Forteresse de Mornas

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Forteresse de Mornas
Image illustrative de l'article Forteresse de Mornas
La forteresse de Mornas
verrou de la vallée du Rhône sur son éperon rocheux
Période ou style médiéval
Type forteresse
Début construction XIe siècle
Fin construction XIVe siècle
Propriétaire initial Comtes de Toulouse
Destination initiale contrôle de la vallée du Rhône
Protection  Inscrit MH (1927)
Site web www.forteresse-de-mornas.com
Coordonnées 44° 12′ 20″ N 4° 43′ 45″ E / 44.20548, 4.72913 ()44° 12′ 20″ Nord 4° 43′ 45″ Est / 44.20548, 4.72913 ()  
Pays Drapeau de la France France
Région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Vaucluse
Commune Mornas

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Forteresse de Mornas

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Forteresse de Mornas

La forteresse de Mornas, dans le département de Vaucluse, se dresse sur un éperon rocheux de la rive gauche du Rhône, dominant le village de Mornas, établi à son pied, et les environs. Elle eut une importance majeure de l'Antiquité à la Révolution française, à partir de laquelle elle tomba en ruine. Elle fut redécouverte dans le dernier tiers du XIXe siècle et fait depuis 1978 l'objet de nombreuses rénovations par les Amis de Mornas, association de conservation du patrimoine.

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Carte des peuples celtes de Gaule.

L'histoire du rocher de Mornas est intimement liée à celle du Rhône qui a pu servir de frontière dès les Gaulois[1] Il s'agissait en premier lieu de surveiller le fleuve, où la navigation permettait d'éviter les chemins plus dangereux pour les voyageurs[2]..

La Marseille grecque était à l'origine de cette nouvelle façon de gérer le sol : s'appuyer sur les eaux et les fleuves. Le Rhône avait ainsi été tronçonné en secteur de deux limites, deux barrières, deux barres de confluences fixées sans équivoque à l'endroit où l'affluent se jette dans le fleuve[3].

La bataille de Vindalium, qui eut lieu au pied de la ville d'Aéria, où combattirent les Gaulois salyens coalisés et les Romains appelés par les Marseillais joua un rôle d'importance pour la domination sur la région.

Les Romains vainqueurs entourèrent le champ de bataille de tours où les armes des vaincus furent rassemblées[4],[5]

En 118, les Romains fondèrent la Provincia Romana qui, tout en protégeant Marseille, assurait une liaison terrestre de plus en plus sécurisée vers l'Espagne, son or, son argent, son blé, son huile d'olive…

L'oppidum ne put rester opérationnel dans cette nouvelle province romaine. Nul doute qu'un démantèlement, le comblement des citernes, tout et n'importe quoi pour ne pas servir de point de rébellion contre les Romains. Ces derniers fondèrent bientôt Orange pour y fixer une légion rappelant leur suprématie et le sort terrible réservé aux ancêtres gaulois révoltés. Ils tracèrent les nouveaux axes des quadrillages des terres. Ces centuriations effacèrent méthodiquement les anciennes bornes. La mainmise sur le territoire était l'ultime humiliation. Ils n'étaient plus maîtres chez eux. Désormais les Romains régnaient avec leurs règles forcément meilleures puisque leurs armées avaient vaincu.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Mornas est mentionné pour la première fois au IXe siècle (Rupea Morenata), et fut tour à tour propriété de l'abbaye d'Aniane[6], de l'archevêché d'Arles puis des comtes de Toulouse. Tandis qu'un village se développe au pied de la montagne, le site du castrum se fortifie en continuité avec l'oppidum romain. Ces premières fortifications étaient très probablement en bois[7].

La forteresse est longuement disputée par les comtes de Toulouse et les archevêques d'Arles, en raison notamment de sa position stratégique. En 1209, pendant la Croisade contre les Albigeois, le comte Raymond V de Toulouse, accusé de sympathiser avec les hérétiques, est forcé de céder plusieurs de ses places fortes, dont Mornas, à l'Église. Mornas repasse ainsi sous le giron de l'archevêque d'Arles, avant d'être reprise par le comte de Toulouse jusqu'au traité de Paris en 1229, selon lequel toutes les possessions comtales à l'Est du Rhône passaient sous l'autorité du roi de France, à l'exception du Comtat Venaissin, et de facto Mornas, qui appartient désormais au pape[8]. Ce dernier confie l'administration du comté au roi de France jusqu'en 1274, date à laquelle le pape Grégoire X reprend en main son administration. La forteresse est placée sous la tutelle des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ces derniers rétrocèdent la forteresse, coûteuse à entretenir, en 1305[9].

La place-forte joue un rôle important de défense lors de la Guerre de Cent Ans, notamment contre les « compagnies » de routiers qui ravagent le pays à plusieurs reprises. Ces troubles cessent à la fin du XIVe siècle, marquant ainsi le début d'une période d'accalmie qui dure jusqu'à la deuxième moitié du XVIe siècle et les Guerres de religion[10].

Guerres de religion[modifier | modifier le code]

Négligée par l'Église pendant tout ce temps, la forteresse, mal entretenue, tombe facilement entre les mains des troupes protestantes en 1562 dirigées par Montbrun, lieutenant du baron des Adrets, qui fait précipiter les réfugiés et la garnison du haut de la falaise[11]. Dans les années qui suivent Mornas est alors successivement aux mains des catholiques et des huguenots.

Les troubles cessent à la fin du XVIe siècle, et la forteresse, perdant son rôle défensif, tombe peu à peu dans l'oubli et l'abandon.

De nos jours : restauration et tourisme[modifier | modifier le code]

Sa restauration est entreprise à partir de 1977 sous l'impulsion de l'association des « Amis de Mornas ». La réhabilitation se poursuit encore aujourd'hui, et de nombreuses animations et reconstitutions sont proposées pendant la période estivale notamment[12],[13].

Les restes du château de Mornas ont été inscrits au titre des monuments historiques le 20 mai 1927[14].

Description[modifier | modifier le code]

Le site[modifier | modifier le code]

Perchée sur un escarpement rocheux sur la rive gauche du fleuve, la forteresse est un verrou de la vallée du Rhône, sur laquelle elle offre un point d'observation naturel.

Les constructions[modifier | modifier le code]

La forteresse est de forme plus ou moins trapézoïdale, dont le grand côté se trouve tourné vers l'ouest et le Rhône. Les différentes parties sont difficilement datables, du fait du style militaire assez uniforme relativement homogène employé dans la construction.

La partie nord est occupée par la forteresse proprement dite : l'accès est protégé par une barbacane suivie d'une chicane, ouvrages pouvant être datés du XIVe siècle. Ce dispositif est complété par une casemate datant du XVe siècle[15].

L'intérieur de la partie nord s'organise autour d'une esplanade, bordée à l'est par la porte d'accès, les citernes et les anciens logis, restaurés. Au sud s'élève le donjon, tour quadrangulaire de 20 mètres de haut et 3, 50 par 5, 60 mètres de côté[16]. Son sommet offre un magnifique panorama sur la vallée du Rhône et les environs. Au sud-est de l'ensemble nord se dresse la chapelle, à nef unique de trois travées voûtée en plein cintre sur doubleaux et terminée par une abside en cul-de-four. L'édifice, remontant vraisemblablement à l'époque romane, a été grandement restauré dans les années 1980 (reconstruction de la voûte, déblaiement des gravats). L'abside a été incluse dans le rempart défensif au XIVe siècle[17].

L'ensemble est nord est séparé de la partie sud, ou basse-cour, par deux douves sèches successives. Il s'agit d'une vaste étendue, correspondant à la partie méridionale du promontoire, cernée par une enceinte remontant au XIVe siècle et qui se raccordait au système de défense du village proprement dit, en contrebas. La raison d'être d'une telle superficie fortifiée n'est pas connue[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. F. Feraud, Y. Alamercery, Archéologie en Languedoc, no 29, 2005
  2. F. Feraud, Y. Alamercery, Archéologie en Hérault Languedoc, no 1, p. 150.
  3. Juste en dessous, où les remous font comme une barrière d'eau
  4. Clébert, Provence antique, 1966.
  5. Cette bataille sera suivie d'une revanche en forme de défaite définitive puisque Marius, nouveau général romain, infligea une correction définitive à la coalition gauloise un peu plus au nord, vers l'Isère.
  6. Jean-Maurice Rouquette, Provence Romane I : la Provence Rhodanienne, Zodiaque, 1980, p. 43
  7. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle, p. 4
  8. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle, p. 7
  9. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle, p. 8
  10. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle, p. 9
  11. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle, p. 10
  12. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle, p. 17
  13. « La forteresse de Mornas », Les Amis de Mornas (consulté le 31/05/2008)
  14. « Notice no PA00082089 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  15. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle p. 18
  16. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle p. 19
  17. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle p. 20
  18. Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle p. 22

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les Amis de Mornas, Mornas : Histoire d'une citadelle, éditeur Élan Sud, Orange.
  • Jean-Maurice Rouquette, Provence Romane I : la Provence Rhodanienne, éditeur Zodiaque, Abbaye de la Pierre-Qui-Vire, 1980.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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