François Kraut

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François Kraut

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François Kraut, entre 1972 et 1973, présentant un quartz clivé de la carrière de Saint-Paul-la-Roche en Dordogne (photo Muséum national d'histoire naturelle, fonds du laboratoire de minéralogie, Paris, France).

Naissance 8 février 1907
Pinkafõ (Autriche-Hongrie)
Décès 28 août 1983
Paris (France)
Nationalité hongrois, français
Champs géologie, minéralogie
Institutions Muséum national d'histoire naturelle de Paris
Diplôme Université des Mines (Leoben, Autriche)
Renommé pour découverte de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon

François Kraut (Ferencz Kraut), né le 8 février 1907 à Pinkafõ en Autriche-Hongrie[1],[2] et décédé le 28 août 1983 à Paris[3], est un géologue et minéralogiste austro-hongrois naturalisé français, docteur en géologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il fait ses études à Ujpest et Budapest puis à l'Université des Mines de Leoben en Autriche entre 1923 et 1928. Fuyant la montée du nazisme, une partie de sa famille, en partie d'origine ashkénaze, se réfugie à Paris où François Kraut poursuit des études de mathématiques, physique, résistance des matériaux et minéralogie à Paris entre 1929 et 1931[3],[4].

En 1933, il rejoint le département de minéralogie du Muséum national d'histoire naturelle de Paris dont il sera nommé directeur adjoint en 1963, jusqu'à sa retraite en 1972. Avec l'appui de ses collègues et mentors Alfred Lacroix, Jean Orcel et Mme Jérémine, il se spécialise dans la minéralogie et la pétrographie, plus particulièrement dans la microscopie des roches et des minéraux opaques.

Naturalisé français, il rejoint l'armée française en 1939, mais sera rapidement capturé et emprisonné en Allemagne de 1940 à 1945[4].

Il travaille plusieurs dizaines d'années avec Simone Caillère, avec laquelle il énonce des règles sur les paragenèses ferrifères dans les gisements de Lorraine, d'Anjou et de Normandie, règles ultérieurement confirmées par des expériences en laboratoire[3]

En 1969, sa carrière est couronnée par la découverte de la plus grande structure d'impact météoritique connue jusqu'à ce jour sur le territoire de France métropolitaine : l'Astroblème de Rochechouart-Chassenon entre la Charente et la Haute-Vienne (France). Il s'agit un cratère fossile de plus de 22 kilomètres de diamètre, âgé d'environ 214 millions d'années.

Cette découverte est l'aboutissement d'une trentaine d'années de travail méthodique et de remise en cause permanente des hypothèses qu'il ne jugeait pas abouties. Pendant un temps, un panneau à l'entrée des thermes de Chassenon rendait hommage à François Kraut.

Sa personnalité[modifier | modifier le code]

Polyglotte, très cultivé et doué d'une très bonne mémoire, il pouvait citer des passages entiers d'écrivains hongrois ou allemands, ou des poèmes en latin ou en grec appris lors de sa scolarité en Hongrie[3]...

Discret et très peu communicatif, il ne parlait jamais de lui-même et rarement de ce qu'il faisait. Il savait toutefois s'entourer des spécialistes pour conforter ses hypothèses qu'il remettait sans cesse en question.

Il était considéré par ses collègues comme un expert dans la préparation des lames minces et un virtuose du microscope.

Carrière[modifier | modifier le code]

Les météorites[modifier | modifier le code]

Après s'être intéressé à la géologie des minerais de métaux (cuivre, fer, manganèse, arsenic...), il consacre les dernières années de sa carrière et son temps de jeune retraité aux météorites.

  • En 1967, il parcourt la Charente sur la piste de la météorite de Saint-Séverin, tombée le 27 juin 1966, dont il découvre 2 fragments[6].
  • La même année, il suggère que les brèches découvertes à Chassenon en Charente sont soit d'origine volcanique, soit le résultat d'un impact météoritique. Il fait à ce moment le parallèle entre la teneur en quartz pseudo-clivé de ces brèches avec les suévites de (de) Ries en Allemagne, dont l'origine impactite commence tout juste à être démontrée.
  • En juillet 1968, il part sur le terrain à la recherche des traces qui pourraient démontrer l'une ou l'autre des hypothèses.
  • En 1969, la découverte de cônes de percussion lui permet de démontrer l'existence de l'Astroblème de Rochechouart-Chassenon. Il est aidé en cela par deux géologues américains (B.M. French[note 1] et N. Short). Il s'intéressait depuis longtemps à cette région puisqu'il avait communiqué dès 1935 sur les mystérieuses brèches de Chassenon[7]. L'Astroblème de Rochechouart-Chassenon devient le plus grand cratère météoritique découvert en France, et l'un des plus grands découverts au monde à cette époque[8]. La proximité de cet astroblème avec l'université de Limoges dans laquelle il enseignait a peut-être été le facteur déclenchant de sa découverte. On le retrouve lors d'un séminaire à Tours entre le 28 juillet et le 1er août 1975, à l’Université François Rabelais où il dirigeait un atelier sur les brèches de Rochechouart.
  • En 1978, il identifie une nouvelle météorite de 8,3 kg découverte le 30 juillet par un officier de police à Bouvante-le-Haut dans la Drôme[9].
  • Sa dernière contribution à la science fut l'article relatif à la météorite d'Hedjaz (Arabie saoudite) publié à titre posthume le 30 juin 1986 dans la revue Meteoritics (vol. 21, no 2 p. 159…), éditée par la Meteoritical Society, en collaboration avec les géologues Kurt et Becky Fredriksson[note 2]

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Les cônes de percussions de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon[modifier | modifier le code]

Cônes de percussion dans un moëllon d'un mur d'une maison de Rochechouart

En 1968, il parcourait la région de Rochechouart avec le couple Raguin et les scientifiques américains Kurt et Becky Fredriksson, Bevan et Mary Hill French. Ce voyage était autant destiné à la recherche des cônes de percussion qu'à faire découvrir aux deux couples américains les délices gastronomiques des terroirs limousins.

Malgré tous leurs efforts dans les carrières et les talus des routes de la région, l'équipe n'avait rien trouvé de convaincant. Ce n'est qu'à la fin du voyage, alors qu'ils faisaient une pause le long d'une maison que la découverte fut faite ... sur le mur : un des moëllons contenait un cône de percussion.

Cette découverte était la preuve incontestable et tant recherchée de l'origine météoritique du cratère de Rochechouart-Chassenon[10].

La Krautite[modifier | modifier le code]

La Krautite, un arséniate, a été baptisé en son honneur à la demande de François Permingeat[note 3]. Ce nouveau minéral de composition chimique Mn2+(AsO3OH).H2O, avait été découvert en 1975 par François Fontan[note 4], chercheur au CNRS, alors qu'il ré-étudiait les collections d'arseniates de l'École Nationale Supérieure des Mines de Paris et du Muséum de Paris. Le minéral, anciennement étiqueté hoernesite provenait de la collection d'Émile Bertrand (no 809) de l'École des Mines[11].

Saint-Paul-la-Roche[modifier | modifier le code]

Quartz clivé

La photo de François Kraut[4] qui illustre cet article a été prise lors d'un interview dans la carrière de Saint-Paul-la-Roche en Dordogne[12] Un quartz exceptionnel y était exploité et servait notamment dans certaines applications astronautiques de la NASA.

Ce quartz très pur était clivé, c’est-à-dire qu'il se délitait en plaques (un peu comme une ardoise) et François Kraut était alors persuadé que cette particularité était une conséquence directe de l'impact météoritique de Rochechouart qu'il venait de découvrir.

Il a depuis été démontré[13] que cette hypothèse était incorrecte : l'origine étant tectonique. On a notamment découvert à Cassongue en Angola un autre filon de quartz clivé alors qu'aucun impact météoritique n'y a été décelé. La proximité du filon de Saint-Paul-la-Roche avec l'astroblème de Rochechouart-Chassenon est purement fortuite.

Publications[modifier | modifier le code]

Cette liste n'est pas exhaustive

1935
1937
1946
  • Sur un gîte de cuivre de Langlade (Miquelon). Les analogies avec les régions cuprifères du Yunan, Caillère S. et Kraut F., Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, 2e série t. XVIII no 4 p. 377-379.
1947
  • Sur la symétrie des diagrammes de quartz des gneiss et plagioclasites grenatifères de Rochechouart (Haute-Vienne), Kraut F, C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 225, pages 336-337 et 832
  • Sur une zone tungstifère d'origine métamorphique dans le massif de Belelieta (Algérie), Caillère S. et Kraut F., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 225, pages 129-131
1948
  • L'Analyse thermique différentielle appliquée à l'étude des minerais de fer oolithiques, S. Caillère et F. Kraut, Publications de l'Institut de recherches de la sidérurgie. Série A. no 4, février 1949, extrait du Bulletin technique des mines de fer. no 13. 4e trimestre
1949
  • Sur l'orientation des vecteurs cristallographiques dans la gangue siliceuse d'une arkose métamorphisée, F. Kraut, C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 229, pages 1024-1026
1951
  • Construction des diagrammes des assemblages structuraux des éléments des roches., C. Haff et F. Kraut, 29 p., 1 Pl. (BRGM ?)
1953
  • Sur le quartz de Saint-Paul-la-Roche (Dordogne)., J. Gandillot, F. Kraut, C.R. Congrès Géologique International, Alger 1952, section 3, fasc 3, p. 143-150.
1954
  • Les Gisements de fer du Bassin lorrain, F. Kraut et S. Caillère, Mémoires du Muséum national d'histoire naturelle. Paris, Éditions du Muséum
  • Contribution à l'étude microscopique des minéraux des sables, J. Goni et F. Kraut, éd. Masson, Paris, p. 545-550
  • Comportement thermique de quelques minéraux manganèsifères, S. Caillère et F. Kraut, C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 239, p. 286-287
  • Structure de superposition et structure concentrique dans la formation ferrifère de Lorraine, S. Caillère et F. Kraut, éd. Masson, Paris, p. 631-643
  • Sur la minéralisation hydrothermale du gîte d'arsenic et de cuivre de Saint-Prix-sous-Beuvray (Saône-et-Loire), F. Kraut et J. Prouvost, éd. Masson, Paris, p. 644-650
1965
  • Les Minerais de fer d'âge primaire de Normandie et de l'Anjou, F. Kraut et S. Caillère, Mémoires du Muséum national d'histoire naturelle. Nouvelle série. Série C. Sciences de la terre. 12, Fasc. 2, Paris, Éditions du Muséum
1967
  • Carte géologique de la France à 1/50 000, no 498, Pouilly-en-Auxois, Lorentz J., Caillères S., Kraut F., Goguel J., éd. BRGM
  • (en) Impact glass in the Cachari eucrite, Fredriksson K., Kraut F., Geochimica et Cosmochimica Acta, vol. 31, Issue 10, p. 1701-1702
  • Sur l'origine des clivages du quartz dans les brèches "volcaniques" de la région de Rochechouart., Kraut F., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 264/D, p. 2609-2612
1968
  • Carte géologique de la France à 1/50 000, no 467, Quarré-les-Tombes, Caillère S., Kraut F., Horon O., Lefavrais-Raymond A., Rouire J., éd. BRGM
  • Carte géologique de la France à 1/50 000, no 468, Semur-en-Auxois, Horon O., Kraut F., Goguel J., éd. BRGM
1969
  • Quelques remarques relatives aux brèches de Rochechouart, Chassenon (Haute-Vienne, Charente) et aux suévites du Ries (région de Nördlingen, Allemagne)., Kraut F., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 269/D, p. 1163-1165
  • Sur la présence de cônes de percussion ("shatter cones") dans les brèches et roches éruptives de la région de Rochechouart., Kraut F., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 269/D, p. 1486-1488
  • (de) Uber ein neues Impaktitvorkommen im Gebeit von Rochechouart-Chassenon (Department Haute Vienne und Charente, Frankreich), Kraut F., Geol. Bavarica, vol 61, p. 428-450
  • (en) Preliminary report on a probable meteorite impact structure near Chassenon, France, Kraut F., Short N.M., French B.M., Meteoritics, volume 4, p. 190
1971
  • (en) The Rochechouart meteorite impact structure, France: preliminary geological results, Kraut F. et French B., J. Geophys. Res., vol 76, art 5407.
  • (en) Hedjaz, an L3, L4, L5 and L6 chondrite, Kraut F., Fredriksson K, Meteoritics, vol 6, p. 284 (abstract)
1972
  • Milieu générateur et morphologie des "shatter cones" dans la région de Rochechouart (Haute-Vienne et Charente)., Kraut F., Fredriksson K., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 274/D, p. 2560
  • (en) Apollo 14: glasses, breccia, chondrules Fredriksson K., Nelen J., Noonan A., Kraut F., Lunar Science III, p. 280-282 (abstract)
1973
  • Carte géologique de la France à 1/50 000, no 497, Saulieu Caillère S., Kraut F., Lorentz, J.F., éd. BRGM
1975
  • (en) Zoneography of the Rochechouart impact structure and giant crystals in the quartz vein of St.-Paul-la-Roche, Kraut F. et Becker J., Meteoritics, Vol. 10, p. 430, décembre 1975 (disponible sur le Smithsonian/NASA Astrophysics Data System (ADS))
1978
  • (en) Celtic vitrified forts: implications of a chemical-petrological study of glasses and source rocks, Youngblood E., Fredriksson B.J., Kraut F., Fredriksson K., Journal of Archaeological science, vol 5, p. 99-121
1986 (posthume)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Bevan M. French : né en 1937 dans le New Jersey (États-Unis), géologue et minéralogiste, écrivain, spécialiste dans l'étude des impacts météoritiques et des effets induits dans les roches du sous-sol, chercheur retraité de la NASA (1964-1994).
  2. Kurt Fredriksson : 1926-2001, chimiste, géologue et minéralogiste suédois. Il a beaucoup travaillé avec son épouse, Becky, géologue elle aussi.
  3. François Permingeat : 17/09/1917-14/06/1988, CNRS, professeur de minéralogie à l'université Paul-Sabatier de Toulouse, délégué et secrétaire à la Commission on New Minerals and Mineral Names (CNMMN) de l'Association Internationale de Minéralogie (IMA) de 1959 à 1974, originaire de Chabrillan dans la Drôme
  4. François Fontan : CNRS, chercheur au Laboratoire des Mécanismes et Transferts en Géologie - professeur à l'université Paul-Sabatier de Toulouse

Références[modifier | modifier le code]

  1. Acte de naissance, source Ludovic Ferrière du département des sciences de la terre de l'université Western Ontario (Canada)
  2. Fils d'Izidor Kraut, 28 ans, et de Malvina Stern, 20 ans. Depuis 1919, la ville s'appelle Pinkafeld et se trouve en Autriche.
  3. a, b, c et d François Permingeat : Notice biographique François Kraut, Bulletin de liaison de la SFMC, supplément au Bulletin Minéralogique n° 107, 1984-1 (communication de G. Papp)
  4. a, b et c Communications de P.J. Chiappero et G. Papp, le 19/06/2006
  5. Communication du secrétaire de la Meteoritical Society, le 7 juin 2006
  6. Meteoritical Bulletin, No. 36-48, Meteoritics, vol. 5, p 94
  7. Sur l'origine des brèches de Chassenon (Charente), Kraut F., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 201, juillet-décembre 1935, p 221-223
  8. Il reste encore aujourd'hui classé dans le top 50 de la (en) Earth Impact Database.
  9. Meteoritical Bulletin No. 57, Graham, A. L., p 96-97
  10. Communication de Becky Fredriksson, 27 juin 2006
  11. Communication de François Fontan, le 13 juin 2006
  12. Communication de M. Jandreau, maire de Saint-Paul-la-Roche, et de J.L. Maublanc, ancien directeur du collège de Miaullet. La carrière était alors exploitée par la société KPCL, qui exploitait le quartz pour la fabrication de la porcelaine. L'objet de la visite de F. Kraut, accompagné d'une autre personne du Muséum National d'Histoire Naturelle, était d'observer le cristal géant (2,50 mètre de haut, pour 1,50 mètre à la base) et d'établir la faisabilité de son transport au Muséum. Le professeur de géologie du collège de Miaullet, et son directeur furent invités à cette visite. Après un an de tergiversations administratives, autorisation fut donnée à KPCL de le détruire.
  13. Ph. Lambert, thèse de doctorat, Orsay, 1974