Frères de Limbourg

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Les Très Riches Heures du duc de Berry, mois de janvier, musée Condé, Chantilly, ms.65, f.1v, vers 1411-1416

Pol, Jean et Hermann de Limbourg, dits les Frères de Limbourg (Paul, Herman en Johan, Gebroeders van Limburg), de Gueldre, nés vers 1380 à Nimègue, Pays-Bas, sont des peintres et enlumineurs néerlandais. Ils sont issus d'une famille de peintres blasonneurs, fils d'un sculpteur sur bois et neveux du peintre Jean Malouel. Ils sont célèbres pour les livres enluminés pour le duc de Berry, Jean Ier, et notamment Belles Heures du duc de Berry mais surtout la majeure partie des enluminures du livre d'heures nommé Les Très Riches Heures du duc de Berry. Ils laissent cette dernière œuvre inachevée quand ils meurent de la peste en 1416, la même année que leur commanditaire.

Biographie[modifier | modifier le code]

La Famille Limbourg[modifier | modifier le code]

Leur grand-père, Johannes de Lymborgh, est probablement originaire du village de Limbourg situé sur la Vesdre. Il s'installe à Nimègue, alors capitale du Duché de Gueldre : les archives conservent sa trace dès 1366. Son fils Arnold (né vers 1355-1360 et mort vers 1395-1399) est un sculpteur sur bois qui réalise de nombreuses commandes pour la cour du duché. Vers 1385, Arnold se marie à Mechteld Maelwael (ou Malouel), fille d'une famille de peintres héraldiques prospères et ils ont ensemble six enfants. Herman (ou Hermant) est probablement l'aîné, né vers 1385, puis vient Paul (ou Polleke ou Polequinen, suivant les sources), en 1386 ou 1387, et Johan (ou Johanneke, Jacquemin, Gillequin ou encore Jehanequin) en 1388. Ils ont aussi deux jeunes frères, Rutger (né vers 1390) et Arnold (né vers 1393-1395), et une sœur, Greta. Rutger est signalé entre 1414 et 1435 comme chanoine de la Sainte-Chapelle de Bourges. Arnold suit une formation d'orfèvre et se voit attribuer plusieurs pièces toujours conservées[1].

Les Limbourg et le duc de Bourgogne[modifier | modifier le code]

Vers 1398, sans doute après la mort de leur père, Herman et Jean, âgés de 13 et 10 ans environ, sont envoyés par leur mère à Paris. Leur oncle Jean Malouel ( (ou Johan Maelwael en néerlandais) est alors le plus important peintre des cours de France et de Bourgogne. Il les envoie comme apprentis chez Alebret de Bolure, un orfèvre originaire du Luxembourg qui travaille pour Philippe II de Bourgogne vers 1393-1394 et qui a eu l'occasion de collaborer avec Jean Malouel. Ils ne suivent probablement pas leur apprentissage jusqu'à son terme et à l'automne 1399, ils quittent Paris pour s'en retourner à Nimègue, probablement pour fuir une épidémie de peste qui touche la ville. Cependant, ils sont capturés sur le chemin du retour, à Bruxelles. Les deux frères y sont retenus en otage probablement en raison de différends qui opposent alors le duché de Brabant et celui de Gueldre. Leur mère ne peut payer la rançon de 55 écus d'or. La guilde des orfèvres de la ville commence alors à récolter l'argent pour leur libération. Finalement, Philippe II de Bourgogne paye la totalité de la rançon et rembourse les sommes avancées par la guilde, en raison des services inestimables rendus par leur oncle, alors à son service. Ils sont relâchés en mai 1400[2].

Leur oncle Jean Malouel les recommande ensuite probablement à son protecteur et mécène. Jean et Paul sont employés comme enlumineurs en février 1402 par Philippe II à Paris. Jean est alors âgé d'environ 17 ans et Paul 15 ans. Il leur demande de travailler pour quatre ans sur l'enluminure d'une Bible. Il se peut qu'il s'agisse de la Bible Moralisée, conservée à la Bibliothèque nationale de France à Paris (Fr166), qui en tout cas est indiscutablement un de leurs travaux. Ils ne peuvent alors, d'après leur contrat, travailler pour un autre commanditaire pendant toute cette période. Leur salaire, élevé pour l'époque, se monte à 10 sous par jour et par peintre. Ils sont logés à Paris chez Jean Durand, le médecin personnel du duc de Bourgogne. Il est possible qu'Herman continue en parallèle sa carrière d'orfèvre car un « Petit Herman » est signalé comme fournisseur du duc de Berry en 1403. Philippe II meurt le 27 avril 1404, avant que la bible ne soit achevée[3].

Les Limbourg et le duc de Berry[modifier | modifier le code]

Miniature ajoutée par les Frères de Limbourg dans Les Petites Heures de Jean de Berry, 1412 (BNF, Paris)

La même année 1404, Hermann, Paul et Jean sont embauchés par Jean Ier de Berry, frère du duc de Bourgogne. C'était un collectionneur obsessionnel, et particulièrement d'orfèvreries et de pierres précieuses. En 1405, ils réalisent peut-être la décoration d'une charte pour sa Sainte-Chapelle à Bourges. Il leur commande la même année un livre d'heures, maintenant connu sous le nom des Belles Heures du Duc de Berry. Ils passent 4 à 5 années sur ce travail et réalisent ainsi 158 miniatures. Il est difficile de déterminer la part de chaque frère dans le travail d'enluminure. Plusieurs auteurs ont tenté de faire la part entre le travail de Paul, Jean et Herman, mais sans convaincre tous les critiques. Ils achèvent l'ouvrage en 1408 ou 1409. En 1410 ou 1411, le duc leur assigne un projet encore plus important, désigné par la suite sous le nom de Très Riches Heures du duc de Berry[4].

Le duc est sans doute très content de leur travail car il les comble de présents à de multiples reprises. Paul de Limbourg reçoit ainsi de nombreux bijoux et pierres précieuses. À l'inverse, les trois frères offrent aussi des cadeaux à leur protecteur : le 1er janvier 1411, ils lui offrent un livre factice, couvert de velours et muni de deux fermoirs aux armes du duc. Paul notamment est sans doute le plus proche de Jean de Berry : il reçoit l'office de « valet de chambre », comme son oncle l'avait reçu du duc de Bourgogne. En 1408, le duc va même jusqu'à faire enfermer dans son château d'Étampes une certaine Gillette la Mercière, âgée de 8 ans, fille de la haute bourgeoisie de Bourges à la demande de son peintre préféré. Paul s'est en effet épris d'elle mais s'est vu refusé sa main par ses parents. Elle n'est libérée que sur intervention royale en février 1409. Paul finit par se marier avec elle en 1411, alors qu'elle est âgée de 12 ans, et lui 24. Toujours en 1411, le duc lui donne une des plus grandes demeures de Bourges, où celui-ci réside désormais avec ses frères, après avoir longtemps logé dans l'hôtel de Nesles, le logis du duc à Paris[5].

Leur disparition[modifier | modifier le code]

En 1415, les trois frères sont de retour à Paris. Ils sont encore mentionnés comme bénéficiaires d'un cadeau sous la forme d'un anneau d'or orné d'un rubis dans un inventaire du duc du 22 août. On ne connait pas la date précise de leur disparition, à un âge situé entre 28 et 31 ans. La cause de cette mort reste aussi inconnue, même si la raison souvent avancée est une épidémie de peste qui sévit alors. Le 9 mars 1416, les archives de Nimègue signalent que Jean de Limbourg est mort. Six mois plus tard, ces mêmes sources indiquent la mort d'Herman et de Paul. En septembre et octobre, leur jeune frère Johannes et leur sœur Greta sont nommés exécuteurs testamentaires et chargés de l'inventaire après-décès des trois frères. Les Très Riches Heures restent donc inachevées. Leur commanditaire meurt aussi en juin 1416, sans doute pour la même raison: la peste[6].

Œuvres attribuées[modifier | modifier le code]

Belles Heures de Jean de France, duc de Berry (MMA, New York)

En grande partie inaccessibles, les travaux de frères Limbourg restent relativement oubliés, jusqu'au XIXe siècle. Ils ont constitué cependant une inspiration pour les générations suivantes de peintres, au-delà de la seule enluminure. Leur travail relève d'une tradition franco-flamande, mais montre également de profondes influences italiennes. Aucune de leurs œuvres n'est signée, mais plusieurs sont signalées dans des inventaires et pièces d'archives. D'autres sont attribuées par critères stylistiques.

Festival Frères de Limbourg[modifier | modifier le code]

Nimègue, ville natale des frères de Limbourg, organise fin août un festival annuel médiéval sous le nom de Festival Frères de Limbourg. Des personnes en costumes d'époque inspirés partiellement sur les enluminures médiévales jouent des scènes d'époque : marché, campements, batailles, jeux. Les participants se mettent en cortège. Il y a des expositions thématiques et on sert des nourritures de l'époque.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Willy Niessen, Pieter Roelofs et Miecke Van Veen-Liefrink, « The Limbourgs Brothers in Nijmegen, Bourges and Paris », dans Dückers et Roelofs, The Limbourg Brothers,‎ 2005, p. 14-15
  2. « The Limbourgs Brothers in Nijmegen, Bourges and Paris », p. 16-18
  3. « The Limbourgs Brothers in Nijmegen, Bourges and Paris », p. 18-20
  4. « The Limbourgs Brothers in Nijmegen, Bourges and Paris », p. 20-21
  5. « The Limbourgs Brothers in Nijmegen, Bourges and Paris », p. 21-22
  6. « The Limbourgs Brothers in Nijmegen, Bourges and Paris », p. 24-26

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Rob Dückers et Pieter Roelofs, The Limbourg Brothers : Nijmegen Masters at the French Court 1400-1416, Anvers, Ludion,‎ 2005, 447 p. (ISBN 90-5544-596-7)
  • (en) Millard Meiss, French Painting in the Time of Jean De Berry : Limbourgs and Their Contemporaries, Londres, Thames and Hudson,‎ 1974, 533 p. (ISBN 0-500-23201-6)
  • Charles Sterling, La peinture médiévale à Paris  : 1300-1500. La Bibliothèque des Arts, 1987-90 (eds).
  • Timothy B.Husband The art of illlumination, the limbourg brothers and the Belles heures of jean de France, Duc de berry. 2008, Yale University press (eds).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]