins troublantes du philosophe lui-même. La première se lit à la première page de ses Observations diverses sur la composition et la lecture des livres (Paris, Billaine 1668) : «Puisqu’il est raisonnable de croire que Dieu ne prolonge nos jours que pour nous donner le moyen de les rendre meilleurs, ce serait mal user de ses grâces, dans l’âge de quatre-vingts ans où je suis, si je me laissais aller à cette sorte de fainéantise honteuse que j’ai toute ma vie condamnée.» Le seconde se lit l’année suivante dans le «Prolégomène au lecteur» du Discours pour montrer que les doutes de la philosophie sceptique sont de grand usage dans les sciences : «Me considérant dans l’année qu’on appelle la grande climatérique, parce qu’elle est de neuf fois neuf, j’ai pensé que difficilement j’aurais les Muses favorables…» Renvoyant à d’autres citations encore, René Pintard conclut (Le Libertinage érudit, p. 594) que Jal a dû confondre dans ses notes un 3 avec un 8.
  2. Pour une critique radicale de cette catégorie, voir Alain Mothu, «Pour en finir avec les libertins», dans Les Dossiers du Grihl, Les dossiers de Jean-Pierre Cavaillé, Libertinage, athéisme, irréligion. Essais et bibliographie, mis en ligne le 9 septembre 2010« Pour en finir avec les libertins », sur Dossiers du Grihl.
  3. Voir, par exemple, Jean Grenier, «Le sceptique masqué: La Mothe Le Vayer», La Table ronde, no 22, octobre 1949, p. 1504: «La Mothe Le Vayer est un de ces auteurs de l'âge classique qui furent célèbres et qui sont aujourd'hui oubliés; qui représentèrent parfaitement leur époque et par conséquent ne lui ont pas survécu, parce qu'ils n'eurent pas une originalité assez tranchée […] À vrai dire, il serait inutile de s'occuper d'eux […] s'ils n'incarnaient pas quelquefois une attitude durable de l'esprit humain […] La Mothe Le Vayer lui-même n'est pas un homme qui puisse nous retenir longtemps.»
  4. Il n'existe qu'une biographie de La Mothe Le Vayer, publiée par René Kerviler en 1879: François de La Mothe Le Vayer, précepteur du duc d'Anjou et de Louis XIV, étude sur sa vie et sur ses écrits, Paris, 1879, accessible sur le site Internet Archive« François de La Mothe Le Vayer », sur Internet Archive. Elle peut être avantageusement complétée et corrigée par l'étude fondamentale de René Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris, Boivin & Cie,‎ 1953.
  5. « Histoire littéraire du Maine », sur Google Livres
  6. Pierre Guillebaud, dit en religion Pierre de Saint-Romuald, dans son Trésor chronologique et historique, tome III, Paris, 1647, p. 874.
  7. « Bulletin de la Société de statistique du département des Deux-Sèvres », sur Gallica
  8. « Quatre dialogues », sur Gallica
  9. « Hexaméron rustique », sur Gallica
  10. Plusieurs biographes donnent la date de 1628, qui est impossible puisque Félix, le père, qui mourra en 1625, est le témoin de son fils. Le contrat de mariage, conservé aux Archives nationales, est cité par Émile Magne dans Une amie inconnue de Molière, Paris, Émile-Paul frères éditeurs, 1922, p. 114-115.« Une amie inconnue », sur archive.org
  11. Une autre de ses filles, Catherine, épousa Guillaume Le Bel, seigneur de Bussy, dont elle eut un fils, Paul, et une fille, Honorée, qui sera une amie de Molière dans les années 1660 et à laquelle Tallemant des Réaux consacrera une «historiette»« Historiettes », sur Gallica. Après le décès d'Hélène Blacvod, Honorée, qui vit chez les Le Vayer depuis cinq ans, tiendra le ménage du philosophe jusqu'à son remariage en 1664. Voir Émile Magne, Une amie inconnue de Molière, Paris, Émile-Paul Frères, 1922« Une amie inconnue Molière », sur archive.org.
  12. Voir Abbé Claude Goujet, Mémoire historique et littéraire sur le Collège royal de France, Paris, 1758, tome I, p. 175-186« Mémoire historique », sur Google Livres.
  13. « Cinq autres dialogues », sur Gallica
  14. « Les Mémoires de Michel de Marolles », sur Gallica
  15. Voir Giovanni Dotoli, «De Montaigne à La Mothe Le Vayer, un libertin ami de Mlle de Gournay», dans Littérature et société en France au XVIIe siècle, volume II, Schena-Didier Érudition, 2000, p. 69-75.
  16. Nombre d'auteurs continuent d'écrire que La Mothe Le Vayer aurait hérité de la bibliothèque de Marie de Gournay, morte en 1645. Cette légende est née sous la plume de Pierre Guillebaud (en religion, le père de Saint-Romuald), qui, dans son Trésor chronologique et historique, tome III, Paris, , Sommaville, 1647, p. 985, rapporte que «la Demoiselle de Gournay, mourut âgée de plus de quatre-vingts ans […] après avoir fait son testament, dans lequel […] elle donne tous ses manuscrits et livres curieux aux doctes personnages qui la fréquentaient, et particulièrement au sieur de La Mothe Le Vayer, disant que c’est à cause des bons offices de prudence, de candeur et de foi qu’il lui a rendus, outre sa suffisance et doctrine, que ses livres témoignent assez par leur qualité et quantité.» En réalité, dans son testament (reproduit in extenso par Élyane Dezon-Jones dans Marie de Gournay, Fragments d'un discours féminin, Paris, Librairie José Corti, 1988, p. 198-209), la vieille demoiselle ne léguait au philosophe que «deux petits sacs de papiers curieux» et «son exemplaire de la troisième impression de son livre Les Avis en six cahiers non reliés, […] pauvre orphelin que sa mère commet en mourant à un tel tuteur si fidèle et affectionné, qui lui a rendu mille bons et dignes offices de prudence, de candeur et de foi ; quant à sa suffisance et doctrine, ses livres connus partout le témoignent assez en quantité et en qualité».
  17. Sur les frères Dupuy, voir la liste des travaux de Jérôme Delatour sur son blog.« Le Cabinet Dupuy », sur Cabinet Dupuy
  18. « Pierre Dupuy, Jacques Dupuy », sur OIlivier.thill
  19. Le privilège de son opuscule De la liberté et de la servitude est accordé, le 20 janvier 1643, «au Sieur de La Mothe Le Vayer, Substitut du Procureur général de Sa Majesté». Trois ans plus tard, dans le privilège de son Jugement sur les anciens et principaux historiens grecs et latins dont il nous reste quelques ouvrages, il sera qualifié, au nom du roi, «Nostre amé & féal Conseiller & Historiographe».
  20. « Nouveaux petits traitttez », sur Gallica
  21. L'œuvre de La Mothe Le Vayer abonde en références à l'Espagne, à l'espagnol et aux Espagnols, mais elle offre peu à lire sur ce qu'il a pu voir, apprendre ou découvrir à Londres: une remarque sur les «gentilshommes d'Angleterre, qui remplissent la plus grande partie des boutiques de Londres et de leurs autres villes sans préjudicier à leur condition» (opuscule «De la marchandise», 1647, p. 162), une autre sur des escrimeurs qu'il a vus à Londres, «qui avaient beaucoup l'air des gladiateurs romains et qui donnaient bien du plaisir aux Anglais» (4e Homilie, «Des jeux», 1664)… Il n'en est que plus intéressant de noter la manière très shakespearienne dont il reprend, dans son dialogue «De la vie privée», le thème baroque du Theatrum mundi: «D'autres ont fort à propos considéré ce monde comme un magnifique théâtre, sur lequel tant de sortes de vies, comme autant de divers personnages, sont représentés. Les philosophes s'y trouvent assis, considérant le tout avec un grand plaisir, cependant que les princes, les rois et les plus grands monarques sont autant d'acteurs de la comédie, qui semble ne se jouer que pour le contentement de ces dignes spectateurs.« Quatre dialogues », sur Gallica»
  22. « Quatre dialogues », sur Gallica
  23. Sur cet avocat protestant mal connu, voir René Pintard, Le Libertinage érudit, p. 129-131.
  24. Dans un article intitulé «Gassendi, Naudé et La Mothe Le Vayer», Sylvie Taussig tente de «définir la nature précise de leur amitié» à partir de la lecture des Lettres latines du premier, dont elle a établi la traduction. Elle note que, dans une lettre écrite le 26 octobre 1653 à l'occasion de la mort de Naudé, Gassendi attribue à ce dernier la paternité de cette désignation: «Il avait l'habitude de dire qu'il s'accordait avec Pythagore s'il a juré par une telle Tétrade.» Allusion, poursuit l'historienne, au serment de Pythagore et de ses disciples, tel qu'il est repris dans les vers d'or : «Je jure par celui qui nous a donné la quaternaire (=tétrade), principe de la nature éternelle.« Pythagore », sur philo5.com»
  25. S’appuyant sur une hypothèse controversée de René Pintard, qui «avait cru reconnaître» dans une partie au moins des Dialogues le «méchant livre» dont il est question dans un échange de lettres entre le R.P. Marin Mersenne et Descartes, lequel parle successivement de trente-cinq ou trente exemplaires, la plupart des historiens s’arrêtent à ce chiffre. L’hypothèse de Pintard, développée par Alain Mothu dans un article de La Lettre clandestine (voir la bibliographie), a été combattue par Édouard Mehl dans une contribution au premier numéro de la revue Libertinage et philosophie au XVIIe siècle. Quoi qu'il en soit, il semble qu'avant même leurs réimpressions de 1671 et 1673, le cercle des lecteurs de ces Dialogues débordait celui des seuls initiés ou érudits, témoins les abondantes citations qu'en fait le fils de l'auteur dans son Parasite Mormon en 1650 et ces lignes d'une lettre qu'Henri Le Bret adresse en 1657 à Nicolas de Cuigy (Lettres diverses, p. 23) : «[…] Monsieur de …, dans quelque endroit de certains Dialogues qu’il n’a montrés qu’à ses bons amis, dit après Aristote que cum uxoribus incommode vivitur, mais que sine illis non vivitur, et que l’on appelait à Athènes ceux qui ne se mariaient point Ἀβίουϛ, quasi vitæ expertes, à cause du plaisir que reçoit un homme qui se marie et qui fait des enfants, de se voir régénérer dans une belle postérité.»
  26. Pseudonyme transparent pour la plupart des lecteurs contemporains, formé le grec orasis (la vue, en rapport avec Le Voyer) et le latin tuber (la motte…). La Mothe Le Vayer s'en formera plus tard un autre sur le même modèle: Tubertus Ocella.
  27. « Quatre dialogues », sur Gallica
  28. « Cinq autres dialogues », sur Gallica
  29. Une lettre de François Luillier à Claude Fabri de Peiresc datée du 23 mars 1630 (reproduite dans Les Correspondants de Peiresc, XVI, François Luillier, Paris, 1889, p. 5) illustre bien le mode de circulation de cette «marchandise de contrebande»: «Monsieur, Attendant que votre province, se remettant entièrement en meilleur état, ait donné commodité à tous vos amis de vous faire tenir par les voies ordinaires ce que chacun destine à votre curiosité, j’ai cru ne devoir pas laisser aller celle qui s’offrait à moi particulièrement plus qu’aux autres, par le moyen de M. Daubray, sans vous faire part de la rencontre que j’eus cet hiver, que me trouvant par hasard à l’encan des livres d’un pauvre libraire, j’enchéris un paquet de feuilles sans savoir ce qu’il contenait, qui me demeura à fort vil prix. Encore pensai-je être trompé, quand je reconnus que c’était du français imprimé en Allemagne, croyant que ce fût l’exercice de quelqu’un du pays en notre langue. Toutefois, le titre des dialogues me plaisant, j’en fis relier un exemplaire et le lus avec grand plaisir, reconnaissant que cet Orasius Tubero, que j’estime être un nom supposé, quel qu’il fût, avait une grande facilité à s’expliquer en français, sans l’affectation qui commence à gâter notre langue ; outre ce, une belle liberté de philosopher à l’antique, et qu’il possédait les bons auteurs avec une fort grande assurance, si bien qu’ayant pris un grand goût à ce livre, qui me sembla fort complet, je crus que l’entretien ne vous en serait pas désagréable, et, ayant communiqué mon avis à M. Gassendi, ne se contentant pas de m’y confirmer, il me conseilla d’en mettre encore une couple d’exemplaires, me faisant croire que vous seriez bien aise d’en faire voir à quelqu’un de nos amis, desquels je crois qu’il s’attend que M. le prieur de La Valette sera l’un. Pour moi, Monsieur, encore que les quatre discours m’aient fort agréé, je n’estimerais point ma rencontre avoir été bien bonne, que je n’aie appris qu’ils vous aient contenté. C’est le plus grand plaisir qu’attende, Monsieur, votre très-humble serviteur, Luillier.»
  30. Inventeur et pilote du navire Argo, dans la mythologie grecque.
  31. « Quatre dialogues », sur Gallica
  32. Aucun auteur, en particulier religieux, n'a explicitement condamné La Mothe Le Vayer. En 1641, dans ses Peintures morales, où les passions représentées par tableaux, par caractères et par questions nouvelles et curieuses, le jésuite Pierre Le Moyne s'en prendra (p. 339-341), sans le nommer, et d'une plume plus cauteleuse que fulminante, à l'auteur des Dialogues: «Si le bruit commun n’impose point à la secte des Esprits forts, n’a-t-elle pas succédé à la cabale de ceux de la Rose ? Ne fait-elle pas profession de maximes contraires à la vérité du christianisme, à l’honnêteté des mœurs, à l’autorité des lois ? Ne fut-ce pas de leurs corps que partirent dernièrement ces Dialogues sceptiques qui n’osaient se nommer, ni aller de jour ; qui ne se montraient que dans l’obscurité et en lieu de confidence ; qui apprenaient à douter des choses les plus infaillibles et à désavouer la créance de tous les siècles ; et qui, entre autres dogmes, enseignaient qu’il n’y a point d’amours qui ne soient permises ? Je veux croire que la réputation de ces gens-là est plus mauvaise que leur conscience ; que les portraits qui en ont été faits par la renommée sont plus noirs que le naturel, et qu’on les condamne sans les ouïr et sans due connaissance de leur cause. Ne touchons donc point aux personnes, à qui nous devons du respect et que Dieu veut qu’on conserve toutes entières à son jugement. Ne soyons pas plus sévères que les lois, qui ne disent point d’injures aux criminels qu’elles condamnent. Supposons qu’en la plupart des esprits forts il y a plus d’inconsidération que de malice sérieuse ni d’impiété déterminée, et qu’il y a que la vanité qui les a faits sortir du grand chemin, pour se tirer de la foule et se mettre en vue. Si les erreurs qui leur sont imputées ne sont pas à eux, nous ne leur ferons point de mal en touchant sur elles ; si elles leur appartiennent, nous exercerons sur eux une justice fort indulgente, et pareille à celle qui se pratiquait autrefois en Perse, où les robes des Grands qui avaient failli étaient fouettées, et on se contentait d’abattre la tiare à ceux qui avaient mérité qu’on leur ôtât la tête. Prenons l’idole que la renommée à faite de leur secte, elle nous pourra servir de quintaine, nous apprendrons contre elle à défendre la vérité sans tuer personne ni faire de blessures sanglantes ; et comme ceux qui sont ensorcelés meurent quelquefois des piqûres qui se font sur leurs images, peut-être que nous renverserons l’impiété en touchant sur son fantôme.»
  33. Voir en particulier l'introduction d'Ernest Tisserand à son édition de Deux dialogues faits à l'imitation des anciens [sur la Divinité et sur l'Opiniâtreté], Paris, Éditions Brossard, Collection des Chefs-d'œuvre méconnus, 1922, p. 21-22.
  34. Voir Ioana Manea, L'Espagne chez La Mothe Le Vayer ou comment utiliser les stéréotypes de la littérature politique pour exprimer des opinions libertines« L'Espagne chez La Mothe Le Vayer », sur revel.unice.fr.
  35. « Œuvres », sur Gallica
  36. « Discours de la contrariété », sur Google Livres
  37. « Discours de l'histoire », sur Google Livres
  38. « Œuvres », sur Gallica
  39. « La Vérité des sciences », sur Gallica
  40. « Questions harmoniques », sur Google Livres
  41. Lettre de Jean Chapelain à Jean-Louis Guez de Balzac du 17 février 1636« Lettres de Jean Chapelain », sur Gallica.
  42. « Œuvres », sur Gallica
  43. « Revue critique d'histoire et de littérature », sur Gallica
  44. « De l'instruction », sur Google Livres
  45. Gabriel Naudé, Jugement de tout ce qui a été imprimé contre le cardinal Mazarin depuis le 6 de janvier jusqu’à la déclaration du 1er avril 1649, Paris, 1649, 2e éd. 1650, p. 375« Jugement », sur Gallica.
  46. « De la vertu des payens », sur Gallia
  47. « De la vertu des payens », sur Gallica
  48. « De la liberté et de la servitude », sur Gallica
  49. Le premier« Opuscules », sur Gallica, dédié au chancelier Séguier, comprend sept traités : De la lecture de Platon et de son éloquence.; Du sommeil et des songes ; De la patrie et des étrangers ; Du bon & du mauvais usage des récitations ; Des voyages et de la découverte de nouveaux pays ; Des habits et de leurs modes différentes ; Du secret et de la fidélité. Le deuxième« Opuscules », sur Gallia, dédié à Gabriel Naudé, comprend lui aussi sept traités : De l'amitié ; De l'action et du repos ; De l'humilité et de l'orgueil ; De la santé et de la maladie ; De la conversation et de la solitude ; Des richesses et de la pauvreté ; De la vieillesse. Le troisième« Opuscules », sur Gallica, dédié à Mazarin, comprend encore sept traités: De la vie et de la mort; De la prospérité; Des adversités; De la noblesse; Des offenses et injures; De la bonne chère; De la lecture des livres et de leur composition. Le quatrième« Opuscules », sur Gallica, dédié aussi à Mazarin, comprend toujours sept traités: De la hardiesse et de la crainte; De l'ingratitude; De la marchandise; De la grandeur et petitesse des corps; De couleurs; Du mensonge; Des monstres.
  50. « Opuscule ou petit traité », sur Gallica
  51. « Jugement », sur Google Livres
  52. Les historiens grecs: Hérodote, Thucydide, Xénophon, Polybe, Diodore de Sicile, Denys d'Halicarnasse, Flavius Josèphe, Arrien, Appien, Dion Cassius, Hérodien, Zosime, Procope, Agathias. Les historiens latins: Salluste, César, Tite-Live, Velleius Paterculus, Quinte-Curce, Tacite, Florus, Suétone, Justin, Ammien Marcellin.
  53. « Lettres touchant les nouvelles remarques », sur Google Livres
  54. « Petits traictez », sur Gallica
  55. La Lettres XII, «Du moyen de dresser une bibliothèque d'une centaine de livres seulement», est adressée à un «Très R[évérend] P[ère]». Les auteurs de la grande édition de Dresde assurent, en tête de la première partie du tome VII, que «toutes ces lettres, loin d'être des fictions ou des production du caprice d'auteur, ont été réellement écrites à diverses personnes».
  56. Lettre citée par René Pintard dans Le Libertinage érudit, p. 303.
  57. Voir la lettre de Gui Patin du 27 août 1648: «M. Naudé, bibliothécaire de M. Le Cardinal Mazarin, intime ami de M. Gassendi, comme il est le mien, nous a engagés pour dimanche prochain, à aller souper et coucher, nous trois en sa maison de Gentilly, à la charge que nous ne serons que nous trois et que nous y ferons la débauche ; mais Dieu sait quelle débauche ! M. Naudé ne boit naturellement que de l’eau et n’a jamais goûté vin. M. Gassendi est si délicat qu’il n’en oserait boire, et s’imagine que son corps brûlerait, s’il en avait bu […]. Pour moi, je ne puis que jeter de la poudre sur l’écriture de ces deux grands hommes ; j’en bois fort peu, et néanmoins ce sera une débauche, mais philosophique, et peut-être quelque chose davantage. Pour être tous trois guéris du loup-garou et délivrés du mal des scrupules, qui est le tyran des consciences, nous irons peut-être jusque fort près du sanctuaire. Je fis l’an passé ce voyage de Gentilly avec M. Naudé, moi seul avec lui, tête à tête ; il n’y avait point de témoins, aussi n’y en fallait-il point : nous y parlâmes fort librement de tout, sans que personne en ait été scandalisé.« Lettres de Gui Patin », sur Gallica»
  58. Lettre de Charles Du Bosc au chancelier Séguier, dans Archives des missions scientifiques et littéraires, deuxième série, tome IV, Paris, Imprimerie nationale, p. 67« Archives des missions scientifiques », sur Gallica.
  59. « Lettres de Gui Patin », sur Gallica
  60. « Œuvres », sur Google Livres
  61. Pierre de Saint-Romuald, Chronicon seu continuatio chronici Ademari« Chronicon », sur Google Livres, Paris, Chamhoudry, 1652, p. 534-535: «Eodem mense Dominus de la Motte le Vayer utriusque Consilij Regis Senator Ordinarius, ipsi Regi in præceptorem datur, quamvis Domini Andium Ducis præceptor jam existeret. Sicque duorum tam illustrium germanorum descendorum unus munus obit, quod forte nunquam antea visuam fuerat. Quin etiam non hoc amicorum, vel propria petitione sortitus est, sed solo Reginæ matris delectu…» Cité et résumé en français par Pierre Bayle, dans la note C de l'article Vayer de son Dictionnaire.
  62. François de La Mothe Le Vayer, p. 148.
  63. Sur Laurent Mesme, dit Mathurin, Michel ou Marc-Antoine de Neuré, voir Jean-François Dreux du Radier, Bibliothèque historique et critique du Poitou« Bibliothèque historique », sur Google Livres, tome IV, 1754, pages 140-157, et René Pintard, Le Libertinage érudit, p. 331-332.
  64. « Lettres de Gui Patin », sur Gallica
  65. Joseph Bougerel, Vie de Pierre Gassendi, 1737, p. 420.
  66. Sur Jean-Antoine Baranzani (1590-1622), moine barnabite sous le nom de Redento Baranzani, que La Mothe Le Vayer mettait «entre les premiers esprits de notre siècle», voir René Pintard, Le Libertinage érudit, p. 133-134, et Patiniana, 1703, p. 81-82.
  67. Sur l'avocat René de Chantecler, le Melpoclitus du «Dialogue sur l'ignorance louable», mort en 1641 en léguant à La Mothe Le Vayer un don de 8000 livres, voir René Pintard, Le Libertinage érudit, p. 179-180.
  68. Charles Feramus, avocat et poète, habitué du cabinet Dupuy, mort en janvier 1653. Il est l'auteur du Macrini parasitogrammatici hmera, première pièce de la polémique contre Pierre de Montmaur, Voir Albert-Henryk de Sallengre, Histoire de Pierre de Montmaur, tome premier, La Haye, 1715« Histoire de Pierre de Montmaur », sur Internet Archive, Préface, p. iv.
  69. Sur François Guyet (1575-1655), philologue (le Cratès du «Dialogue sur l'opiniâtreté»), voir Isaac Uri, Un cercle savant au XVIIe siècle. François Guyet« François Guyet », sur Internet Archive, Paris, Hachette, 1886, et René Pintard, Le Libertinage érudit, p. 184-187.
  70. Dans une lettre intitulée «Derniers propos d'un ami» et publiée dans ses Nouveaux petits traités en forme de lettres, achevés imprimer en 1659, le philosophe écrit, p. 172: «J'ai plus retiré de satisfaction d'une des heures de ma retraite que de toutes celles que je sacrifiai par vos avis au service de la cour.»
  71. « Prose chagrine », sur Google Livres
  72. Mélanges d'histoire et de littérature recueillis par M. de Vigneul-Marville, second tome, Rouen-Paris, 1700, p. 308-309« Mélanges », sur Google Livres.
  73. Lettre XCVIII, «Du souvenir», dans la Seconde suite de petits traités, publiée dans la seconde édition des Œuvres, 1656.
  74. « Clélie, histoire romaine », sur Gallica
  75. Roland Le Vayer de Boutigny, Tarsis et Zélie, seconde partie, Paris, 1665, p. 574« Tarsis et Zélie », sur Gallica.
  76. a et b « Mélanges », sur Google Livres
  77. EN 1644, La Peyrère a adressé à La Mothe Le Vayer une Relation de l'Islande, qui ne sera publié qu'en 1663« Relation de l'Islande », sur Gallica, avec une épître dédicatoire au prince de Condé, dont il était le bibliothécaire. En 1647, il a dédié au philosophe une Relation du Groenland« Relation du Groenland », sur Gallica. Sur Lapeyrère, voir Élisabeth Quennehen, «L'auteur des Préadamites, Isaac Lapeyrère. Essai biographique», dans Dissidents, excentriques et marginaux de l'Âge classique. Autour de Cyrano de Bergerac. Bouquet offert à Madeleine Alcover composé par Patricia Harry, Alain Mothu et Philippe Sellier. Paris, Honoré Champion, 2006, p. 349-373.
  78. « Les nouvelles œuvres », sur archive.org
  79. Thomas Hobbes.
  80. « Œuvres », sur Gallica
  81. « Œuvres », sur Gallica
  82. « Œuvres de François de La Mothe Le Vayer », sur Google Livres
  83. « Lettres de Gui Patin », sur Gallica
  84. « Problèmes sceptiques », sur Google Livres
  85. La «Table des problèmes sceptiques» se lit ainsi: «I. Est-il à propos de mettre souvent la main à la plume et de donner son temps à la composition de plusieurs livres ? II. Mais ne doit-on jamais prendre la plume, qu’elle ne soit parfaitement bien taillée et qu’on n’y puisse en nulle façon trouver à redire ? III. Est-on obligé de suivre toujours, dans la philosophie, les sentiments de cet Aristote dont nous venons de parler ? IV. La science est-elle de si haut prix qu’il faille tout quitter pour l’acquérir ? V. Le désir de la gloire, de quelque nature qu’elle soit, peut-il légitimer toutes nos actions ? VI. L’amour doit-il être tenu pour une passion dont l’un ni l’autre sexe ne se puisse garantir ? VII. Un homme d’esprit doit-il préférer la solitude à la conversation ? VIII. Se doit-on abstenir des voyages, sur ce prétexte qu’ils présentent plus de vices que de vertus à imiter ? IX. Faut-il refuser les présents que vous fait une main suspecte, pour ne pas dire ennemie ? X. Ne saurait-on être trop heureux ? et une fortune médiocre doit-elle être préférée à toute autre ? XI. Est-on obligé d’observer toujours ce qu’on a promis, et la foi donnée doit-elle être tenue inviolable ? XII. Faut-il s’abstenir des jeux de hasard et où l’on s’affectionne à cause du gain qu’on y prétend faire ? XIII. Une extrême vieillesse est-elle souhaitable ? XIV. Peut-on trop respecter les lois et être trop rigoureux justicier ? XV. Faut-il apprendre les langues comme une chose absolument nécessaire ? XVI. Tout larcin est-il condamnable ? XVII. Une louange médiocre est-elle à estimer ? XVIII. Peut-on dire qu’il y ait de bons magiciens ? XIX. Le mariage est-il à fuir, comme quelques-uns se le persuadent ? XX. Faut-il déférer aux invectives dont usent beaucoup de personnes, à l’exemple du vieil Caton contre les médecins ? XXI. Doit-on s’abandonner, comme assez de gens le font, à la Fortune ou à la Destinée ? XXII. La préséance qui se donne à l a noblesse est-elle bien fondée ? XXIII. Est-il honteux de changer d’avis ? XXIV. Peut-on éviter toutes les mauvaises passions ? XXV. Peut-on être trop prudent ? XXVI. Y a-t-il des prières désagréables à Dieu ? XXVII. Les richesses méritent-elles la grande estime qu’on en fait ? XXVIII. Faut-il déférer aux songes ? XXIX. Le mensonge est-il si absolument défendu qu’on ne doive jamais rien dire qui ne soit vrai ? XXX. La morale des philosophes suffit-elle pour rendre parfaitement vertueux ? XXXI. Est-ce grandeur ou force d’esprit de ne point craindre la mort?»
  86. « Doubte sceptique », sur Internet Archive
  87. Œuvres de François de La Mothe Le Vayer, conseiller d'État ordinaire, etc. Nouvelle édition revue et augmentée. Imprimée à Pfœrten, et se trouve à Drede chez Michel Groell, 7 tomes en 14 volumes in-8°, avec un Abrégé de la vie de M. de La Mothe Le Vayer, par M. le ch… C… D. M…
  88. « Mémorial », sur Gallica
  89. « Soliloques sceptiques », sur Gallica
  90. Cette Introduction est curieusement absente de l'édition de Dresde. L'extrait donné ici est repris du livre de René Kerviler, François de La Mothe Le Vayer, précepteur du duc d'Anjou et de Louis XIV, p. 148.
  91. « Hexameron rustique », sur Google Livres
  92. Par exemple, Michel Onfray, Les Libertins baroques, Paris, Grasset, 2007, p. 95.
  93. « Catalogue des ouvrages mis à l'Index », sur Google Livres
  94. Comme il l'avait fait dans les Dialogues de 1630 et dans La Promenade, l'auteur met en scène ses doctes conférenciers sous des pseudonymes, que René Pintard a décryptés: Égisthe est Urbain Chevreau, Marulle l'abbé Michel de Marolles, Racemius Guillaume Bautru (mort en 1665), Tubertus Ocella La Mothe Le Vayer lui-même, Ménalque Gilles Ménage, Simonidès l'abbé Étienne Le Camus, qui, au moment où paraît l'Hexaméron rustique, est en passe d'être nommé évêque de Grenoble. S'agissant de ce dernier interlocuteur, on lira avec intérêt ces quelques lignes d'une lettre qu'il écrit en septembre 1670« Histoire du cardinal Le Camis », sur Gallica: «Une personne qui n'est pas de mes amis m'a rendu de méchants offices dans l'esprit du roi. Je ne doute pas qu'ils n'aient fait impression, et, quelque détaché que je sois des biens de ce monde, je croyais qu'il était bon, même pour le service de l'Église, que je conservasse ce haut point d'estime où j'étais…»
  95. Cinq semaines après Gui Patin.
  96. « Chevræana », sur Google Livres
  97. Christian Bartholmèss, dans l'article La Mothe Le Vayer du Dictionnaire des sciences philosophiques par une société de professeurs et de savants, tome III, Paris, Hachette, 1847, p. 494.
  98. Les historiens et les auteurs de dictionnaires, s'appuyant sur la lettre de Gui Patin citée plus bas dans cet article, et négligeant le témoignage d'Henry Le Bret, donnent généralement la date de 1629. Celle de 1627 se déduit de l’épître dédicatoire du premier volume de la seconde partie du roman Mitridate [achevée d'imprimer le 28 août 1648], dans laquelle l’auteur, Roland Le Vayer de Boutigny, écrit à son cousin et dédicataire : «C’est ici notre amitié que j’ai voulu portraire pour te la faire reconnaître. Celle de Mithridate et de Spartacus me semble néanmoins en porter assez de marques. […] Tu verras en eux la même conformité que la nature a mise entre nous pour l'âge et pour la taille, et les mêmes degrés de parenté par lesquels elle nous a joints.» Or, on peut sans trop se hasarder, conjecturer que le personnage-titre est la projection de l’auteur plutôt que celle de son cousin, et on lit, à la page 250 : «Ce n’est pas qu’il n’y eût de la conformité entre eux, car leur taille était toute semblable. Leur âge ne l’était guère moins, Spartacus n’ayant que sept mois plus que Mithridate.» La naissance de Le Vayer de Boutigny, fixée par le dictionnaire de Moréri, puis par l'abbé Goujet, dans les derniers mois de 1627« Dictionnaire », sur Gallica, est suggérée par Boutigny dans la même épître dédicatoire: «Je veux croire avec toi qu’à l’âge de vingt-et-un ans, je ne puis pas avoir assez acquis [de réputation] pour en appréhender la perte comme un grand mal…»
  99. C'est ce que suggère une lettre de son père de septembre 1636« Revue critique d'histoire et de littérature », sur Gallica. C'est également au collège de Lisieux, selon toute vraisemblance, et non au collège de Beauvais, comme on l'a cru longtemps, que Cyrano de Bergerac fit ses études secondaires.
  100. « Bulletin de la Société de statistiques », sur Gallica
  101. « Le Grand Sélim », sur Gallica
  102. Dans son édition des Œuvres libertines de Cyrano de Bergerac, Paris, Honoré Champion, 1921« Les Œuvres libertines », sur Internet Archive, tome premier, p. XLVIII-XLXIX, Frédéric Lachèvre attribue le rondeau à l'auteur du Pédant joué, composé vers le même temps, et ce parce que, «bien qu'anonyme, il porte sa griffe».
  103. « Le Triomphe des Dames », sur Gallica
  104. Le Triomphe des dames a valu à son auteur une extraordinaire lettre de Cyrano de Bergerac« Les Œuvres diverses », sur Gallica.
  105. « Le Virgile travesty », sur Gallica
  106. « Le Jugement de Pâris », sur Google Livres
  107. « Hortus epitaphiorum », sur Google Livres
  108. Une épitaphe en vers français signée «François de La Mothe Le Vayer, fils de François de La Mothe Le Vayer» sera publiée la même année dans Les Éloges et les vies des reynes, des princesses et des dames illustres en piété, en courage et en doctrine, qui ont fleury de notre temps et du temps de nos pères […] tome second, par F. Hilarion de Coste, religieux de l'ordre des Minimes de saint François de Paule, p. 670-671« Les Eloges et les vies », sur Google Livres.
  109. Dans lequel figurent une dizaine de pièces signées de Jean Royer de Prade.
  110. Le Trophée d'armes héraldiques, ou la science du blason, avec les figures en taille douce. Paris, 1650, p. 5-6« Le Trophée d'armes », sur Google Livres.
  111. « Le Parasite Mormon », sur Gallica
  112. Lettre du 5 février 1655, dans Lettres de Guy Patin à Charles Spon: janvier 1649-février 16655, Paris, Honoré Champion, 2006, p. 1342.
  113. Voir ce que Gabriel Naudé en écrivait dès le 3 juin 1651 à Mazarin alors en exil (Considérations politiques sur la Fronde. La Correspondance entre Gabriel Naudé et le cardinal Mazarin, Biblio 17, 1991, p. 14): «La résignation de l’archevêque de Rouen à l’abbé de Chanvallon ayant été admise, la Reine proprio motu a pris dessus une pension de trois mille livres pour le fils de Monsieur de La Motte (sic).»
  114. « Les Œuvres diverses », sur Gallica
  115. Le premier document imprimé où se trouve mentionnée sa qualité d'abbé est l'Apologie de Mr Costar à Monsieur Ménage, achevée d'imprimer en décembre 1656« Apologie », sur Google Livres. Il y est question, p. 162, de «la belle, fidèle et savante version [de Florus par] Monsieur l'abbé de La Mothe Le Vayer».
  116. « Epitomé de l'histoire romaine », sur Google Livres
  117. Archives nationales, Y 193, folio 129, cité par Émile Magne dans Une amie inconnue de Molière, Paris, Émile-Paul, 1922, p. 122, note 53.
  118. Un Arrêt du Grand Conseil daté du 22 décembre 1662 et conservé à la réserve de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris (cote 4 E 2218 INV 1398 RES, p. 16) concerne une requête déposée par «notre bien amé Messire François de la Mothe le Vahier (sic), conseiller en nos conseils, aumônier ordinaire de madame la duchesse d'Orléans ; et M. Jean Reverend, prêtre bachelier en théologie en la faculté de Paris, conseiller et aumônier de notre très cher frère le duc d'Orléans, pensionnaires chacun de deux mille livres de pension par chacun an à prendre sur les fruits et revenus de l'abbaye Notre Dame de Conlombe (sic, pour Coulombs), diocèse de Chartres».
  119. Voir Gallia Christiana, Paris, 1715, tome 1, colonne 1026« Gallia Christiana », sur Google Livres.
  120. Molière n'en obtiendra pas plus.
  121. « Remerciement au Roy », sur Gallica
  122. « Satires du sieur D*** », sur Gallica
  123. Les Satires de Boileau commentées par lui-même et publiées avec des notes de Frédéric Lachèvre, reproduction du commentaire inédit de Pierre Le Verrier avec des corrections autographes de Despréaux. Le Vésinet/Courménil, 1906« Les Satires de Boileau », sur Internet Archive, p. 41.
  124. « Lettres de Gui Patin, III », sur Gallica
  125. Henry Le Bret, Lettres diverses, p. 50-53.
  126. « Recueil de la Suze », sur Gallica
  127. Voir Cyril Chervet, «Lectures du sonnet de Molière à La Mothe Le Vayer: pour une juste évaluation de la "tonalité" de leur relation», Revue d'histoire littéraire de la France, 2007, no 4, p. 865-885« Lectures du sonnet », sur cairn.info.
  128. « Œuvres de François de La Mothe Le Vayer », sur Gallica
  129. « Tarsis et Zélie », sur Gallica
  130. « Deux dialogues », sur Internet Archive

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, tome II, Paris, 1700, p. 59-60[1].
  • Vigneul-Marville (Bonaventure d'Argonne, dit), Mélanges d'histoire et de littérature, second volume, Paris, 1700, p. 309-311. Nouvelle édition, 1713, p. 333-335[2].
  • Pierre Bayle, article «Vayer» du Dictionnaire historique et critique[3]. Reproduit intégralement dans la réédition de l'Hexaméron rustique, Paris-Zanzibar, 1997.
  • Balthasar Gibert, Jugemens des savans sur les auteurs qui ont traité de la rhétorique, avec un précis de la doctrine de ces auteurs, III, Paris, 1719, p. 91-115.
  • Pierre-Joseph d'Olivet, Histoire de l'Académie françoise depuis 1652 jusqu'à 1700, Paris, 1729, notice La Mothe Le Vayer, p. 115-123[4].
  • Jean-Pierre Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, tome XIX, Paris, 1732, notice La Mothe Le Vayer, p. 121-136[5].
  • «Abrégé de la vie de Monsieur de la Mothe le Vayer, de l'Académie françoise, précepteur de Philippe de France, duc d'Anjou, et ensuite du roi Louis XIV», placée en tête du volume I des Œuvres de François de La Mothe Le Vayer, publiées à Dresde en 1756-1759[6].
  • L'Esprit de La Mothe Le Vayer, par M. de M.C.D.S.P.D.L. [Monsieur de Montlinot, chanoine de Saint-Pierre de Lille], 1763[7].
  • Jean-Baptiste Boyer, marquis d'Argens, Histoire de l'Esprit Humain ou Mémoires Secrets et Universels de la République des Lettres, tome III, Berlin, 1765[8], p. 228-253.
  • Pons-Augustin Alletz, La Philosophie de La Motte Le Vayer, conseiller d'État, et précepteur de Monsieur frere unique du roi Louis XIV, Paris, 1783[9].
  • André Pierre Ledru, notice «La Mothe Le Vayer» dans Biographie universelle, ancienne et moderne, tome trentième, Paris, Michaud, 1821, p. 272-274[10].
  • Joseph-Marie de Gérando, Histoire comparée des systèmes de philosophie, deuxième partie, Histoire de la philosophie moderne, tome I, ch. VIII, «»Renouvellement du scepticisme», p. 354-363[11].
  • Christian Bartholmèss, article «La Mothe Le Vayer» du Dictionnaire des sciences philosophiques, par une société de professeurs et de savants, Paris, 1847, tome III, p. 494-498. 2e éd., Paris, 1875, p. 908-909[12].
  • Louis Étienne, Essai sur La Mothe-Le Vayer, Rennes, 1849[13].
  • Antoine Benoist, De la syntaxe française entre Palsgrave et Vaugelas, Paris, 1877, p. 215-231. Reprint, Genève, Slatikine, 1968[14].
  • René Kerviler, François de La Mothe Le Vayer, précepteur du duc d'Anjou et de Louis XIV, étude sur sa vie et sur ses écrits, Paris, 1879[15].
  • Jacques Denis, «Sceptiques ou libertins de la première moitié du XVIIe siècle: Gassendi, Gabriel Naudé, Gui-Patin, Lamothe Levayer, Cyrano de Bergerac», dans Mémoires de l'Académie nationale des sciences, arts et belles-lettres de Caen, Caen, 1884, p. 175-254[16]. Reprint, Genève, Slatkine, 1970.
  • René Grousset, «Les Libertins», dans Œuvres posthumes, essais et poésies, recueillis et publiés avec les notices de René Doumic et Pierre Imbart de la Tour, Paris, Hachette, 1886.
  • Lucien-Léon Lacroix, Quid de instituendo principe senserit Vayerius (thèse), Parisiis, apud Letouzey et Ané, 1890, 72 p.
  • François-Tommy Perrens, Les Libertins en France au XVIIe siècle, Paris, 1896, p. 129-132[17].
  • Louis Petit de Julleville, Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, tome IV, Dix-septième siècle, première partie, 1601-1660, Paris, Armand Colin & Cie, 1897, p. 171-176[18].
  • Ferdinand Brunot, «La langue de 1600 à 1660», dans Histoire de la langue et de la littérature française des origines à 1900, publiée sous la direction de Louis Petit de Julleville, tome IV, Dix-septième siècle, première partie, 1601-1660, Paris, Armand Colin & Cie, 1897, p. 674-765, en particulier p. 702 et suivantes[19].
  • Ernest Tisserand, Introduction à Deux dialogues faits à l'imitation des anciens [sur la Divinité et sur l'Opiniâtreté], Paris, Éditions Brossard, Collection des Chefs-d'œuvre méconnus, 1922, p. 11-58.
  • Émile Magne, Une amie inconnue de Molière, Paris, Émile-Paul, 1922[20].
  • Henri Busson, La Pensée religieuse française de Charron à Pascal, Paris, Vrin, 1933.
  • A. Lytton Sells, «Molière and La Mothe Le Vayer», Modern Language Review, vol. 28, no 4, oct. 1933, p. 352-357, 444-455.
  • Florence L. Wickelgren, La Mothe Le Vayer, sa vie et son œuvre, Paris, Droz, 1934.
  • Commentaires sur les Remarques de Vaugelas par La Mothe Le Vayer, Scipion Dupleix, Ménage, Bonhours, Conrart, Chapelain, Patru, Thomas, Conrart, Chapelain, Patru, Thomas, Corneille, Cassagne, Andry de Boisregard, avec une introduction par Jeanne Streicher, Paris, Librairie Droz, 1936, 2 vol. Reprint, Slatkine, 1970.
  • René Pintard, compte rendu de «Florence L. Wickelgren, La Mothe Le Vayer, sa vie et son œuvre», dans Revue d'histoire littéraire de la France, 1936, 437-441[21].
  • René Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris, Boivin & Cie, 1943. Le même, «Nouvelle édition augmentée d'un avant-propos et de notes et réflexions sur les problèmes de l'histoire du libertinage», Genève-Paris, Slatkine, 1983.
  • René Pintard, La Mothe Le Vayer, Gassendi, Guy Patin, études de bibliographie et de critique suivies de textes inédits de Guy Patin, Paris, Boivin & Cie, 1943.
  • Jean Grenier, «Le sceptique masqué: La Mothe Le Vayer», La Table ronde, no 22, octobre 1949, p. 1504-1513.
  • Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle, tome I, «L'époque d'Henri IV et de Louis XIII», Paris, Domat, 1949, p. 305-309.
  • Julien-Eymard d’Angers (Charles Chesneau), «Stoïcisme et “libertinage“ dans l’œuvre de François La Mothe Le Vayer», Revue des sciences humaines, Faculté de Lettres de l'Université de Lille, no 75 (juillet-septembre 1954), p. 259-284. Repris dans Julien-Eymard d'Angers, Recherches sur le stoïcisme aux xvie et xviie siècles, édité par Louis Antoine, Hildesheim, Olms, 1975.
  • Richard H. Popkin, The History of Scepticism from Erasmus to Descartes, Assen (Pays-Bas), Van Gorcum, 1960 ; 2e édition revue, New York, Harper & Row, 1964 ; 3e édition, revue et augmentée, Berkeley, University of California Press, 1979; c'est cette dernière édition qui est traduite en français: Histoire du scepticisme d'Érasme à Spinoza, traduction de Christine Hivet, présentation de Catherine Larrère, Paris, PUF, coll. Léviathan, 1995.
  • Bernard Beugnot, «La fonction du dialogue chez La Mothe Le Vayer» dans Le Dialogue, genre littéraire, C.A.I.E.F. (Cahiers de l'Association Internationale des Études Françaises), no 4, Paris, Belles Lettres, mai 1972, p. 31-41.
  • Robert McBride, «Un ami sceptique de Molière», dans Studi francesi, vol. 16, no 2-3, 1972, p. 244-261.
  • Noëlle Choublier Myszkowski, L'Éducation du Prince au XVIIe siècle d'après Heroard et La Mothe Le Vayer (Mémoire de maîtrise d'histoire, présenté à l'Université Paris X, en 1973), Paris, Hachette, Bibliothèque nationale [diffusion Presses de la Fondation nationale des sciences politiques], 1976.
  • Michel Chaillou, «La Mothe Le Vayer, Hexaméron rustique», dans Les Cahiers du chemin, no 29, 15 janvier 1977.
  • René Pintard, «Les problèmes de l'histoire du libertinage. Notes et réflexions», revue Dix-septième siècle, no 32, 1980, p. 131-161.
  • Joseph Beaude, « Amplifier le dixième trope ou la différence culturelle comme argument sceptique», Recherches sur le XVIIe siècle, t. 5, 1982, p. 21-29.
  • Francine Charles-Daubert, «L'Amérique entre rêve et cauchemar dans l'œuvre de F. La Mothe le Vayer», dans La Découverte de nouveaux mondes : aventure et voyages imaginaires au XVIIe siècle. Actes du XXIIe colloque de Centre méridional de rencontres sur le XVIIe siècle (Gênes, 23-25 janvier 1992), recueillis et présentés par Cécilia Rizza. Fasano, Schena, impr. 1993, p. 313-325.
  • Robert McBride, «La théorie et la pratique des voyages selon La Mothe Le Vayer», dans La Découverte de nouveaux mondes : aventure et voyages imaginaires au XVIIe siècle. Actes du XXIIe colloque de Centre méridional de rencontres sur le XVIIe siècle (Gênes, 23-25 janvier 1992-, recueillis et présentés par Cécilia Rizza. Fasano, Schena, impr. 1993, p. 327-337.
  • Alain Mothu, «Orasius Tubero et le “méchant livre” de Descartes», dans La Lettre clandestine, no 4, 1995, p. 524-538[22].
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  • Hélène Ostrowiecki, «Dialogue et érudition à propos du “Dialogue sur le sujet de la divinité“ de La Mothe Le Vayer», dans Libertinage et philosophie au XVIIe siècle, no 2, La Mothe Le Vayer et Naudé, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 1997, p. 49-62.
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  • Robert Damien, «Naudé chez La Mothe Le Vayer : le cas du personnage de Telamon ou le conseil entre douceur et érudition», dans Libertinage et philosophie au XVIIe siècle, 2, La Mothe Le Vayer et Naudé, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 1997, p. 91-104.
  • Gabriel Los d'Urizen, «Entre la larve et l'imago: la nymphe mécréante», avant-propos de la réédition de l'Hexaméron rustique, Paris, Paris-Zanzibar, 1997.
  • Françoise Charles-Daubert, Les Libertins érudits en France au xviie siècle, Paris, PUF, coll. Philosophies, 1998.
  • Sylvia Giocanti, «La Mothe Le Vayer: l'affranchissement continué», dans Bulletin de la Société des amis de Montaigne, VIII, 11-12, juillet-décembre 1998, p. 9-17.
  • David Wetsel, «La Mothe Le Vayer and the subversion of christian belief», Seventeenth Century French Studies, vol. 21, juin 1999, p. 183-193.
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  • Tullio Gregory, Genèse de la raison classique de Charron à Descartes, PUF, coll. Épiméthée, 2000.
  • Jean-Pierre Cavaillé, «La Mothe Le Vayer, libertinage et politique dans le “Dialogue traitant de la politique sceptiquement“», dans Materia actuosa. Antiquité, Âge classique, Lumières, Mélanges en l'honneur d'Olivier Bloch, Paris, Honoré Champion, 2000, p. 121-143.
  • Giovanni Ruocco, «Images de la raison humaine dans le scepticisme de La Mothe Le Vayer», dans Révolution scientifique et libertinage, études réunies par Alain Mothu et Antonella Del Prete (De diversis artibus 48), Turnhout, Brepols, 2000, p. 117-145.
  • Jean-Michel Gros, «Y a-t-il un athéisme libertin?», dans Les Athéismes philosophiques, textes réunis par Emmanuel Chubilleau et Éric Puisais, Paris, Éditions Kimé, 2000, p. 47-61.
  • Philippe-Joseph Salazar, La Divine Sceptique. Éthique et rhétorique au XVIIe siècle, Tübingen, Gunter Narr Verlag, Études Littéraires Françaises, 68, 2000. (ISBN 3-8233-5581-3)
  • Giovanni Dotoli, «De Montaigne à La Mothe Le Vayer, un libertin ami de Mlle de Gournay», dans Littérature et société en France au XVIIe siècle, volume II, Schena-Didier Érudition, 2000, p. 69-75.
  • Sophie Gouverneur, «La Mothe Le Vayer et l’entretien de soi», Libertinage et philosophie au xviie siècle, n° 5, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2001, p. 99-116.
  • Sylvia Giocanti, «»La Mothe Le Vayer: scepticisme libertin et pratique de la contrariété», dans Le Retour des philosophies antiques à l'âge classique, II, Le Scepticisme au XVIe et au XVIIe siècle, sous la direction de Pierre-François Moreau, Paris, Albin Michel, 2001.
  • Sylvia Giocanti, «La Mothe Le Vayer et la pratique du doute», La Lettre clandestine, n° 10, 2001, p. 31-42.
  • Sylvia Giocanti, Penser l’irrésolution. Montaigne, Pascal, La Mothe Le Vayer. Trois itinéraires sceptiques, Paris, Honoré Champion, 2001.
  • Scepticisme, clandestinité et libre pensée (Scepticism, clandestinity and free-thinking) : actes des tables rondes organisées à Dublin dans le cadre du Congrès des lumières, Tenth International Congress on the Enlightenment, 26-27 juillet 1999, sous la direction de Gianni Paganini, Miguel Benitez et James Dybikowski. Paris, Honoré Champion, 2002.
  • Jean-Pierre Cavaillé, Dis/simulations. Jules-César Vanini, François de La Mothe Le Vayer, Gabriel Naudé, Louis Machon et Torquato Accetto, Religion, morale et politique au XVIIe siècle. Paris, Honoré Champion, 2002.
  • Jean-Pierre Cavaillé, «Poésie ancienne et autorisation du libertinage : l’Explication de L’Antre des Nymphes : d’Orasius Ocella (La Mothe le Vayer)», Bulletin de la Société toulousaine d’études classiques, n° 212, novembre 2002, p. 61-73.
  • Emmanuel Bury, «Écriture libertine et sources doxographiques : le cas La Mothe Le Vayer»,  Libertinage et philosophie au xviie siècle, n° 6, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2002, p. 19-36.
  • Isabelle Moreau, «Polémique libertine et querelle du purisme: La Mothe Le Vayer ou le refus d'un "Art de plaire" au service du vulgaire», dans Revue d'histoire littéraire de la France, 2003/2, vol. 103, p. 377-396.
  • Sophie Gouverneur, «La Mothe Le Vayer et la politique, ou l’usage libertin du scepticisme antique», Libertinage et philosophie au xviie siècle, n° 7, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2003, p. 189-202.
  • Nicole Gengoux, «Place et fonction de l’épicurisme dans les Dialogues faits à l’imitation des Anciens de La Mothe Le Vayer», dans Libertinage et philosophie au xviie siècle, n° 7, Publications de l'Université de Saint-Étienne, 2003, p. 141-188.
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  • Sylvia Giocanti, «Bayle et La Mothe Le Vayer», dans Pierre Bayle dans la République des Lettres. Philosophie, religion, critique, études recueillies et présentées par Antony McKenna et Gianni Paganini, Paris, Honoré Champion, 2004, p. 243-264.
  • Sylvia Giocanbti, «L'insurmontable chagrin d'un sceptique: La Mothe Le Vayer», dans La Cause freudienne, nouvelle revue de psychanalyse, no 58 («Maladies de l'époque»), 2004, p. 124-127.
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  • Sophie Gouverneur, Prudence et subversion libertines. La critique de la Raison d’État chez François de La Mothe Le Vayer, Gabriel Naudé et Samuel Sorbière, Paris, Honoré Champion, 2005.
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  • Sophie Gouverneur, «Scepticisme et libertinage politique chez La Mothe Le Vayer et Samuel Sorbière», Littératures classiques, n° 55, «Libertinage et politique au temps de la monarchie absolue», 2005, p. 43-52.
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  • Bruno Roche, Le Rire des libertins dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris, Honoré Champion, coll. « Libre pensée et littérature clandestine » no 45, 2011 (EAN : 9782745320926).
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  • Sophie Feller-Jamin, Anthropologie de la croyance et analyse des représentations à l’âge classique : l’apport des libertins érudits, thèse de l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, sous la direction de Jean-Claude Darmon.
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Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]