François-Ferdinand d'Autriche

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François-Ferdinand d'Autriche
Franz Ferdinand von Österreich-Este

Description de l'image  franz ferdinand autriche.jpg.
Naissance
Graz (Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche)
Décès (à 50 ans)
Sarajevo (Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie) (auj. Bosnie-Herzégovine)
Nationalité autrichienne
Profession Archiduc d'Autriche
Famille
Sophie de Hohenberg (1901-1990)
Maximilien de Hohenberg (1902-1962)
Ernest de Hohenberg (1904-1954)

François-Ferdinand (en allemand : Franz Ferdinand von Österreich-Este), archiduc d'Autriche et prince héritier de l'empire austro-hongrois, est né à Graz le et mort le victime d'un attentat à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Son assassinat est considéré comme l'élément déclencheur de la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

François-Ferdinand né le à Graz (Styrie) et se marie le 1er juillet — ou 28 juin (?) — 1900 en la chapelle du château de Reichstadt (Bohême) avec la comtesse Sophie Chotek de Chotkowa et Woguin, « princesse souveraine » de Hohenberg, aujourd'hui Zákupy en République tchèque. Son père, l'archiduc Charles-Louis, époux en secondes noces de Marie de l'Annonciation des Deux-Siciles, princesse des Deux-Siciles, était le frère cadet de l'empereur d'Autriche et roi apostolique de Hongrie François-Joseph Ier.

Neveu de ce dernier, François-Ferdinand releva le titre de la branche autrichienne de Modène (issu du mariage de l'archiduc Ferdinand avec Marie-Béatrice d'Este en 1771) dont le dernier duc, François V, était mort sans enfants en 1875. Il se rapprocha du trône impérial à la mort de son cousin germain l'archiduc héritier Rodolphe, mort de façon mystérieuse (voire scandaleuse) à Mayerling, le , en compagnie de sa maîtresse de 17 ans Marie Vetsera ;

Durant son enfance, François-Ferdinand parait suffisamment éloigné du trône pour que son éducation soit assez négligée. François-Ferdinand avait acheté le domaine et le château de Konopište (Konopischt en allemand) en Bohême, qui fut confisqué à ses héritiers par Benès qui le nationalisa.

Un prince misanthrope[modifier | modifier le code]

En 1889 il a alors 24 ans, est célibataire et d'un caractère renfermé porté à la misanthropie alors que son jeune frère Othon, surnommé « le bel archiduc », plein de charme et menant une vie de jouisseur était déjà père de famille depuis plusieurs années.

Atteint de tuberculose, il vit la cour se détourner de lui ce qui accentua son mépris pour les milieux curiaux.

Il devient héritier en titre à la mort de son père mort de la fièvre typhoïde pour avoir voulu boire de l'eau du Jourdain lors d'un pèlerinage en Terre sainte en 1896.

François-Ferdinand a alors près de 32 ans. Il a vaincu sa maladie mais est toujours célibataire. Son mariage devient une obligation d'État et agite les cours, les ambassades et les chancelleries.

Une histoire d'amour[modifier | modifier le code]

Sophie Chotek de Chotkowa et Wognin

Une cousine, l'archiduchesse Isabelle, femme de l'archiduc Frédéric, (chef de la branche de Teschen et frère de la reine Marie-Christine d'Espagne) est mère de sept filles.

Elle aurait volontiers vu l'une d'elles sur le trône austro-hongrois.

En effet, l'archiduc lui rendait assez souvent visite.

Un jour, celui-ci ayant oublié sa montre à gousset, elle se permit de l'ouvrir espérant y voir le portrait ou la photographie de la future impératrice et reine.

A la place de la photographie d'une de ses filles elle y découvre celle d'une de leurs dames d'honneur, de sang noble mais non royal, Sophie Chotek de Chotkowa et Wognin, jeune femme de 30 ans issue d'une famille de diplomates.

L'archiduchesse chasse alors celle qu'elle considérait comme une traîtresse et une intrigante. L'archiduc lui propose alors de l'épouser.

A la cour de Vienne, l'archiduc se retrouve de nouveau isolé, ne recevant de soutien que de sa belle-mère l'archiduchesse Marie-Thérèse, veuve de son père l'archiduc Charles-Louis. Son sens du devoir et sa dignité permettait à l'archiduchesse de bénéficier de l'estime de son beau-frère, l'empereur François-Joseph.

La difficile succession à l'empire[modifier | modifier le code]

Ce mariage avec une femme, certes issue de la vieille noblesse de Bohême mais non de sang royal cause un problème à l'empereur septuagénaire qui avait déjà perdu deux de ses successeurs potentiels, son fils et son frère et banni plusieurs archiducs qui avaient dérogé aux règles successorales.

En effet, pour épouser cette femme, François-Ferdinand aurait dû, suivant les règles de succession à la couronne, renoncer au trône. Son frère Othon serait alors devenu l'héritier du trône austro-hongrois. Mais Othon était un débauché notoire à la vie publiquement scandaleuse.

Le vieil empereur décide que François-Ferdinand conserverait son rang de succession mais que son épouse ne pourrait être associée au trône et que leurs enfants ne pourraient être dynastes, ce que François-Ferdinand accepte.

En compensation, l'empereur confère à l'épouse de l'archiduc le titre de « Fürstin » (princesse souveraine) puis « Duchesse de Hohenberg » et le premier rang à la cour après les membres de la famille impériale. L'archiduc, profondément épris et fier de son sang, vivait cette situation comme une injure. Le parlement hongrois tentera bien de donner la qualité de dynastes à la descendance de François-Ferdinand pour la seule Hongrie mais François-Joseph y mit bon ordre parce que cela aurait signifié la fin de l'Autriche-Hongrie.

Le couple très uni mène une vie retirée. Ils ont deux garçons et une fille.

Un prince slavophile[modifier | modifier le code]

L'archiduc et l'empereur allemand

Profondément slavophile, l'archiduc ne cache pas qu'à son accession au trône, il transformerait la monarchie dualiste (Autriche-Hongrie) en monarchie trialiste et donnerait aux populations slaves de ses empire et royaumes les mêmes droits qu'aux populations germanique et magyare. Si ce programme cause peu de réaction en Autriche, il est, en revanche des plus impopulaires dans les cercles de pouvoir hongrois.

Il entretient des relations cordiales avec le Kaiser Guillaume II, un homme de sa génération, qui soutient ses vues pour mieux dominer l'alliance austro-allemande.

Un voyage risqué[modifier | modifier le code]

L'archiduc doit effectuer une visite officielle à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, région récemment annexée par l'Autriche-Hongrie le 28 juin 1914. Ce jour étant celui de leur quatorzième anniversaire de mariage, l'archiduc impose à ses côtés la présence de son épouse. Il veut également profiter de cette occasion pour partager avec sa femme les honneurs que lui-même recevait habituellement. Il avait conscience du danger qu'il courait en allant à Sarajevo. Il avait confié sa quasi-certitude d'être assassiné à son neveu l'Archiduc Charles.

Les circonstances du voyage d'inspection de François-Ferdinand à la suite des grandes manœuvres organisées en Bosnie-Herzégovine semblent avoir favorisé les assassins potentiels :

  • Le jour choisi, 28 juin, est également le jour anniversaire de la défaite des Serbes à la bataille de Kosovo en 1389 face aux Ottomans. Le voyage de l'archiduc héritier, inspecteur général des armées, était considéré par la minorité serbe comme une provocation.
  • Bilinski, ministre chargé de l'administration de la Bosnie-Herzégovine à Vienne, refuse également de tenir compte de l'avertissement de l'ambassadeur de Serbie à Vienne, Jovan Jovanovic, affirmant qu'un attentat était en préparation.
  • L'ordre du grand-maître de la cour, le pointilleux prince de Montenuovo, décida de ne pas rendre les honneurs militaires au couple (et donc de retirer la troupe - 40 000 hommes - de Sarajevo), au motif que la duchesse de Hohenberg, n'étant pas membre officiellement de la famille impériale, n'était pas en droit de les recevoir, priva le couple d'une protection militaire efficace.

Une fin tragique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attentat de Sarajevo.

Un premier attentat eut lieu sur le parcours menant à la réception prévue en l'honneur du visiteur princier mais l'archiduc le fit échouer : par un réflexe adéquat, il repoussa une bombe lancée par un des conjurés. Pendant la réception qui suivit, il fit part de son mécontentement aux autorités locales puis décida d'aller visiter les blessés à l'hôpital. Le chauffeur, n'en n'ayant pas été averti, faillit commettre une erreur d'itinéraire et, sur ordre de l'archiduc, s'arrêta au milieu de la foule pour entamer une marche arrière. Ce faisant, il mettait involontairement le couple en danger.

Un étudiant révolutionnaire serbe, Gavrilo Princip, qui, après le premier attentat manqué, avait pourtant renoncé à accomplir sa tâche, se trouva à portée de tir du couple princier.

Il dégaina son pistolet et abattit froidement l'archiduc et son épouse.

Timbre de Bosnie-Herzégovine émis trois ans après l'attentat.

Pendant longtemps, il fut communément admis que l'arme de Gavrilo Princip était un FN 1900 même si certains spécialistes penchaient plutôt pour un Browning M1903. L'arme refit surface en 2004 et ce n'est qu'à ce moment-là que l'on put établir avec certitude que c'était plutôt un Browning M1910 avec le numéro de série 19074. Dans la tourmente de la première guerre mondiale, une communauté jésuite autrichienne s'était retrouvée propriétaire du pistolet et tenta de le retourner à la famille de l'archiduc en 1926 (qui la refusa). L'arme fut ensuite conservée parmi leurs archives pendant près de quatre-vingts ans avant d'être finalement remise à un musée, ce qui était l'intention initiale (mais oubliée) de la communauté[1].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le comte Tisza, Premier ministre de Hongrie, fut même soupçonné d'y avoir participé car à l'annonce de la mort de François-Ferdinand, qui lui était franchement hostile, il s'exclama en plein Parlement à Budapest : « La volonté de Dieu s'est accomplie ! ».

Le 28 juillet l'Autriche-Hongrie déclara une « guerre préventive » à la Serbie.

Ce fut l'événement déclencheur de la Première Guerre mondiale.

Généalogie[modifier | modifier le code]

L'empereur d'Autriche François Ier eut treize enfants dont François-Charles qui renonça à la succession impériale lors de la révolution de 1848. François-Charles eut de son épouse, née princesse Sophie de Bavière, cinq enfants dont quatre fils :

  1. François-Joseph dit Franzl (1830-1916), Empereur d'Autriche depuis 1848, Roi de Hongrie en 1867 et époux d'Elisabeth en Bavière dite Sissi;
  2. Ferdinand-Maximilien dit Max et né le , Empereur du Mexique en 1864 et exécuté le ;
  3. Charles-Louis de Habsbourg (1833-1896), père de François-Ferdinand;
  4. Louis Victor de Habsbourg-Lorraine (1842-1919).

Charles-Louis de Habsbourg et son épouse Maria Annunziata eurent pour fils :

  1. François-Ferdinand (1863-1914)
  2. Otto de Habsbourg-Lorraine (1865-1906)
  3. Ferdinand Charles d'Autriche (1868-1915) qui dut renoncer à ses titres, à son nom et quitter la cour impériale pour pouvoir contracter un mariage morganatique (1911). Il prit le nom Burg.

François-Ferdinand portait le titre d'archiduc, commun à tous les agnats dynastes de la Maison de Habsbourg.

Armoiries de François Ferdinand de Habsbourg, archiduc d'Autriche-Este

La maison d'Autriche-Este, qui avait régné sur Modène (1814-1859), s'éteignit en 1875 et l'empereur François-Joseph Ier en reporta le nom et les titres sur son neveu qui devint François-Ferdinand d'Autriche-Este.

Il ne semble pas que l'archiduc héritier d'Autriche ait porté un titre particulier.

Parmi ceux qui arrivent premier dans un ordre successoral, deux cas se présentent :

  • l'intéressé ne peut être rétrogradé à un autre rang successoral par une naissance : auquel cas il porte souvent un titre spécial tel que « Kronprinz » en Autriche et Allemagne, le « Dauphin» en France, « prince de Galles » au Royaume-Uni, etc.
  • l'intéressé peut être rétrogradé à un autre rang successoral par une naissance « même improbable. » C'est le cas de Charles-Louis, de son fils François-Ferdinand et de son petit-fils Charles.

Des événements tragiques rapprochèrent cependant Charles-Louis et François-Ferdinand du trône :

  • La mort sans descendance mâle légitime en 1889 du Kronprinz Rodolphe, fils unique de l'Empereur François-Joseph.
  • Celle de l'Empereur du Mexique Maximilien Ier, frère puîné de l'Empereur et Roi François-Joseph, fusillé par les rebelles en 1867 et qui ne laissa pas de fils non plus.

Quant à l'archiduc Charles, qui succéda à François-Joseph sur le trône d'Autriche-Hongrie en 1916, le caractère relativement incertain de ses espérances était plus accentué encore : François-Ferdinand aurait pu devenir veuf, contracter ensuite un mariage « égal » et procréer des archiducs qui auraient éloigné Charles du trône. Charles, neveu de François-Ferdinand, était très proche de son oncle dont il partageait les vues sur la nécessaire modification constitutionnelle de l'Empire.

François-Ferdinand contracta en 1900 un mariage morganatique avec Sophie Chotek de Chotkowa et Woguin, c'est-à-dire un mariage régulier selon le droit civil et le droit canonique de l'Église catholique, mais de rang « inégal » (il aurait dû épouser une femme d'une Maison régnante, médiatisée ou ayant régné). Ce mariage écarta de facto les enfants qu'il eut avec son épouse de la succession impériale et royale : ceux-ci ne furent donc pas archiducs. Exceptionnellement, François-Ferdinand n'eut pas à renoncer à son rang d'archiduc d'Autriche ni à ses titres, ni à la succession impériale et royale, ni à son nom, ni aux autres droits qu'il détenait à titre personnel.

Son épouse fut titrée, avant son mariage, « Princesse souveraine » (Fürstin) — avec droit de transmission à sa descendance, puis duchesse de Hohenberg en 1907.

Le couple eut pour enfants :

  1. la princesse Sophie de Hohenberg (1901-1990), qui épousa en 1920 le comte Frédéric de Nostitz-Rieneck;
  2. le prince Maximilien de Hohenberg (1902-1962) qui fut titré duc de Hohenberg en 1917 avec droit de transmission au chef de la maison Hohenberg;
  3. le prince Ernest de Hohenberg (1904-1954).

Sépulture[modifier | modifier le code]

Avant sa mort, l'archiduc François-Ferdinand prit la décision de faire ériger une chapelle au château d'Artstetten où il voulait reposer en compagnie de son épouse, Sophie. Celui-ci craignait qu'étant membre de la maison Impériale et Royale, l'Empereur François-Joseph Ier, en tant que chef de famille, ne prit la décision de le faire inhumer, suivant la tradition, dans la crypte des Capucins à Vienne, la duchesse de Hohenberg, sa femme n'ayant pas droit à cet honneur.

Les obsèques eurent lieu à Vienne en présence de l'Empereur, de la famille impériale et royale, des enfants du couple et des officiels autrichiens. L'inhumation, dans la chapelle funéraire du château d'Artstetten, fut une cérémonie privée.

Les orphelins Hohenberg furent recueillis par l'archiduchesse Marie-Thérèse de Bragance fille de Michel Ier de Portugal et veuve de leur grand-père paternel, l'archiduc Charles-Louis.

Deux ans après Sarajevo (1916), pendant la bataille de Verdun, l'archiduchesse Marie-Thérèse suggéra à l'Empereur allemand Guillaume II le rétablissement de la souveraineté de l'ancienne Lorraine ducale au profit de Max, l'aîné des Hohenberg, afin d'« aplanir » le contentieux franco-allemand, mais se heurta à un refus.

Les deux branches (maison de Lorraine), subsistent toujours de nos jours :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Kate Connolly, « Found: the gun that shook the world », The Daily Telegraph,‎ 2004-06-22 (lire en ligne)