François Pouqueville

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François Pouqueville

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Portrait devant Janina
par Henriette Lorimier - Château de Versailles.

Naissance
Le Merlerault
Décès (à 68 ans)
Paris
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Diplomate
Autres activités
Écrivain, Médecin
Distinctions
Académicien

François Charles Hugues Laurent Pouqueville, né au Merlerault le 4 novembre 1770 et mort le 20 décembre 1838 à Paris, est un médecin, diplomate, voyageur et écrivain philhellène français, membre de l'institut de France[1] et membre de la commission des Sciences et des Arts qui accompagne l’expédition d’Égypte de Bonaparte. Capturé par des pirates, il est emprisonné à Constantinople, puis, nommé Consul Général de France auprès d'Ali Pacha de Janina par Napoléon Ier, il voyage abondamment pendant quinze ans dans la Grèce et les Balkans sous domination turque, et, par ses actions diplomatiques et par ses ouvrages, il contribue activement à la rébellion grecque et à la libération de la Grèce.

Jeunesse : religion et révolution[modifier | modifier le code]

François Pouqueville fait ses études au collège de Caen[2] avant d’entrer au séminaire de Lisieux où il accède au sous-diaconat puis devient diacre. Il est ordonné prêtre à l'âge de 21 ans. L'année suivante, en 1792, il est vicaire dans sa commune natale, desservant constitutionnel de Montmarcé (incluse dans Le Merlerault en 1822). Connu pour ses convictions de jeune prêtre aristocrate et royaliste, il échappe cependant aux massacres des épurations sous la terreur en étant caché et protégé par ses ouailles.

C'est à cette époque que se révèle en lui un remarquable talent de chroniqueur épistolaire. Très attaché à son jeune frère Hugues et à leur sœur Adèle, il leur écrit, sa vie durant, d'innombrables lettres qui sont un véritable trésor d'informations sur tous les aspects de la vie d'un grand voyageur, explorateur, et diplomate, sous le Directoire, l'Empire et la Restauration, et qui démontrent son esprit observateur, préfigurant le soin qu'il apporte aux détails descriptifs dans ses nombreux ouvrages historiques.

Le Merlerault, église

Au cours de cette période d'exaltation, comme beaucoup de jeunes aristocrates de l'époque, il soutient l'essor du mouvement démocratique et, lorsque le 14 juillet 1793 (an 2 de la République) l'Assemblée primaire du Merlerault adopte l'acte constitutionnel, il en est le secrétaire.

Élu adjoint au maire (1793) et finalement conquis par les préceptes de la Révolution, il renonce à ses fonctions sacerdotales après la suppression de l'Église constitutionnelle pour devenir instituteur (1794) et adjoint municipal (1795) au Merlerault. Il demeure profondément croyant toute sa vie durant.

Cependant, sa renonciation, son franc-parler républicain et ses vives critiques de la Papauté font alors de lui la cible cette fois-ci de la réaction royaliste qui est très féroce dans l'ouest de la France et en Normandie, et il est de nouveau contraint à se cacher - probablement à Caen[3] - jusqu'à la défaite à Quiberon des troupes royalistes et des émigrés ralliés par les bandes de chouans de Charette, écrasés par celles de la République commandées par Hoche, comme Bonaparte, le "Capitaine Canon", l'avait fait lors de la prise de Toulon et le 13 vendémiaire à Paris.

François Pouqueville réapparaît alors au Merlerault et, bientôt, le docteur Nicolas Cochain, le médecin local, et qui fut l'un de ses condisciples au collège de Caen, prend Pouqueville comme élève chirurgien puis le recommande à un de ses amis, le professeur Antoine Dubois[4] de la Faculté de médecine de Paris, futur accoucheur de l'impératrice Marie-Louise pour la naissance du roi de Rome, 1811.

Francois Pouqueville 1805

Pouqueville quitte alors Le Merlerault pour Paris (1797), à 27 ans.

Il fait avec Dubois des progrès rapides et, lorsque Bonaparte monte l’expédition d’Égypte, Pouqueville est désigné pour en faire partie. Il figure en qualité d'officier de santé chirurgien de l'armée d'Orient et membre de la commission des sciences et des arts sur la liste des participants établie par Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne, ministre d'État[5].

Porté par des rêves de gloire et de fortune, François Pouqueville s'embarque à Toulon sur la flotte française qui cingle en mai 1798 vers l'orient, avec Bonaparte à sa tête. Il assiste à la prise victorieuse de l'île de Malte[N 1].

Pendant la traversée, et malgré le mal de mer qui afflige tout le monde, c'est lui qui apprend et fait répéter aux marins et soldats français les couplets de la Marseillaise.

Prisonnier du sultan[modifier | modifier le code]

Égypte : Bonaparte, Nelson et pirates[modifier | modifier le code]

En Égypte, après la première bataille d’Aboukir en 1798, Kléber le charge de négocier l’échange des prisonniers avec Nelson. C'est l'occasion pour François Pouqueville de rencontrer quelques grandes figures de l'amirauté britannique. Il apprécie tout de suite le commodore Sidney Smith qui s'exprime fort bien en français et fait montre de courtoisie, de noblesse et d'humanité. À l'inverse, sa rencontre avec Nelson le répugne, tant l'amiral anglais fait preuve de cruauté et de bassesse dans ses relations avec les officiers français. Dès cet instant, Pouqueville ne mentionne plus Nelson que sous l'épithète de "cyclope sanguinaire". Par contre, il montre toujours un grand respect pour Sidney Smith, même si plus tard le frère aîné de celui-ci se conduit abjectement envers les Français prisonniers à Constantinople.

Sa mission accomplie, et victime d’une mauvaise fièvre qui l’empêche de continuer ses travaux scientifiques, François Pouqueville se voit conseiller par Kléber de retourner en France pour se faire soigner. Il embarque pour l’Italie le 26 octobre 1798 sur la tartane livournaise La Madonna di Montenegro, en compagnie entre autres de Julien Bessières, Alexandre Gérard, Joseph Charbonnel et Jean Poitevin. Le navire est arraisonné par des pirates barbaresques au large de la Calabre et il est fait prisonnier. Le groupe de Français est rapidement séparé à la suite de l'apparition d'une frégate venue capturer les pirates ; Pouqueville reste sur la tartane tandis qu'une partie de ses compagnons, dont Bessières, est emmenée par le chef des pirates, Orouchs, sur son navire. Il en retrouvera certains par la suite à Constantinople. Lui et ses compagnons convainquent le capitaine de les emmener à Zante au lieu de Tripoli, port d'attache des pirates, mais l'équipage s'en aperçoit et change de cap, se dirigeant vers les côtes du Péloponnèse; une tempête cause alors des avaries au navire. Manquant de vivres et menacé d'une nouvelle tempête, le navire se réfugie dans la baie de Navarin, où il est arraisonné par les Turcs.

Péloponnèse : explorateur et médecin[modifier | modifier le code]

Conduit à Navarin le , il est fait prisonnier, l'empire ottoman étant entré en guerre avec la France. Il est alors emmené à Tripolitza, capitale du Péloponnèse, et livré au pacha Moustapha, gouverneur de Morée (Péloponnèse). Il y reste prisonnier plusieurs mois. Moustapha Pacha le reçoit avec indifférence mais le protège de la hargne des soldats albanais qui l'avaient brutalement escorté depuis Navarin, et il le fait héberger décemment.

Peu après, le pacha est déposé et remplacé par Achmet Pacha[6]. Ce dernier, ayant appris que Francois Pouqueville connaissait la médecine, le traite avec quelques égards et, après l'avoir vu soigner avec succès quelques membres de son entourage, le désigne comme médecin officiel de son pachalik. Pouqueville profite de sa situation pour explorer les régions environnantes[7] en examinant les vestiges de la Grèce antique qu'il peut reconnaître.

Il séjourne à Tripolitza pendant le rigoureux hiver de 1798-99.

Constantinople : cachots et harems[modifier | modifier le code]

Yedikule 2006.

Au printemps, le sultan ordonne qu'il soit transféré avec ses codétenus par voie de mer à Constantinople, où il est interné le 11 juin 1799 au château des Sept Tours (forteresse de Yedikule). Il y est détenu pendant deux ans.

Pouqueville rapporte que s'y trouvaient les membres de l'ambassade de France, vivant dans des conditions abjectes, le sultan leur ayant refusé, sur l'insistance des représentants anglais à sa cour, de rester sur parole comme c'est l'usage dans le monde diplomatique, dans le palais de l'ambassade française que les Anglais s'étaient eux-mêmes appropriés.

Il se porte aussitôt au chevet de l'adjudant-général Nicolas Rozé, enfermé là mourant, mais qu'il ne peut sauver[N 2].

À Constantinople, François Pouqueville se lie avec le chargé d'affaires français Pierre Ruffin, retenu prisonnier là depuis l’expédition d’Égypte, qu'il soigne et qu’il surnomme le Nestor de l’Orient et auprès duquel il complète sa formation d’orientaliste. Les deux hommes continuent de correspondre après leur libération jusqu’à la mort de Ruffin en 1824.

Jouissant bientôt d'une semi-liberté de mouvements car sa renommée de médecin s'était vite répandue chez ses geôliers, Pouqueville parvient à visiter secrètement les alentours de la forteresse et, notamment, les jardins privés du sultan au palais de Topkapi, et même son harem, grâce à la complicité du jardinier du sultan dont il s'était fait un ami.

À Constantinople, Pouqueville entreprend d’étudier le grec moderne sous la tutelle de Jean-Daniel Kieffer[8], secrétaire de la légation. Il traduit Anacréon, Homère et Hippocrate, compose plusieurs apologues orientaux comme Le Paria, un petit poème burlesque, La Gueuséide, en quatre chants et en sixains, et quelques poésies légères, dédiées à Rose Ruffin.

Pendant toute sa captivité, il continue de tenir un journal composé selon un code secret qu'il avait imaginé et qu'il réussit à dissimuler en attirant ostensiblement l'attention de ses geôliers sur d'autres lettres et pages griffonnées sans valeur qu'il leur laissait confisquer. Ce fut ce journal occulte qui lui permit d'écrire les quelque six-cents pages des premier et second volume du livre important[9] qu'il publia quelques années après son retour en France et qui le rendit célèbre, les trois cents pages du troisième volume étant consacrées aux étonnantes aventures vécues par ses amis et compagnons d'infortune, messieurs Poitevin (futur baron, général), Charbonnel (futur général) et Bessières (futur consul général) après leur libération des cachots de Constantinople.

Éveil du philhellène[modifier | modifier le code]

Jeune garçon grec défendant son père blessé par Ary Scheffer (1828).
Article détaillé : Philhellénisme.

Au début de sa découverte de la Grèce en 1798, étant lui-même l'otage de l'occupant turc, François Pouqueville jette un regard incertain sur les Grecs qu'il rencontre dans l'entourage de ses gardiens. Tout comme Lord Byron, une autre célébrité philhellène[N 3], il n'est pas immédiatement convaincu de la sincérité des Grecs[N 4]. Mais, avec le temps, son travail de médecin du pachalik fait que son escorte turque devient moins contraignante et ses fréquents contacts avec d'authentiques Grecs lui ouvrent les yeux sur l'existence de leur riche passé culturel[N 5]. En dépit de plus de sept générations de suppression par l'occupation ottomane, l'identité sociale des Grecs avait survécu et Pouqueville ressent une sympathie grandissante pour les signes avant-coureurs du mouvement de la régénération grecque[10].

Son statut de prisonnier du Sultan ne lui permet pas à ce moment d'agir plus qu'il ne peut le faire en donnant ses soins médicaux à la population oppressée, mais ses écrits montrent clairement son éveil et son soutien à une nouvelle disposition intellectuelle et émotionnelle envers les Grecs.

Dès lors, ses descriptions enthousiastes de la Grèce sont les premiers témoignages à l'orée du XIXe siècle du mouvement philhellène naissant. Son impulsion va s'élargissant dans toute l'Europe avec la publication et la distribution internationale de ses ouvrages qui créent un courant parmi les plus grands esprits de l'époque pour suivre ses traces dans la Grèce retrouvée. Sa renaissance s'ensuit au cours de quelques décennies avec sa révolte et sa libération conjuguées avec le morcellement de l'Empire Ottoman.

Le 24 juillet 1801, après avoir passé vingt-cinq mois confiné au château des Sept Tours, Pouqueville est libéré sur la réclamation du gouvernement français et avec l'assistance des diplomates russes en Turquie, et il revient en France[N 6].

Diplomate et archéologue[modifier | modifier le code]

De retour à Paris, il passe sa thèse de doctorat, De febre adeno-nevrosa seu de peste orientali, travail sur la peste d’Orient qu’il lui vaut d’être présenté aux concours pour les prix décennaux.

Mais Pouqueville renonce néanmoins à pratiquer la médecine pour s’adonner à son goût pour la littérature et l’archéologie.

Son premier ouvrage, Voyage en Morée et à Constantinople, dédicacé à l'Empereur et publié en 1805 lui vaut d’être nommé consul général auprès d’Ali Pacha à Janina[Quand ?]. Sa connaissance de la région et des langues locales faisait de lui l’agent diplomatique idéal[N 7] pour Napoléon Ier et son ministre Talleyrand. Pouqueville accepte le poste qui lui permettrait aussi de continuer ses recherches sur la Grèce.

Ali Pacha de Janina[modifier | modifier le code]

Ali Pacha d'après Louis Dupré..

Il est initialement favorablement accueilli par le célèbre pacha, qu’il accompagne dans plusieurs de ses excursions et qui lui fournit les moyens d’explorer l’Albanie dont il était originaire.

Firman du sultan Selim III nommant F. Pouqueville à la cour d'Ali Pacha.

Pour un temps, il se lie avec l'agent diplomatique britannique Leake avec lequel il entreprend des voyages d'études archéologiques dans la Grèce. Ensemble ils y relèvent de nombreux sites antiques jusque là oubliés ou même inconnus.

Son statut diplomatique permet aussi à Pouqueville ou son frère Hugues d'explorer l'ensemble de la Grèce jusqu'à la Macédoine et la Thrace[11]. Il continue à tenir un journal contenant le précis de ses observations et découvertes effectuées au cours d'un très grand nombre d'explorations couvrant toute la Grèce et les Balkans et entreprises durant ses quinze années de mission diplomatique à Janina et à Patras[12]. Ainsi, rejoint par son frère Hugues nommé consul en Grèce en 1811, il recherche et répertorie les traces de non moins de soixante-cinq villes de l'Antiquité dans la seule région de l'Épire[13].

En 1813, il fait la découverte à Actium d'une stèle de pierre portant des inscriptions acarnaniennes qu'il déchiffre. Il s'avère que cette stèle datait de l'époque de l'apparition en Grèce des légions romaines (-197) et que son inscription était un décret du sénat et du peuple d'Acarnanie proclamant les frères Publius et Lucius Acilius comme étant leurs amis et bienfaiteurs[14].

Dès 1805, la cour d'Ali Pacha à Janina est en proie à d'intenses tractations diplomatiques entre les diverses puissances européennes[15], encouragées par le pacha lui-même[16], et Pouqueville est, durant des années, l'objet d'acerbes et méprisantes critiques[17] de la part des visiteurs anglais tels que Lord Byron[18] avec Hobhouse[19], et Cockerell[20], alors qu'ils se laissent volontiers corrompre par les mœurs dépravés de la cour de Janina[21] tandis que Pouqueville fait preuve, au contraire, de rectitude et de fermeté envers Ali Pacha[22]. En outre, le renom littéraire et politique que Pouqueville s'est acquis avec le succès international de son premier livre, dédié à Napoléon Ier, et faisant de lui dès 1805 le précurseur du mouvement philhellène naissant est évidemment une cause de ressentiment pour les Anglais. Le distingué Révérend Thomas S. Hughes[23] quant à lui trouve

« Pouqueville très civil, généreux et humain, et le considère comme un lettré et un homme du monde démontrant une grande hospitalité en dépit des conflits haineux qui séparaient leurs deux pays à l'époque. »

— Rev. T.S. Hughes, Travels in Greece and Albania, London, 1830

Ali Pacha sur le lac Louis Dupré (1821).

Mais après la paix de Tilsitt en 1807, Ali Pacha, jusque-là assez favorable aux intérêts de la France, se rapproche de l’Angleterre. Les prises de position résolument philhellènes de Pouqueville et son opposition constante[réf. nécessaire] aux méthodes criminelles[24] d'Ali rendent sa mission diplomatique progressivement très difficile[25]. Ayant sauvé les Grecs de Parga des hordes meurtrières d'Ali en consolidant leur défense par l'envoi de troupes françaises[réf. nécessaire], ce qui rend le pacha fou de rage, il passe alors à Janina plusieurs années dans une situation complexe, moitié ami, moitié prisonnier du pacha, et sa vie étant menacée, il doit parfois vivre confiné dans sa maison[26]. Chaque fois qu’il a une démarche officielle à faire auprès du pacha, il doit en charger son frère Hugues[27], lui-même consul de France à Prévéza, puis à Arta, et également témoin horrifié des atrocités commises par Ali dans toute l'Épire.
Dans ses mémoires, François Pouqueville arrive à cette conclusion : « C'était de cette manière que les Turcs, à force d'excès, préparaient et fomentaient l'insurrection de la Grèce. »

En 1816, François Pouqueville quitte Janina pour Patras où il est nommé consul.

Ali Pacha est disgracié et se révolte ouvertement en 1820, cette guerre favorisant les débuts de la révolution grecque en mobilisant les troupes ottomanes en Épire; Ali est finalement exécuté en 1822, sa tête étant rapportée au sultan[28].

Avec une remarquable préscience due à sa parfaite connaissance de la région et de ses populations[29], François Pouqueville prédit ainsi les troubles récurrents qui secoueront les Balkans au cours de l'Histoire :

« Je dirai comment Ali Tebelen Véli Zadé, après s'être créé une de ces effrayantes réputations qui retentiront dans l'avenir, est tombé de la puissance, en léguant à l'Épire, sa patrie, l'héritage funeste de l'anarchie, des maux incalculables à la dynastie tartare d'Ottman, l'espérance de la liberté aux Grecs, et peut-être de long sujets de discorde à l'Europe[30]. »

— Histoire de la régénération de la Grèce, tome I, chap. 1er.

Patras et l'indépendance de la Grèce[modifier | modifier le code]

Soulèvement de Salona Louis Dupré (1821).

Le poste de consul-général à Janina ayant été supprimé[N 8], Pouqueville est nommé consul à Patras, un poste moins prestigieux, tandis que son frère est nommé consul à Arta. Ils quittent Janina en février 1815[31]. Il reste à Patras jusqu'en 1817 ; son frère Hugues lui succède à ce poste.

La guerre d'indépendance grecque est déclarée le 25 mars 1821 dans la chapelle d’Agios Georgios de Patras.
Contrairement au consul Green[N 9] du Royaume-Uni[32], qui refuse d’aider les Grecs et collabore avec les Turcs[33], le consul Hugues Pouqueville[34] donne refuge aux réfugiés grecs dans la résidence consulaire de France alors que la répression turque fait rage. Il sauve aussi la vie de ses employés turcs en leur ménageant leur évasion[35]. Ses écrits rapportèrent plus tard ces évènements et l’étendue des destructions qu’il qualifia d’horribles. Dans ses mémoires, le chancelier Pasquier (1767-1862) rapporta :

« Tous les Grecs qui n'avaient pu s'enfuir furent impitoyablement massacrés, sans distinction de sexe ni d'âge. Il n'y eut d'épargnés que quelques malheureux qui trouvèrent un asile dans la maison du consul de France, M. Pouqueville. Il les sauva au péril de sa vie. Ce fut le premier exemple du courageux dévouement avec lequel les consuls français ont rempli leurs devoirs[36]... »

Finalement, les légations qui avaient été favorables à la révolte durent être évacuées et Pouqueville est rapatrié en France[37].

Ayant pris une retraite bien méritée[38] François Pouqueville se consacre désormais entièrement à l'écriture de ses nombreux ouvrages. La bataille de Navarin, le 20 octobre 1827, scelle la fin des 360 ans d’occupation turque de la Grèce, et, en 1828, les forces armées françaises expulsent la garnison turque qui demeurait embusquée dans la citadelle de Patras[39].

1827 : Bataille navale de Navarin, par Garneray.

C'est sur ce rivage de Navarin que Pouqueville avait été jeté quelque trente ans auparavant, et où il fit ses tout premiers pas sur le sol de la Grèce.

Quant au pirate Orouchs qui l'avait alors saisi, il se mit peu après au service d'Ali Pacha, à qui il avait livré entre autres Charbonnel et Bessières, mais fut ensuite étranglé sur son ordre à la suite de ses échecs[40].

Retour dans le monde parisien[modifier | modifier le code]

Carte dressée par Barbié du Bocage sur les mémoires de M. Pouqueville (1821).

Les honneurs[modifier | modifier le code]

François de Pouqueville v. 1811.

De retour à Paris, François Pouqueville est élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres dont il était devenu le correspondant dès le 5 février 1819. Il est nommé membre de l’Institut d'Égypte, membre honoraire de l’Académie de médecine, membre associé de l'Académie royale de Marseille, membre de l'Académie ionienne de Corcyre [41], membre de la Société des sciences de Bonn, chevalier de la Légion d'honneur (1811).

L'écrivain philhellène[modifier | modifier le code]

Tout en parlant de la Grèce antique dans les ouvrages et les nombreux articles qu’il publie à partir de cette époque, Pouqueville s’attache surtout à dépeindre l’état d’oppression dans lequel se trouvaient les Grecs sous le joug des Turcs et il se fait le témoin des crimes et abominations perpétrés par Ali Pacha et ses hordes d'assassins avec la complicité du sultan et de ses alliés anglais[N 10]. Ce faisant, il décrit la vie quotidienne, les us et coutumes et les traditions des habitants grecs du Péloponèse ainsi que leur condition économique et sociale[42]. Ses observations deviennent vite un engagement profond pour la cause de la rébellion des grecs qu'il relate fidèlement dans des ouvrages promptement publiés et traduits en plusieurs langues[43]. Ceux-ci ont immédiatement une influence considérable dans une Europe alors gagnée par les idées révolutionnaires[44].

Ses ouvrages offrent aussi une description précise de la géographie, de l'archéologie, de la topographie, et de la géologie des régions qu'il avait traversées ou visitées[45], et ses observations se révèlent précieuses pour d'autres chercheurs et pour le travail du géographe Jean-Denis Barbié du Bocage, auteur du bel atlas accompagnant le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, dans le milieu du quatrième siècle avant l'ère vulgaire et qui fut un des fondateurs en 1821 de la Société de géographie. Les cartes et relevés de la Grèce qui furent établies grâce à cette collaboration, et celle de M. Lapie avec la publication du "Voyage de la Grèce", étaient si complètes et si détaillées qu'elles demeurèrent en usage en Grèce jusqu'à l'avènement de la photographie aérienne, et même de nos jours[réf. nécessaire][N 11].

Ses récits sont cependant souvent considérés comme exagérés voire inventés, et par conséquent peu fiables[46],[47],[48].

La Grèce reconnaît son engagement en lui décernant l'Ordre du Sauveur.

Casimir Delavigne lui a dédié deux de ses Messéniennes, odes aux combats pour la liberté.

L'épitaphe gravée dans le marbre de la tombe de F.C.H.L Pouqueville dit en français et en grec :

« Par ses écrits il contribua puissamment à rendre aux Grecs asservis leur antique nationalité ».

Milieu littéraire et artistique[modifier | modifier le code]

Les femmes souliotes par Ary Scheffer (1827).
Bronze par David d'Angers.
François Pouqueville, par Ingres (1834).

Il devient un familier des salons parisiens[49] tels que celui de Sophie de Ségur qui le met en scène dans Quel amour d'enfant! sous l’amusant pseudonyme de Monsieur Tocambel[50].

Il se lie avec nombre d’artistes et d’intellectuels de son époque, tels que Chateaubriand qu'il avait dès 1805 incité à aller découvrir la Grèce[51], et Arago, ou encore Alexandre Dumas, qui rend hommage à son expertise dans l’ouvrage qu’il écrit lui-même sur Ali Pacha[52].

le drame de Parga par Francesco Hayez (1826).

Le chapitre que Pouqueville écrit sur le massacre des Souliotes ordonné par Ali Pacha en 1804 et publié dans son ouvrage Histoire de la Régénération de la Grèce (Paris, 1824) inspire Népomucène Lemercier à écrire Les Martyres de Souli ou l'Épire moderne, tragédie en cinq actes (Paris, 1825), et le peintre Ary Scheffer à peindre le tableau Les femmes souliotes (1827)[53]. Son récit des outrages que les habitants de Parga subirent lorsque les Anglais cédèrent la ville à la cruauté d'Ali Pacha en 1818[54] inspire aussi le peintre romantique italien Francesco Hayez (1791-1882) à réaliser L'expulsion de Parga[55].

Peu de temps après son retour de captivité à Constantinople en 1801, il était devenu l’ami d’Henriette Lorimier, portraitiste en vogue et qui est sa compagne jusqu’à son décès. Ingres, qui était un de leurs proches, fait un portrait de lui en 1834.

Après avoir sauvé tant de vies humaines, François Pouqueville, âgé de 68 ans, s'éteint en leur domicile au 3, rue de l'Abbaye à Paris.

Son tombeau au cimetière du Montparnasse est orné d’une stèle sculptée avec son effigie par son ami le sculpteur David d'Angers.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie, et dans plusieurs autres parties de l'Empire Ottoman (Paris, 1805, 3 vol. in-8°), traduit en anglais et en allemand ; reproduit en ligne sur Gallica
  • Travels in Epirus, Albania, Macedonia, and Thessaly (London: Printed for Sir Richard Phillips and Co, 1820), une édition anglaise condensée et tronquée, disponible en ligne
  • Voyage de la Grèce (Paris, 1820-1822, 5 vol. in-8° ; 2e édit. : 1826-1827, 6 vol. in-8°), son ouvrage capital. En ligne: Google Books [56].
  • Prisonnier chez les Turcs & Le Tigre de Janina Romans et Aventures Célèbres, Édition Illustrée, À La Librairie Illustrée, Paris 8 c.1820
  • Histoire de la régénération de la Grèce (Paris, 1824, 4 vol. in-8°), traduit en de nombreuses langues. Version originale française sur Google books [57]
  • Mémoire historique et diplomatique sur le commerce et les établissements français au Levant, depuis l’an 500 jusqu’à la fin du XVIIe siècle, (Paris, 1833, in-8°)
  • La Grèce, dans l’Univers pittoresque (1835, in-8°) ; reproduit en ligne dans Gallica
  • Trois Mémoires sur l’Illyrie
  • Mémoire sur les colonies valaques établies dans les montagnes de la Grèce, depuis Fienne jusque dans la Morée
  • Notice sur la fin tragique d’Ali-Tébélen (1822, in-8°)

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Durant la prise de Malte les Français libérèrent les prisonniers des Chevaliers de Malte. Parmi les libérés se trouvait le pirate qui commanda le navire marchand sur lequel il se trouvait, après sa capture. Notes biographiques François de Pouqueville (2009)[Quoi ?], Voyage en Morée T1 p. 6-7
  2. Rozé avait été capturé par traitrise par Ali Pacha de Janina, dont il avait pourtant épousé une des protégées, au moment de la conquête des iles ioniennes par les Russes et les Ottomans en 1798 (The Life of Ali Pacha of Jannina 2nd Edition Lupton Relfe, London (1823) Page 94 (Lire en ligne).
  3. Le philhellènisme fut un mouvement inspiré par l'amour de la Grèce classique mais distinct de l'intérêt d'antiquaire tout aussi populaire pour les produits culturels de l'antiquité classique. Le philhellénisme comportait une mobilisation autour de la cause du destin des Grecs modernes, reconnus comme les descendants putatifs de leurs ancêtres classiques, et comprenait dans ses rangs Lord Byron et François Pouqueville. Tormented by History: Nationalism in Greece and Turkey par Umut Özkimimli & Spyros Sofos - Columbia University Press (April 25, 2008)
  4. « By-the-bye, I rather suspect we shall be at right angles in our opinion of the Greeks; I have not quite made up my mind about them, but you I know are decisively inimical. »

    — Lord Byron's Correspondence, Lettre à Hobhouse, 1805

  5. « For the references, I am indebted to Pouqueville (Voyage de la Grèce) »

    — John Cuthbert Lawson, Modern Greek Folklore and Ancient Greek Religion: A study in revivals, 1898

  6. « Quand il quitta les Sept Tours, Pouqueville était bien armé pour suivre les deux carrières de diplomate et de voyageur-archéologue dans lesquelles il allait acquérir une juste notoriété »

    — Henri Dehérain, Revue de l'Histoire des colonies françaises, Édouard Champion, Paris, 1921

  7. « As the British laboured to prevent Ali from forming an alliance with Napoleon, French interests were quietly being promoted in Janina by their agent, Francois Pouqueville. »

    — Miranda Vickers, The Albanians: a modern history, I.B. Taurus Editions, Revised 2001

  8. « With the departure of the French from the Ionian Islands and from Dalmatia as well there was little point in maintaining a consul at Jannina, so Pouqueville, after all his trying times, asked if he might be moved and was rewarded with a transfer to Patras. »

    — William Plomer, The Diamond of Jannina, Taplinger Publishing, New York, 1970.

  9. Le 11 juin 1822, le London Times publia le texte de la protestation officielle du Gouvernement Provisoire Grec comme suit : I send you the Protest which our Provisional Government, The Messenian Senate, has made against the British Consul at Patras, Mr Philip Green. At the moment when Mr. H. Pouqueville, the French Consul, was employed in defending the Christian old men, women, and children of this city from the ferocity of the Mussulmen, the former was attending to his own private interest in trade and currants. The following is an exact translation of this document: PROTEST addressed by the Greeks of Peloponesus to Philip Green esq. Consul of the mighty british Empire at Patras. - "Sir, the just motives which compelled us to take arms against the Ottomans, in defence of our lives and propertiy, of which they attempted to deprive us, have been explained to you in a letter of ours, dated the 27th of March. To this you replied through your own interpreter, Mr Barthelemy, that as long as the british Government would observe a neutrality in the contest, between us and the Turks, you would remain an indifferent spectator, without taking part with either the one or the other. Notwithstanding this declaration, we state, with great pain, that we have obtained uncontroversible proofs that your conduit has not been conformable to your profession of neutrality. From the commencement of the contest you have constantly observed all our motions and resolutions for the purpose of informing our enemies. When the packet-boat from Malta, commanded by Mr Hunter, arrived at Patras, you sent to Prevesa to urge the Captain-Bey to send immediate succour to the Turks at Patras; and the captain-Bey, in fact, dispatched a brig, a corvette and a galley. You wrote also to the Pachas assembled before Jannina who sent Yusuf Pacha and the Kihaya of Mahmoud Pacha, with a considerable land armament. And, moreover, you continued to send to the Turks shut up in the citadel of Patras, intelligence of every thing that passed by means of persons devoted to your interest. We have more than once summoned you to pay our countrymen the sums due to them in consequence of your late purchases. Although the credit has expired, you still persis in refusing the payment*. You have, besides, sent your brother and your interpreter, who conducted Yussuf Pacha hither and acquainted him with the places by which he could most easily enter the citadel: you prepared and communicated yourself to the Turks the distinctive sign of the cross by which the Greeks recognize each other, that the Turks might attack us more advantageously under this disguise. Finally, you advised the Turks to light in the City of Patras that terrible fire by which all the goods in private houses, and the warehouses of the Company of Merchants have been destroyed. Immediately after the conflagration, the city was pillaged by the Turks and more particularly by those attached to your person. Thus, you have violated the rights of nations, and followed a conduct contrary to that prescribed by the declaration of neutrality made by your Government and yourself. You have occasioned losses amounting to several millions; you have exposed several Christians to death and captivity. By these presents we protest against you, in order that, at a suitable time, you may be called upon to render an account of all the disasters occasioned by you in contempt of the laws. Calamata, April 26 (May 8),1822. (Signed by the notables of the Christian people of Peloponesus.) *Mr Green gave as a reason for this refusal that his goods had been destroyed in the burning of Patras.
  10. « Monsieur Pouqueville, dans son ouvrage substantiel et rempli de faits, a établi les mêmes vérités. »

    — Chateaubriand, Note sur la Grèce, Itinéraire de Paris à Jérusalem.

  11. « Installée dans la tour Tzanetaki, une belle exposition permanente retrace l'histoire du Magne par le biais de textes, de dessins, de photos et de croquis des lieux établis par de nombreux voyageurs ayant parcouru cette région entre les XVIe et XXe siècles, dont le littérateur français, François Pouqueville (1770-1838), auteur du Voyage en Morée. »

    — Guide Michelin 2006

Références[modifier | modifier le code]

  1. Liste des membres de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
  2. "Il fut instruit à Caen par l'abbé de La Rue, qui devait bien longtemps après devenir le confrère de son ancien élève à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres." Henri Dehérain. Une Correspondance inédite de François Pouqueville. Édouard Champion, Éditeur, Paris 1921
  3. De ma solitude 1795 - Notes et journal (non-publié) de François Pouqueville
  4. Antoine Dubois affectionnait Pouqueville comme son propre fils. Cependant, bien plus tard, le 13 décembre 1810, Pouqueville écrivait à Ruffin : "Nous sommes fâchés, comme on l'est entre amis, parce que j'ai quitté la robe pour l'épée... Dubois me regardait comme sa gloire, et il a été furieux, quand il m'a vu renégat. Vous ne pouvez vous faire une idée de sa colère vraiment comique : "Il faut douze choses pour être médecin. Tu en as onze. - Et laquelle me manque? - Tu ne sais pas gagner d'argent. - Abrenuntio, lui dis-je." Une correspondance inédite de François Pouqueville, Édouard Champion, Éditeur, Paris 1921.
  5. Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne, Mémoires de M. de Bourrienne, Ministre d'État ; sur Napoléon, le Directoire, le Consulat, l'Empire et la Restauration, vol. 2,‎ 1830
  6. 17 ans plus tard, Pouqueville rapporta qu'il retrouva Achmet Pacha déchu, à Larissa, et qu'il lui porta secours, mais l'ancien pacha mourut de faim peu de temps après. cf lettre de Pouqueville à Ruffin. 7 février 1816.Une correspondance inédite de François Pouqueville Henri Dehérain. Édouard Champion, Éditeur, Paris 1921
  7. « On peut lire dans M. Pouqueville une description exacte de Tripolitza, capitale de la Morée »

    — Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem.

  8. « Nous avons essayé ailleurs de montrer les efforts faits par Daniel Kieffer pour adoucir la captivité de ses compagnons d'infortune »

    — Un orientaliste alsacien, Daniel Kieffer. Bulletin de la Section de Géographie du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1920.

  9. « Mary Wollstonecraft Shelley (MWS) était concernée par la description exacte de la région ; elle écrivit à Charles Ollier, le conseiller littéraire d'Henry Colburn, l'éditeur de Mary :

    « J'ai grandement besoin d'un livre qui décrit précisément les environs de Constantinople... vous m'obligeriez si vous pouviez l'envoyer sans délai »

    — MWS, lettres I,431.

    Elle aurait sans doute reçu l'édition par Colburn du Voyage en Morée, en Albanie et dans d'autres parties de l'Empire Ottoman de Pouqueville (1813, traduit par A. Plumptre). La plupart des éléments de géographie et d'histoire militaire de la ville auraient été dérivés des descriptions, cartes et illustrations de Pouqueville. »

    — commentaires par Joyce Carol Oates de Le dernier homme de Mary Wollstonecraft Shelley (Wordsworth Classics, 1826)

  10. La Grèce était alors peu connue et passait pour une province de la Turquie. Pouqueville prouva qu'il n'en était pas ainsi, que les Hellènes avaient conservé leur originalité et leurs espérances, il leur prédit le succès, il intéressa l'Europe et la France en particulier à leur futur soulèvement. En effet, son livre date de 1805 ; il est donc fort antérieur au voyage de Chateaubriand, et il a un caractère d'exactitude qui compense bien le défaut d'éclat du style. H. Duclos, Editeur. "Romans et Aventures Célèbres" Paris c.1820
  11. « Nearly a century before Delphi was excavated, a French envoy to the court of Ali Pasha of Ioannina visited the sleepy little village that stood on the site of the ancient oracular shrine. Pouqueville enthused over the wealth of inscriptions he saw: " marble slabs, pieces of walls, interiors of caves...covered with dedications and decrees that should be studied and carefully copied " »

    — Voyages, 2nd ed., iv,113, Lamberton - Plutarch, 2001, Yale University Press

  12. « J'ai pu me convaincre qu'il est impossible de trouver rien de plus satisfaisant sur la géographie de cette partie de la Grèce, et particulièrement sur la potamographie de l'Achéloiis, aujourd'hui (fleuve blanc)*, que ce qu'on en lit dans le Voyage de M. Pouqueville. On y voit surtout l'explication la plus claire de la fable de la Corne d'abondance, allégorie à laquelle a donné lieu la réunion des Échinades à la terre ferme, par suite du dessèchement de la branche méridionale de l'Achéloiis, qui déversait ses eaux dans le golfe d'Anatoliko. On en peut reconnaître encore aujourd'hui la trace à une ligne de lauriers rose qui se déploie au-dessous du village de Stamna. Ce travail, attribué au bras puissant d'Hercule, fit sortir du sein de lagunes malfaisantes la fertile Parachéloïde, qu'il annexa au domaine de son beau-père Oenéus. »

    — Maxime Raybaud, Mémoires sur la Grèce pour servir à l'histoire de la guerre de l'indépendance, tome 2, 1825
    * en grec dans le texte.

  13. « At length, M. Pouqueville, during a long residence in the dominions of the late Ali Pacha, actually discovered the remains of sixty-five cities, quite able to speak for themselves. »

    — Le Roy J. Halsey, The works of Philip Lindsey, Michigan Historical Reprint Series

  14. Page IV/347, Manual of classical literature and art - Archaeology of Greek literature from J.J. Eschenburg, by N.W. Fiske, Professor in Amherst College. (4th Ed. 1849)
  15. « Les consuls des principales nations européennes y sont accrédités, et le représentant de la France impériale, H. Pouqueville, y lutte d'influence avec son homologue anglais. »

    — Grèce - Guide Michelin 2006

  16. « Il trouva là Ali Pacha recevant deux Français, François Pouqueville et Julien Bessières... Ali Pacha assura Jack qu'ils n'étaient pas la bienvenue, et il semblait être agacé parce que Pouqueville distribuait activement de la propagande française, et recherchait la faveur des Grecs en leur donnant gratuitement des soins médicaux. »

    — Henry McKenzie Johnston, Ottoman and Persian Odysseys: James Morier, 1823

  17. « (2)Acherusia: According to Pouqueville, the lake of Yanina, but Pouqueville is always out. (3)The celebrated Ali Pacha: Of this extraordinary man there is an incorrect account in Pouqueville's Travels. »

    — Lord Byron, Childe Harold's Pilgrimage: Canto II

  18. « In fact (as their critics pointed out) both Byron and Hobhouse were to some extent dependent upon information gleaned by the French resident Francois Pouqueville, who had in 1805 published an influential travelogue entitled « Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie...1798-1801 »  »

    — Drummond Bone, The Cambridge Companion to Byron (Cambridge Companions to Literature)

  19. Après l'avoir maintes fois critiqué, Hobhouse écrira cependant du travail de Pouqueville au sujet de la Morée: Dr. Pouqueville's volume, being collected by himself during a long residence in the country, is deserving every attention. Hobhouse's Travels - London Morning Chronicle, 18 janvier 1822
  20. « On Cockerell the brothers Pouqueville made a much less pleasing impression. Perhaps he thought they did not take enough notice of him, or perhaps because he was a little too English... »

    — William Plomer, The Diamond of Jannina, Taplinger Publishing, New York, 1970

  21. "The absence of women permits Byron himself to adopt a feminized role, as in his letters home describing his flirtatious relationship with the Pasha, and noting Ali's admiration of his 'small ears, curly hair, and his little white hands'" (BLJ, I, 208) Lord Byron's Correspondence - John Murray, Editor.
  22. « In the same way, after murdering General Roze, who had treated him with uniform kindness, he submitted to the daily checks and menaces of Pouqueville, by whom he was replaced. »

    — anonymous author, The Edinburgh Review, 1818

  23. Le respect mutuel éprouvé par François Pouqueville et le Révérend Hugues se développe en une réelle amitié et ils firent ensemble, par la suite, au moins un voyage dans la Grèce. Beaucoup plus tard, lorsque Pouqueville se fut retiré, T.S. Hugues lui rendit visite en France et séjourna près d'Angers où Pouqueville y avait une propriété. Notes biographiques François de Pouqueville (2009)
  24. Dans le London Times du 21 octobre 1822, un éditorialiste anglais admettra enfin "Mons. Pouqueville, Mr. Holland, and Mr. Hughes, all describe Ali Pacha as a most perfect master of the art of dissimulation- as a cool, relentless villain, who, like 'our' Richard, "could smile, and murder while he smiled".
  25. « Quelques mois plus tard, Ali Pacha osa faire assassiner le major Andrutzi, Grec au service de la France, qu'il avait enlevé sur un de nos bâtiments, et dont le fils et le neveu durent la vie à l'habile fermeté de M. Pouqueville, alors consul-général à Janina. »

    — Victor Duruy, Histoire de la Grèce ancienne, Tome 1, 1826

  26. « De plus, le fameux pacha de Janina, Ali de Tebelen, auprès de qui Napoléon a un consul, Pouqueville, est de plus en plus hostile à la France : il est juste en face de Corfou et peut empêcher l'île de se ravitailler sur la terre ferme. À son habitude, Napoléon tempête et menace. À titre d'exemple, cette lettre du 15 mars 1811 au ministre des Affaires étrangères qui est maintenant Maret : Mon intention est de déclarer la guerre à Ali Pacha si la Porte ne peut réussir à le retenir dans le devoir. Vous écrirez la même chose à mon consul près d'Ali Pacha afin qu'il lui déclare que la première fois qu'il se permettra d'empêcher l'approvisionnement de Corfou, et refusera le passage aux bestiaux et vivres destinés pour cette place, je lui déclarerai la guerre. Facile à dire ou à écrire. Un jour, Pouqueville se retrouvera en prison... »

    — Yves Benot, La démence coloniale sous Napoléon

  27. « Hugues Pouqueville, né au Merlerault le 8 mars 1779, fut pour son frère François un appui très précieux à Janina. Il fut nommé successivement vice-consul à Prévéza en 1811, à Arta en 1814, consul à Patras en 1821 et à Carthagène en 1829 »

    — Henri Dehérain, Une correspondance inédite de François Pouqueville, 1921, Édouard Champion, éditeur

  28. « Ackmet-Nourri, à la tête de vingt hommes entra dans le kiosque du terrible pacha de Yanina pour l'attaquer. Après avoir pris part au meurtre du satrape d'Albanie, il apporta lui-même la tête du visir à Stamboul, et la présenta au sultan Mahmoud, qui, en récompense de cet acte lui donna une pelisse d'honneur qu'il porte encore. Akmet-Nourri nous raconta la fin tragique d'Ali-pacha. Je ne rapporterai point son récit : il est conforme à celui de M. de Pouqueville. »

    — Baptistin Poujoulat, Voyage dans l'Asie Mineure, en Mésopotamie, à Palmyre, en Syrie, en Palestine et en Égypte., Tome 2, 1836

  29. Pour confirmer mon opinion, je ne citerai que le dernier et le plus impartial observateur des Grecs modernes: le docteur Pouqueville.
    Le docteur Pouqueville a eu les moyens de se procurer sur la Morée des renseignements bien plus exacts que ceux donnés par les voyageurs qui l'ont précédés, et son témoignage doit conséquemment être admis aujourd'hui comme décisif.
    Thomas Thorton, État actuel de la Turquie, Tome II (1812)
  30. Pouqueville, who in 1805 became French consul at the court of Ali pasha of Ioannina and later in Patras, published memoirs abounding in valuable statistical data and geographic detail. He was one of the first to use the notion of Europe in an allegorical rather than purely geographic sense and to disassociate the Ottomans from the family of civilized European nations. Constantinople had become "a city inhabited by a people who belong to Europe merely on account of the place they are inhabiting."
    Imagining the Balkans Maria Todorova - author. Publisher: Oxford University Press. New York, 1997.
  31. Voyage de la Grèce, livre 12, ch 1
  32. There were eight European consulates, and the two consuls who played important role were those of France and Britain. Pouqueville, the french consul was philellene, while Green the British consul was philoturk. Philoturk was also the english governor of Ionian islands who forbade Ionian subjects to take part in the battles between greeks and turks. Spuridon Trikoupis - History of Greek Revolution.
  33. « Mais Patras n'existait plus ; Yousouf, pacha de Serrès, appelé par le drogman du consulat anglais, Barthold, s'était précipité sur cette malheureuse ville, les bandes indisciplinées de Germanos avaient fui et, sauf 3 000 personnes qui devaient leur salut au dévouement héroïque du consul de France, M. H. Pouqueville, tous les habitants de Patras avaient péri par le fer ou dans les flammes. Instruits du sort de Patras, les habitants de la Béotie proclament l'insurrection. »

    — Raoul de Malherbe, L'Orient 1718-1845 : Histoire, politique, religion, mœurs, etc., Tome 2

  34. Frère cadet de François Pouqueville, Hugues Pouqueville fit aussi une brillante carrière diplomatique au service de la France. Il était notamment en poste en Espagne durant la 2e République 1848-1851 lorsque le Président Louis-Napoléon Bonaparte proclama le second empire, devenant l'empereur Napoléon III. Entre autres honneurs et distinctions, Hugues Pouqueville se vit décerner l'ordre Royal d'Isabelle-la-Catholique. Recherches biographiques, François de Pouqueville (2009).
  35. Autre témoignage de la vilenie et de la fourberie de Lord Maitland à Corfou et des Anglais de Grèce en général, cet extrait des minutes de la session de la Chambre des Communs à Londres le 10 juin 1822 reproduite par The London Times : Sir R. Wilson begged to call the attention of the honourable Under Secretary for the Colonial Department to a transaction which he was informed had recently taken place in the Ionian Islands. He would state the facts as they were represented to him, in order that, if false, they might receive a contradiction, and that if they should appear to be true, the persons who had suffered from the conduct of the British Government in the Ionian Islands might, if possible, obtain some redress. It was represented to him, that a Greek, of the name of Berouka, aged 76, his wife, three married daughters, and their children, forming altogether a family of 15 or 16 persons, had, after the massacre of Patras, from which they had escaped through the intervention of the French Consul, M. de Pouqueville, taken refuge in the island of Ithaca. These persons lived there in quiet until March last, when an order came from the Lord High Commissioner, directing them to depart out of the Ionian Islands. The unfortunate Greeks represented that they had, during their residence in the island, always conducted themselves in a proper manner, and entreated that they might be permitted to stay. The order for their departure was, however, iterated. The family next requested that they might be allowed to delay their departure until the sea which at that time was crowded with corsairs, should be in some degree cleared of these pirates; but even this indulgence was not conceded to them. The result was that almost immediately after they had set sail, they were attacked by an Algerine corsair, and after a short resistance, during which the old man was desperately wounded in the face, captured, carried into Algiers, and sold for slaves. He had received his information from the most respectable sources, and believed it was strictly correct. Mr Wilmot responded that no information regarding the Berouka family had reached the Colonial Department, he further objected to the production of other statement, and said that an investigation should be made...
  36. Duc d'Audiffret-Pasquier, Mémoires de mon temps. Mémoires du chancelier Pasquier, Partie 2, Restoration.2, 1820-1824 (tome 5)
  37. Dans ces derniers temps, messieurs, le monde entier a retenti du dévouement de nos consuls. Plusieurs d'entre eux, victimes de leur générosité, n'ont conservé, au milieu de leurs habitations en flammes, que le pavillon blanc, autour duquel Turcs et Chrétiens avaient trouvé asile. Ils auraient besoin d'indemnités, et je ne peux leur offrir que des secours bien insuffisants. Ainsi,... M. Pouqueville qui a tout perdu à Patras, aura trois mille francs. François-René de Chateaubriand, Opinions & Discours, Tome 14, Paris 1852.
  38. Paru sous rubrique "Brussels Papers" dans le Morning Chronicles, Londres le 28 septembre 1822: M. de Pouqueville, the Consul of France in the Morea, arrived on the 6th at Milan, from Florence. The noble conduct of this faithful and intrepid servant of his Most Christian Majesty has obtained him the most flattering reception from Ministers, Ambassadors, and Consuls of his majesty at Naples, Florence, and Milan. The Pope having met him at the Villa Albani, deigned to honour with his benediction the preserver of so many thousands of Christians; and it is not doubted, that if his voice could be heard at the Congress of Verona, it would induce Sovereigns to interest themselves in the cause of the Greeks. M. Pouqueville is said to be going to Marseilles.
  39. General Makriyannis, Memoirs (Excerpts) Translated by Rick Μ. Newton: The Charioteer 28/1986
  40. Voyage en Morée etc T3, p. 79
  41. http://www.ionio.gr/central/en/history
  42. On n'exagère pas en affirmant que Pouqueville parle de tout: il fait découvrir une nouvelle fois les mœurs et le caractère des habitants qu'il rencontre; il décrit leur physionomie, les arts, l'histoire, la religion, l'industrie, les langues (il y ajoute une digression sur la langue schype ou albanaise avec des tableaux de déclinaisons), pour parler enfin de la gastronomie, mais aussi de la numismatique, de la minéralogie, de la flore et de la faune (et plus précisément de l'ichtyologie, de l'ornithologie, de l'entomologie, des plantes médicinales), de la marine marchande... cette liste est loin d'être complète. Bien avant Fauriel il traduit et interprète des chansons populaires. L'ouvrage contient des statistiques sur la population et le commerce, des listes sur l'importation et l'exportation, voire des tableaux du clergé et de ses revenus.Der Philhellenismus in der westeuropäischen Literatur 1780-1830 Alfred Noé
  43. Annonce parue dans les Morning Chronicles à Londres le 9 décembre 1820 : "Pouqueville's 14 years residence and travels in Greece will constitute the next number of the Journal of Voyages and Travels. Every man of letters knows the great importance of his work, and the value of the author's researches. The French booksellers gave a larger sum for the copy-right, and it has excited a greater interest in France than any book on Greece since the appearance of the work of Abbé Barthélémy.
  44. The country was the first Ottoman province to wrestle its independence from its Muslims masters, and a "modern" nation-state was established almost forty years before the Italian Risorgimento for which it was an inspiration. De Pouqueville's story of the Greek revolution of the events 1740-1824 was translated into Italian in 1829 and not surprizingly published in Piedmont where it exercised considerable influence on Italian nationalists. Paul Sant Cassia, Constantina Barda. Cambridge Studies in Social and Cultural Anthropology - Cambridge University Press (2006).
  45. L'académicien Carl-Bénédict Hase (1780-1864), lui-même membre de l'Académie des Inscription et Belles Lettres, déclarait "que le Voyage de la Grèce, de Pouqueville, était l'ouvrage le plus remarquable dans ce genre qui eût été publié depuis la renaissance des Lettres" recherches biographiques, François de Pouqueville (2009)
  46. Fleming K. The Muslim Bonaparte: diplomacy and orientalism in Ali Pasha's Greece p. 21
  47. Brewer, D. The Greek War of Independence p. 3
  48. « Peut-être (...) emporté par une imagination mainte fois soulignée, Pouqueville s'est trompé (...) » Rousset, Les Doriens de la Métropole : Étude de topographie et de géographie historique note 18 [1]
  49. "On chante maintenant dans tous les salons de la capitale ma Parguinote, extraite de mon Voyage, qui est gravée et mise en musique". François Pouqueville, Lettre à Mr Ruffin, 14 avril 1820.
    Ce chant intitulé "Dernier chant des Parguinotes" fut publié en 1824 par l'Académicien Népomucène Lemercier sous le titre "Hymne Funèbre sur Parga" et mis en musique par F. Regnault. Dans sa 'Notice' de publication, Lemercier précise: "On trouvera le texte original de cette belle lamentation sur la ruine des Parguinotes, dans le troisième volume, page 420, des 'Voyages en Grèce' de M. Pouqueville. Je l'ai traduite presque en un même nombre de vers, persuadé que la mesure du temps doit s'accorder avec la mesure du rythme des pensées." Népomucène Lermercier. Urbain Canel, Libraire, Paris, 1824.
  50. Extrait de « Ma chère Maman », souvenirs intimes et familiers de la fille de la Comtesse de Ségur, Olga, Vicomtesse de Simard de Pitray. Le salon de mon oncle et ma tante de la Grande, très recherché et tout littéraire, était cependant moins animé que celui de ma mère, laquelle était incomparable dans sa manière de recevoir et de grouper parents et amis. Les jeunes, les vieux, les gens sérieux, les personnes gaies, tous se plaisaient chez elle, car il y avait là un de ces « home » presque introuvables aujourd’hui. On se sentait accueilli avec une sympathie si franche, si gracieuse ! On s’y voyait l’objet de soins si délicats ! Le whist du chevalier de Pouqueville y était installé à l’état de puissance. C’était à qui s’approcherait des joueurs, car l’esprit de l’ex-consul de France à Janina était connu et la petite guerre qui existait entre lui et une de mes tantes faisait nos délices. Ma mère a mis en scène ces deux charmantes figures dans son livre « Quel amour d’enfant ! » sous les pseudonymes de M. Tocambel et de la Baronne. M. Pouqueville était effectivement un type fait pour séduire un auteur. Il soignait fort sa mise dont il parlait avec une négligence affectée, la qualifiant de « hardes ». Il avait une recherche toute particulière pour ses chaussures. C’étaient des amours de bottines en étoffe, à bouts vernis, serrant outre mesure ses petits pieds afin de les amincir encore plus, aussi ne lui permettaient-elles de marcher que peu et avec une gêne déguisée ; ce que « la baronne » qualifiait cruellement de « marche sur des œufs cassés ».Quant à ses trois perruques, elles étaient l’objet d’un véritable culte. Du 1er au 10, il en portait une fort courte ; du 10 au 20, celle du numéro deux offrait un aspect plus touffu ; le numéro trois était une véritable toison. Aussi son propriétaire déclarait-il en passant négligemment la main dans ses vastes boucles, qu’il allait se faire tondre sans plus tarder. Comme « la baronne » riait en l’entendant ! Ce qu’elle répliquait est facile à comprendre, pour tout esprit gai et malin. Elle qualifiait sans pitié les perruques de « gazon » à la grande indignation de « M. Tocambel » qui ripostait avec verve, car il n’admettait pas de raillerie sur sa toilette, et c’était de part et d’autre un feu rouant qui nous ravissait. Les souvenirs de M. de Pouqueville étaient des plus intéressants. Il était en Grèce, alors qu’y régnait le fameux Ali-Pacha, et ses anecdotes sur ce dernier étaient des plus curieuses à entendre. Celle au sujet de son lion favori nous était souvent redite par lui, car elle nous intéressait en nous épouvantant. Ce sauvage favori du pacha n’avait-il pas troublé une nuit le sommeil de son maître ; malgré les injonctions réitérées d’Ali, il n’avait pas cessé de faire rouler un objet pesant que le pacha crut d’abord être une boule… À la lueur naissante du jour, Ali, tout brave qu’il était, ne put s’empêcher de frémir… Le lion jouait avec la tête du nègre qui prenait soin de lui et qu’il avait mis en lambeaux, à l’insu de son maître. Le pacha n’eut rien de plus pressé que de faire enchaîner l’animal. « Hélem ! » telle était l’exclamation favorite de M. Pouqueville, qui la soupirait fréquemment. C’est paraît-il, l’ « Hélas ! » des Grecs et il aimait ce souvenir de jeunesse. Le digne homme venait nous voir à la campagne. Il se plaisait fort à ramasser des champignons et déployait une astuce sauvage pour nous induire en erreur, afin de les cueillir tout seul aux bons endroits qu’il était allé reconnaître d’avance. « Cherchez de ce côté, nous disait-il d’un air aimable. Moi je vais par là tâcher d’en découvrir quelques-uns… ». Nous allions avec candeur aux places désignées par « M. Tocambel »…Rien ! rien… toujours rien ! et pendant ce temps la malin vieillard, riant sous cape, faisait main basse aux bons endroits et nous plaignait gravement ensuite de notre insuccès ! Puis, non moins friand de les déguster que de les découvrir, il allait les faire cuire lui-même sur le gril après les avoir bourrés de beurre frais et le savoir largement saupoudrés de sel et de poivre. Mangés tout chauds ils étaient exquis et nous nous régalions de ce mets, car le brave homme en avait ramassé pour tous. Il eut un jour une déception profonde. Allant avec nous déjeuner dans une des habitations voisines de la nôtre, il vit avec consternation que le repas était des plus exigus. Un pâté trônant au milieu de la table avait été l’objet de ses espérances et il comptait là-dessus pour se restaurer. Personne n’en servit… le gourmand déçu revint avec nous, indigné de ce mécompte, et déclarant avec aigreur que ce pâté devait être en carton. Il prit se revanche lors d’une visite au monastère de la Trappe. Dans les vastes étangs des religieux se jouent de superbes carpes qu’il était interdit de pêcher, même aux pères. Ces poissons ne sont pris que de loin en loin lorsqu’on vide les pièces d’eau. Le chevalier enjôla le père abbé, tant et si bien, que ce dernier finit par faire jeter les filets dans un étang et fit servir à M. Pouqueville, radieux, de magnifiques spécimens de ces carpes renommées.« M. Tocambel » allait sans cesse chez « la Baronne », son excellente, quoique taquine amie. Elle habitait avec sa famille à quelques lieues de Paris et tous se réjouirent quand le chemin de fer, passant à peu de distance de la propriété, permit d’y aller avec une extrême facilité. M. Pouqueville, en particulier, s’en montré enchanté. Il promit d’étrenner la ligne et convint avec ses hôtes du jour et de l’heure de son arrivée à Sillery. Il partit exactement, en effet, mais arrivé à la station, fort peu habitué aux usages du chemin de fer qui exige de la célérité et de l’initiative, il resta tranquillement assis à sa place, attendant qu’on vînt lui ouvrir la portière et l’avertir de descendre. Ma tante, venue à la station au-devant de lui, avait beau s’évertuer et lui faire signe de démarrer, le bon chevalier répondant paisiblement par de petits saluts de la main… Tout à coup, le sifflet retentit et le train s’ébranla…- « Arrêtez ! Arrêtez ! Ouvrez-moi ! crie M. Pouqueville effaré ; je descends ici… ». Paroles inutiles ! Le wagon l’emporte éperdu et gesticulant, sous les yeux consternés de « la Baronne ». Le voyageur était exaspéré ! À la station suivante il descendit comme une trombe, maugréa, se plaignit, cria, se lamenta ; enfin, il mit à bout la patience du personnel. Un mécanicien qui se trouvait là, agacé par cette kyrielle de paroles désagréables, eut alors l’idée de lui offrir une place sur sa machine, prête à partir en sens inverse. Le pauvre homme accepta avec empressement et se hissa sur la locomotive, au milieu de rires étouffés… M. Pouqueville se croyait à la fin de ses peines en revoyant la station amie et « la Baronne » encore là et partagée entre l’étonnement et l’envie de rire… car la locomotive ne s’arrêtait pas et continuait sa route, emportant sa victime, tandis que le malin mécanicien, insensible aux cris perçants de sa victime, se tenait imperturbablement à son poste et ne descendit l’infortuné que là où il se rendait véritablement, c’est-à-dire à la station suivante. Le triste voyageur loua une carriole et partit piteusement pour se rendre enfin à destination. Il fut accueillir à bras ouverts, cela va sans dire, mais aussi avec des rires inextinguibles, ce qui ne contribua pas peu à compléter sa rage contre le chemin de fer.
  51. « M. Pouqueville m'a mis sur la voie d'une foule de recherches nécessaires à mon travail : j'ai suivi sans crainte de me tromper celui qui fut mon premier guide aux champs de Sparte. Tous deux nous avons visité les ruines de la Grèce lorsqu'elles n'étaient encore éclairées que de leur gloire passée. Tous deux nous avons plaidé la cause de nos anciens hôtes, non peut-être sans quelque succès. »

    — Chateaubriand, Études historiques

  52. « Mais il a été établi par les expertes recherches de M. de Pouqueville qu'il (Ali Pacha) était issu d'une souche locale, et non pas d'une origine asiatique, comme il le prétendait. »

    — Alexandre Dumas Père, Ali Pacha

  53. Hugh Honor, Romanticism, Icon Editions
  54. Le chant des Parguinotes ou "Hymne Funèbre sur Parga" tel que mis en vers par Népomucène Lemercier cite, dans son anathème : O feu vengeur de la justice, Tonnerre du ciel irrité, Consume un Pacha détesté, Dévore l'Anglais, son complice, Et que tout opresseur pâlisse De tes coups sur l'iniquité ! Une note de Népomucène Lemercier, ajoute: "le diplomate lord Maitland tint envers les Grecs, trahis et livrés aux Turcs qui n'avaient pu les déposséder de Parga, une conduite bien opposée à celle du généreux lord Byron, dont l'âme et la lyre ont réhabilité l'honneur de la nation anglaise sur les plages Ioniennes."
  55. Ottocento: Romantism and Revolution in 19th Century Italian painting, Roberto J.M. Olsen, Philip Wilson Publishers, Nov 22, 2003
  56. http://books.google.com/books?id=i70AAAAAYAAJ&pg=PP11&dq=inauthor:Pouqueville&lr=&as_brr=0&ei=HdHeSJzVO5jOtAPpwYjeDg#PPP11,M1
  57. http://books.google.fr/books?id=kM8GAAAAQAAJ&printsec=titlepage&source=gbs_summary_r&cad=0#PPP9,M1

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Monmerqué, Biographie universelle Michaud
  • Jules-Auguste Lair, La Captivité de François Pouqueville en Morée, Paris, Recueil des publications diverses de l'Institut de France,‎ 1902 lire en ligne
  • Jules-Auguste Lair, La Captivité de François Pouqueville à Constantinople, 1800-1801 : (9 prairial, an VII -16 ventôse, an IX), Caen, H. Delesques, Bulletin de la Société des Antiquaires de Normandie,‎ 1904 ;
  • Tobias George Smollett, The Critical Review, Or, Annals of Literature (lire en ligne)
  • J. Rombault, François Pouqueville, membre de l'Institut, Bulletin de la Société historique et archéologique de l'Orne,‎ 1887
  • Auguste Boppe, L'Albanie et Napoléon,‎ 1914
  • Henri Dehérain, Revue de l'histoire des colonies françaises, une correspondance inédite de François Pouqueville,‎ 1921
  • New York Graphic Society, INGRES Centennial Exhibition 1867-1967,‎ 1967