François Jousselin

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François Jousselin devant une de ses toiles.

François Jousselin, né à Laval en 1926 et mort le 3 octobre 2009, est un peintre français. Il vécut à Vanves de 1955 à 2009.

Biographie[modifier | modifier le code]

À la mort de son père des suites d'une maladie « contractée sur le front en service commandé », François Jousselin est adopté par la Nation en 1932. Sa famille se déplace à Metz en 1935 puis réside à Toulouse à partir de 1937. Une bourse d’état acquise sur concours à onze ans lui permet d’entreprendre ses humanités au lycée Pierre-de-Fermat.

En 1943, en pleine guerre, il tombe par hasard sur une biographie d’Uccello par Philippe Soupault où il apprend que la perspective chère à ce peintre du quattrocento recèle des intentions cachées indéchiffrables sans doute mais assez claires cependant pour lui valoir un nom d’oiseau. Cette découverte décide alors de sa vocation dans la mesure où il lui semble possible de cacher dans des œuvres picturales, sa haine du mensonge d’état, créateur de formules creuses telles que « Mort pour la France » d’où il résulte que la Nation, nombreuse et illusoirement protectrice, n’est qu’un leurre visant à donner bonne conscience à chaque citoyen. Cette obsession poursuivra l’artiste jusqu’à un âge avancé au point qu’en 1975, il rédige un mémoire dans lequel il avance la preuve de l’existence d’une perspective aérienne commune à certains peintres du passé et dialectiquement opposée à celle que nous a transmis la tradition. À l’évidence, les historiens auraient négligé d’examiner les traces clandestines des hérésies au point de se laisser abuser par les effets d’une Inquisition triomphante.

L’œuvre entière de Jousselin est conditionnée par une sémiologie empruntée à la linguistique de Roland Barthes dont il partagera l’estime dans la mesure où l’exigence de décrypter un message second derrière les apparences vient pour tous deux, d’une inscription de l’État au titre de "Pupille de la Nation".

Il achève ses études en partageant son temps entre l’École supérieure des beaux-arts de Toulouse et l’université où il obtient deux certificats de licence : archéologie du Moyen Âge / histoire de l’art moderne et antiquités gréco-latines et religions grecques.

En 1950, il décide de rejoindre l’école de Paris en compagnie d'André Marfaing et de Pierre Igon. Après un séjour aux Pays-Bas dont il visite les musées grâce à une bourse du gouvernement néerlandais, il expose au Salon des réalités nouvelles de 1954, ses premières peintures abstraites : des lignes de force rouges, noires et blanches qui explosent au milieu de la toile comme autant de lances dans une bataille d’Uccello. En 1958 les foules repoussées brutalement par les forces de l’ordre lui donnent l’idée de transformer ces lances en bâtons qui pleuvent sur les têtes selon une distance psychique actualisant ce que fut une centauromachie dans la Grèce antique. Ce glissement insensible de l’informel à l'information se généralise dans les rangs de l’abstraction au point qu’en 1961, Jean-Louis Ferrier trouve un titre pour ce mouvement : la Nouvelle figuration. La même année la situation s’aggrave. Peu soucieux de la censure qui sévit dans l’information par la presse ou le cinéma, Jousselin expose à l’intention du public parisien en 1962, des tableaux où s’expriment les horreurs de la guerre, de la violence urbaine, leurs victimes, sujets d’attentats par accident de voiture ou ensanglantées dans des salles de torture. Il peint des natures mortes dont la charge explosive se manifeste par le moucheté d'une bouteille de gaz connectée à un réveil-matin ou un billet de banque qui s’enflamme près d’une boîte d’allumettes.

À partir de 1965, sa facture faite de hachures hâtives, nerveuses, effrénées s’assagit dans la mesure où les coups du sort touchant sa vie privée lui font entendre raison. Il cache le caractère séditieux de ses sujets derrière une conception onirique de la réalité. Des objets d’usage courant tels que téléphones, machines à écrire, annuaires occupent l’espace d’un bureau sous la surveillance discrète d’ouverture pratiquée dans le mur. Il affectionne l’atmosphère confinée des caves, des sous-sols, des couloirs de métro aux destinations incertaines. En 1975, l’artiste quitte les grandes profondeurs de la psychanalyse quand il découvre au grand air, une réalité cachée : dans des chantiers inondés de soleil, des Nord-Africains, sobres et pacifiques, s’emploient à la reconstruction de la capitale.

Dans les années 1980 sa vue faiblit. Il décide que la réalité n’existe pas : il n’y a que des points de vue. Jousselin peint alors ce qu’il voit de sa fenêtre « pour ne plus avoir à mentir » dit-il : un piéton qui traverse la rue mais dans les clous, une assiette de cerises sur une table mais posée sur un journal aux titres inquiétants.

Jousselin laisse une œuvre secrète, atypique dont témoignent les musées d’art moderne de la ville de Paris (les distances psychiques), de Lausanne (la guerre), de Mons (10 tableaux), d’Ostende (le déluge), des mémoires qui sont des documents des plus singuliers sur la vie d’artistes face à la création.

Musées[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Jousselin, catalogue monographique d'exposition, Galerie Jacques Massol, Paris, 1968.
  • Gérard Xuriguera: Regard sur la peinture contemporaine, Arted 1983.
  • Emmanuel Bénézit: Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ 1999.
  • Jean-Pierre Delarge: Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, 2014.

Lien externe[modifier | modifier le code]