Fragging

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Dans le jargon de l'armée américaine, le fragging - qui se traduit littéralement par « fragmentation » - désigne un attentat contre un officier de la chaîne de commandement d'une unité dans l'intention de le tuer. Le terme trouve son origine dans des faits survenus pendant la guerre du Viêt Nam et perpétrés à l'encontre d'officiers impopulaires au sein d'unités de combat, la tentative d'assassinat étant exécutée au moyen d'une grenade à fragmentation[1] d'où le terme.

Le mobile le plus commun justifiant le recours à une grenade à fragmentation ou une arme semblable est le souci de l'auteur d'éviter l'identification et les conséquences associées soit au niveau individuel (traduction en Cour martiale par exemple) ou collectif (déshonneur de l'unité). Contrairement à un projectile d'arme à feu, une grenade qui a explosé ne peut en effet pas être facilement reliée à l'auteur des faits, que ce soit par les méthodes d'investigation de police scientifique ou par tout autre moyen : la grenade elle-même est détruite par l'explosion, et les caractéristiques de la mitraille résiduelle ne sont pas suffisamment distinctives pour permettre le traçage d'une arme spécifique et de son propriétaire. Quand la grenade est jetée dans le feu de la bataille, le ou les auteurs peuvent prétendre que la grenade a atterri trop près de la personne qui a ainsi été « accidentellement » tuée, qu'un autre membre de l'unité a jeté la grenade ou même qu'il s'agit du fait de l'adversaire.

Le fragging pendant la guerre du Viêt Nam[modifier | modifier le code]

L'opposition de la jeunesse américaine contre la guerre du Viêt Nam eut d'importants effets sur le moral et la discipline des forces US déployées dans le Sud-est asiatique. La détérioration de ceux-ci, de même que l'usage de la drogue ou les problèmes liés au racisme, furent à l'origine de nombreux cas de fragging.

Le « fragging » visait le plus souvent à assassiner un officier commandant ( « commanding officer (CO) » en anglais) ou un sous-officier impopulaire, rigoureux, inepte ou trop zélé. Comme la guerre devenait de plus en plus impopulaire, les soldats n'avaient plus guère envie d'être exposés au danger et préféraient des cadres affichant un même sens d'« autoprotection ». Si un cadre se révélait incompétent, le « fragging » devenait un moyen de survie pour les hommes servant sous ses ordres. Il devenait aussi un moyen de se débarrasser d'officiers se proposant trop souvent volontaires, avec leur unité, pour des missions dangereuses ou risquées, en particulier s'ils le faisaient par pure ambition personnelle. Ce souci de « survivre à la guerre » devint même un frein à l'effort de guerre, le « fragging » n'étant plus un secret dans les rangs subalternes. Parfois, un « avertissement » était donné à la « cible » en plaçant ostensiblement une goupille de grenade sur son lit de camp, le passage à l'acte se faisant si elle persistait comme si de rien n'était.

La menace latente du « fragging » servit à prévenir les officiers subalternes d'éviter la colère de leur recrues par imprudence, lâcheté ou manque de leadership. Des officiers subalternes pouvaient même à leur tour comploter le meurtre d'officiers supérieurs qu'ils jugeaient incompétents ou trop prodigues de la vie de leurs hommes. La presse clandestine circulant dans les rangs des contingents déployés au Viêt Nam alla jusqu'à offrir des « primes » pour l'exécution d'officiers impopulaires[2]. Le « fragging » fut une pratique courante tout au long de la guerre du Viêt Nam : il a été relevé au moins 230 cas avérés d'officiers américains tués par leurs propres troupes et la mort de quelque 1 400 autres officiers n'a pu être expliquée[3]. Entre 1970 et 1971, on a relevé 363 cas de « voies de fait avec des engins explosifs » contre des officiers au Vietnam[4] et les soldats déployés sous les ordres du lieutenant William Calley, responsable du Massacre de Mỹ Lai, considérèrent l'idée de l'éliminer par cette méthode après qu'il les eut inconsidérément exposés au danger pendant une opération, provoquant la mort d'un des leurs[5].

Incidents historiques similaires[modifier | modifier le code]

D'autres cas de meurtres d'officiers par leurs troupes avaient déjà été relevés dans l'histoire.

Cas de fragging en Irak[modifier | modifier le code]

Le 7 juin 2005, le Capitaine Phillip Esposito et le 1er Lieutenant Louis Allen ont été tués par l'explosion d'une mine Claymore placée sur la fenêtre du bureau d'Esposito à la base avancée « Danger » située à Tikrit en Irak. Le Staff Sergeant Alberto B. Martinez a été accusé de ce meurtre mais a par la suite été acquitté par une cour martiale le 4 décembre 2008[8]. Le sergent Alberto B. Martinez s'étant attiré les foudres du capitaine Esposito pour ses médiocres états de service avait publiquement menacé son supérieur de « fragging » au dire de divers témoins. Un soldat confirma par ailleurs avoir remis une mine Claymore et plusieurs grenades à Martinez peu avant l'attentat. La cour martiale tenue à Fort Bragg en Caroline du Nord acquitta toutefois l'auteur supposé au motif que sa défense avait jugé spécieux ces témoignages. La justice militaire n'a cependant pas engagé d'autres poursuites contre d'autres éventuels suspects[9].

Il s'agit d'un des deux cas publiquement reconnus de « fragging » pendant la guerre d'Irak : en 2005, Hasan Akbar a été reconnu coupable du meurtre de deux officiers au Koweït en 2003 et condamné à mort[10].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) frag : To throw a fragmentation grenade at one's superior officer - littéralement : jeter une grenade à fragmentation contre un officier, Oxford University Press, Oxford English Dictionary citing the Daily Colonist and Courier-Mail
  2. Robert D. Heinl, Jr. :The collapse of the armed forces: Bounties and evasions in Armed Forces Journal, 7 juin 1971
  3. (en) Hedges, Chris, What Every Person Should Know About War, New York, Free Press,‎ 2003, 1e éd., poche (ISBN 978-0-7432-5512-7, OCLC 52251096, LCCN 2003049121)
  4. (en) Hixson, Walter, Military aspects of the Vietnam conflict, New York, Taylor & Francis,‎ 2000 (ISBN 978-0-8153-3532-0, LCCN 00032926), p. 154
  5. (en) « Daily Mail: The Monster of the My Lai Massacre – Oct 6, 2007 » (consulté le 15 avril 2008)
  6. a et b G. Regan, More Military Blunders, Carlton Books,‎ 2004 (ISBN 0844427102[à vérifier : isbn invalide])
  7. Regan, G. Backfire: a history of friendly fire from ancient warfare to the present day. Robson Books, 2002.
  8. (en) Paul von Zielbauer, « After Guilty Plea Offer, G.I. Cleared of Iraq Deaths », New York Times,‎ February 21, 2009
  9. Gavin, "Army Staff Sergeant Alberto Martinez, Acquitted of Murder of Two Officers in Iraq, Speaks with Reporter"; Zucchino, "For two widows, a soldier's trial is their battlefield"; Woolverton, "Jury acquits Martinez of murder charges"; von Zielbauer, "After Guilty Plea Offer, G.I. Cleared of Iraq Deaths", Associated Press, "Judge refuses to dismiss Martinez charges".
  10. Roig-Franzia, M. (22 April 2005). Army Soldier Is Convicted In Attack on Fellow Troops. Washington Post. Retrieved 28 July 2008