François Bourdon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bourdon.

François Prudent Bourdon (né le 29 juillet 1797 à Seurre, mort le 19 avril 1865 à Paris)[1] est un ingénieur français, connu pour être l'inventeur du marteau-pilon à vapeur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de formation[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de commerçants aisés et de négociants en grains, il fait ses études au collège de Mâcon où son père était propriétaire de bateaux de rivière et d'établissements de meunerie. À sa sortie du collège, il l'associa à l'entreprise familiale. Son goût pour les mathématiques va l'orienter vers la recherche en génie mécanique. Cela va le conduire vers une première application en 1819 pour un moulin à farine monté à l'anglaise qui était actionné par une machine à vapeur. Son frère prend la direction de l'établissement à mouture de Mâcon. François monte alors son atelier dans cet établissement.

Il va s'intéresser ensuite à la navigation fluviale à vapeur. En 1824, les deux frères déposent un brevet pour un nouveau système de remorquage des bateaux utilisant la vapeur. En 1826, ils fondent à Lyon une compagnie de navigation sur la Saône entre la Mulatière et l'île Barbe en faisant des essais de touage à vapeur. La concurrence fit péricliter la compagnie.

Pour accroître ses connaissances, François Bourdon fit un grand voyage professionnel. En 1827, il entra comme chef de l'atelier d'entretien des forges et de l'outillage du Creusot de Manby et Wilson permettant la production du premier rail français. Il y construit des forges à laminoir. Il y reste jusqu'en 1833. Puis, en 1834, il part aux États-Unis où il entre chez Allaire & Co à New-York comme ouvrier, puis devient en un an contremaître, dessinateur et ingénieur. Il voyage en Angleterre et revient en France.

Schneider Frères et Cie[modifier | modifier le code]

Adolphe et Eugène Schneider ont achetés avec Louis Boigues, beau-père d'Adolphe et maître des forges de Fourchambault, les forges du Creusot le 25 août 1836 après la faillite de Manby et Wilson en 1835. Après avoir formé la société en commandite simple par actions Schneider Frères & Cie avec Louis Boigues et Florentin-Alexandre Seillière, ils avaient pris possession des usines le 1er janvier 1837[2]. Les Schneider vont adjoindre aux ateliers métallurgiques des ateliers de construction pour valoriser leurs productions. La société prend le nom de Schneider et Cie en 1845.

Directeur des ateliers de construction du Creusot[modifier | modifier le code]

François Bourdon est appelé par les frères Schneider. Il prend la direction des ateliers de constructions mécaniques du Creusot dont il renouvelle complètement l'équipement à partir de 1838 en faisant appel à des machines anglaises. En 1840, il va aux États-Unis dont il ramène les plans d'un bateau inspiré de steamers naviguant sur le Mississipi. Il va imaginer d'utiliser ce type de bateau pour la navigation sur le Rhône. En 1839, les frères Schneider décidèrent d'installer des ateliers de construction à Chalon-sur-Saône, surnommés le Petit Creusot. De là vont sortir des remorqueurs capables de tirer plus de dix bateaux, soit le double des remorqueurs anglais, les deux premiers en 1842. En 1843, les ateliers sortent le premier remorqueur, le Griffon. De 1843 à 1848, sortent le Creusot, le Missouri, le Bourdon, la Ville d'Autun, l' Océan, la Méditerranée, etc. Cette période est endeuillée, en 1841, par l'explosion pendant les essais de la Citis qui avait été commandée à la Compagnie des forges et ateliers de Pont-sur-l'Ognon au cours desquels est tué son beau-père, Antoine-Henri Pognon, chef comptable du Creusot. Malgré cet accident, le nouveau bateau à vapeur s'imposa. Bourdon contribua à améliorer la navigation du Rhône.

Quand Chalon-sur-Saône est provisoirement le terminus de la ligne de chemin de fer de Paris à Lyon, en 1847, ces bateaux ont permis de gagner Lyon en douze heures. On peut aussi continuer la navigation de Lyon jusqu'à Avignon d'où commence la ligne de chemin de fer pour atteindre Marseille. La continuité de la ligne de chemin de fer de Paris jusqu'à Lyon est établie en 1854.

C'est en 1838 qu'un bateau à vapeur, le Sirius traverse l'Atlantique. En 1840, les frères Schneider remportent un contrat pour quatre transatlantiques. On lui doit la construction des quatre premiers paquebots transatlantiques français réalisés entre 1842 et 1845 dont le Canada, le Mérovée et l' Oronte, et, pour la Marine royale, ces ateliers construisent 5 frégates capables de transporter 1 200 hommes de troupe.

Invention du marteau-pilon[modifier | modifier le code]

En 1838, François Bourdon a l'idée d'utiliser le piston d'une machine à vapeur en position verticale comme marteau à forger frappant verticalement à la manière du « mouton » des charpentiers, et qui reçut le nom de marteau-pilon. La mise au point de cette machine devait permettre de forger de très grosses pièces en acier pour locomotives ou bateaux à vapeur. Il construit une modèle-réduit.

En 1840, François Bourdon et Eugène Schneider sont en Angleterre où ils rencontrent à Manchester l'ingenieur anglais James Nasmyth. Ce dernier a eu la même idée et leur montre des croquis de la machine qu'il a imaginé. Schneider demande à Bourdon de construire à prototype. Son marteau-pilon permet de frapper avec un poids de 2,5 tonnes sur une hauteur de 2 mètres. Il est breveté e 30 septembre 1841. C'est le premier conçu pour forger de grosse pièces d'acier, à une cadence de 200 à 500 coups par minute. Il permettait ainsi la fabrication de pièces trop importantes pour être forgées à la main, comme les roues de locomotive, les blindages de navire, les canons, ... Quand Nasmyth visite le Creusot, en 1842, il accusera Bourdon d'avoir copié son idée. Bourdon pourra démontrer son antériorité en montrant les plans du marteau-pilon qu'il avait transmis au ministère de la Marine avant son voyage en Angleterre. Le brevet du marteau-pilon est confirmé définitivement le 19 avril 1842. Il résultera de ce conflit de priorité que pour les auteurs anglo-saxons l'inventeur du marteau-pilon est James Nasmyth et mettent en doute l'honnêteté de François Bourdon et de Schneider[3]. Il semble que la première demande par James Watt d'un brevet pour utiliser la vapeur pour mettre en mouvement des marteaux à forger date de 1774. En 1806, un brevet de marteau-pilon soulevé par la vapeur est pris par W. Derewell. François Bourdon est le premier à l'avoir réalisé.

Cette invention va établir la supériorité de Schneider Frères et Cie sur ses concurrents.

On lui doit encore la création d'un outillage complet appliqué à la construction des locomotives, et ces deux applications remarquables que sont le halage des navires sur cale inclinée, et le martelage du fer au moyen de la presse hydraulique.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1848, Eugène Schneider renonce à se présenter aux législatives et laisse François Bourdon se présenter aux élections. Il est élu représentant de Saône-et-Loire à l'Assemblée constituante où il siège parmi les républicains modérés jusqu'au 25 mai 1849.

Il revient ensuite aux établissements du Creusot en 1849. Il met au point des monte-charges à vapeur, des laminoirs à tablier élévateur, des machines soufflantes à grande vitesse, des appareils à air chaud par utilisation de flammes perdues, ...

Société nouvelle des forges et chantiers de la Méditerranée[modifier | modifier le code]

En 1852, François Bourdon quitte le Creusot pour la société nouvelle des forges et chantiers de la Méditerranée. Il va continuer sa carrière d'inventeur : ponton à vapeur, portes flottantes pour le bassin de radoub du port Saint-Jean de Marseille, grues à vapeur pour les docks, dragues à vapeur et d'autres machines pour le percement du canal de Suez, marteau-pilon de 120 tonnes.

Il meurt à la suite d'une crise d'apoplexie suivie de paralysie partielle au moment où il faisait des essais d'un monte-charge hydraulique.

Sources, bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Brochure De l'inventeur à l'entrepreneur, histoire de brevets, Musée des Arts et Métiers (Paris), 2008.
  • Jean-Marc Combe, Bernard Escudié, Jacques Payen, Vapeurs sur le Rhône: Histoire scientifique et technique de la navigation à vapeur de Lyon à la mer, p. 137, Presses universitaires de Lyon, Lyon, 1991 (ISBN 2-7297-0400-0) [1]
  • Tristan de la Broise, Félix Torres, Schneider l'histoire en force, p. 32-35, Jean-Pierre de Monza, Paris, 1996 (ISBN 2-908071-31-2)
  • Agnès d'Angio, Schneider et Cie et la naissance de l'ingénierie. Des pratiques internes à l'aventure internationale 1836-1949, p. 9, 17, 19, 23-25, 27, 41, 72, CNRS éditions, Paris, 2000 (ISBN 2-271-05826-0)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Assemblée nationale : François, Prudent Bourdon
  2. Université Paris IX Dauphine CEREG : Le "décollage" de Schneider (1839-1875). Stratégie industrielle et politique financière
  3. Bulletin de l'Académie François Bourdon, no 3, janvier 2002, p. 11-17

Lien externe[modifier | modifier le code]