Forme quadratique
En mathématiques, une forme quadratique est un polynôme homogène de degré deux avec un nombre quelconque de variables. Par exemple, la distance comprise entre deux points dans un espace euclidien à trois dimensions s'obtient en calculant la racine carrée d'une forme quadratique impliquant six variables qui sont les trois coordonnées de chacun des deux points.
Les formes quadratiques d'une, deux et trois variables sont données par les formules suivantes :
L'archétype de forme quadratique est la forme
sur
qui définit la structure euclidienne. C'est pourquoi la théorie des formes quadratiques utilise la terminologie de la géométrie (orthogonalité). La géométrie est un bon guide pour aborder cette théorie, malgré quelques pièges.
Les formes quadratiques interviennent dans de nombreux domaines des mathématiques :
- La classification des coniques et plus généralement des quadriques projectives équivaut essentiellement à celle des formes quadratiques sur l'espace vectoriel correspondant.
- Si
est une fonction de classe
, la partie d'ordre 2 de son développement de Taylor, disons en 0, définit une forme quadratique dont la représentation matricielle est, à un facteur 1/2 près, la matrice hessienne de f en 0. Si 0 est un point critique, cette forme, dans le cas où elle est non dégénérée, permet de décider si on a affaire à un point de maximum local, à un point de minimum local ou à un point selle. - Les formes quadratiques interviennent en mécanique du solide (ellipsoïde d'inertie) et en Statistique (analyse en composantes principales).
- Les formes quadratiques interviennent pour la résolution d'équations diophantiennes, Joseph-Louis Lagrange les utilise pour la démonstration du théorème des deux carrés de Fermat.
[modifier] Généralités
[modifier] Formes quadratiques sur un espace vectoriel
Soit un espace vectoriel V sur un corps commutatif F.
Si la caractéristique de F est différente de 2, à toute forme quadratique
est associée une forme bilinéaire symétrique
définie par
B est l'unique forme bilinéaire symétrique telle que
.
En effet, si
sont des vecteurs de V,
donc l'expression nécessaire de la forme bilinéaire symétrique B en fonction de Q est :
C'est un exemple de polarisation d'une forme algébrique. Il existe alors une correspondance bijective entre les formes quadratiques sur V et les formes bilinéaires symétriques sur V. À partir d'une forme donnée, nous pouvons définir de manière unique l'autre forme.
Quelques autres propriétés des formes quadratiques :
et 
- Q obéit à la règle du parallélogramme :
- Les vecteurs u et v sont orthogonaux par rapport à B ssi
- Pour toute forme quadratique, il existe une base orthogonale, c'est-à-dire
une base
telle que
pour
. C'est une conséquence immédiate de la réduction de Gauss.
[modifier] Exemples
[modifier] Expression matricielle
Si V est de dimension n, et si
est une base de V, on associe à B la matrice symétrique B définie par
p. La forme quadratique Q est alors donnée par
où les
sont les coordonnées de u dans cette base, et u la matrice colonne formée par ces coordonnées. On dit que B est la matrice de Q par rapport à la base.
Q(u) est un polynôme homogène de degré deux par rapport aux coordonnées de u, conformément à notre définition de départ.
Soit
une autre base de V, et soit
la matrice de passage exprimant les anciennes coordonnées en fonction des nouvelles. De la relation
on tire
pour la matrice de B dans la nouvelle base. On dit que B et B' sont congruentes.
[modifier] Forme quadratique induite
[modifier] Image réciproque
[modifier] Somme directe orthogonal
[modifier] Extension des scalaire
[modifier] Orthogonalité et dégénérescence
[modifier] Orthogonalité
Si W est un sous-espace vectoriel de V, l'orthogonal de W est le sous-espace

Cette notion généralise l'orthogonalité dans les espaces euclidiens, mais il y a quelques pièges. Par exemple sur
, la forme quadratique
est non dégénérée, mais chacun des sous-espaces
et
est son propre orthogonal. Plus généralement, si Q est non dégénérée, on a bien
, comme dans le cas euclidien. Mais l'intersection
n'est pas forcément réduite à zéro.
[modifier] Radical, dégénérescence et rang
Le noyau d'une forme quadratique Q (on dit aussi radical) est par définition le sous-espace vectoriel

Cet espace est le noyau de l'application linéaire de V dans l'espace dual V* qui associe à x la forme linéaire
. Une forme quadratique est dite non dégénérée si rad(Q)=0, autrement dit si l'application linéaire ci-dessus est un isomorphisme.
Le rang de Q est par définition dim V - dim(rad(Q)). C'est aussi le rang de la matrice de Q par rapport à une base quelconque.
[modifier] Isométries et similitudes
[modifier] Isométries
[modifier] Similitudes
[modifier] Groupes liés aux formes quadratiques
[modifier] Adjoint d'un endomorphisme
[modifier] Isotropie
[modifier] Vecteur isotrope
[modifier] Sous-espace isotrope
[modifier] Indice de Witt
[modifier] Structure des formes quadratiques
[modifier] Base orthogonale
[modifier] Formes quadratiques hyperboliques
[modifier] Décomposition de Witt
[modifier] Groupe de Witt
[modifier] Discriminant
[modifier] Généralité
Soit q une forme quadratique et A sa matrice par rapport à une base de V. Si l'on effectue un changement de base de matrice Q, la matrice de q dans la nouvelle base sera
. D'après les propriétés élémentaires des déterminants,
. Si q est non dégénérée, l'image du déterminant dans le groupe quotient
ne dépend pas de la base. C'est cet élément que l'on appelle le discriminant de la forme quadratique. Si q est dégénérée, on convient que le discriminant est nul.
Exemples
- Corps des complexes
Si
, le quotient
est réduit à l'élément neutre, et le discriminant est sans intérêt.
- Corps des réels
Si
, le quotient
s'identifie à
, vu comme sous-groupe multiplicatif de
. On peut donc parler de formes quadratiques à discriminant positif ou négatif. Par exemple, le discriminant de la forme quadratique ax2 + 2bxy + cy2 sur
, supposée non dégénérée, est donnée par le signe de
. S'il est positif, la forme est définie positive ou définie négative, s'il est négatif, la réduction de Gauss sera de la forme
. On retrouve, ce qui n'est pas surprenant, la théorie de l'équation du second degré.
- Corps finis
Si p est un nombre premier, et K le corps
à p éléments, la théorie élémentaires des résidus quadratiques assure que
est encore isomorphe au groupe à deux éléments.
[modifier] Classification des formes quadratiques
On dira que deux formes quadratiques Q et Q' sont équivalentes s'il existe une application linéaire inversible
telle que
. Il revient au même de dire que leurs matrices dans une même base sont congruentes. Classer les formes quadratiques sur un espace vectoriel V, c'est :
- déterminer les classes d'équivalence de la relation précédente (qui est clairement une relation d'équivalence)
- déterminer les orbites de l'ensemble des formes quadratiques sous l'action du groupe linéaire
donnée par 
(ce sont deux façons d'exprimer la même chose).
On a les résultats suivants.
- Lorsque V est un espace vectoriel de dimension finie sur un corps F algébriquement clos (de caractéristique différente de 2) deux formes quadratiques sont équivalentes si et seulement si elles ont même rang. C'est une conséquence directe de la réduction de Gauss.
- Lorsque V est un espace vectoriel de dimension finie sur
,
- deux formes quadratiques sont équivalentes si et seulement si elles ont même rang et même signature (loi d'inertie de Sylvester).
Deux formes quadratiques équivalentes ont même rang et même discriminant, mais la réciproque est loin d'être vraie en général.
[modifier] Résumé des propriétés des formes quadratiques sur certains corps
[modifier] Corps algébriquement clos
[modifier] Corps des nombres réels
[modifier] Corps fini
[modifier] Géométrie des formes quadratriques
[modifier] Théorème de Witt
[modifier] Exemples d'orbites et de stabilisateurs
[modifier] Cas de corps de caractéristique deux
La théorie des formes quadratiques de caractéristique deux possède une petite saveur différente, essentiellement parce que la division par 2 n'est pas possible. Il n'est plus vrai non plus que chaque forme quadratique est de la forme Q(u) = B(u,u) pour une forme bilinéaire symétrique B. En outre, même si B existe, elle n'est pas unique : puisque les formes alternées sont aussi symétriques en caractéristique deux, on peut ajouter toute forme alternée à B et obtenir la même forme quadratique.
Une définition plus générale d'une forme quadratique qui marche pour toute caractéristique est la suivante. Une forme quadratique d'un espace vectoriel V sur un corps F est comme une application
telle que
et
, et
est une forme bilinéaire sur V.
[modifier] Généralisations
[modifier] Cas des formes quadratiques sur un module
On peut généraliser la notion de forme quadratique à des modules sur un anneau commutatif. Les formes quadratiques entières sont importantes en théorie des nombres et topologie.
[modifier] Formes pseudoquadratiques
[modifier] Liens internes
- matrice
- matrice hessienne
- réduction de Gauss
- matrice définie positive
- loi d'inertie de Sylvester
- Première forme fondamentale
- Seconde forme fondamentale
[modifier] Références
- Marcel Berger, Géométrie [détail des éditions]
- Jean-Pierre Serre, Cours d'arithmétique [détail des éditions]



est une fonction de classe
, la partie d'ordre 2 de son 


et 



donnée par 
,
est une