François-Joseph de Lagrange-Chancel

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Charles François-Joseph Victor de Chancel, dit Lagrange-Chancel, né au château d'Antoniac à Razac-sur-l'Isle, près de Périgueux (Dordogne) le 1er janvier 1677[1] et mort au même endroit le 26 décembre 1758, est un auteur dramatique et poète français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Lagrange-Chancel a dit : « Je ne savais pas lire que je savais rimer[2] ». Enfant prodige, il composa très jeune des vers sur toute sorte de sujets. Dès qu'il sut lire, il dévora les pièces de Pierre Corneille et les romans de La Calprenède. À sept ans, il fut mis au collège de Périgueux[3], puis fut envoyé à Bordeaux poursuivre ses études[4]. Il y découvrit le théâtre et se mit à composer des pièces qu'il interprétait avec d'autres enfants. Il choisit de porter à la scène un fait divers récemment arrivé dans la ville ; ce sujet souleva des protestations et la mère de Lagrange-Chancel ferma le théâtre et envoya le jeune auteur, alors âgé de quatorze ans, à Paris[5].

Il arriva dans la capitale muni de sa tragédie de Jugurtha et ne tarda pas à se faire une réputation dans les salons par sa facilité à faire des vers. La princesse de Conti, charmée par un sonnet qu'il avait composé, l'admit au nombre de ses pages[6] et, enthousiasmée par Jugurtha, présenta son protégé à Louis XIV, qui demanda à Jean Racine, alors retiré du théâtre, de le guider dans ses entreprises littéraires[7]. Jugurtha, remanié, fut donné au théâtre le 8 janvier 1694 sous le titre d'Adherbal[8] et remporta un très vif succès[9], alors que l'auteur n'avait que dix-sept ans. Lagrange-Chancel fut nommé lieutenant dans le régiment du roi, puis dans les mousquetaires, et obtint enfin la charge de maître d'hôtel honoraire de la princesse palatine, épouse de Monsieur[10].

Selon Lagrange-Chancel, en 1713, le duc de La Force, familier du duc d'Orléans, avec qui l'auteur s'était lié, lui déroba sa tragédie Ino et Mélicerte, l'une de ses meilleures pièces. Ce fut le signal d'une brouille et la haine de Lagrange-Chancel s'étendit au Régent qui avait pris le parti du duc[10]. Selon d'autres, Lagrange-Chancel fut excité contre le duc d'Orléans par la petite cour de Sceaux, autour du duc du Maine.

En tout état de cause, le poète composa contre le Régent des odes satiriques d'une très grande violence qu'il intitula Les Philippiques. Elles circulèrent sous forme de copies manuscrites et firent un bruit énorme[10]. Il y accusait notamment le duc d'Orléans d'avoir tenté d'empoisonner le jeune Louis XV et d'être l'amant de sa propre fille, Marie Louise Élisabeth d'Orléans, duchesse de Berry. La rumeur publique attribuait au Régent la paternité des grossesses clandestines de cette jeune veuve dépravée dont les amours débridées ne cessaient d'alimenter la chronique scandaleuse de la Régence et que le poète compare à Julie et Messaline. Lagrange-Chancel fut emprisonné aux îles de Lérins d'où il s'évada au bout de deux ans[10]. Il s'enfuit en Sardaigne, en Espagne, puis en Hollande où il composa une quatrième Philippique, puis une cinquième juste après la mort du Régent. Quinze mois après cet événement, en 1729, il put rentrer en France grâce au duc de Bourbon, à qui il fournit certains renseignements secrets[10].

Il fit représenter quelques tragédies : Cassius et Victorinus, sur un sujet pieux, qu'il dédia à sa protectrice la princesse de Conti ; Orphée, qui échoua ; Pygmalion qui fut refusé par les Comédiens-Français. Lagrange-Chancel renonça alors au théâtre et se retira dans son château d'Antoniac où il se consacra à des travaux historiques.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Postérité littéraire[modifier | modifier le code]

Lorsque Lagrange-Chancel parut dans Paris, on voulut voir en lui le successeur de Racine. Mais aucune de ses pièces – dont certaines eurent du succès – ne justifia cet espoir. La meilleure d'entre elles, Amasis, souffre de la comparaison avec la Mérope (1743) de Voltaire, sur le même sujet[10]. Si l'auteur a le sens du théâtre et des situations dramatiques, les caractères sont froids et faux et la versification dure et prosaïque[10].

Les Philippiques ne sont pas sans talent et sont animées par un certain souffle, mais c'est celui de la haine et de l'exagération plus que celui de la poésie.

Œuvres dramatiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guy Penaud, Dictionnaire biographique du Périgord, éditions Fanlac, 1999, (ISBN 2-86577-214-4), p. 541-542
  2. Lagrange, Œuvres, p. iii (préface)
  3. Lagrange, Œuvres, p. ix (préface)
  4. Lagrange, Œuvres, p. x (préface)
  5. Lagrange, Œuvres, p. xii (préface)
  6. Lagrange, Œuvres, p. xx (préface)
  7. Lagrange, Œuvres, p. xxxi (préface)
  8. Lagrange, Œuvres, p. xxxvii (préface)
  9. Lagrange, Œuvres, p. xli (préface)
  10. a, b, c, d, e, f et g Vapereau, Dictionnaire des littératures, p. 1166
  11. de Léris, Dictionnaire portatif, p. 203
  12. de Léris, Dictionnaire portatif, p. 129

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François-Joseph de la Grange-Chancel, Œuvres de monsieur de la Grange-Chancel, vol. 5, Paris, Les libraires associés,‎ 1758, 295 p. (OCLC 492617663) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Antoine de Léris, Dictionnaire portatif et historique des théâtres, Paris, C. A. Jombert,‎ 1763, 746 p. (OCLC 11629597) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette Filipacchi Médias,‎ 1876, 2096 p. (OCLC 301750693) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]