François de La Mothe Le Vayer

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François de La Mothe Le Vayer

Philosophe et Scientifique

Époque Moderne

Description de l'image  FrancoisLaMotheLeVayer.jpg.
Naissance 1588, Paris
Décès 9 mai 1672, Paris
École/tradition Scepticisme
Influencé par Pyrrhon

François de La Mothe Le Vayer, né en août 1588 à Paris où il est mort le 9 mai 1672, est un philosophe sceptique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un substitut du procureur général au Parlement, La Mothe Le Vayer lui succéda dans cette charge en 1625, mais bientôt il quitta la magistrature pour les lettres, dont la société de beaux esprits qu’il fréquentait chez Marie de Gournay lui avait inspiré le goût. Il devint une des figures du libertinage érudit au XVIIe siècle, l’un des piliers avec Gabriel Naudé, Pierre Gassendi et Élie Diodati de la « Tétrade ».

En 1639, il entra à l’Académie française et, après la publication de son livre intitulé De l’instruction de Monsieur le Dauphin (1640, in-4°), Richelieu le désigna pour être le précepteur du fils aîné de Louis XIII, mais Anne d'Autriche ne suivit pas d’abord l’avis du ministre. Elle confia cependant à La Mothe Le Vayer, en 1639, l’éducation de Philippe de France et, quand elle vit le succès de ses leçons, elle le chargea, en 1652, de terminer l’éducation du roi.

Ces fonctions de précepteur royal lui donnèrent l’idée de divers traités : la Géographie, la Rhétorique, la Morale, l’Économique, la Politique, la Logique, la Physique du prince, qu’il publia de 1651 à 1656 ; il y ajouta les Petits Traités en forme de lettres, de 1649 à 1660.

Il eut les titres d’historiographe de France et de conseiller d’État. Un critique moderne[Qui ?] a porté ce jugement sur lui :

« Caractère modéré et élevé, auquel on a reproché des licences d’expression alors admises, et qu’on a injustement accusé d’athéisme ; homme de beaucoup d’esprit, bien qu’à en croire Balzac il se plût à mettre en œuvre l’esprit des autres ; en possession de lectures immenses qui lui valurent dans son temps les titres de Plutarque et de Sénèque français ; doué d’une mémoire étonnante, qui se révèle par un luxe de citations ; professant un culte judicieux pour l’antiquité, montrant une connaissance familière des temps modernes, déployant en toute circonstance une manière d’écrire facile, piquante, pleine d’intérêt et de gaieté, La Mothe Le Vayer est digne de prendre place entre Montaigne et Bayle ; moins original que le premier, mais aussi érudit que le second. »

Comme le premier, il fait de nombreuses citations et de fréquentes digressions.

Il avait hérité de la bibliothèque de Marie de Gournay qui était elle-même enrichie de celles de Montaigne et de La Boétie.

Pensée[modifier | modifier le code]

Presque tous ses écrits, à part ceux précédemment cités, ont un objet philosophique. Il voulut y enseigner « la sceptique chrétienne », qui apprend à former des doutes « sur tout ce que les dogmatiques établissent de plus affirmativement dans toute l’étendue des sciences » et qui « doute même de ses doutes ». S’il lui donne le nom de chrétienne, c’est que « ce système a par préférence cela de commun avec l’Évangile, qu’il condamne le savoir présomptueux des dogmatiques et toutes ces vaines sciences dont l’apôtre nous a fait tant de peur ». Au fond, son but est, suivant le précepte de Sextus Empiricus, dont il invoque souvent l’autorité, le repos, la tranquillité d’âme dans l’indifférence.

Le plus connu de ses ouvrages parut sous le titre de Cinq Dialogues faits à l’imitation des anciens, par Horatius Tubero (Francfort, 1698, in-4° ; 1716, in-12). Le prétendu Horatius Tubero imite l’esprit de la conversation cicéronienne. Dans le premier dialogue, il insiste sur la diversité et la contradiction des opinions, des coutumes et des mœurs des hommes. Dans le second, il dépeint la différence des mœurs et usages. Dans le troisième, il vante les charmes de la solitude. Dans le quatrième, il fait l’éloge des « rares et éminentes qualités des ânes de son temps ». Dans le cinquième, il s’étend sur la différence des religions. La conclusion est résumée dans ces vers espagnols :

De las cosas mas seguras
La mas segura es dudar[note 1].

Ces dialogues, le dernier ouvrage de La Mothe le Vayer, n’étaient pas destinés au public, mais à ses amis philosophes ; il les avait composés « en philosophe ancien et païen, in puris naturalibus, ce qui suffit à en expliquer la liberté de langage. Ses autres écrits sont le Discours de la contrariété d’humeur qui se trouve entre certaines nations, et singulièrement entre, la française et l’espagnole (Paris, 1636, in-8° , traduction supposée de l’italien Fabricio Campolini ; Considérations sur l’éloquence française (1638, in-12) ; De la Vertu des Païens (1642, in-4°) ; Jugement sur les anciens et principaux historiens grecs et latins (1646, in-8°) ; Discours pour montrer que les doutes de la philosophie sceptique sont d’un grand usage dans les sciences (1668) ; Du peu de certitude qu’il y a dans l’histoire (1668) ; Hexaméron rustique ou les six journées passées à la campagne (1671, in-12).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Des choses les plus certaines, la plus certaine est le doute. »

Source[modifier | modifier le code]

  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 1179

Oeuvres[modifier | modifier le code]

  • Prose chagrine, éd. de Guillaume Tomasino, Klincksieck, 2012.
  • De la liberté et de la servitude, éd. et postface de Lionel Leforestier, Gallimard / Le Promeneur, 2007.
  • De la vertu des païens, Libertins du XVIIe siècle, tome 2, La Pléiade / Gallimard, 2004.
  • De la patrie et des étrangers et autres petits traités sceptiques, éd. présentée et établie par Philippe-Joseph Salazar, Desjonquères, 2003.
  • Petit traité sceptique sur cette commune façon de parler : "N'avoir pas le sens commun" (1646), éd. et postface de Lionel Leforestier, Gallimard / Le Promeneur, 2003.
  • Dialogues faits à l'imitation des Anciens, rééd. Fayard, 1988.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sylvia Giocanti, Penser l’irrésolution. Montaigne, Pascal, La Mothe Le Vayer. Trois itinéraires sceptiques, Champion, 2001.
  • Sophie Gouverneur, Prudence et subversion libertines. La critique de la Raison d’État chez François de La Mothe Le Vayer, Gabriel Naudé et Samuel Sorbière, Champion, 2005.
  • Michel Onfray, Contre-histoire de la philosophie, tome 3 : Les Libertins baroques, pages 73 à 117, Grasset.
  • Gianni Paganini, Skepsis. Le débat des modernes sur le scepticisme. Montaigne, Le Vayer, Campanella, Hobbes, Descartes, Bayle, Paris, Vrin, 2008
  • René Pintard, Le Libertinage érudit dans la première moitié du XVIIe siècle, (1943), Slatkine, 2000.
  • Bruno Roche, Le Rire des libertins dans la première moitié du XVIIe siècle, Paris, Honoré Champion, coll. « Libre pensée et littérature clandestine » no 45, 2011 (EAN : 9782745320926).
  • Philippe-Joseph Salazar, La Divine Sceptique. Éthique et rhétorique au XVIIe siècle, Tübingen, Gunter Narr Verlag, Études Littéraires Françaises, 68, 2000, 131 p. (ISBN 3-8233-5581-3)
  • Philippe-Joseph Salazar, « Sur la bonne chère rhétorique – La Mothe Le Vayer politique », in Poétique de la pensée. Études sur l'âge classique et le siècle philosophique, en hommage à Jean Dagen, B. Guion et al., Paris, Honoré Champion, 2006, p. 813-823. (ISBN 978-2-7453-1476-3[à vérifier : isbn invalide])

Lien externe[modifier | modifier le code]