Fort d'Ében-Émael

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50° 47′ 49″ N 5° 40′ 47″ E / 50.796991, 5.679621

Prise du fort d'Ében-Émael
La situation du fort, à proximité de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas.
La situation du fort, à proximité de la frontière entre la Belgique et les Pays-Bas.
Informations générales
Date 10 - 11 mai 1940
Lieu Position fortifiée de Liège, canal Albert, Belgique
Issue Victoire allemande
Belligérants
Drapeau belge Belgique Drapeau : Allemagne Reich allemand
Commandants
Drapeau de la Belgique Major Jean Jottrand Drapeau de l'Allemagne Oberleutnant Rudolf Witzig
Forces en présence
~1 000 soldats 493 soldats
Pertes
60 tués
40 blessés
1 000 capturés
43 tués
99 blessés
Seconde Guerre mondiale,
Campagne des 18 jours
Batailles
Bataille de France et campagne des 18 jours
Pour le front néerlandais, voir Bataille des Pays-Bas.

Prélude et traversée allemande des Ardennes

Drôle de guerre · Évacuation des civils de la ligne Maginot · Mobilisation · Offensive de la Sarre · Baie de Heligoland · Accident de Mechelen · Plan jaune · Plan Dyle · Luxembourg · Ében-Émael · Hannut

Percées de la Meuse et rupture du front belge :

Sedan · Dinant · Monthermé · Givet · La Horgne · Gembloux · Flavion · Louvain · Charleroi

Tentatives de contre-attaques alliées :

Stonne · Montcornet · La Sambre · Arras

Défense des ports de la Manche et rembarquement britannique à Dunkerque :

L'Escaut · Amiens · La Lys · Massacre de Vinkt · Boulogne-sur-Mer · Calais · Poche de Lille · Abbeville · Dunkerque · Capitulation belge du 28 mai

Effondrement de la Ligne Weygand et avancée allemande sur la Seine :

L'Aisne · L'Ailette · Opération Paula · l’Exode

Front italien et percée allemande dans le Sud :

Pont-de-l'Arche · Les Alpes · Vallon du Seuil · Bombardement de Toulon · Opération Vado · La Loire · La vallée du Rhône · Bombardements de Marseille · Pont Saint-Louis · Armistice du 22 juin

Le fort belge d’Eben-Emael a été construit entre 1932 et 1935 en tant que pièce maîtresse du nord de la ceinture fortifiée de Liège.

Le fort se trouve à environ 10 kilomètres au sud de la ville néerlandaise de Maastricht, sur la Montagne Saint-Pierre, séparant les vallées de la Meuse et du Geer, ainsi qu'à environ 10 kilomètres au nord de la ville belge wallonne de Visé. Ces deux communes ont d'ailleurs donné leur nom au système de casemates du fort (« Maastricht 1 et 2 » et « Visé 1 et 2 »), en fonction de l'orientation géographique de ces structures vers ces villes.

Le fort surplombe de 65 mètres le Canal Albert qui relie Liège au port d'Anvers et qui coupe la Montagne Saint-Pierre par la Tranchée de Caster. Une coupole s’ouvrait d’ailleurs directement sur la tranchée, pour contrôler le passage sur le canal.

Le dispositif de défense ressemble, à bien des égards, à celui des ouvrages construits en France pour la ligne Maginot, bien qu'il comporte quelques particularités. Le plan du fort est un pentagone irrégulier d’une surface de 0,75 km2, dont la forme est inspirée des constructions françaises similaires des XVIe et XVIIe siècles. Les dessus du fort (les superstructures), à eux seuls, avaient une superficie d'environ 0,45 km2. Cela suffisait à faire d'Eben-Emael, à l’époque, le plus grand fort jamais construit.

Sommaire

Structure du fort [modifier]

Armement principal du fort [modifier]

  • La tourelle pivotante d'une masse totale de 450 tonnes était armée de deux canons de calibre 120 mm.
  • Les deux tourelles nord et sud, à éclipse, pouvaient être abaissées lorsqu'elles étaient inutilisées. Ces deux tourelles étaient pivotantes et armées, chacune, de deux canons de 75 mm.
  • Deux casemates situées vers le nord (nommées Maastricht 1 et 2) et deux casemates orientées vers le sud (nommées Visé 1 et 2) étaient toutes armées de trois canons de 75 mm.
  • Trois tourelles factices en tôle de la taille d'une tourelle de 120 devaient faire paraître le fort plus grand qu'il n'était.

Armement secondaire du fort [modifier]

La coupole 120, à gauche derrière les casemates Visé 1.
La tranchée de Caster dans la montagne Saint-Pierre, par laquelle passe le canal Albert. Le fort d'Eben-Emael est construit dans la colline dans la partie sud (à gauche de la photographie).
Entrée principale du fort.
Effets d'une charge creuse.
Le bunker sur la tranchée de Caster.
  • Bloc I comme entrée principale
  • Bloc II
  • Bloc IV
  • Bloc V
  • Bloc VI
  • Canal nord
  • Canal sud
  • Abri de mitrailleuses mi-nord
  • Abri de mitrailleuses mi-sud
  • Bloc O1, à l’extérieur du fort

Le dernier bloc était relié au fort par un souterrain. Ces différents blocs étaient dévolus à l’observation et équipés de phares ainsi que de canons 60 mm. Des postes d’observation mieux équipés furent installés dans trois de ces blocs.

Défense passive [modifier]

Le fort était barré à l’est par la tranchée de Caster. De plus, la Montagne Saint-Pierre présente elle-même quelques escarpements infranchissables. De très nombreux dispositifs, notamment des fossés, avaient été aménagés pour parer des attaques de blindés. Le réseau souterrain s’étend sur plus de trois kilomètres et sur une hauteur de 40 mètres. L'aération du fort était équipée de filtres spéciaux, les enseignements des batailles de la Première Guerre mondiale en matière de gaz de combat étant présents à l'esprit des concepteurs du fort.

Faiblesses [modifier]

La principale faiblesse du fort, qui lui sera fatale, est son toit. Cette vaste étendue plane, qui accueille aujourd’hui une forêt et un champ de blé, n’était pas assez défendue : nulle mine, nul obstacle antiaérien, peu de barbelés, pas de protection directe des casemates contre des attaques d'infanterie. Cette non-préparation montre bien que la Belgique n'était pas prête à la guerre : ce vaste espace servait de terrain de football aux soldats du fort (les soldats avaient même lancé une pétition pour empêcher que le toit soit miné)[1].

À noter également que les canons ont une portée de 11 et 17,5 km. L'armée belge n'en a pas installé de plus puissants car la neutralité de la Belgique imposait que le territoire allemand ne soit pas à portée de canons.

La stratégie d’utilisation du fort d’Eben-Emael [modifier]

Conçu dès le XIXe siècle le fort devait compléter le cercle défensif des 12 forts construits entre 1870 et 1890 afin de défendre de la Belgique d'une invasion française ou allemande.

À la fin des années 1880, le général Brialmont, concepteurs de ces fortifications, réclame la construction d’un ultime fort entre la ville de Visé, au nord-est de Liège, et Maastricht afin de bloquer un envahisseur venu de l’est ou remontant la Meuse, en attendant l’arrivée de renforts. En effet, cette trouée du Limbourg, permet de pénétrer jusqu’au centre de la Belgique sans difficulté. Le général ne fut pas entendu et il lâcha, en 1887, un prémonitoire : « vous pleurerez des larmes de sang pour n’avoir pas construit ce fort ». De fait, en 1914, c’est par là, en application du plan von Schlieffen modifié par von Moltke (plan dit de la « porte à tambour ») que l'Armée du Kaiser pénétra en Belgique et franchit la Meuse. C’est pour réparer cette erreur que la construction du fort d’Eben-Emael est entreprise en 1932 pour être achevée en 1935.

En plus de se prémunir contre une attaque venant de l'est, il assurait également le contrôle des ponts sur le canal Albert et des trois routes arrivant du sud de Maastricht vers la Belgique (vallée du Geer, Meuse rive gauche, Meuse rive droite). Six cents hommes défendaient le fort.

Eben-Emael, ce fort en forme de diamant, était l’espoir de la Belgique pour défendre l'est du pays d’une invasion. Il a aussi servi de protection au sud, ce qui a été appelé l’Ecart d'Etau.

La chute du fort [modifier]

Le plan allemand mis en œuvre contre le fort d’Eben-Emael pendant la Seconde Guerre mondiale [modifier]

Les Allemands, préparant la guerre, avaient réussi à obtenir beaucoup d'informations sur le fort. Elles avaient clairement montré qu'ils ne pourraient pas attaquer Eben-Emael par des moyens conventionnels. Le fort était réputé imprenable et semblait insensible à des bombardements.

C'est sur cette série de constatations que se construisit le plan d'attaque allemand, l'utilisation d'une arme nouvelle pour détruire les tourelles : les charges creuses, dont la plus lourde pesait 50 kg. Ces charges creuses devaient être posées et amorcées directement sur les tourelles par les assaillants eux-mêmes. Le dard (jet de métal fondu) perforait le blindage à la vitesse de 10 km/s et détruisait tout ce qui se trouvait derrière.

Mais comme les charges creuses étaient extrêmement sensibles, leur transport en parachute n'était pas envisageable. Les stratèges allemands utilisèrent donc des planeurs, comme par exemple le DFS 230, remorqués au-dessus du territoire allemand par des avions Junkers Ju 52/3m. Ils étaient ensuite lâchés et n'avaient plus qu'à parcourir les 30 km qui séparaient la frontière allemande du fort d'Eben-Emael. Là, ils passèrent complètement inaperçus et 85 parachutistes, menés par le lieutenant Witzig, atterrirent en une spirale abrupte aux petites heures du 10 mai 1940 sur les dessus du fort. Les points de départ étaient Butzweilerhof (au nord-ouest de Cologne) et Cologne-Ostheim[2].

Une nouvelle phase de la Seconde Guerre mondiale avait commencé : les opérations d'espionnage et une planification méticuleuse, combinées à la malchance et au manque de préparation du côté belge, ont contribué au succès de l'exécution du premier plan secret de Hitler.

Au même moment débutaient les offensives allemandes contre les Pays-Bas, la France et le Luxembourg.

Les combats du fort d'Eben-Emael [modifier]

Réagissant lentement à l'invasion allemande, le fort n'était pas prêt lors de l'attaque. Les troupes logeant dans les villages alentour n'étaient pas toutes revenues à leur poste. De plus, une partie de la garnison était occupée à détruire des bâtiments trop proches de l'entrée. En conséquence, une partie des casemates étaient en sous-effectifs, voire vides, en particulier les casemates de mitrailleuses couvrant les dessus du fort. Les munitions n'était pas toujours prêtes à l'emploi ou les autorisations nécessaires à leur utilisation absentes à cause des règles mises en place pendant la drôle de guerre. Finalement, l'alarme qui fut déclenchée sous-entendait une attaque extérieure de la forteresse et non une attaque sur son massif.

Sur les dessus du fort, les positions de combat principales furent détruites en très peu de temps grâce à la précision du posé des planeurs, juste à côté des objectifs. Il est à noter que les casemates à l'intérieur du fort ne disposaient pas de barbelés les entourant ou de fossés protégeant leurs ouvertures de telles attaques d'infanterie directes ni de défenses à courte portée. La fausse coupole de 120 mm fut attaquée, ce qui mit hors-jeu une partie des pionniers. Suite à ce succès foudroyant, la garnison était sous le choc et les tentatives de contre-attaques furent limitées. Des attaquants allemands essayèrent plus tard de se frayer un chemin vers l'intérieur du fort en empruntant les accès des coupoles qu'ils avaient pu occuper, mais ils furent abattus, puis les défenseurs bloquèrent les accès aux galeries avec les portes blindées prévues à cet effet.

Le lendemain, le 151e régiment d’infanterie allemand arrivait en renfort. Après 36 heures de combat, le fort dut abandonner toute résistance. Le 11 mai à 13 h 30, la forteresse capitulait.

Dans cette bataille, 24 soldats belges et six Fallschirmjäger allemands perdirent la vie. Les 1 200 survivants belges furent faits prisonniers.

C'est de la même façon que furent ensuite attaqués les ponts de Kanne, Vroenhoven et Veldwezelt. L'armée belge venait de recevoir un terrible coup au moral, mais cette attaque de diversion (qui attira les armées françaises vers les Pays-Bas), ne l'empêcha pas de résister durement dans la suite de la campagne.

Les soldats belges sont cependant parvenus à détruire le pont frontalier de Maaseik, entre le Pays-Bas et la Belgique, dont les Allemands avaient pris l'extrémité hollandaise par ruse, s'en étant approché sous le déguisement de gendarmes hollandais. Deux autres ponts, Kanne et Gellick sont également détruits. Ultérieurement, les Britanniques utilisèrent des planeurs pour capturer le pont Pégase dans le premier assaut du Jour J, et la même stratégie pour la prise de la batterie de Merville.

Conséquences dans le déroulement de la guerre [modifier]

Suite à la chute du fort, les Allemands ont pu passer par les ponts du canal Albert et déborder par le nord la place fortifiée liégeoise, bien que l'essentiel de la défaite des Alliés se soit joué dans les Ardennes.

D’un point de vue psychologique, la chute rapide du fort d’Eben-Emael a été fatale pour les Alliés, car ils n’ont rien su des méthodes d’attaque, et en particulier pour l'armée belge, persuadée que la Wehrmacht ne pouvait être arrêtée. Durant tout le déroulement de la guerre, cette méthode fut reprise sans que les soldats ne puissent rien y faire.

En ce qui concerne la politique extérieure, Adolf Hitler essaya d’entraîner le dictateur espagnol Franco en lui proposant l’aide des soldats victorieux d’Eben-Emael pour attaquer la forteresse anglaise de Gibraltar, ce que le dictateur ibérique déclina.

Le fort d’Eben-Emael aujourd’hui [modifier]

Depuis quelques années, le fort d’Eben-Emael est devenu un musée (le 18 juin 2009) qui peut être visité un week-end par mois. Les installations extérieures sont librement accessibles. Diverses traces de la bataille sont toujours visibles, ainsi que les blindages et certains armements. Une salle spéciale sur les Assemblées romaines a été construite.

Début 2009, il bénéficie d'un regain d'intérêt du public, suite à la diffusion de la série télévisée L'Empereur du goût, dont certaines scènes ont été tournées dans le fort, évoquant dans le cadre de cette fiction des événements survenus en mai 1940.

Bibliographie [modifier]

  • Jean Mabire, Les Paras du matin rouge, Presses de la Cité, 1987 (ISBN 2-258-008255).
  • Bartz, Karl, Quand le ciel était en feu (Als der himmel brannte), Corrêa, 1955.
  • Boguslaw Woloszanski, Opérations spéciales, Jourdan le Clercq Éditions, 2010, (ISBN 978-2-8746-6110-5)

Notes et références [modifier]

  1. Jean Quatremer, « Eben-Emael : le point faible du fort », sur bruxelles.blogs.liberation.fr, Libération, 13 août 2009.
  2. (de) Der deutsche Angriff auf das belgische Fort Eben Emael, sur koelner-luftfahrt.de.

Voir aussi [modifier]

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Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]