François Louvard

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François (ou Francis) Louvard ou Louvart, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur et appelant, né en 1661, à Champgenêteux[1], mort le 23 avril 1739 à Schonaw. Il est l'un des plus fougueux jansénistes de son temps.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Il est originaire d'une famille plutôt notable[2] dans le pays de Champgenêteux et Champéon[3].

La vie monastique[modifier | modifier le code]

Il embrassa la vie monastique, à l'âge de dix-huit ans, dans l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, et s'occupa de la direction des âmes. Ses supérieurs le firent venir en 1700, à l'abbaye de Saint-Denis, pour terminer l'édition de Saint-Grégoire de Nazianze, interrompue par la mort de Dom Jacques du Frische ; et il y travailla quelque temps, mais sans résultat.

Jansénisme[modifier | modifier le code]

En 1709, il ouvrit une conférence publique sur les points qui divisent les communions chrétiennes, et ramena à l'unité de l'Église plusieurs dissidents. Il fut le premier opposant de son corps contre la bulle Unigenitus ; et il soutint, dans un écrit exprès, que la recevoir était une apostasie. L'excès de son zèle lui attira plusieurs exils et emprisonnements.

L'arrestation[modifier | modifier le code]

Après avoir été relégué successivement dans différentes maisons de son ordre, dans la Bretagne et le Maine. À Saint-Gildas (1725), il se met en rapport avec l'abbé Mellinet, janséniste, prêtre de la paroisse de Saint-Denis. Leur correspondance est saisie par un jeune abbé nommé Bahuau. On y voit des relations suivies avec l'ex-supérieure de l'Hôtel-Dieu, la supérieur du Bon-Pasteur, la marquise de la Muce, et surtout avec Mellinet. Il y est question de la distribution de brochures, d'impressions de libelles en France et à l'étranger.

L'arrestation fut décidée et exécutée sur l'ordre du maire de Nantes, le 29 octobre 1728, par Charles Gelée, conseiller de l'Amirauté[4].

Enfermé au château de Nantes, d'où il fut transféré à la Bastille[5], il arriva dans cette prison le 31 décembre 1728 et il essaya d'y reprendre son travail sur Saint-Grégoire ; mais ne pouvant pas se procurer les secours nécessaires, il l'abandonna, et remit ses notes à dom Maran, son confrère. Après une captivité de cinq ans, il fut conduit à l'abbaye de Rebais par lettre de cachet, le 21 décembre 1733, d'où il lui était défendu de sortir.

Le refuge en Hollande[modifier | modifier le code]

Mais, au bout de quelques mois, le 18 mars 1734, ses adversaires ayant obtenu un nouvel ordre pour le faire resserrer plus étroitement, il parvint à se soustraire aux recherches des archers, et se réfugia en Hollande[6], où il trouva un asile dans la chartreuse de Schonaw, près d'Utrecht[7]. Il s'y livra à la rédaction de plusieurs écrits, pour la défense de son parti, et y mourut le 23 avril 1739.

Publications[modifier | modifier le code]

  1. Prospectus novae editionis operum Sancti Gregorii theologi seu Nazianzeni. Studio et labore D. Francisci Louvard (Paris) : (Johannes-Baptista Delespine), 1709, 4 p.
  2. quelques Lettres, dans les journaux du temps, relatives à ce travail ;
  3. plusieurs écrits sur la bulle Unigenitus, et sur la nécessité de l'appel de l'Eglise de France au futur concile[8].
  4. Protestation de D. Louvard, bénédictin, pour être signifiée avant son interrogatoire. (17 novembre 1728.) (S. l. n. d.), In-4 ̊ , 4 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sa date de naissance n'est ni 1662, ni 1665, comme l'indique plusieurs biographies.
  2. Et non d'une famille indigente, comme l'annonce certaines sources
  3. Jean Louvard, mort à Champéon le 31 décembre 1687, a son épitaphe à la porte du presbytère sur une dalle de granit.
  4. Il était 4 ou 5 heures du soir. Le père était au dortoir. Rejoint par le père Leliepvre, prieur, il accompagne dans sa cellule l'envoyé du maire, refuse de livrer ses papiers, l'agent n'ayant pas d'ordre du roi, et déclare ensuite céder à la force. On emplit du fruit de la saisie une taie d'oreiller sur laquelle l'officier et les religieux apposent leur cachet. Le père était âgé et incommodé : on remit le départ au lendemain, le prieur promettant de garder son religieux. On coucha en route à Pontchâteau pour repartir à 3 heures du matin, et le père fut écroué au château de Nantes par le comte de Menon, gouverneur du château. Aussitôt qu'il fut sorti de la chambre noire, où on l'avait enfermé, il prit la plume pour se plaindre des traitements qu'on lui infligeait, et plus encore de la saisie des papiers dérobés à Mellinet, et qui contenaient, disait-il de quasi-confessions. Mellinet rejoignit son amis sous les verrous, reconnus qu'il correspondait avec Dom Louvard en termes convenus, et témoigna pour lui une profonde vénération.
  5. Ils partirent avec Mellinet ensemble pour la Bastille, le 9 décembre 1728, salués dans la cour du château par de fidèles partisans qui se jetèrent à leurs genoux. Le moine demanda qu'on le bénît lui-même. Dans la route, d'autres coreligionnaires trouvèrent moyen de dérober le dossier des deux prisonniers.
  6. Il reçut le lendemain un viatique de 100 pistoles du prieur et partit pour la Hollande.
  7. Dom Thuillier, religieux de son ordre, le juge sévèrement :

    « La Congrégation, écrit-il, l'a tiré de la poussière, nourri pendant 49 ans, soulagé toutes les fois qu'il s'est cru malade, voituré à grands frais dans tous les endroits où ses caprices et ses bonnes volontés l'ont relégué, et malgré sa noire ingratitude, est encore prête à lui prodiguer ses bienfaits s'il renonce à ses propres lumières, s'il reconnaît que jamais tête au monde n'eut plus besoin que la sienne d'être conduite par les lumières d'autrui. »

  8. On en trouvera la notice détaillée dans l'Histoire littéraire de la congrégation de St-Maur, p. 540 et suiv. On peut consulter aussi les Nouvelles ecclésiastiques, et l'ouvrage intitulé les Appelants célèbres.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • E. de Boceret, Bulletin archéologique de Nantes, tome XLIII, p. 225.

Source partielle[modifier | modifier le code]